Bataille de Mossoul : début de la fin pour Daesh ?

Publié Par Nathalie MP, le dans Moyen Orient

Par Nathalie MP.

Comme je l’indiquais en février 2015 dans un article consacré à dresser un portrait des groupes terroristes Daesh et Boko Haram, le premier, aussi appelé Etat islamique ou EI, a été créé en 2006 et s’est rapidement constitué un territoire important dans un Irak fragilisé par la guerre. En 2013, il s’est étendu en Syrie à la faveur de la déstabilisation induite par la guerre civile. Puis il a aussi pris pied en Libye en 2014 dans les décombres de l’après-Kadhafi. 

Depuis Mossoul, deuxième ville d’Irak située dans le nord du pays, Daesh a annoncé le 29 juin 2014 le rétablissement du califat dans ses territoires, et son chef Abou Bakr al-Baghdadi s’est proclamé calife. Depuis cette date, autant Mossoul que les villes de Raqqa en Syrie et Syrte en Libye sont devenues ses places fortes militaires et politiques.

L’entrée symbolique dans les rues de Mossoul

Aussi, l’annonce hier 1er novembre 2016 que les forces spéciales irakiennes étaient entrées dans Mossoul, dernière ville contrôlée par Daesh en Irak,  prend une tournure hautement symbolique. Commencée le 17 octobre, la bataille de Mossoul en est donc maintenant à sa phase finale et décisive, avec l’objectif d’aboutir enfin à la libération totale de la ville. Serait-ce le début de la fin pour Daesh ?

Le fait est que si ce groupe terroriste continue à manifester régulièrement sa violence et ses ambitions destructrices par des attentats dans les territoires qu’il contrôle ou dans des pays musulmans voisins où des groupes terroristes locaux lui ont prêté allégeance ou dans les pays occidentaux membres de la coalition militaire internationale formée en août 2014 pour venir en aide à la Syrie et à l’Irak (la France en sait quelque chose), il subit cependant des revers militaires continus depuis le début de 2015.

Dès le printemps 2016, les experts militaires estimaient que Daesh avait perdu 40 % de son territoire en Irak, et pas loin de 20 % en Syrie.

Daesh s’appauvrit

fin-de-daesh-rene-le-honzecEn perdant des territoires, Daesh perd aussi des ressources indispensables à son financement et par voie de conséquence des combattants qu’il lui est de plus en plus difficile de payer, sans compter que lorsque les armées reculent pendant de longues périodes la motivation des soldats tend à diminuer.

Fin 2014, Daesh était considéré comme le groupe terroriste le plus riche de la planète, avec un budget annuel estimé par diverses sources à 2,5 milliards de dollars, notamment grâce à la revente en dessous du cours mondial des abondantes réserves pétrolières qu’il contrôlait à l’époque. Divers trafics, rançons, pillages, vols et impôts venaient compléter ses financements. Remarquons cependant qu’un tel budget reste plutôt modeste, même en supposant que l’essentiel soit consacré à la guerre, et même en supposant que le groupe terroriste parvienne à le maintenir à ce niveau.

L’Irak reprend la main

En comparaison, l’Irak a voté pour 2016 un budget total de 88 milliards de dollars pour une population d’environ 33 millions d’habitants. Il est vrai que la guerre a considérablement fragilisé son économie et que les positions territoriales de Daesh, conjuguées à la baisse du prix du pétrole, l’ont privé d’une belle part de ses ressources pétrolières, mais son budget consacré à la défense reste bien supérieur aux 2,5 milliards tout compris de Daesh. En 2014, ses dépenses militaires étaient de l’ordre de 13 milliards de dollars.

Avec l’appui de la coalition occidentale menée par les Etats-Unis qui apporte le soutien aérien, on voit mal comment l’Irak, épaulé par des milices kurdes, chrétiennes et chiites, ne parviendrait pas à se débarrasser de Daesh. Tout au moins de Daesh en tant que pseudo État et occupant territorial, car dans sa dimension groupe terroriste versé dans les attentats ponctuels, c’est une tout autre histoire qui pourrait durer.

Notons que la situation syrienne est bien différente. Dans ce pays, les ambitions de Daesh se sont greffées sur une situation de guerre civile qui oppose le régime de Bachar el-Assad à des groupes rebelles depuis 2011. Dans l’optique de se maintenir au pouvoir, il semblerait bien qu’Assad cherche à se présenter aux yeux de son peuple comme le seul rempart possible contre le terrorisme, quitte à se montrer sévère avec les rebelles qui le remettent en cause et indulgent avec Daesh qui lui est d’autant plus utile qu’il provoque une terreur indescriptible.

Le cynisme de Bachar

Dans ces conditions, la guerre contre Daesh n’est pas une priorité du régime, mais seulement un facteur parmi d’autres de sa consolidation. On ne saurait s’étonner dès lors, tout en le déplorant, que les choses y avancent moins vite que chez le voisin irakien. Le rapport de la mission d’information sur les « moyens de Daesh » réalisé cette année par Jean-Frédéric Poisson, président du Parti chrétien-démocrate et candidat à la primaire de droite, confirme le rôle « cynique » du chef d’État syrien  :

Il a libéré « plusieurs activistes notoires des prisons syriennes pour favoriser la constitution d’un bloc djihadiste au détriment de l’opposition modérée et apparaître comme la seule alternative souhaitable au chaos. »

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Toujours est-il que la perte de Mossoul sera forcément un coup dur de plus pour les finances et le commerce de Daesh. Située à une centaine de kilomètres des frontières syrienne et turque, la ville est en effet une véritable plateforme commerciale entre l’Irak et ses voisins et elle dispose régionalement d’importants gisements de pétrole qui alimentent ses raffineries.

Les forces en présence

En nombre de combattants, le rapport cité plus haut avance une estimation de 12 000. On est très loin des 20 à 30 000 que la plupart des observateurs attribuaient à Daesh fin 2014, et encore plus loin des 100 000 qui furent mentionnés un an plus tard.

L’arsenal militaire de Daesh est ancien, conventionnel et terrestre, avec un goût prononcé pour toutes les formes d’explosifs et d’explosions. L’utilisation de gaz moutarde a été notée à plusieurs reprises.

Dans le cas précis des opérations (photos) qui se déroulent à Mossoul, les forces en présence opposent 3 à 5 000 djihadistes à 25 000 soldats irakiens, quelques 16 000 volontaires kurdes, sunnites, chiites et chrétiens, 5 000 soldats américains et 3 500 soldats du reste de la coalition dont 500 Français (voir carte ci-dessus, extraite du Figaro). Au milieu de tout cela, les habitants seraient au nombre de 1,5 million selon l’ONU. Malgré la disproportion des forces, les experts s’attendent à une résistance très importante des combattants de Daesh, qui défendent en quelque sorte le lieu sacré du califat, comme a pu le constater sur place un journaliste de la BBC :

La libération de Mossoul semble cependant très probable, et il est heureux de se dire que, la paix s’installant, l’Irak pourra retrouver ses marges de manoeuvre pleines et entières en tant que pays (à condition de parvenir à trouver dans la paix un accord entre les différentes populations qui le composent comme c’est le cas aujourd’hui dans la guerre). Il est encore plus heureux de penser que les habitants pourront regagner leurs villages, leurs maisons, et même leurs églises, une fois les déminages et nettoyages indispensables effectués.

En fait, dès dimanche dernier (le 30 octobre 2016), l’archevêque syriaque catholique de Mossoul et de Qaraqosh s’est déplacé à Qaraqosh récemment libérée pour y célébrer la messe dans une cathédrale passablement vandalisée, mais toujours debout, après plus de deux ans d’occupation et de détérioration islamistes. Située à l’est de Mossoul, Qaraqosh était la plus grande ville chrétienne d’Irak. Confrontés à une sorte de « choix de Sophie » comme les totalitaires dégénérés savent et aiment en proposer, en l’occurrence se convertir à l’Islam ou être réduits en esclavage, les chrétiens d’Irak ont préféré fuir. Savoir que la cathédrale de Qaraqosh n’a pas plié constitue pour eux un formidable message d’espoir. Comme le dit l’archevêque avec un bel optimisme :

« J’espère célébrer la messe de Noël dans la cathédrale de Mossoul. »

Il faut cependant tenir compte du fait que jusqu’à présent, les revers territoriaux de Daesh se sont toujours accompagnés d’un regain d’activité du côté du terrorisme classique, que ce soit sur ses terres du Moyen-Orient ou dans les pays occidentaux. Il me semble que la nouvelle tournure prise par les événements nous invite instamment à redoubler de vigilance dans la lutte contre les attentats.

Si les soldats mercenaires de Daesh sont moins présents, le groupe terroriste arrive encore à étoffer ses troupes avec des jeunes de 16 à 17 ans, ceux qui se « radicalisent » en Europe, partent ensuite en Syrie ou en Irak pour se former et reviennent sur place pour mener à bien une mission terroriste. C’est le moment pour nos gouvernements de se poser la question : fait-on bien tout ce qu’il faut pour tenter de prévenir les attaques, et une fois qu’elles sont déclenchées, donnons-nous à nos citoyens tous les moyens de se défendre ? Vu ce qu’on a vécu au Bataclan, à Nice ou dans l’église de Saint-Étienne du Rouvray, je crains que non.

Un second défi nous attend, c’est celui des déplacements de population. Il est prévu que les 1,5 million d’habitants de Mossoul puissent quitter la ville par des couloirs humanitaires spécialement aménagés. Où vont-ils aller en attendant de pouvoir retourner chez eux ?

Si Daesh est effectivement chassé des vastes territoires qu’il occupait, on peut imaginer que les habitants pourront à terme rentrer chez eux. Dans l’intervalle, il est probable que les pays limitrophes ainsi que les pays d’Europe seront à nouveau amenés à accueillir des réfugiés. Il est intéressant de voir que le pape a plaidé hier pour que les pays d’accueil manifestent un certain discernement dans leur générosité en adaptant leur politique à leurs capacités économiques. L’expérience de l’année 2015 a montré qu’on ne peut imposer à quiconque de se montrer généreux envers autrui.

Sur le web

  1. Quel serra le futur de demain pour cette planète Nous ne serons nous peut être plus là pour le voir mais il faut espéré qu’il en soit totalement fini de la dictature et que la couleur de chaque nation … ne soit plus un frein a la fraternité des peuples et rassemble ce globe au lieu de le devisé et parfois le déchirer par toutes stores de crises.

  2. Oula, oula, attention, le combat urbain face à un ennemi déterminé, c’est très incertain. Le rapport de force est clairement en faveur des troupes Irakiennes, milices Chiites, et troupes Kurdes, SUR LE PAPIER, mais chacun a ses propres objectifs. Il n’est pas certain que ces « 25 000 » soldats de la coalition soient tous utilisés pour la prise de la ville. On a déjà une bonne partie qui sont chargés de reprendre les campagnes autour de Mossoul, et couper les axes de communication avec la ville. Les Peshmergas situés au Nord de Mossoul, si chers à nos medias mainstream, n’avancent quasiment plus depuis 2 semaines, parce les Kurdes Irakiens se moquent bien de la prise de la Ville, ils ne sont là que pour occuper du terrain et peser dans l’équilibre géopolitique. Les troupes Irakiennes viennent effectivement de pénétrer dans les faubourgs Est de la ville, mais reste à voir comment Daesh a préparé ses défenses, après au bas mot 1 à 2 années de préparatifs.
    De Daesh, on ne verra probablement pas la fin en tant que « phénomène »: si Mossoul tombe, et dans la foulée, dans x temps, Raqqa et Al Bab, il est fort à parier que les anciens de Daesh iront se noyer dans une myriade de milices djihadistes, ou bien iront rejoindre leurs cousins de Syrie… Les ex-Al Nosra/Al Qaeda sont de toute façon en bonne position pour reprendre le flambeau, à en juger les moyens qu’ils ont employés ces dernières semaines pour tenter de pénétrer à l’Ouest d’Alep…

  3. Bah, Mossoul n’est pas encore perdu pour Daesch : Erdogollum veille au grain, il ne laissera pas son bébé se faire massacrer 🙂

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