Primaire écolo : pourquoi Duflot a échoué

Publié Par Patrick Aulnas, le dans Politique

Par Patrick Aulnas.

Primaire écolo : pourquoi Duflot a échoué

Cécile Duflot (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Vraiment un personnage étonnant, Cécile Duflot ! Dans un monde qui cherche ses valeurs, elle sait exactement ce qu’est le bien et le mal. Face à un avenir jugé plus qu’incertain, elle n’hésite pas à proposer une construction intellectuelle baptisée écologie politique. Aucune ambiguïté chez Cécile  Duflot ! Le monde de demain, elle l’a dans la tête. Il sera altruiste, démocratique, écologique, égalitaire. Le tout sous la houlette d’un État surpuissant. Car il ne faudra pas déroger : on ne plaisante pas avec la mise en œuvre du paradis terrestre. Quand on l’atteint, on y reste, de gré ou de force.

Les militants écolos n’y ont pas cru

Voilà la raison principale de son éviction. Elle voulait proposer aux Français l’éden écologiste ici et maintenant. Mais les militants écolos n’y ont pas cru. C’est assez cynique, un militant. Se chamailler sur la dose exacte de proto-trotskysme et de deep ecology dans le programme, d’accord, mais vouloir vraiment gouverner, surtout pas.

La primaire écologiste d’octobre 2016 est un scrutin tout à fait confidentiel : un peu plus de 12 000 suffrages exprimés se répartissant entre Yannick Jadot (4395), Michèle Rivasi (3723), Cécile Duflot (3013) et Karima Delli (1212). Il faut donc s’adresser aux militants et leur parler de ce qui les intéresse : les luttes de tendance intra-partisanes. Mais l’ancienne ministre du Logement de François Hollande se croyait déjà désignée par son parti : « Je ne veux pas être la candidate d’EELV qui est là pour témoigner […] je veux passer à l’acte ». Elle n’y passera jamais. Exit les ambitions présidentielles.

Une opportuniste de la pire espèce ?

Aux yeux du militant écologiste de base, Cécile Duflot est une opportuniste de la pire espèce. Elle cherche à gagner alors qu’il cherche à se battre. Il suffit de se remémorer le parcours de l’égérie de l’écologie politique pour comprendre à quel point elle était devenue incompatible avec les fondamentaux du parti. Elle rejoint Les Verts en 2001 et dès 2008 elle est élue secrétaire nationale.

Elle cherche immédiatement des alliés extérieurs à sa formation politique mais appartenant à la mouvance écologiste : associations diverses et personnalités comme José Bové, Daniel Cohn-Bendit, Éva Joly. Le mouvement Europe Écologie est né. L’objectif est d’élargir l’électorat potentiel en vue des élections européennes de 2009. Le pari semble gagné puisque les écologistes recueillent 16,28% des suffrages puis 12,2% aux régionales 2010.

Europe Écologie et Les verts fusionnent alors pour former EELV (Europe Écologie-Les Verts) présidée par Cécile Duflot.

L’échec de la stratégie Duflot

Mais en 2012, Cécile Duflot laisse la place à Éva Joly pour l’élection présidentielle. Elle obtient 2,31% des suffrages. La stratégie Duflot apparaît déjà comme un échec, mais l’ambition personnelle de Cécile ne s’arrête pas là.

Avec l’appui du Parti socialiste, les écologistes parviennent à faire élire 17 députés en 2012. Du jamais vu ! François Hollande a besoin d’alliés. La récompense sera pour la leader écologiste un poste de ministre du Logement. Elle quitte le gouvernement en 2014 à la suite de la nomination de Manuel Valls au poste de Premier ministre : désaccord idéologique.

En dix ans, Cécile Duflot passe ainsi de rien du tout à ministre de la République. Mais avoir été ministre de François Hollande, détestée par les militants écologistes, ne constitue pas un titre de gloire à l’intérieur du parti. Cécile Duflot n’a pas choisi l’opportunisme pur comme Jean-Vincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse, toujours au gouvernement mais plus à EELV. Elle est restée à mi-chemin, pensant à tort qu’EELV avait un avenir politique et s’imaginant en être l’incarnation.

Les pendules viennent d’être remises à l’heure. La volonté de Cécile Duflot de construire en France un parti écologiste sur le modèle allemand a échoué. Elle connaissait pourtant bien le profil des militants où se mêlent nostalgiques du marxisme et idéologues de l’écologie.

Ces gens-là pourront désormais continuer à débattre entre eux du sexe des anges. La rupture avec les socialistes est consommée. Les socialistes eux-mêmes ne savent plus du tout qui ils sont. Entre opportunisme et sectarisme, l’image des écologistes, qui était très positive dans les années 1990, est désormais désastreuse. Pas fameux le bilan de Cécile.

  1. Echoué ? Elle a très bien réussi, au contraire, à démontrer l’incompatibilité entre politique et écologie, même mauvaises toutes les deux. La politique, c’est ou ce devrait être la structuration du développement de la société. L’écologie, c’est la prééminence du statu quo naturel sur le développement de la société…

    1. Michel ,

      Cette primaire écolo était -elle ouverte ou fermée aux seuls écolos….car il m’a semblé voire qu’il y avait 7000 écolos encartés et 12000 votants…et s’il y en a 5000 de plus que les encartés , ils peuvent venir de l’écurie concurrente…

      1. Semi-ouverte, semble-t-il, mais avec moitié moins d’inscrits que la fois précédente, difficile de croire à des inscriptions de circonstance.

      2. Un parti qui représente 12 000 militants et 2.31% des suffrages a une élection présidentielle et qui prétend décider des politiques du pays en matiere d’énergie, du logement… On accorde beaucoup trop d’importance médiatique a ce ramassis de débris marxistes et de soixante-huitard sur le retour.

  2. Cette pauvre Cecile va rejoindre l’anonymat.
    Qu’elle n’aurait jamais du quitter.
    Le concept même d’écologie politique, s’il peut marcher en Allemagne, ne peut que nuire à la société en France.
    D’ailleurs toutes les réglementations et lois qui en découlent sont des abominations.
    Je soupçonne ne nombreux non-écologistes d’avoir payé 5€ pour pouvoir faire imploser cette primaire.
    Il serait amusant de faire pareil pour les suivants !

  3. Cécile va toucher sa retraite de ministre et si elle est par hasard virée en juin prochain de l’assemblée, elle touchera des indemnités pendant 5 ans si je ne m’abuse. En fait, elle est passée de rien au jackpot en à peine 10 ans, elle peut maintenant ne rien faire pendant le reste de sa vie, chapeau !

    Concernant ses deux « victoires », je lui accorde les régionales de 2010 mais pas les européennes de 2009 où les gens ont avant tout voté pour Cohn Bendit, c’est lui qui a mené les verts à ce niveau.

  4. Pourquoi Duflot a échoué ? Elle n’était pas la candidate naturelle !
    Chez les Écolos, ça ne pardonne pas.

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