Comment rendre la télé suisse réellement libre

Publié Par Frédéric Jollien, le dans Suisse

Par Frédéric Jollien, depuis la Suisse.

Selon la concession accordée à la SSR en 2007, la télévision nationale suisse est contrainte de contribuer à la « libre formation de l’opinion en présentant une information complète, diversifiée et fidèle à la réalité ». Cette demande est vue comme une nécessité à l’établissement d’une compréhension des événements politiques des citoyens.

Un modèle médiatique historiquement daté

Ce modèle d’information publique prend ses racines historiques durant le milieu du 20ème siècle où l’encadrement des canaux médiatiques avait une importance majeure dans le conflit idéologique et politique qui se livrait en Europe.

Les propositions faites en vue de transformer ce modèle semblent aujourd’hui faire face à une opposition révélant les faiblesses du système. Le Think Tank Avenir Suisse avait proposé en 2014 un document complet pour une refonte de l’affectation des fonds publics à des contenus spécifiques plutôt qu’à des entreprises.

L’objectif de ce projet était d’éviter une distorsion de la concurrence et de favoriser le développement structurel des médias. Sans une allocation ciblée, la politique de la SSR est sans cesse sujette à débat et contribue à une déstabilisation de la confiance des citoyens envers le journalisme. Ces propositions n’ont guère intéressé les politiques qui utilisent la radio et la télévision nationale comme leur principal canal de visibilité médiatique.

Le lobbying de la SSR

La tension permanente qui revient perpétuellement entre les médias privés et la SSR sur l’attribution des fonds des redevances relève un problème structurel : l’attribution est faite arbitrairement sur une base purement politique. Le lobbyisme est devenu le travail principal de la direction de la SSR qui multiplie les apparitions publiques et les démarches auprès des fonctionnaires et des politiques.

Cette réalité n’a guère échappé à la presse alémanique qui multiplie les articles critiques sur la SSR. Le Blick révélait le 7 octobre dans son journal, les multiples activités de lobbyisme du directeur général M. Roger de Weck.

La Bernerzeitung, la NZZ ou encore le journal de l’USAM ont dénoncé dans plusieurs articles l’absence de propositions de réformes de l’office fédéral de la communication. La SSR semble immuable, intouchable et son rôle de « service public » est sanctifié par l’ensemble des organes politiques.

Le débat sur la réforme

Le dépôt de l’initiative « No Billag » pour la suppression des redevances publiques a cependant bouleversé la situation : la réforme structurelle devient un débat public. Pour faire face à l’opinion, la SSR a franchi un pas dangereux : utiliser ses canaux pour faire pencher la balance en sa faveur en violation évidente de ses prérogatives.

Après la publication d’un article sur son propre site en février dernier, la télévision alémanique SRG fait une nouvelle entorse au règlement en interviewant son propre directeur sur le sujet de l’avenir de la chaine. Avec une totale décontraction, le journaliste M.Schawinski décrit les opposants à la redevance comme « bêtes (dumm) » et s’auto-félicite de la « conversation critique (Kritisches Gespräch)» qui a pu avoir lieu entre son supérieur et lui-même.

Tout comme en décembre dernier où l’initiative NoBillag était discutée sur le plateau d’Arena en l’absence de tout représentant de celle-ci : on est entre-soit et on prétend à l’ouverture à la diversité des opinions.

Cette politique risque fort de coûter cher à la SSR qui néglige un aspect important de l’information publique : celui d’internet et des réseaux sociaux. Les citoyens se montrent de plus en plus méfiant vis-à-vis des canaux officiels et ont bien compris que pour obtenir une information complète il est nécessaire de multiplier les médias d’informations et accepter la compétition ouverte des entreprises journalistiques.

Le monopole forcé en guise de garantie de neutralité est un mensonge et une profonde attaque envers la liberté des citoyens. La SSR doit accepter de vendre honnêtement ses services comme toute entreprise libre. Son travail de sape des opinions est intolérable et les citoyens l’ont bien compris.

 

  1. Je vis en Suisse, je ne paye pas la redevance. Je me suis mis dans les conditions légales pour ne pas la payer. De financer la plateforme télévisuelle du parti socialiste, non merci! A l’heure où d’une part on a des centaines de chaînes du monde entier à disposition, à l’heure où avec internet on peut voir des nouvelles, des programmes et des vidéos de partout, sur tous les domaines, à l’heure où en plus cette télévision n’est même pas neutre mais fait de la propagande de gauche, il n’est plus acceptable de prétendre à une télévision d’état obligatoire. Que ceux qui la veulent se la payent.

    A chaque fois qu’un pro-état me dit que la SSR est nécessaire, je lui pose une question en retour: si c’est nécessaire aux gens, pourquoi faut-il le forcer à payer pour? D’ordinaire, quand un bien est nécessaire aux gens, ils vont tout seuls l’acheter volontairement, il n’y a pas besoin de les contraindre.

    Les journalistes de la SSR sont de gauche. Cette façon de prétendre à la diversité des opinions en glosant sur sa propre tolérance, alors qu’on reste entre gens qui croient la même chose et qu’on traite d’imbéciles à éduquer, de malades à soigner ou de déviants à pourchasser ceux qui pensent autrement, est typique de la gauche.

    Prenez un département universitaire. S’il y a 60% d’hommes et 40% de femmes, ils hurlent à la discrimination. S’il y a 90% de socialistes et 10% de conservateurs il ne leur viendrait pas à l’idée de dire la même chose. La SSR n’échappe pas à la règle, les journalistes y sont massivement de gauche, tous ceux qui pensent autrement ne sont pas mis à l’antenne et/ou ne sont même pas engagés.

    Thomas Sowell disait qu’à chaque fois qu’un académique venait lui parler des bienfaits de la diversité il lui demandait la proportion de républicains conservateurs qu’il y avait dans leur département de sociologie (les données montrent que c’est 1 pour 33!). Les gens de gauche ne sont le plus souvent absolument pas pour la diversité d’opinions. La SSR n’échappe pas à la règle.

  2. Une télévision ou une radio public finacée par la redevance, c’est imposer au contribuable une ligne éditoriale qui n’est pas forcement la sienne.
    Toute ressemblance avec la France ou l’Union Soviétique ne serait pas un hasard.

  3. Ils voulaient imposer la redevance pour tous, même si vous n’avez pas internet. Cela est-il passé ❓

    1. Hélas oui, la loi a été adoptée, malgré le référendum lancé contre elle. La mesure entrera en vigueur progressivement ces prochaines années. Cela dit, en cas d’acceptation de l’initiative « No Billag » visant à purement et simplement abolir la redevance radio-TV, le principe même de la redevance serait supprimé et sa généralisation ne se fera pas.

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