2000 milliards de dette, prix de la lâcheté politique

Publié Par Nicolas Perrin, le dans Économie générale

Par Nicolas Perrin.

2000 milliards de dette, prix de la lâcheté politique

L’irresponsabilité de l’exécutif en matière de déficit budgétaire n’est pas une fatalité. Mais en France, la réforme ne peut pas venir de l’appareil politique existant. La porosité est trop forte entre les élus et l’administration.

La croissance de la dépense publique

« Saluez ce chiffre, Messieurs, vous ne le reverrez plus ! », s’exclamait en 1828 le ministre des Finances Joseph de Villèle, alors qu’il présentait devant la Chambre des députés le budget qui atteignait pour la première fois le montant symbolique de un milliard de francs. En dépit des engagements de Villèle, la dépense publique n’a cessé de croître au cours des XIXe, XXe et XXIe siècles.

Ce que n’ont en fait pas revu depuis 1974 les députés qui se succèdent sur les bancs de l’Assemblée nationale, c’est un budget en équilibre – le dernier de la sorte date d’il y a 42 ans. En 2015, le déficit public s’élevait à 3,5% du PIB et la dette publique se montait à 2 137,6 milliards d’euros au premier trimestre 2016.

Nicolas Doze, le journaliste vedette de BFM, commentait quelques mois auparavant : « 2 000 milliards d’euros, c’est le prix de la lâcheté politique ».

Plus d’État et d’argent pour l’État

Étatistes de droite et étatistes de gauche ont toujours été d’accord sur un point : davantage d’État et davantage d’argent pour l’État. En fonction du niveau d’incompétence et du niveau d’immoralité des hommes politiques, les gaspillages d’argent public sont plus ou moins importants et flagrants.

L’effet Dunning-Kruger aggrave encore les choses. Selon ces deux chercheurs de la Cornell University, « les sujets les plus compétents tendent à sous-estimer légèrement leurs capacités, les sujets les moins compétents, eux, tendent à surestimer grossièrement les leurs ».

« Considérez Nicolas Dupont-Aignan, qui n’hésite pas à refondre l’ensemble du système monétaire et financier international, ou Arnaud Montebourg, qui n’éprouve manifestement aucune gêne quand il donne des leçons de gestion et de stratégie industrielle à Philippe Varin : je crois que nous avons là une manifestation remarquable de l’effet Dunning-Kruger », se moque Guillaume Nicoulaud sur son blog Ordre spontané.

Par le passé, l’exécutif n’a pas toujours fait preuve d’impéritie et d’irresponsabilité

L’économiste historien Jean-Marc Daniel rappelle dans un de ses ouvrages que « pour se procurer de nouvelle recettes, pharaon dû prostituer ses filles ». Ou encore, qu’ « au XIVe siècle, le roi de France Charles V avait vendu sa sœur à un Visconti qui, tout heureux de pouvoir se proclamer beau-frère d’un des monarques les plus puissants d’Europe, avait apuré les comptes et fourni de quoi rembourser un tiers de la dette publique française ». Voilà de quoi responsabiliser le débiteur !

En France, avant la Révolution, le suzerain contractait des dettes auprès de personnes fortunées et de banquiers privés (le marché de l’époque). Puis, c’est l’État en tant que tel qui a financé ses déficits grâce à l’épargne privée, depuis la Révolution et ce jusqu’à la Première Guerre mondiale. L’après Seconde Guerre mondiale signe l’entrée dans une économie d’endettement et voit les déficits budgétaires systématiques.

Vouloir couper dans les dépenses publiques

La limitation de la dépense publique dépend avant tout d’une volonté reposant sur des convictions profondes en matière de politique économique et sur des principes moraux stricts.

Certes, à l’époque des coupes de cheveux présidentielles à 10 000 euros, des logos de région à 400 000 euros et des députés atteints de « phobie administrative » pour leurs affaires privées, il semble loin le temps où Turgot baissait son salaire de moitié pour donner l’exemple, ou encore, celui où le général de Gaulle « tenait à payer lui-même les factures d’électricité de ses appartements de l’Élysée, ou les repas donnés à titre privé », comme le rappelle Marianne.

Quand j’étais gosse, mon père m’expliquait que notre maire reversait à la commune le montant de ses émoluments qui n’avaient pas servi pour les frais afférents à sa fonction. Un sens comptable très différent de celui de Michel Sapin qui oublie de rendre des indemnités indûment perçues en tant que maire d’Argenton-sur-Creuse, et se les voit réclamées par le tribunal de Limoges. Ce type d’indélicatesses s’observe heureusement moins souvent à l’échelon local, lorsque le lien entre l’administrateur et l’administré est plus étroit.

Aux niveaux régional et national, on n’hésite pas à prendre des mesures inefficaces sur le plan économique (mais performantes sur le plan électoral), comme la création d’emplois d’avenir, puisqu’il est bien connu que « c’est l’État qui paye ».

L’irresponsabilité de l’exécutif en matière comptable n’est pas une fatalité, mais la réforme ne peut pas venir de l’appareil politique existant.

Cela tombe bien, les élections présidentielles de 2017 ont vu surgir plusieurs sites visant à faire émerger des candidats de la société civile. Parmi eux, un candidat aux primaires spécialement critique de l’interventionnisme étatique, Régis André.


Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici et c’est gratuit

  1. J’aimerais bien avoir un compte-rendu de ce que nous coûtent les entreprises d’État et leurs conneries comme Airbus avec l’A380, Alstom, Renault, PSA, nos banques qu’il faut paraît-il sauver.

    20% de participation dans le capital de Renault : un scandale. Airbus : une honte nationale.

    Je suis prêt à parier qu’à eux seuls, ces sovkhozes nous coûtent bien bien bien plus chers que la fonction publique et les salaires même très élevés de nos politiciens ; sans vouloir les défendre, bien évidemment !

    Si l’on interdisait toute intervention et participation de l’État dans l’économie, on n’aurait plus ce problème de budget en déficit.

  2. qui réclame de la dette , les français .
    vous voudriez que l’état soit plus fort et au lieu de combler nos désirs nous restreigne notre liberté de choix ?
    un jour ou l’autre , les français demanderont moins de dettes , patience, et les politiques iront dans leur sens..2017… un peu tôt , on a encore de la marge

  3. les français , au sujet de la dette , réagissent comme les politiques…aprés moi le déluge…..

  4. Quand on voit que M. Juppé est adoubé par notre système oligarchique pour devenir président de la République, avec les chiffres de sa gestion de la ville de Bordeaux, il y a de quoi s’interrroger…
    (Voir l’argus des communes sur le site de Contribuables Associés)

  5. « 2000 milliards de dette, prix de la lâcheté politique »
    Voteriez vous pour un type qui annoncerait des coupes sombres dans le budget de l’Etat et des subventions dont se nourrit une population de cas sociaux, au nom de l’équilibre d’un budget et d’une dette?
    Non, bien sur.
    Les 2000 milliards de dette sont le résultat de la lâcheté de ceux qui votent.
    Allez d’abord vous regardez dans une glace avant de tirer sur les politiques, ils ne sont que le reflet de votre médiocrité crasse.

    1. Oui, mais les polytocards encouragent la médiocritude 🙁

    2. Je suis entièrement d’accord avec vous.

      On a les politiciens, l’environnement et les libertés qu’on mérite. Et accessoirement, la dette qui va avec.

      1. Face à l’endettement, l’ensemble du monde politique français, toutes tendances confondues, a adopté la politique de l’autruche en ce sens que personne ne se risque à expliquer de quelle façon la dette sera remboursée.

        Le remboursement de la dette publique est un sujet tabou qu’il faut éviter d’aborder.

        Pour le moment tout est mis en oeuvre pour éponger l’épargne des français …Après on verra…

    3. Les 2000 milliards de dette sont le résultat de la lâcheté de ceux qui votent.

      Dans une démocratie ce serait vrai mais la France n’en est pas une.
      Le peuple n’a strictement aucun pouvoir et les princes que les médias subventionnés lui présentent comme un « choix » défendent tous la même chose: l’état et ses corporations.

      1. Et oui, la France est imbibée de Bonapartisme. L’élection principale consiste à élire le « Présidents des Français » qui sévira pendant 5 ans pratiquement sans aucun contrôle, si ce n’est, par une motion de censure à l’adresse d’un gouvernement et donc d’un premier ministre désigné par le « Président des Français ».

        Il est également à souligner que la classe politique est, en France, composée majoritairement de fonctionnaires ou d’anciens fonctionnaires ayant une propension à tout régenter notamment en cultivant l’art du prélèvement étatique sur la classe moyenne et sur nos entreprises; des prélèvements inconséquents qui plombent le devenir économique de notre pays.

  6. bizarrement les pays les plus développés et les plus démocratiques et libéraux sont les pays qui ont le plus de dépenses publiques. Lire les travaux de André Barilari et de Thomas Brand. Et surtout n’hésitez pas à les mettre en cause…. si vous en êtes capable.

    1. Mais la France bonapartiste n’est ni démocratique ni libérale…

    2. liberal-socialiste: bizarrement les pays les plus développés et les plus démocratiques et libéraux sont les pays qui ont le plus de dépenses publiques.

      C’est une spécificité d’Europe du Nord ou les rapports de pouvoir ont toujours été horizontaux ça n’arrive jamais dans le sud, lire les travaux d’Emmanuel Todd.
      Au centre il y a la suisse, un des très rares pays avec une démocratie semi-directe (la seule vraie démocratie) et « peu » de dépense publique et d’imposition.

      Au sud les dépenses élevées finissent toujours dans les poches d’une mafia aristocratie bureaucratique et dans des pillages corporatistes, quand à la « démocratie » c’est un mot creux qui recouvre en fait un pouvoir dirigiste et vertical de tendance monarchiste comme en France.

      Sans RÉELLE démocratie (le peuple vote les lois) pour faire contre-pouvoir et conception spécifique de la société au niveau individuel comme dans les pays germanique et nordique, il est absolument inévitable que l’afflux d’argent-gratuit finisse pillé.

      liberal-socialiste: Lire les travaux de André Barilari et de Thomas Brand.

      J’ai lu un résumé sur médiapart, j’ai relevé plusieurs bullshit extrème biais statistiques et cherry picking assez navrants, mais c’est peut-être simplement médiapart qui n’a pas bien compris les travaux.

      Vous avez un résumé honnête de ces travaux ?

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