Comment se remplissent et se vident les caisses de l’État ?

Publié Par Yves Buchsenschutz, le dans Économie générale

Par Yves Buchsenschutz.
Un article d’Emploi2017

La grande majorité des Français pense peu ou prou qu’il existe en fait une grande lessiveuse à Bercy, dans laquelle l’État cache, comme nos grands-mères, son argent. Quand on en a besoin, il suffit d’aller dans la lessiveuse et de prendre une liasse de billets, une fois pour Alstom, une autre fois pour les paysans, une autre fois pour l’amélioration des retraites ou la hausse du point d’indice des fonctionnaires, etc. Accessoirement, si la lessiveuse est vide, il suffit d’imprimer des billets supplémentaires et le tour est joué, ou plutôt l’était, car l’euro a bloqué les vieux mécanismes de l’inflation.

Nous n’entrerons pas dans le détail de la création monétaire – processus complexe s’il en est – mais nous voudrions nous intéresser aujourd’hui un peu à cette lessiveuse, car elle reflète en quelque sorte les relations entre l’emploi public et l’emploi marchand.

Il n’existe malheureusement pas de situation identique pour ces deux types d’emplois, mais nous avons tout de même réussi à comparer 2 salaires bruts similaires aboutissant à 2 coûts totaux théoriques identiques. Pour plus de détails, on trouvera en annexe une décomposition parallèle de deux feuilles de paye comparables, l’une d’un fonctionnaire, salarié de l’État, l’autre d’un salarié du privé, titulaire d’un emploi marchand1.

L’emploi marchand

Dans l’exemple que nous avons pris, pour un salaire brut de 3.200 euros, on constate que le salarié ne va encaisser (avant IRPP) que 2.320 euros et coûtera à l’entreprise 4.840 euros qui seront en définitive reportés sur le client-consommateur, via la hausse du prix de vente de ce qui est produit par le salarié.

La différence, soit 2.540 euros (plus de la moitié de ce qu’il coûte à son employeur ) ira remplir la ou les lessiveuses de la collectivité (voir colonne de droite : maladie, retraite, chômage, etc., tantôt au titre du salarié, tantôt au titre patronal).

Dans une phase ultérieure, le salarié s’acquittera de l’IRPP, voire des taxes locales et de la TVA, ce qui ira encore remplir la lessiveuse, laquelle financera, à juste titre d’ailleurs, la machine étatique et sociale.

On peut donc affirmer que le salarié marchand passe sa vie, ou presque, à remplir la lessiveuse et surtout que toute création d’emplois marchands ira dans ce sens.

L’emploi public

Il va agir dans deux directions différentes :

Dans un premier temps le salarié du public, va vider la lessiveuse, puisque son salaire est payé par l’État !

Dans un deuxième temps on peut constater qu’il va lui aussi payer des charges sociales, tant salariales que patronales-étatiques et va donc également remettre de l’argent dans la lessiveuse. On notera tout de même qu’il ne s’agit dans son cas que de 1.190 euros, soit la moitié de ce qu’a mis son homologue, salarié marchand.

Concernant les différents impôts ultérieurs, l’emploi public paie à peu près les mêmes montants que l’emploi marchand.

Conclusion

Résumé de manière simple, on peut considérer qu’un salarié marchand, chaque fois qu’il coûte deux euros à l’entreprise en met un dans sa poche et un dans la poche de l’État, avant impôts. Ce sont donc ces emplois-là qu’il faut créer de toute urgence pour financer les charges collectives, remplir la lessiveuse, et augmenter le nombre de cotisants.

Dans un deuxième temps, on pourrait faire diminuer la charge individuelle du fait du plus grand nombre d’individus qui remplissent cette lessiveuse. À l’inverse, créer des emplois publics (emplois jeunes, rallonge de professeurs, employés des collectivités locales…) voire augmenter le point d’indice, ne font qu’augmenter la brèche inexorable de la lessiveuse à financer, tant qu’on le peut, par la dette.

Ceci ne préjuge pas de l’utilité de ce que produit un emploi marchand ou un emploi public, ce qui est un autre sujet : tout au plus peut-on faire remarquer qu’un emploi marchand doit avoir en face de lui un client qui décide de payer alors que la justification des emplois publics est parfois plus incertaine.

À cet effet ne prenons qu’un exemple : la loi Peillon instituant, aux frais du contribuable, des activités périscolaires pour les élèves qui le souhaitent. On peut légitimement se demander si l’usager-citoyen ne consomme pas plutôt une aubaine au lieu de satisfaire un besoin qu’il n’était pas prêt à payer comme consommateur. Les communes, sur lesquelles le financement est retombé en définitive, évaluent le seul impact de cette loi aujourd’hui à 3% de leur budget de fonctionnement.

Accessoirement, on pourra également apprécier dans le tableau en annexe, l’écart de traitement, à salaire brut égal, entre un salarié du public et un salarié marchand.

Annexe : tableau comparatif entre un emploi salarié public et un emploi salarié marchand

Annexe : tableau comparatif entre un emploi salarié public et un emploi salarié marchand

Sur le web

  1.  L’emploi marchand se distingue de l’emploi public par le fait qu’il sera en fait payé par un consommateur, qui choisira de dépenser ainsi librement tout ou partie de sa rémunération. L’emploi public est en général payé par l’État et mis à disposition du consommateur devenu citoyen, plus ou moins gratuitement.
  1. Euh, les 900 Euros seront décaissés plus tard, multipliés par 2 ou 3 au moins, non ❓
    Il s’agit bien d’un coût à provisionner et dont on doit tenir compte.

  2. Salarié fonctionnaire payé par l’état ! Cela me semble impropre, en effet disons plutôt payé par le contribuable via ses impôts et multiples taxes…

    N’ayons pas peur des mots, faisons prendre conscience au citoyen lambda que c’est le fruit de son travail qui nourrit l’hydre fonction publique !

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