Les noces de diamant du nucléaire français

Publié Par Arnaud Daguin, le dans Énergie et matières premières

Par Arnaud Daguin.

Le mois dernier, le nucléaire a fêté son soixantième anniversaire en France. Aujourd’hui décriée par beaucoup, l’énergie atomique reste encore l’énergie la plus répandue dans l’Hexagone et certains pays qui l’avaient délaissée la plébiscitent à nouveau.

L’invention de l’énergie nucléaire, sur fond de guerre froide

En France, l’histoire du nucléaire a démarré sur le site de Marcoule, dans le Gard, avec le lancement de la première pile atomique le 28 septembre 1956. En pleine guerre froide, l’organisation d’une industrie nucléaire réjouit à l’époque le général de Gaulle qui y voit une force supplémentaire pour le pays, à la fois utile pour la reconstruction mais aussi pour la défense nationale. Dans les années 50 et 60, la France se dote alors de neuf réacteurs.

Le parc nucléaire français voit sa taille considérablement augmentée après le choc pétrolier de 1979. La crise qui suivit a poussé le gouvernement à appuyer sa politique énergétique en faveur du nucléaire et à renforcer sa filière dans l’optique de garantir au pays une certaine indépendance énergétique. Une quarantaine de réacteurs sont ainsi apparus en France dans les années 80.

Aujourd’hui, l’industrie nucléaire en France, constituée de 19 centrales et de 58 réacteurs de différents niveaux de puissance, représente 75 % de l’électricité du pays. Le nucléaire reste la première source de production d’électricité dans l’Hexagone, une filière portée par EDF qui assure la gestion de l’ensemble du parc national. Un âge d’or cependant contrarié par un élan contestataire qui souhaite en finir avec la prédominance de l’atome dans le modèle énergétique national.

De nos jours, il est en effet de bon ton de taper sur cette énergie pour satisfaire une conscience collective nourrie par un mouvement anti-nucléaire très présent en France. Le gouvernement a ainsi voté dans sa loi de transition énergétique un objectif de réduction du nucléaire, avec l’ambition de faire tomber sa part à 50 % du modèle énergétique d’ici à 2025.

Le nucléaire, un « atout évident » pour Ségolène Royal

Pleinement engagée dans une lutte difficile contre les dérives climatiques, la France veut réduire sa dépendance au nucléaire en favorisant la montée des énergies renouvelables, ces dernières étant considérées comme le marchepied idéal vers un avenir à la fois durable et responsable. Pourtant, malgré ce que laisse entendre le gouvernement en abordant la fermeture de ses centrales les plus anciennes, il sait que l’instauration du nouveau modèle énergétique français ne peut se passer du nucléaire pour avoir lieu.

Pour Ségolène Royal, « dans la construction d’une économie décarbonée, le nucléaire est un atout évident », qui permet de répondre de manière efficace et économique à une demande d’énergie en perpétuelle croissance.

L’industrie nucléaire permet de garantir à la France la production d’une énergie propre, abondante et bon marché. Les centrales nucléaires n’émettent pas de gaz à effet de serre et la France peut s’appuyer sur un parc important et sur l’expertise d’acteurs comme EDF pour garantir aux Français une des électricités les moins chères au monde.

Le nucléaire trouve également une légitimité face à une industrie des renouvelables instable, encore immature, qui doit jongler avec l’intermittence du solaire et de l’éolien pour se développer et gagner en fiabilité. L’Hexagone ne peut prétendre s’appuyer totalement sur ces modes de production décarbonés pour honorer ses besoins énergétiques. C’est en cela que le nucléaire reste encore maintenant une solution qui permet d’accompagner le développement des EnR en France tout en garantissant une production d’énergie suffisante et une atteinte des objectifs de transition énergétique définis par le gouvernement.

Diminuer la part de nucléaire, une initiative à contre-courant

Et quand la France annonce vouloir diminuer sa dépendance au nucléaire en privilégiant la production d’énergie renouvelable, certains pays font le pari d’y revenir. C’est le cas notamment du Japon qui, après avoir mis à l’arrêt l’ensemble de son parc nucléaire en réponse à l’accident de Fukushima de 2011, commence peu à peu à redémarrer ses réacteurs. Le Japon n’est pas le seul pays en dehors de la France à privilégier le nucléaire. La Chine, qui possède actuellement trente réacteurs, en veut cent d’ici à 2020. La Russie souhaite également faire passer la part du nucléaire de 16 % à 30 % de son mix énergétique d’ici à 2030.

La communauté internationale sait que le nucléaire peut être un allié pour conduire progressivement sa conversion aux énergies vertes. Et si les réserves concernant le nucléaire continuent de sévir en France, alimentées notamment par les craintes que suscite le traitement des déchets générés par la production de cette énergie, le pays est devenu, en soixante ans, un expert en matière atomique, avec un savoir-faire qu’il exporte désormais à l’étranger.

Alors que les acteurs du secteur et autres observateurs prédisent encore une cinquantaine d’années sous le règne du nucléaire, un récent sondage publié par Elabe révèle que seuls 20% des personnes interrogées souhaitent que la France sorte du nucléaire, laissant ainsi la raison l’emporter sur les sentiments.

  1. l’indépendance énergétique n’ayant aucun sens dans une économie ouverte sur le monde, est ce que le nucléaire reste pertinent en face de la profusion de ressources carbonées ? non

  2. Il faudrait parler des énergies nucléaires au pluriel: fission, centrales HTGR, fusion…. Si au lieu d’investir massivement dans des enr dont on n’avait pas besoin, on avait soutenu la recherche sur le nucléaire, nous aurions de bien meilleures perspectives énergétiques.
    Sur ce sujet comme sur d’autres, nos politiciens ont cherché leur intérêt immédiat et las celui du pays à long terme.

  3. Si on n’interrogeait honnêtement et en nombre réellement représentatif que des personnes connaissement suffisamment le contexte de la question, le résultat coûterait bien plus cher et çà serait moins non crédible.

    Si Contrepoints admet la contradictions , que les nucléairomanes ouvrent les yeux en commençant par taper GSIEN , après avoir écouté sans œillères l’ASN

  4. « Pleinement engagée dans une lutte difficile contre les dérives climatiques » il ne faut pas oublier de préciser que les émissions de co² en france représentent 2% des émissions mondiales et que si on arrive a les réduires de 50% ce qui semble impossible on aura diminué de 1% les émissions mondiales. On peut ajouter que le pape du réchauffement climatique, james hansen, a indiqué que l’électricité nucléaire est le seul moyen efficace pour lutter contre le réchauffement climatique.

  5. en réalité, si l’on raisonne non pas pas en production (417 twh en 2015 sur 546, soit 76 %) mais en puissance installée (63 gw sur 129 en 2015, soit 49 %), l’objectif d’arriver à 50 % d’électricité d’origine nucléaire est déjà atteint.
    donc il n’y a pas lieu d’arrêter quelque centrale que ce soit, on les prolonge toutes de 20 ans, et pour chaque gw supplémentaire d’éolien installé, on ouvre une nouvelle centrale nucléaire… fin du débat, objectif déjà atteint, et même plus, le nucléaire a déjà du retard, il faut le renforcer.

  6. Si, garder une certaine indépendance énergétique a une justification certaine. La maîtrise d’une technologie est précieuse et il serait dommage de la perdre.
    Le parc nucléaire en France et son évolution (epr…) devrait permettre une certaine stabilité pour le coût de l’énergie.
    Il ne serait pas sain de dépendre complètement des américains, des russes, des pays du moyen orient.

  7. Arnaud Daguin > Le parc nucléaire français voit sa taille considérablement augmentée après le choc pétrolier de 1979

    C’est pas plutôt le premier, celui de 1973?

    Arnaud Daguin > L’Hexagone ne peut prétendre s’appuyer totalement sur ces modes de production décarbonés pour honorer ses besoins énergétiques. C’est en cela que le nucléaire reste encore maintenant une solution qui permet d’accompagner le développement des EnR

    Mais justement:
    1. de par leur intermittence et l’absence de solution stockage compétitive et à l’échelle des besoins, les EnR imposent d’être combinées à des centrales à gaz… une énergie fossile (pas COP21- compatible, donc), et une énergie que la France doit, de surcroît, importer à 98% (tant qu’elle peut, financièrement et physiquement : Ukraine?)
    2. Pourquoi développer les EnR, quand la France produit déjà 90-95% de son électricité sans énergie fossile?

    L’urgence, c’est plutôt de s’attaquer aux deux secteurs très gourmands en énergie fossile : le transport (pétrole) et le chauffage (gaz et pétrole).

    > La Russie souhaite également faire passer la part du nucléaire de 16 % à 30 % de son mix énergétique d’ici à 2030

    Vous vouliez sans doute dire « électrique », pas « énergétique »?

    > Alors que les acteurs du secteur et autres observateurs prédisent encore une cinquantaine d’années sous le règne du nucléaire

    Ça, c’est pas gagné du tout. Avec le pic de pétrole qui se profile (volume et prix) et notre extrême dépendance à cette énergie, il est probable que les choses vont beaucoup bouger dans les cinquante ans qui viennent. Regardez simplement l’avant et l’après 1973.

  8. En gros tout est parfait … ne changeons rien … comme quoi le mythe de l’invincibilité du nucléaire a de beaux jours devant lui (idem pour l’invincibilité du renouvelable). Parlons langage Science Po
    Soit un bien nécessitant beaucoup de Capex , un peu d’O&M et ayant un cout marginal très faible (remarque cela s’applique au nucléaire, à l’hydraulique, l’éolien, le solaire) un calcul économique de base doit conclure qu’il est nécessaire d’utiliser au maximum ce bien ce qui permet d’avoir un cout complet le plus faible possible

    Le problème du nucléaire français depuis 1986 c’est son inadéquation à la demande française avec une demande beaucoup plus forte en hiver qu’en été. Si la production nucléaire dépasse un certain niveau (40-60% suivant les pays et leur potentiel hydraulique) automatiquement il y aura sous utilisation et donc destruction de valeur

    Pour les zélotes du nucléaire à la française jeter un œil sur les statistiques de l’AIEA et vous verrez que les performances du nucléaire à la française sont loin devant celles d’autres pays dont les USA qui caracolent à 90% de facteur de charge (en France cela voudrait dire 500 TWh …. et cette année on va atteindre 380-390 TWh et une année en 2005 on a atteint 430 TWh)

    Deux conséquences
    * en situation de surplus on exporte chez nos voisins à un prix bien sur nettement inférieur au cout complet
    * pas d’incitation à améliorer l’exploitation et aussi moindre ressource financière pour le faire

    En plus pour couronner le tout EDF a promu le chauffage électrique ce qui fait que la France représente 50% de la thermosensibilité de l’UE pour 13% de sa population ….

    40 ans après la mise en service du premier REP la situation tourne à la Berezina … 23 réacteurs à l’arrêt plus 4 qui doivent s’arrêter et plus grave une perte de compétence technique, un mépris de l’ASN, sans parler de l’incompréhension des problèmes au niveau des responsables politiques (malheureusement de gauche OK mais de droite aussi ).

    La France aime bien les lignes Maginots jusqu’au moment où on découvre qu’elles servent à rien. A moins d’avoir un hiver très doux on va découvrir bientôt que la ligne Maginot du nucléaire est un leurre

    PS plus une tonne d’uranium n’est extraite en France (le grand avantage du nucléaire c’est qu’on peut avoir plusieurs années de stock sans immobilisé bcp d’argent …)

  9. Il faut le répéter : produire de l’électricité nucléaire durant 50 à 70 ans au mieux pour ensuite avoir des problèmes avec les déchets durant ….100 000 ans voire 500 000 ans … n’a pas de sens , cela devrait choquer tout être raisonnable . Ce qui a permis le délire nucléaire c’est une croyance quasi religieuse en la « science » avec la réponse des années 60 : « On » trouvera une solution aux déchets ; on attend toujours de ces alchimistes délirants une solution réelle.Il faudrait arrêter immédiatement toutes les centrales nucléaires. L’isolation complètes des maisons coûtera moins cher que 500 000 ans de traitement et gardiennage des déchet ça c’est sûr de sûr . Areva ne retraite que 5 à 10 % des déchets nucléaires ,le reste part pour Tomsk en Russie , sur un parking à ciel ouvert visible par satellite , allez voir sur google maps, c’est un délire affolant de bêtise scientiste ..

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