Faut-il enseigner Wikipédia ?

Publié Par The Conversation, le dans Technologies

Par Alexandre Hocquet1.

Wikipédia est (ou devrait être) un objet extraordinaire à enseigner : tout le monde connaît Wikipédia, et presque tout le monde connaît mal Wikipédia. Cela devrait être la situation idéale pour un enseignant : intéresser les étudiants avec quelque chose qu’ils connaissent, les surprendre en leur montrant qu’ils peuvent y découvrir beaucoup de choses.

Malheureusement, mes propositions d’enseigner Wikipédia restent souvent lettre morte auprès des collègues qui font les maquettes pédagogiques. Je propose un cours à toutes les formations et tous les niveaux : enseigner Wikipédia est transversal et peut être fructueux du L1 au doctorat. Un des principaux malentendus est que « enseigner Wikipédia » est vu par les collègues comme une formation courte : au mieux « apprendre à l’utiliser », au pire « apprendre à s’en méfier ». Pourtant, il y a dans Wikipédia de quoi apprendre pendant tout un semestre. Tout d’abord, plonger dans Wikipédia demande de s’y faire petit à petit. Surtout, Wikipédia est un objet d’étude pertinent pour de nombreux aspects, pour moi qui voudrait enseigner mon domaine de recherche : les STS, ou, dit autrement, les relations entre sciences et sociétés.

Tester une analyse critique des médias

L’enseignement de l’analyse critique est à la mode en ce moment, particulièrement dans l’injonction ministérielle à se méfier « des théories du complot », à peine différente de l’injonction ministérielle à se méfier « d’Internet ». Pour l’école, pour l’université et pour la presse, ce qui vient d’Internet est suspect a priori et Wikipédia est le « usual suspect » dans les entreprises de décrédibilisation de la part de ces trois institutions. Pourtant Wikipédia est un laboratoire très intéressant pour tester une « analyse critique des médias ».

Plonger dans Wikipédia permet de se mettre à l’épreuve d’une communauté de pairs plutôt que d’une voix magistrale. Intervenir dans Wikipédia, c’est soumettre sa production (ou tout simplement son avis) aux mécanismes de recherche de consensus, de la vérifiabilité, de la neutralité de point de vue (des notions wikipédiennes qui elles mêmes demandent à être déconstruites mais cela s’apprend en plongeant dedans).

Ces notions épistémologiques ne sont pas seulement celles d’un mode de production de connaissance bien particulier, elles sont aussi liées (et se façonnent mutuellement) avec l’infrastructure technique et logicielle de Wikipédia (qu’est ce que le wiki et d’où vient-il ? Que sont les bots et comment travaillent-ils ?), l’infrastructure juridique et politique (quel est le rôle de la Wikimedia Foundation, en quoi la production est elle liée aux licences ?).

Enseigner le bien commun

Les licences utilisées dans Wikipédia, et Wikipédia elle même, sont aussi un projet politique lié au monde du libre, aux « creative commons », et plus généralement aux « biens communs ». Enseigner Wikipédia c’est aussi enseigner un projet politique particulier et nouveau : c’est le seul « bien commun » à avoir réussi à exister à grande échelle. Les politiques du libre ne sont pas seulement un projet, ce sont aussi une mise en oeuvre, dans lesquelles la notion de forking est primordiale (le forking, en tant qu’action politique, est l’équivalent d’un schisme en religion ; à la fois une garantie de démocratie et une menace de division).

De manière plus générale, Wikipédia est un des rares exemples à grande échelle d’un projet qui se veut « Open » et qui est obligé chaque jour par la pratique de définir ce qui est « Open » et ce qui ne l’est pas, parfois avec violence. L’Open est un concept flou. Au delà d’un washing politique ou d’une vision militante, définir ce qu’est l’Open en pratique est malaisé. Wikipédia est donc une étude de cas essentielle pour comprendre les « politiques de l’Open ».

Enfin, Wikipédia est aussi une communauté et ce projet politique est aussi un projet d’organisation communautaire par les principes, les règles, les protocoles et la technique. L’organisation des débats, les règles de recherche de consensus, les procédures de vote s’y inventent. Wikipédia est une excellente étude de cas pour enseigner la « culture numérique » par l’exemple.

Wikipédia permet de comprendre en quoi des projets techniques, des projets politiques, des projets épistémologiques liés au monde du libre, au monde du software, au monde des « algorithmes » transpose ces notions dans un monde accessible au grand public. En ce sens, j’ai la conviction que pour comprendre ce monde, pour acquérir une « littératie numérique », il est plus utile de plonger dans les entrailles de Wikipédia que d’apprendre à coder.

Wikipedia : politique, technique, sociologie

Mon but est de parvenir à faire partager ma vision distanciée mais pas complètement de Wikipédia, faire toucher du doigt comment Wikipédia est un monde avec des aspects techniques, des aspects politiques, des aspects sociologiques, démocratiques, juridiques, épistémologiques uniques et surtout complètement entremêlés les uns aux autres. Je le fais en racontant des anecdotes.

Ces anecdotes ont pour but de révéler ces enchevêtrements en racontant une histoire. Elles sont censées surprendre sur un sujet que tout le monde connait mais que personne ne connaît ET révéler les tensions et interpénétrations de tous ces thèmes. Elles servent aussi à provoquer des questions-réponses, particulièrement si l’anecdote a ou a eu un succès médiatique ou si elle a été relatée dans la presse.

Par exemple, quand est abordée la question de l’ajout de photos, les principes de wikimedia commons, et/ou les règles du copyvio, l’anecdote du selfie du macaque met en lumière ces sujets, leur enchevêtrement, et leurs implications à la fois juridiques, techniques, procédurales, et de choix de licence, tout en traitant du militantisme du copyleft. L’anecdote est donc tout sauf futile : elle met en lumière cette complexité.

En dehors de la structure universitaire, une équipe de wikipédiens a créé un Massive Online Open Course qui a pour but de faire découvrir Wikipédia et d’apprendre à y contribuer. Il est pédagogiquement très réussi, beaucoup mieux que de nombreux MOOCs réalisés par des professionnels. Pour sa deuxième version, qui aura lieu en mars 2017, je me suis joint à l’équipe pour participer à cette expérience pédagogique et aussi proposer d’y ajouter des anecdotes dont la narration sera co-construite. Plus tard, ce MOOC, évidemment sous licence libre, sera réutilisable, modulable, modifiable pour pouvoir être enseigné dans différents cursus universitaires.

Il reste beaucoup de choses à faire pour rendre l’Université et l’enseignement de Wikipédia compatibles, mais de plus en plus de gens s’y mettent… et en débattent.

Sur le webThe Conversation – Article sous licence CC-BY-ND

  1. Professeur des Universités en STS, Université de Lorraine
  1. Hypothèse de travail intéressante. Mais les arguments sont peu nombreux et restent très flous. Et la façon dont l’article est rédigé a quelque chose de gênant, d’anormal. La progression en est rompue. Les choses sont répétées plusieurs fois, avec de faibles variantes. Certains éléments reviennent, dans le désordre. La banalité du ton, l’affirmation remplaçant la dialectique, donnent l’impression que l’article tout entier est fait de fragments imparfaitement organisés. Peut-être y a-t-il plusieurs auteurs mal coordonnés? Peut-être s’agit-il partiellement d’une traduction? Peut-être cette traduction a-t-elle été dégrossie par un logiciel, et ensuite revue.par un locuteur natif, mais pressé. C’est vraiment dommage. Il y a beaucoup de choses à dire en faveur de Wikipedia, en faveur de l’usage de Wikipedia, et beaucoup d’enseignement à tirer de l’examen du système. La réussite « contre-intuitive  » de ce réseau d’information non-magistral (ou magistral autrement) est une des surprises heureuses d notre temps.

  2. Professeur vacataire depuis 20 ans en Master sur les thématiques digitales au sens large y compris création de startups, je vous suis totalement dans cette démarche.
    Nous sommes en face d’une nouvelle génération, c’était déjà un peu le cas il y a 20 ans, qui par ce qu’elle utilise internet au sens large et les réseaux sociaux en particulier, pense être des experts « natifs » du web. En cela, elle n’est pas aidé par les pseudos consultants qui pour justifier leur activité emmènent toutes la société dans le mur. Mais puisqu’il parait que la foule à toujours raison, pourquoi pas…

    Le web a ceci de particulier, qu’il ouvre vers l’extérieur, pour peu que l’on y mette un peu du sien. Contrairement à la plupart des publications papier (y compris celle à comité de lecture) qui par définition suivent sur une ligne de conduite fixe. En contrepartie, elles font le job de restreindre ce qui est publié à ce qui est raisonnable de publié (en fonction de leur propre militantisme) et jouent le rôle d’interface tampon entre tout et n’importe quoi qui peut être publié et ce qui doit être lu. Internet, c’est totalement l’inverse, chacun, avec de faibles moyens, peut y publier tout ce qu’il veut et surtout toutes les âneries propagandistes et sectaires.

    Nous produisons toujours plus de bruit inutile, avant même de parler du Big Data, mais il parait que cela fait partie de notre cycle d’apprentissage naturel. Vous vous doutez que j’ai une vision très éloigné de cela. Nous conduisons un bus à grande vitesse dans le mur sans donner de leçon de conduite aux internautes. Le volume d’informations mises au même niveau n’est là que pour assourdir ce qui conduit à la prise de conscience des populations, lui demandant toujours plus d’efforts pour faire le tri.

    C’est voulu par des gens qui vivent de la publicité. Mais nous devons donner les clefs de lecture du monde qui nous entoure pour aller plus loin et construire notre nouvelle société. Celle que nous espérons plus mature, moins superficielle et plus centrée sur un vivre ensemble frugal plutôt que l’égocentrisme que l’on nous vend du « parce que je le vaux bien ».

    Une analyse critique de ce qui restera de notre société
    Plus que seulement des médias, c’est une façon d’aborder le flow d’information produite par notre société. Que laisserons-nous aux générations futures. Quelle image auront-ils de nous et que pourront-ils construire sur les fondations que nous aurons posées ? Le moyen-âge, l’âge dit de l’obscurantisme, n’a-t-il pas permis la construction des cathédrales et l’émergence de la période des Lumières. Quel héritage allons-nous laisser aux générations futures ? Des trillions de Térabits de bruits, dans lesquels les informations utiles sont noyées ? Le temps est peut-être venu de prendre une autre position. Google aurait pu avoir ce rôle de filtre. Il lui aurait suffit de permettre la notation de chaque résultat de ses requêtes et de répondre à la question suivante mes réponses correspondent-elles à ce que vous cherchiez ?

    Enseigner le bien commun, c’est les [nos étudiants] faire prendre part à une construction et non plus d’être de simples consommateurs. Pour cela Wikipédia me semble effectivement être le bon exemple, il devient le premier bloc de connaissances universelles que nous pouvons individuellement co-construire. Il a, qui plus est, l’avantage de la rigueur (voulu ou induite par les pairs) citant les sources et passant des filtres de relecture.

    Alors oui, je ne peux que partager et encourager votre démarche à impliquer vos étudiants comme j’implique les miens sur ces sujets. Le web est un océan et nous laisserions nos matelots naviguer sur des optimistes1 et faire face seul à la découverte de ce nouvel espace qui les emmènent aux frontières de l’infini ?
    Ne dit-on pas, j’ai demandé la Lumière et je l’ai reçue. Encore faut-il la demander ou avoir accès à des enseignants/des mentors qui vous montrent la voie à suivre pour vous améliorer et en faisant cela améliorer par voie de conséquence la société (je n’ai aucun doute que certains amis discuteront ce dernier point).

    Courage
    Pedro

    1 – L’Optimistes https://fr.wikipedia.org/wiki/Optimist

    Peut-être ferais-je un complément sur mon blog MotioDigitalus.net

  3. Force est de constater que Wikipedia reflète la mode du moment, et donc n’est pas crédible. Lisez la page sur Cuba et vous trouverez des perles du genre:
    Selon les détracteurs du gouvernement cubain, plusieurs écrivains cubains ont été persécutés… Selon les détracteurs du système cubain, les dissidents sont surveillés et soumis à la censure.
    Ainsi pour Wikipedia les faits sont relatifs et seuls les détracteurs dénoncent les exactions, non confirmées, du régime qui n’aurait jamais persécuté personne? Ces faits ne seraient donc exacts que pour les détracteurs du régime? Wikipedia n’a jamais entendu parler d’arrestations de dissidents? Ni d’Amnesty International qui publie tous les ans un document recensant les victimes du régime castriste? Ni des témoignages des écrivains en question?
    Selon Le Livre noir du communisme, plus de 100.000 Cubains ont connu depuis 1959 les camps et les prisons en raison de leurs opinions, et de 15.000 à 17.000 personnes ont été fusillées. On peut remarquer que même après une période de 20 années après la chute du communisme, sa censure est toujours respectée par un site comme Wikipedia, qui fait du révisionnisme pour complaire aux communistes et leurs complices. Pourtant plus loin il est écrit:
    Dès 1959, les partisans de Batista sont exécutés de façon expéditive.
    Cela dit bien ce que cela veut dire. Ils furent assassinés. En fait toute personne possédant des biens était un bourgeois, donc qualifiée de partisan de Battista et assassinée pour que ses biens puissent être confisqués et offerts à un dirigeant de la révolution. Procédé classique, ayant déjà cours lors des proscriptions dans la Rome antique.
    Ce ministère prit soin également des biens et possessions abandonnées par ceux qui fuirent le pays.
    Comment s’enrichir rapidement et sans effort ni mérite. Comme presque tous les gourous, Castro n’était qu’un charlatan recherchant le pouvoir pour s’enrichir. Mais que ses admirateurs et disciples ont sanctifié. Il suffit de voir l’admiration qu’ils lui portent. La même qu’ils eurent pour Staline et Mao.

    1. Les articles de Wikipédia sont fait par des humains et donc entachés d’erreurs. Un des grands avantages de Wikipédia est l’ouverture des informations à tous. Wikipédia a pour objectif de base que n’importe qui peut modifier une page pour y apporter du contenu, corriger une faute, améliorer le style…
      Alors si une personne juge que les informations sont trop parcellaires ou incorrectes, elle peut y apporter son correctif avec les références étayant les faits.

    2. Force est de constater que Wikipedia reflète la mode du moment, et donc n’est pas crédible

      Sophisme: https://fr.wikipedia.org/wiki/Biais_de_s%C3%A9lection
      « Force est de constater qu’il y a eu des Virgile criminel, vous n’êtes donc pas crédible. »

      Cet article francophone de wiki sur Cuba est en effet une honte qui mériterait au mieux une « alerte neutralité », il a subis une révisionnisme massif des communistes francophones qui sont très actifs en particulier sur Cuba, car c’est une des seules consolations (très, très relative, il faut beaucoup mentir) qu’ils ont sur les effets du communisme. L’article en anglais n’a pas ce problème. Il faudrait attirer l’attention des forums adéquats sur ce révisionnisme pour que des contributeurs wiki corrigent cet article ou posent une alerte. Par exemple sur liborg (je n’ai pas les droits).

      Mais sur le sujet de votre commentaire: pleins d’études démontrent que wiki est en moyenne bien plus exacte que les encyclopédies traditionnelles tout autant soumises à la subjectivité, la partialité et dont les erreurs peuvent mettre des années à être corrigées.

      1. Certe mais ce n’est pas le seul, n’importe quel sujet polarisant le moindrement est susceptible de se retrouver avec une page Wikipedia pleine de n’importe quoi.
        L’article en anglais sur Willie Soon est un ‘character assassination’ en règle.
        Il suffit que quelques personnes qui ont du temps à mettre pour répandre de la désinformation et empêcher toute personne susceptibles de rectifier les choses de contribuer.

        Wikipedia n’est pas à jetter, mais il faut connaître ses limites comme n’importe quel outil.

  4. C’est effectivement un thème intéressant.
    On peut y étudier in vivo les fils et la création des soit-disant consensus et ce qu’ils emportent aux deux sens du terme.
    On pourra également se pencher sur les différences éminemment visibles entre un wiki français et us par exemple quand au contenu et à la narration.
    Enfin, on pourra se pencher sur la création de légendes et autres équivalents modernes de ce qui se pratiquait jadis pour les agents d’influence, avec une mention spéciale pour la manière dont se sont organisés les contributeurs in situ ou non. Les parallèles avec les acteurs d’influence actuelle sont saisissants.

  5. D’accord avec cette approche. Je dis la même chose sur mon blog : https://diacritiques.blogspot.fr/2015/12/wikipedia-lencyclopedie-du-peuple-par.html?q=wikipedia
    Le MOOC est en effet très bine conçu.
    Mis il faut garder une approche critique dans l’étude de la question. Les procédure de décision et de contrôle sont encore balbutiantes et fragiles…
    Ce qui n’enlève rien à la qualité de l’outil et à ses vertus pédagogiques, au contraire !

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