Débat présidentiel US : Donald Trump ne s’est pas écroulé, mais qui a gagné ?

Publié Par The Conversation, le dans Amérique du Nord

Par Jean-Eric Branaa.
Un article de The Conversation

L’attente était grande autour de ce deuxième débat présidentiel entre Hillary Clinton et Donald Trump : pendant trois jours il n’avait été question que de vidéos et de propos misogynes et vulgaires. Beaucoup de leaders de son camp, des sénateurs, députés ou gouverneurs avaient alors déclaré ne plus le soutenir et la question centrale était de savoir si Donald Trump allait s’écrouler en direct, ou pas.

« Je ne suis pas fier de tout ça », a déclaré Donald Trump, réitérant des excuses proférées du bout des lèvres dans une vidéo où il promet pourtant que le débat serait l’occasion de sa revanche. Et, effectivement, c’est par l’offensive tous azimuts que le milliardaire a choisi de répondre, organisant dès le début de la soirée une conférence de presse surprise où, entouré de trois femmes, il a lancé de graves accusations contre Bill Clinton.

Cela donnait le ton d’une soirée durant laquelle il est resté tout aussi combatif, menaçant même d’envoyer sa rivale en prison s’il était élu à la Maison-Blanche. Le débat a été extrêmement tendu et tout aurait pu déraper à n’importe quel moment. Les deux candidats ont toutefois gardé le contrôle d’eux-mêmes, se battant avec une violence dans les propos qui tranchait avec une attitude très calme, créant ainsi une ambiance assez extraordinaire.

« C’est le vrai Donald Trump »

Hillary Clinton n’a pas attendu pour essayer de porter le coup fatal qui lui aurait donné la victoire sur Trump à l’occasion de ce débat : elle a rappelé que ses propos sur les femmes n’étaient pas nouveaux, qu’il est coutumier de ce genre de réflexions, et qu’il n’a pas hésité à s’en prendre à différentes catégories de personnes, les Mexicains, les femmes, ou les handicapés, entre autres. « Le Donald que vous voyez dans la vidéo, c’est le vrai Donald », a-t-elle alors conclu.

La contre-attaque de ce dernier a été immédiate, frontale et violente : Bill Clinton a abusé de nombreuses femmes et son épouse a couvert tout cela, avant de s’en prendre directement à ces femmes qu’elle a tenté de faire taire. Il n’a donc fallu que quelques minutes pour que l’affrontement devienne très personnel et tombe dans les accusations sordides et les insultes.

Si on cherchait un répit, il fallait changer de chaîne : l’affaire des emails, celle de Benghazi, la sortie de Clinton qui a qualifié les électeurs de pitoyables : tout a été étalé sur la table et à chaque nouvelle attaque Donald Trump semblait retrouver de sa vigueur.

« Votre place est en prison »

Visiblement, les deux candidats s’étaient très bien préparés, et jusque dans les attitudes à adopter que ce soit en parlant, ou pas. Hillary Clinton est restée très souriante et Donald Trump a réussi à contenir sa nature bouillonnante, même s’il se déplaçait régulièrement en formant des cercles lorsque son adversaire s’exprimait, soit par agacement, soit par impatience de reprendre sa charge.

Ses réponses étaient plus fines qu’à l’habitude et même parfois drôles : attaqué à propos d’impôts qu’il n’a pas payés pendant dix-huit ans, il a répliqué qu’il avait fait comme les donateurs du Parti démocrate. Débattant de la Syrie et d’Alep, il a voulu montrer qu’il connaissait le dossier et a suggéré que l’on s’intéresse désormais à Mossoul, donnant l’impression, à des milliers d’Américains découvrant ce nom, qu’il maîtrisait le sujet et qu’il était un grand stratège.

Mais, toujours à ce sujet, il a fait connaître sa divergence d’opinion avec son vice-président : « Je n’ai pas échangé sur ce point avec lui, a-t-il précisé, mais nous ne pensons pas la même chose ». Cette prise de position inédite au cours d’un débat présidentiel a beaucoup surpris, habituellement, les candidats cherchant plutôt à donner d’eux une image d’unité. Or, Mike Pence avait de son côté exprimé, le 4 octobre, lors du débat des colistiers, que des frappes devaient être envisagées contre le régime de Bachar Al-Assad pour mettre fin à l’insoutenable épreuve d’Alep.

L’attaque la plus féroce est arrivée subitement, alors qu’il évoquait une fois de plus l’affaire des e-mails : « Votre place est en prison », a-t-il dit en substance à Hillary Clinton, en promettant de nommer un procureur indépendant lorsqu’il serait à la Maison-Blanche.

Elle a répliqué en le traitant de menteur, martelant que tout ce qu’il disait était faux ou n’avait aucun sens : « Il vit dans un autre monde », a-t-elle fini par conclure.

Toujours au plan international, c’est la Russie qui a, une fois de plus, donné lieu à de vifs échanges. Hillary Clinton a critiqué avec virulence ce pays, rendant d’actualité la Guerre froide pour le téléspectateur. Au contraire, pour Trump, la Russie est devenue un allié incontournable « puisque c’est à travers une collaboration étroite avec ce pays que les États-Unis pourront battre Daech », a-t-il affirmé.

Une tension très forte

La tension a été extrêmement forte tout au long du débat, faisant craindre un dérapage à tout moment. Aucun des candidats n’a d’ailleurs cherché une poignée de main de son adversaire en montant sur scène et en se présentant aux électeurs. Alors que la question de la clôture d’un tel débat se posait, un électeur a demandé, ce qui a détendu tout le monde : « Quelles sont les qualités que vous reconnaissez chez l’autre ? » Hillary Clinton, en grande professionnelle, n’a rien reconnu, préférant désigner les enfants de Trump comme ce qu’il a de mieux, et développant son propre intérêt, depuis toujours, pour les enfants.

« Sa détermination, car elle ne lâche jamais et je respecte cela, je le dis franchement », a pour sa part préféré reconnaître Donald Trump, « même si je suis en désaccord avec ses idées. »

L’humanité de cette dernière question à laquelle personne ne s’attendait, sa simplicité et l’évidence à privilégier le vivre ensemble ont alors mis en évidence qu’aucun des deux candidats n’avait réellement pensé à développer des points en rapport direct avec ses électeurs. Peut-être à l’occasion du troisième débat ? Il commence à y avoir urgence.

Sur le web

The Conversation

  1. Pour paraphraser Megyn Kelly sur Fox News, je ne sais pas qui a gagné ce soir, mais je sais qui a perdu : l’Amérique.

    1. Vieille blague réactualisée à chaque élection présidentielle US: Clinton et Trump sont dans un bateau. Le Bateau coule. Qui est sauvé ? L’Amérique!

      1. Permettez-moi de penser que les débats en 2008 et 2012 étaient d’une fracture que ceux de 2016. D’ailleurs, c’est ce que dit en bref la presse américaine depuis dimanche soir :

        http://www.lemonde.fr/elections-americaines/reactions/2016/10/10/election-americaine-le-debat-le-plus-atroce-de-l-histoire-politique-selon-la-presse_5011179_829254.html

        1. Je voulais dire « facture »…

          1. Lapsus révélateur 🙂

        2. Vous croyez encore en ce que la presse raconte?
          En plus, la version rapportée par « Le monde » ?
          Que dire … LOL

          La presse francaise est en dessous de tout sur TOUS les sujets.
          La presse américaine est en dessous de tout concernant Trump. Ils sont tous contre Trump.
          Même à Fox News (et dans le parti républicain) il y a beaucoup d’anti-Trump, ex: Megyn Kelly
          Je vous conseile de plutot regarder Sean Hannity.

          1. « Je vous conseile de plutot regarder Sean Hannity. » MDR, MEGA LOL Donc, pour vous, le débat de dimanche soir était d’un bon niveau ? La presse a tort de dire que c’était un débat médiocre ? Eh bein, il ne vous en faut pas beaucoup…. (Je n’ai pas besoin du Monde, je lis la presse américaine. Simplement, comme Contrepoints est un site français, je poste un lien dans cette langue.)

            Je ne regarde pas les journalistes dogmatiques comme Hannity. Megyn Kelly est objective, Dana Perino aussi (bien qu’ancienne attachée de presse de George Bush fils) sur Fox News contrairement à Hannity. Trump n’a même pas le courage d’aller dans l’émission de Kelly, il va que sur Fox et encore que chez son copain Hannity.

            Je suis aussi contre Trump : je n’ai pas attendu Fox ou les Républicains. Je le trouve vulgaire, raciste, xénophobe, ignare, bref, un pauvre type qui fait honte aux Etats-Unis comme l’a si bien dit Robert de Niro il y a quelques jours.

            1. Megyn Kelly objective … mais oui … comme lorsqu’elle a animé un débat des primaires républicaine, où elle n’a pas arrêté de pilonner Trump?

              Concernant votre liste d’ajectifs elle n’est pas complètement fausse, mais il est facile de faire la même, en largement pire concernant Clinton et de l’étayer avec de nombreux faits:
              – vulgaire (ex multiples injures contre trump et aussi ses électeurs « deplorable »),
              – raciste (maintenir les noirs dans la pauvreté et les appeler Superpredator),
              – corrompue (fondation Clinton, conflit d’interêts, copinages avec pontes de Wall Street),
              – criminielle! (affaire de Bengazhi, affaire de ses e-mails, fondation Clinton, morts suspectes dans son entourage),
              – amorale (dénigrer et détruite les victimes sexuelles de son mari, attaquer une jeune fille de 12 ans victime d’un pédophile),
              – hypocrite (accepter les tunes de ses riches amis de wall street et dire vouloir lutter contre eux, empocher les tunes des dictatures arabes et vouloir defendre le droit des femmes et homosexuels …)
              – inculte économiquement
              – incapable (sa réthorique extrème anti-Russie, veut-elle déclencer une nouvelle guerre mondiale?, son obsession de ne pas vouloir voir le danger islamiste)
              – menteuse (affaire des e-mails, ou par exemple ses affabulations concernant sa descente d’avion sous les balles de snipers lors de sa visite en ex-yougoslavie …)

              Et encore j’ai du en oublier plein.

              La seule chose qui fasse que sa candidature ne soit pas coulée, c’est la propagande de la classe médiatique qui pilonne Trump et est étonnamment amnésique sur les scandales Clinton …

              1. Evidemment que Megyn Kelly est objective; elle est également critique envers Clinton qu’envers Trump. Seul quelqu’un de dogmatique et d’endoctriné comme Hannity peut écrire sur Twitter que Kelly est une supportrice de Clinton parce qu’elle critique Trump.

                Ma liste d’adjectifs est courte en plus d’être vraie, je pourrais l’allonger aisément.

                Soyez logique avec vous-même : Comment voulez-vous qu’un débat entre deux candidats affublés d’adjectifs semblables puisse être de qualité ? Je n’ai pas regardé Hannity ces derniers temps, mais je ne serai pas surpris vu son niveau qu’il pense que ce débat était excellent, et surtout que son ami Trump l’a emporté.

                Je suis toujours surpris – pour dire le moins – quand des libéraux attaquent la presse. Que faites-vous de la liberté d’expression, de la liberté de la presse ? Pourquoi se battre pour des journalistes emprisonnés au Moyen-Orient ou en Afrique pour leurs opinions si c’est pour critiquer les médias sans cesse dans le monde occidental ? « La propagande de la classe médiatique… », mais vous êtes sérieux ? Donald Trump est une créature médiatique depuis les années 80. Il a su utiliser les médias, les médias ont su l’utiliser, y compris des médias dits de gauche comme CNN (cf. son interview avec Larry King). Lors des primaires républicaines, il en a été de même, il était présent partout, et c’était le bon client des médias. Ma question est : avez-vous parlé de propagande de la classe médiatique en sa faveur lors de sa nomination ? Si vous cherchez bien, vous trouverez ces jours-ci pléthore d’articles de journaux dans lesquelles les journalistes font leur mea culpa pour leur rôle dans l’émergence de la créature politique Trump.

                « La classe médiatique est étonnamment amnésique sur les scandales Clinton … » Sans vous offenser, vos propos sont dépourvus de toute logique. Comment savez-vous tout ce que vous écrivez dans votre message sur les emails, Bennghazi, la Fondation Clinton, et tout le reste autrement que parce que les médias (tous, y compris Megan Kelly, CNN, le New York Times) ont rapporté ces faits ?

                1. Votre naïveté (pour ne pas dire aveuglement) est incroyable.

                  Vous n’avez pas vu Hannity, mais vous savez qu’il se trompe…

                  Vous croyez en une presse de qualité qu’il faudrait défendre…
                  Notre presse est digne de La pravda d’union soviétique. Elle ne fait plus que de la propagande sur quasiment tous les sujets.
                  Elle pratique le mensonge par omission, le mensonge pur et simple, la déformation des faits (en utilisant des euphémismes à tout va).
                  Elle pratique le lynchage médiatique contre les personnes qui ne lui plaisent pas ou pensent différemment.
                  Elle se prend pour la justice contre les personnes qui ne lui plaisent pas ou pensent différemment.
                  Elle est presque unanimement gauchiste.

                  Donald Trump a utilisé et profité des médias tant qu’il ne faisait pas de politique ou était copain des démocrates.
                  Depuis qu’il s’est lancé côté républicain, la presse mainstream utilise tous les moyens qu’elle peut pour l’abattre.
                  Ex: se procurer illégalement une partie de sa déclaration d’impôt et la publier (NYT).

                  Où avez-vous vu une propagande en sa faveur lors de sa nomination? Il faut enlever vos lunettes déformantes.

                  On l’a vu partout, parce la presse n’a pas arrêté de sortir des affaires et scandales pour l’abattre et les a monté en épingle.

                  Oui, elle a fait beaucoup d’articles sur lui, mais en aucun cas, elle n’en a parlé positivement. C’était pour l’abattre.
                  Tout d’abord en soutenant Jeb Bush, puis quand il a été éliminé elle s’est rabattue sur le soutient à Marco Rubio, puis à Ted Cruz.

                  J’ai entendu parler des scandales Clinton, entre autre grâce à internet et Fox News.
                  La liberté d’expression et le pluralisme ont déserté les médias mais existent heureusement encore sur internet, où on peut s’informer.

                  Vous vous présenter comme quelqu’un d’objectif, mais donc, si vous avez vous aussi entendu parler des scandales Clinton, vous DEVRIEZ SAVOIR que Trump est le moins mauvais des deux candidats.

                  Pourquoi alors, ne critiquer que Trump?

                  A moins que, ce que vous savez des scandales Clinton vous soit parvenu via la presse mainstream, càd que vous ne savez pas la réalité des faits.
                  Vous ne savez pas à quel point les faits qui lui sont reprochés sont gravissime

                  1. Oulala, je n’ai pas le temps de répondre à un message aussi long aujourd’hui. Je le ferai point par point demain quand l’article de NathalieMP sur les élections américaines sera publié ici (je pense). En attendant, regardez O’Reilly sur Fox ce soir, il va développer la théorie du complot des médias contre Trump qui vous est si chère. Ensuite, n’oubliez pas Hannity. Hi hi

            2. Quelqu’un que les politiques et journalistes du monde entier détestent à ce point ne peut pas être totalement mauvais…

            3. comme l’a si mal dit robert de niro , je ne sais pas ce qu’est trump mais il tient des propos racistes, sexistes, xenophobes et donc, et surtout ,,prêche l’injustice.

          2. C’était quand même un pugilat d’une médiocrité absolue… Un enchainement d’attaques ad personam, et toujours plus de boue remuée pour rien… Les deux candidats les plus détestés de l’histoire des présidentielles américaines, ça en dit long sur l’état catastrophique de la démocratie moderne (l’Europe n’est pas en reste, mais on est encore loin de ce à quoi on vient d’assister), qui propulse ce genre de phénomènes au poste régalien par excellence.
            Ambiance fin d’époque et décadence, c’est vraiment étrange comme sensation.

    2. Si ce n’était que l’Amérique…

  2. Cela ressemblait à un match de catch. Le gentil (ou plutôt la gentille) a gagné la première manche. Le méchant, la seconde. C’est toujours comme ça au catch. Maintenant, suspense intenable: qui gagnera la belle ?
    Quelque chose d’amusant: à la première manche, Hillary fut la meilleure dans la distribution des coups en-dessous de la ceinture. La presse de gauche roucoulait de plaisir. A la seconde manche, c’est Trump qui asséna les meilleurs coups tordus. Aussitôt, les journalistes bien-pensants font la moue du type qui vient de trouver une limace dans sa salade: houh ! Ce sont des choses qui ne se font pas!! Ben, voyons…
    Ceci dit, l’histoire des Etats-Unis montre que des présidents venant du milieu politique traditionnel, des hommes sans relief, apparemment bien rangés, prévisibles, ont déclenché des aventures militaires insensées. Ce fut le cas de Lyndon Johnson, qui expédia 500 000 soldats au Vietnam, de Bush junior qui a provoqué un souk incroyable au Proche-Orient avec la deuxième guerre du Golfe. Ce qui compte, c’est de savoir quel est le degré de proximité d’un président avec les groupes d’influence qui défendent une conception impériale des USA, ce qu’Eisenhower appelait le complexe militaro-industriel. De ce point de vue, Clinton est plus inquiétante que Trump.

    1. Et c’est bien ce qui nous importe le plus à nous, Européens. Voir nos médias soutenir Trump est très révélateur
      http://arretsurinfo.ch/le-role-des-medias-guerre-de-manipulation-par-la-desinformation/

  3. Franchement, la couverture de la présidentielle américaine par Contrepoints laisse assez à désirer…

    La seule couverture rationnelle de cette élection, c’est FoxNews qui la garantit.

    1. Que voulez-vous dire ?

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