Police : du fric pour les flics, c’est chic !

Publié Par h16, le dans Édito

C’est bon, c’est fini, reprenez votre souffle : il n’y aura pas de révolution menée par la police en France en octobre 2016. Le gouvernement, en la personne de Bernard Cazeneuve, le puissant ministre de l’Intérieur, a agi et a, d’un magistral coup de baguette magique, résolu les problèmes qui faisaient grogner les corps de maréchaussée. Ouf. Tout peut donc reprendre son cours normal.

Face aux policiers ronchons depuis maintenant dix jours, Bernie n’a pas hésité. Le mercredi 26 octobre, il a annoncé, en fanfare, un « plan de sécurité publique » dans lequel est compris l’examen minutieux de la loi encadrant la légitime défense pour les policiers, des mesures pour protéger leur anonymat, une plus grande sévérité pour l’outrage, ainsi qu’une enveloppe pleine de sous pour moderniser l’équipement.

Voiture de Police Demaerd

250 millions d’euros, voilà donc la somme qu’il fallait débloquer pour calmer les policiers. Avec cette somme rondelette, on va pouvoir acheter des gilets pare-balles qui résistent aux tirs de Kalashnikovs (apparemment suffisamment fréquents de nos jours en France pour justifier l’équipement de toute la police nationale), des flash-balls plus gros, plus rigolos ; on va même pouvoir faire un peu de papier peint et de plomberie dans certains commissariats décrépits. Avec les discussions ouvertes sur la légitime défense, le port de la cagoule, le durcissement des peines pour outrage, les syndicats sont extatiques : c’est un carton plein et tout le monde est content, à commencer par Cazeneuve qui n’a pas pu s’empêcher de fanfaronner :

« Toutes ces mesures (…) sont destinées à faire entrer dans le droit des dispositions de nature à protéger les représentants des forces de l’ordre et à imposer le respect qui leur est dû. »

… Parce que comme chacun sait, le respect ne se développe pas naturellement d’un environnement qui l’aurait installé, par les pairs, par l’exemple et par les institutions. Non, le respect s’impose, se décrète et peut même s’acheter pour 250 millions d’euros.

Maintenant, si on écarte les bruyants syndicats du tableau d’ensemble et qu’on se concentre un peu plus sur la base policière, celle-là même qui organisa les premières manifestations, on se rend compte que la joie n’est pas aussi unanime. Du reste, si on s’en tient aux petits articles de la presse subventionnée, on aura bien du mal à obtenir une photographie fidèle de ce qui se passe réellement dans les forces de l’ordre actuellement en France.

D’un côté, les syndicats de police et le gouvernement se félicitent de l’accord trouvé, ainsi que du magot dégoté on ne sait où mais qui permettra de faire des miracles. De l’autre, la base a largement montré qu’elle ne croyait plus en ses syndicats, dont elle s’est largement passée pour émettre des grognements au point de ne même plus suivre leurs mots d’ordre comme l’a démontré le bide de la manifestation d’origine syndicale organisée le 25 octobre dernier.

À ceci s’ajoute la liste, pas du tout officielle, des revendications de nos policiers. Selon les syndicats, il s’agit essentiellement d’un problème de moyens (alpha et oméga des demandes syndicales depuis que le syndicalisme existe ou pas loin), auquel on peut ajouter le reproche d’une justice par trop laxiste. Selon la base, il s’agit d’un problème d’écoute de la hiérarchie, de fatigue accumulée, de difficulté à riposter en cas de danger tout en respectant le cadre de la légitime défense, ou de tâches considérées indues ou inappropriées.

police-car-burn-with-trumpet

Sur ce mélange des revendications différentes entre base et syndicats, on fera fort d’ajouter la petite danse maintenant habituelle du gouvernement pour tenter de se débarrasser de la patate chaude en en faisant le moins possible. Lorsque la fronde a éclaté, la direction policière a immédiatement fait les gros yeux et menacé de sanctions. Ce qui ne fit qu’accroître les manifestations de grogne. Cherchant l’apaisement et n’obtenant toujours pas la dispersion des ronchonneurs, il fut ensuite tenté d’amalgamer cette grogne au Front National. Peine perdue, la grogne a persisté. Acculé, le gouvernement sort son chéquier.

Pourtant, en première analyse et lorsqu’on revient aux sources de ces mouvements d’humeurs, à savoir une attaque en règle, au cocktail Molotov, de quatre policiers dans deux voitures en surveillance, il ne semble pas que la question financière soit immédiatement apparue comme cruciale. De loin, il semble bien que les policiers n’avaient pas d’abord besoin d’argent et qu’on leur en a donc donné autant que possible.

Peut-être les policiers sont-ils excédés de constater le décalage grandissant entre ce qu’ils vivent au quotidien et le pouvoir politique, qui qualifie les criminels de « sauvageons » ?

Peut-être la maréchaussée prend-elle confusément conscience qu’elle sert à la fois de chair à canon dans les quartiers émotifs sensibles et de collectrice de taxes sur les grands axes, ce qui ne représente ni dans un cas, ni dans l’autre, ce pour quoi elle est normalement employée ?

Peut-être la base policière, nonobstant les problèmes de moyens, réels ou exagérés, se rend-elle compte qu’il y a un vrai souci de conception de l’ordre et de la morale dans un pays ou une préfète ne semble pas s’émouvoir d’incendies volontaires (une tradition, mon brave, rien qu’une tradition) provoqués par des personnes en situation irrégulière ?

Peut-être ceux qui œuvrent pour la police finissent-ils par se rendre compte qu’ils sont détestés par une proportion grandissante de la population qu’ils alpaguent pour des trivialités routières, et doivent laisser filer (pour ne surtout pas déclencher d’émeutes) un nombre toujours croissant de crimes et délits que la doxa politique, visqueuse et hontectomisée, classera benoîtement dans les « incivilités » même pas dignes d’entrefilets dans la presse locale aux ordres ?

Peut-être la police, épuisée de mener une guerre à la drogue aux résultats catastrophiques, de faire semblant de lutter contre un terrorisme en se plantant niaisement devant des bâtiments institutionnels ou des VIP bouffis de leur importance, se rend-elle compte que la sécurité que les Français réclament s’obtient par une politique cohérente ? Que cette politique s’inscrit sur la durée, qu’elle ne cherche pas des peines toujours plus dures mais plutôt à appliquer, enfin, celles qui existent ? Qu’elle ne cherche pas à tout prix à éviter de construire des prisons alors que la France, selon tous les standards mondiaux, en manque cruellement ? Que lorsqu’elle en construit, elle ne cherche pas à en faire un gambit politico-politicien à des fins de capitalisme de connivence éhonté ?

Peut-être la base comprend-elle confusément qu’on est en train, encore une fois, de la balader avec des mots et un peu d’argent là où il faudrait réformes et remises en question ?

on appelle cela du foutage de gueule

En attendant, ces 250 millions d’euros ont résolument le parfum d’un nouveau foutage de gueule : la République trouve des petits mouchoirs financiers pour sécher les larmes et faire oublier les frustrations, alors que ce n’est pas d’argent dont les forces de l’ordre ont le plus besoin actuellement, mais de l’assurance que leur travail est profitable à la société. Rien, dans ce qu’ont fait les membres du gouvernement, ne permet d’avancer à ce sujet.

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Sur le web

  1. concernant les incendies volontaires provoqués par des personnes en situation irréguliere , je me permet de rappeler que tout les 31 décembre nous avons droit à une autre tradition qui est de mettre le feu aux bagnoles et cette tradition là est bel et bien menée par des gens qui eux ne sont pas en situation irrégulière ;

    1. Vous retardez, la nouvelle mode en banlieue c’est d’incendier les flics.

  2. tolérance zero: c’est la seule chose qui a fait preuve d’efficacité sur les « sauvageons ».
    Cela nécessite d’investir surtout dans la justice , plus que dans la police, mais à terme cette dernière est gagnante car plus respectée

  3. C’est la base de tout management : donner du sens au travail.

    Néanmoins il est vrai que la police manque de moyens. Le régalien de tout manière manque de moyen. La part du PIB consacré n’est que de 2.5% si je ne dis pas de bêtises. Des témoignages de policiers sur des voitures déglinguées, des uniformes à recroudre soi-même… font froid dans le dos. Donc on peut tout de même saluer l’effort même si on peut douter de la volonté du ministère.

    De même une réforme de la légitime défense ne serait pas du luxe même si là encore, on sera sur de la réformette (si réformette il y a!)

    1. J’ai croisé un magnifique fourgon de police l’autre fois, un Renault Trafic du début des années 90. C’est beau la modernité.

      1. Non mais, de quoi se plaignent-ils ❓
        Ils roulent en voiture de collection :mrgreen:

  4. Apres alstom, la police… 2017 approche et notre president veut etre reelu (bon avec 4 % d opinion positive, il ui faudrait un autre miracle et je doute qu a 75 ans Juppe, meme dope au Viagra, aille violer une femme de chambre a NY).
    Hollande ne peut que lacher de l argent. Le PS et le reste de son electorat ne peut supporter une severite accrue contre les « sauvageons » car immigres=pauvre= victimes de la societe injuste=ne peuvent pas faire de choses mal

    1. Bah il ne lui reste plus qu’à faire un pèlerinage à Lourdes et demander l’absolution de ses péchés à Rome. 😉

  5. Et les habitants de ces cités sinistrées qui vivent sous la coupe de la racaille, ils auront aussi droit à quelque mesure ? Non suis-je bête, c’est de la sécurité des policiers dont il est question, pas de la quiétude du citoyen qui ne manifeste pas.

    1. Peut-être la Police serait-elle plus efficace si ceux de ces habitants qui ont des informations sur les racailles les portaient à sa connaissance.

      1. Voyez ce qui advient à la courageuse dénonciatrice d’Abaoud,ce chien, et révisez vos bêtises. Personne ne protège le citoyen honnête, dans ce pays.
        L’outrecuidant qui ose se défendre est châtié pour l’exemple, par contre.

  6. « …détestés par une proportion grandissante de la population qu’ils alpaguent pour des trivialités routières », effectivement l’utilisation faite par le pouvoir des policiers et même d’autres corporations, laisse perplexe sur le soutien à apporter à ce mouvement de contestation. Car d’une répression routière intolérante vis à vis des gens ordinaires, nous risquons d’entrer dans une république intolérante dans bien d’autres domaines comme la presse, le web, notre argent etc… Et où sera dans ce cas la différence entre nos partis traditionnels et d’autres soit disant extrêmes?

    1. Pour la presse, elle ne risque rien plur le moment. Elle est totalement du côté du pouvoir en place et prépare sa reconduction. Elle est aussi bien chouchoutée par notre gouvernement !
      Si elle était neutre, on serait plus au courant des problèmes rencontrés chaque jour par les policiers et du nombre de blessés et de morts dans leurs rangs depuis l’arrivée de FH.
      Par contre si un gentil manifestant est blessé, alors là on en parle dans tous les médias… sauf… s’il n’est pas de gôche !

  7. Merci H16, qui tape dans le mille encore une fois!
    Nos politiques sont catastrophiques !

  8. Merci H16. Toujours aussi perspicace et mordant.
    Deux remarques:
    -après un évènement marquant, pour commenter les faits, la Gendarmerie est toujours représentée auprès des médias par l’autorité galonnée responsable du secteur; la police est toujours représentée par un représentant syndical; où sont les commissaires responsables ?
    -les policiers ont besoin d’une justice en cohérence avec la politique de sécurité affichée par le politique. Depuis les réformes Badinter à partir de 1981, les frictions police/justice sont aussi une « tradition »…

  9. La France, l’Europe, l’Amérique..? Que de démonstration Régalienne..! Messieurs faite attention la France elle fout le camp, avec un gouvernement FAF.!
    une police qui devient un foutoirs.. Car être flics ce n’est pas un métier (qu’on le veuille ou non.!), C’est justes que ces individus pour la majorité d’une part pour la retraite à 48 ans (où est l’Égalité), avec une possibilité de faire une seconds carrières..? et comme travail c’est moins dangereux que d’être routier..??
    De plus soit que tu fait taper sur la gueule où tu te fait flingué maintenant..? Notre police arrive aux même stade (on tir d’abord on discute après) qu’en amérique du Nord .. Voire les cinq gugusse d’aujourd’hui.! Ils l’ont abattu comme un chien de cinq Balles.! bravos les peureux..? ils ne pouvait pas lui tirer dans les jambes..?? Ces mecs ils faux les mètres en taule et les radiers des services.!

    1. Mirael , votre orthographe ,votre grammaire et la profondeur de votre commentaire prouvent que vous n’êtes pas un grand intellectuel …( euphémisme ).
      Un problème personnel avec la police? un peu de zonzon , peut-être…?

  10. Déjà pour faire un boulot ( policier ) qui (a ) par exemple consisté à se faire caillasser toutes les nuits par les migrants à Calais , faut être bien maso ou être vraiment dans des difficultés financières pour ne pas se barrer et faire autre chose ! Franchement mieux vaut le smic à l’usine ! Franchement l’Etat est vraiment fort : comment fait-il pour trouver encore des volontaires pour passer le concours alors qu’on sait très bien que votre début de carrière consistera à aller vous faire tabasser voire tuer dans les banlieues et votre carrière complète à vous faire mépriser voire hair de toute la population , tout ça pour un salaire minable ? les jeunes n’ont pas de télé? pas internet? jeunes , il existe des boulots bien mieux que çà…

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