Derrière la question du djihadisme, le conflit israélo-palestinien

Publié Par Adel Taamalli, le dans Moyen Orient

Par Adel Taamalli.

Lors de l’émission d’On n’est pas Couché du 5 novembre dernier, au cours de laquelle Dominique de Villepin était invité à l’occasion de la sortie de son dernier livre sur la paix et la guerre, il a été longuement question de la diplomatie internationale, plus particulièrement de nos liens avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, accusés par beaucoup d’être à l’origine du djihadisme international. Ce même sujet a été abordé lors du dernier débat réunissant les candidats à la Primaire de la droite.

Or, alors même qu’il se développe dans la même région, le conflit israélo-palestinien n’a jamais été évoqué au cours de ces deux séquences télévisuelles. C’est pourquoi j’aimerais montrer en quoi la fin du pourrissement de la situation qui perdure depuis plusieurs années entre Israéliens et Palestiniens est une des clés du règlement des conflits dans la région.

La diplomatie vs le djihadisme

Fait connu de tous, les organisations djihadistes utilisent, parmi d’autres, l’argument de l’injustice faite au peuple palestinien par l’occupation israélienne dans leurs tentatives de recrutement de nouveaux adeptes.

Bien que la situation sur le terrain soit beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre le traitement médiatique habituel qui en est fait, les violations répétées, depuis plusieurs années, du droit international par le gouvernement israélien n’aident pas à contrecarrer la propagande djihadiste.

Sur ce sujet, la France ne peut bien sûr pas être décisive. Mais, en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, elle a son rôle à jouer, afin de déployer une stratégie cohérente contre la montée du djihadisme international qui l’a si durement frappée ces deux dernières années.

C’est pourquoi le gouvernement actuel, bien qu’il pâtisse de nombreux échecs dans d’autres domaines, a eu raison de prendre l’initiative d’organiser la Conférence de Paris du 3 juin dernier pour la paix au Proche-Orient. Certes, rien de concret n’en est ressorti, alors qu’Israéliens et Palestiniens n’y ont même pas été représentés.

Jean-Marc Ayrault, l’actuel chef du Quai d’Orsay, a toutefois fait remarquer à cette occasion qu’il voudrait qu’on se serve de  l’Initiative de « La Terre contre la paix » proposée en 2002 par la Ligue arabe comme base de règlement du conflit, au même titre que des résolutions de l’ONU ou de la feuille de route du Quartet pour le Moyen-Orient qui appuient toutes la solution à deux États. Pour rappel, Il s’agissait alors, en échange d’une reconnaissance mutuelle et d’une garantie donnée à Israël à l’existence par tous ses voisins arabes, de donner l’indépendance aux Palestiniens sur la base des frontières de 1967 tout en trouvant une « solution viable » sur le sort des réfugiés. Initiative rejetée par Israël alors. Mais cette position de la diplomatie française rappelle que la paix globale dans la région ne peut passer sans reconnaissance entre les États arabes et Israël.

Ainsi, la question des relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite, partie prenante de la Ligue arabe, ne peut ne pas être liée à celle du conflit du Proche-Orient et donc aux diplomaties adoptés vis-à-vis des acteurs de celui-ci.

Le Qatar et l’Arabie Saoudite, des acteurs incontournables ?  

Certains candidats à la Primaire à droite sont favorables à la remise à plat de nos relations diplomatiques avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, tout en leur demandant des comptes sur le soutien supposé qu’ils apporteraient au terrorisme.

Nonobstant l’interrogation sur la pertinence de cette proposition, et étant donné l’initiative française prise cette année sur le conflit israélo-palestinien, il aurait été intéressant que les électeurs entendent la position de ces candidats sur les liens qui pourraient être faits entre règlement du conflit israélo-palestinien et celui de l’affrontement chiite/sunnite, lequel est une des raisons profondes de l’embrasement de la Syrie, mais aussi de l’Irak et du Yémen.

Il ne s’agit pas de dire que des liens opérationnels existent entre les deux théâtres. La situation en Israël/Palestine fonctionne en vase clos. La guerre civile syrienne, bien qu’ayant lieu dans un pays frontalier, n’interfère par exemple pas dans la poursuite de la colonisation ou dans la vague de violence actuelle.

Seulement, l’Iran ayant réintégré la scène internationale depuis l’accord historique de l’année dernière, les puissances occidentales, dont la France, auraient intérêt à assurer un jeu d’équilibre entre les pétromonarchies avides de gros contrats et la puissance chiite aux besoins imminents en équipements en vue de sa modernisation permise par l’ouverture récente. En plus de défendre leurs positions dans un contexte de reprise timide de l’économie mondiale, elles gagneraient en crédibilité.

S’il fallait qu’il y ait un changement dans notre politique étrangère, il serait urgent de convaincre les puissances chiites et sunnites de participer ensemble aux conversations internationales travaillant à la paix israélo-palestinienne. Dans le même temps, il faudrait impulser une réelle montée en pression sur Israël pour qu’il respecte le droit international, afin de les rendre plus réceptifs à l’invitation au dialogue, Arabie Saoudite et Iran en tête, lesquels viennent de rompre leurs relations diplomatiques.

Le cas contraire favoriserait le développement de l’épouvantail djihadiste malgré la défaite annoncée de Daesh. Tout simplement parce que les affrontements entre Chiites et Sunnites, en se poursuivant et en s’intensifiant dans les zones où ils se côtoient (Yémen, Irak, Syrie, Liban, Est de l’Arabie Saoudite, Bahreïn) créeront ou permettront le développement de zones de radicalisation attirant à elles tous les djihadistes de l’Ancien monde.

Conclusion

Au vu des faits évoqués, la question du règlement du conflit israélo-palestinien doit être l’objet d’une impulsion nouvelle de la politique étrangère française.

La paix dans cette guerre vieille de près de sept décennies permettra d’enlever un argument de poids au recrutement de nouveaux djihadistes, tout en rendant crédible tout effort de paix visant à la réconciliation entre Chiites et Sunnites, et ce, pour ne pas laisser se développer d’autres endroits ressemblant à l’État islamique.

Encore faut-il en trouver le chemin. Un chemin de plus en plus tortueux à mesure qu’apparait, du fait de l’imbrication forcée de plus en plus poussée des peuples juif et arabe sur le terrain, qu’un État binational sera peut-être la solution la plus viable à l’avenir…

  1. « un État binational sera peut-être la solution la plus viable à l’avenir… »
    Quelle naïveté….

  2. « donner l’indépendance aux Palestiniens sur la base des frontières de 1967 ». C’est effectivement la condition pour rendre une paix acceptable. Mais que fait on des 500 000 colons, dont il est hors de question qu’ils partent (soutenus par tous les gouvernements israeliens depuis 1975), et qui sont bien décidés à continuer l’expension jusqu’à éradication totale des palestiniens en Palestine ? La paix là bas, c’est une utopie.

    1. Près de 80% des israéliens vivant en Cisjordanie vivent à proximité ou le long des lignes qui séparent Israël de la « Cisjordanie » contrôlée par la Jordanie avant la guerre de 1967. Ces zones pourraient être facilement incluses sur le coté israélien en contrepartie d’un léger échange de terres. La seule période où il n’y a pas eu de présence juive en Cisjordanie c’est entre 48 et 67 quand la Cisjordanie appartenait à la Jordanie.

      S’il n’y a pas de paix c’est surtout à cause du fanatisme des palestiniens qui veulent détruire Israël. Pour rappel, Arafat a refusé un accord de paix d’ehud barak qui prévoyait l’évacuation de la quasi totalité des implantations juives en Cisjordanie. Tout cela au nom du droit de retour. Or, accorder ce droit signifie la fin d’Israël c’est de la simple démographie.
      L’accord de barak pouvait difficilement donné plus de concessions aux palestiniens.
      A gaza, il n’y a pas d’occupation israélienne ni d’implantations juives. Pourtant, il n’y a pas la paix. Le désengagement israélien de gaza a permis au hamas de prendre le pouvoir. Le hamas dont le but premier est de détruire Israël et tuer tous les juifs. Le désengagement israélien de gaza loin d’avoir apporté la paix a été un fiasco total et a juste renforcé les terroristes islamistes. Israël ne fera jamais la même erreur qu’elle a fait à gaza et au Liban sud. Chaque fois qu’elle s’est retiré, cela a renforcé le terrorisme. Sans Israël, la Cisjordanie tomberait entre les mains du hamas. Or, une Cisjordanie aux mains du hamas représenterait une menace bien plus grande que gaza. Au vu de la longueur des frontières, Israël serait obligé de reprendre la Cisjordanie.
      Israël n’accepterait un état palestinien que si sa sécurité est garantie. Or, cela ne sera jamais le cas. Le fatah est trop faible par rapport au hamas. A quoi cela sert de faire un accord avec une partie si on est pratiquement sûr qu’elle n’a pas la capacité de le faire respecter ?
      Une vraie solution serait de donner la Cisjordanie à la Jordanie et gaza à l’Égypte. Quand aux implantations juives, il suffit d’être pragmatique. Celles à côté de la ligne de 67 que l’on peut très facilement incorporer dans Israël, Israël les garde. Les autres on les évacue.
      Quand Israël a rendu le sinai à l’Égypte, ça été une réussite car il y avait un état suffisamment fort pour assurer que l’accord soit respecté. Au Liban et à gaza, il n’y a pas d’état fort pour garantir le respect d’un accord. Au Liban, on a pu voir à quel point les casques bleus servent strictement à rien.

      « usqu’à éradication totale des palestiniens en Palestine » vous vivez dans quel monde ? Apprenez le sens du mot éradication. La pop palestinienne augmente sans cesse. Leur taux de mortalité est très bas. D’ailleurs comparer à d’autres conflit, le conflit israelopalestinien a fait très peu de victimes.

    2. Au fait, la ligne de 67 est une ligne de cessez de feu. Rien d’autre. Ce n’est pas une frontière. On peut très bien bouger une ligne de cessez de feu qui est temporaire pas définitif.

      Vu ce que l’on apprend aux enfants palestiniens dans leur école, la paix n’est pas prêt d’arriver. Le fatah qui représente les palestiniens modérés vantent très régulièrement les martyrs ( terroristes tuant des civils innocents)

  3. Quand je regarde une mappemonde et vue la taille taille minuscule d’Israël, il me semble que ce conflit territorial est surtout un prétexte pour les va-t-en guerre de tout poil. L’Asie n’est pas à feu et à sang à cause du Cachemire. Si Israël n’existait pas je suis sûr que ces mêmes « grands défenseurs des opprimés » trouveraient de nombreux autres prétextes et « opprimés » à « défendre ».
    Pragmatiquement, cet état binational existe presque déjà, puisque des millions de musulmans israéliens jouissent déjà d’une vie quasi normale en Israël, ils ont même des députés, radio, tv, etc.
    J’écris ça parce que les Juifs Israéliens sont là, ils ne comptent ni partir ni se laisser marcher dessus, et de toute façon manifestement c’est eux qui dominent largement sur tous les plans là bas, à part sur le plan médiatique.

  4. J’aimerais qu’il y ait un mot français qui restitue tout le sens de ‘delusional »…

  5. Je n’ai trouvé aucun argument, sinon l’idée que les djihadistes sont des juristes sensibles qui ont du mal à supporter les « violations du droit international » commises par Israël. Auquel cas la solution la plus simple serait de changer le droit international, ou plus simplement de l’interpréter un peu mieux.
    Plus sérieusement, si même Villepin ne s’est pas mis à pourrir Israël, c’est que le sujet n’a vraiment rien à voir, ce qui est évident pour à peu près tout le monde.

  6. L’essor du terrorisme islamiste est bien plus lié au financement massif de l’islam radical par les monarchies du golfe à travers le monde qu’au conflit israelopalestinien. Il faut arrêter de donner une importance démesuré à ce conflit. Le conflit israelopalestinien est juste un prétexte pour les islamistes.
    Les francais qui se radicalisent le font bien plus par haine de l’occident et de la france que par haine d’Israël

  7. Tous les pays arabes de la région, sont des hypocrites. Car qui a « demandé », « suggéré », « conseillé », « commandé », aux palestiniens de quitter leur « terres » avant la guerre des 6 jours?. Qui?, si ce n’est, l’Égypte (de Nasser), la Jordanie (de Hussein), la Syrie (du père de Bachar), Gaza, la Cisjordanie, Pour d’autres « souvenirs historiques », prière de consulter Wikipedia. Donc, ces responsables de pays arabes, entourant Israel, ont claironné aux palestiniens qu’ils fallait qu’ils quittent leurs maisons, leurs terres, et tout et tout, et aller dans un pays « limitrophe ami » parce qu’ils (les 6 armées de ces nations arabes) allaient « écraser Israël » et les jeter à la mer. Et que dès que ce serait fait, les populations palestiniennes pourraient revenir. On sait ce qu’il advint des Migs Egyptiens, Jordaniens et Syriens qui furent détruits sur leurs bases aériennes. Pour ceux qui s’en souviennent encore, la TV, nous a montrée, à l’époque, les centaines de paires de chaussures « Rangers », abandonnées par les soldats égyptiens, dans le Sinai, pour pouvoir s’échapper en courant dans les dunes du désert.
    Alors, aujourd’hui, après que les palestiniens aient « réinventés » les détournements d’avion, les attentats (JO de Munich), les oranges empoisonnées venant d’Israel en France, après que les lobbies pro-palestiniens aient « oubliés » la version initiale de leurs « exfiltrations » de la terre qu’ils partageaient avec les juifs depuis plus de 2000 ans, et dont ces palestiniens n’étaient pas « propriétaires historiques », la question du djihadisme, ce n’est qu’une autre phase d’un dossier dont certaines nations « arabes » veulent bien s’en mêler alors qu’elles n’en n’ont rien « à foutre ». Comme en 1967. Il faut que l’Arabie Saoudite et le Quatar, restent chez elles, et ne viennent pas se mêler de choses qui ne les « concernent pas ». A force de jouer avec le feu, ces 2 la finiront dans les sables du désert.
    Et la France, en particulier, ferait mieux de sévir très fermement envers tous les « faiseurs de bazars » qui polluent notre vie nationale.
    « Tout le monde chez soi, et les vaches seront bien gardées », que disaient nos braves paysans.
    Dès que les israéliens auront mis en « production » leur nouveau moteur à combustion », dès que les français et les allemands et les coréens auront mis au point les batteries pour véhicules électriques, alors, alors, la manne pétrolière s’arrêtera et chez eux commencera un 3 ème printemps arabe qui risque de faire couper les tètes à certaines monarchies pétrolières.
    Et qu’on « oublie pas » que ce n’est pas une « légion d’honneur » remise en catimini dans le palais de « MoiJe », qui sauvera les royaumes arabes, financiers de la cause arabo-djihadiste-palestinienne. Les pétro-dollards n’achètent pas tout.
    Alors, si « MoiJe » demande aux « financiers mondialisés », un autre « attentat » pour se faire « réélire » prochainement, le monde arabo-persique, risque de de devenir « minuscule » pour 10 ans.

  8. Deux remarques:
    -je dois être aveugle et sourd, mais je n’ai jamais entendu DAECH s’en prendre physiquement et verbalement à Israël. Serait-ce une contrepartie du financement de DAECH par le Qatar et l’Arabie alliés des américains ? Il est vrai qu’Israël a déjà fort à faire avec ses ennemis chiites, et n’est sans doute pas mécontent de n’avoir pas à ouvrir un nouveau front.
    -revenir aux frontières de 1967 (avant la guerre des six jours) ne règlera rien sans définir un statut spécial pour Jérusalem garantissant la liberté d’action aux trois religions représentées dans la vieille ville. Mais qui est prêt à faire des concessions ?

  9. incroyable article, je crois rêver
    donc en gros c’est la faute des juifs (pardon Israël) si y’a des terroristes
    s’il s’agissait uniquement d’un conflit de territoire ça fait longtemps que ce serait réglé
    la vérité c’est qu’il s’agit d’un conflit religieux qui utilise juridiquement l’argument territorial

Les commentaires sont fermés.