Fallait-il « sauver » Alstom ?

Publié Par Serge Federbusch, le dans Transports

Par Serge Federbusch.

Fallait-il "sauver" Alstom

Fallait-il « sauver » Alstom- Motrice de TGV By: patrick janicekCC BY 2.0

La facture est astronomique pour « sauver Alstom » Pour préserver 400 emplois sur un site industriel pendant un an, et alors que les 400 employés auraient pu être recasés sur un autre site, l’État dépense 700 millions d’euros pour l’achat de 15 motrices TGV, soit 1,75 million d’euros par poste de travail ou encore plus prosaïquement 110 ans de SMIC par salarié.

Plus de motrices TGV pour sauver Alstom ?

Bien entendu, le site de Reichstoffen qui produit des motrices classiques s’inquiète à juste titre de la baisse d’activité qui ne manquera pas d’en résulter pour lui, puisque, si la SNCF fait rouler des motrices TGV sur des lignes corail, c’est autant de locomotives corail qui ne seront ni fabriquées ni vendues. On aura dépensé tout cet argent pour transférer le problème sur l’usine qui marchait.

Motrices TGV sur lignes classiques : une bonne idée ?

numerisation_20161008-3La SNCF s’inquiète aussi, car mettre des motrices TGV sur des lignes classiques signifie un entretien plus coûteux, sans rien apporter puisque la vitesse est limitée par le réseau. On ne fait pas rouler une formule 1 sur une départementale. Pour les trains, c’est pareil.

À ce stade et si l’État veut vraiment empêcher les employés de Belfort de se délocaliser, il aurait été plus intelligent de leur refiler 200 000 euros à chacun, la note aurait été divisée par plus de 8, et peut-être un ou deux des bénéficiaires aurait-il choisi de créer une nouvelle entreprise…

700 millions qui vont sauver Alstom ?

J’ai parfois l’impression que ceux qui essaient de nous gouverner sont restés de grands enfants. Il est vrai qu’à force de rester entre hauts fonctionnaires sans jamais avoir vu à quoi la vraie vie ressemblait, il est impossible de grandir. Après avoir joué au meccano industriel, les voilà qui se mettent au train électrique. Ils achètent des locomotives pour le compte de la SNCF qui n’a rien demandé et sans aucun appel d’offre, au mépris de toutes les règles.

Le drame dans tout cela, est que cette nouvelle ponction de 700 millions pour ne rien sauver, c’est l’équivalent de 44 000 SMIC annuels bruts, donc 20 000 à 30 000 emplois détruits ailleurs (en comptant large avec les charges sociales patronales).

Fallait-il sauver l’usine ?

Sarkozy avait nationalisé Alstom pour ne pas laisser sombrer la société, alors que la branche ferroviaire perdait déjà de l’argent et aurait pu être vendue pour renforcer le reste. C’était, parait-il, une bonne affaire. C’est vrai que mettre l’État aux commandes d’une entreprise, tout le monde sait que ça marche mieux. On place un chef comptable (haut fonctionnaire énarque de préférence et peut-être incompétent mais du bon bord politique) à la présidence, il dégaine sa calculette mais n’a aucune vision industrielle ; il ne cherchera pas à innover, ne regardera que le profit à très court terme et ne verra pas ce qu’il a sous le nez.

Il y a dix ans que Belfort n’a plus vendu une locomotive. Trop de charges et d’impôts pour être compétitifs dans les appels d’offre, trop de rigidité pour une entreprise qui s’imagine avoir un marché captif parce qu’il y a des accords-cadres avec la SNCF, autre entreprise d’État en faillite. Il faut fermer le site ? Qu’à cela ne tienne et Alstom peut se permettre d’être généreux avec les salariés qui ne veulent pas déménager plutôt que d’entretenir une usine non rentable. Il y a des années que cela aurait dû être fait.

Sur le web

  1. Pour bien connaître Belfort et avoir failli travailler pour Alstom, je peux en témoigner à mon maigre niveau : oui, c’est un marqueur fort de l’identité économique du territoire, mais en même temps, il ne faut pas oublier une chose : la direction n’a pas voulu délocaliser l’unité au Bangladesh, mais à Reichshoffen, qui, quoiqu’en disent encore parfois certains, est toujours en France, avec le même coût du travail et les mêmes contraintes.

    On était donc même pas sur un problème général d’une grosse boite qui menace de fermer un site pour aller dans d’autres contrées, mais sur une simple réorganisation du site, qui ne nécessitait même pas tant de gesticulation.
    Il est assez triste de voir que beaucoup d’hommes politiques qui se disent libéraux soient tombés dans le piège démagogue d’en appeler à l’Etat pour sauver Alstom alors que, de leurs dires mêmes, Alstom emploi des salariés de très haut niveau qui ne devraient donc pas avoir de mal à trouver un emploi ailleurs.

    Encore la preuve que la démagogie, surtout en pleine période électorale, n’est jamais bonne : l’Etat -nounou passe des commandes pour éviter des suppressions de postes – pour bien montrer qu’il est là pour s’opposer au vilain patronat et rassurer ses électeurs qui iront de toute manière voter FN – alors qu’il ne fait que retarder un rééquilibrage nécessaire du marché.

  2. c’est en fait complètement scandaleux et il est étonnant de ne pas entendre plus de réaction négative. C’est en plus illégal: l’état n’a rien à faire des lois sur les marchés publics, si on comprend bien !

  3. tres bon article ce n’est qu’un pansement pour 10ans pauvre France

  4. Article plein de bon sens. Merci.
    A diffuser!!’

  5. sauver une entreprise n’a jamais pour but de sauver des emplois mais le budget des hommes politiques où cette usine est située et avant une élection importante ce budget est très important….

  6. faut voir ce qui va réellement se passer après l’effet d’annonce politique !

    1. @Breizh
      Bien d’accord avec vous!

      Rien ne tient debout dans ce « plan de sauvetage géographique » particulièrement bâclé: il m’étonnerait que ni la cour des comptes, ni d’autres candidats à la présidentielle ne réagissent pas plus fermement: d’autres solutions existaient, moins idiotes: une prime généreuse « de déménagement » aurait pu convaincre plus de salariés!

      Et il serait étonnant que ces « subsides », hors appel d’offre, passent sans dommage le contrôle européen, d’autant qu’Alstom n’est ni sans commande (30 unités pour les U.S.A. SI J’ai bien lu) ni « dans le rouge ». Dans l’industrie, on comprend bien qu’une concentration de sites peut être un facteur de productivité.

      1. mais alors ce sera la faute de l’europe…pas de valls ou hollande…et l’essentiel, le vrai sera sauvé.

      2. il m’étonnerait que ni la cour des comptes

        Bah, pour eux, c’est la cour des contes : on écoute religieusement, mais on ne bouge pas. Même pas un rire.
        Quant aux européens, ils n’ont jamais moufté sur rien. Ils ne vont pas commencer maintenant, non ❓

      3. 30 unites pour les USA ! On a claironné ce « contrat du siècle » sur toutes les chaînes télé à la gloire de notre bon Hollande… pour nous annoncer 2 jours plus tard discrètement que ces locomotives étant pour les EU seraient fabriquées … aux EU. Et 3 semaines plus tard, c’était l’annonce de la fermeture de l’usine de Belfort ! Doit-on vraiment commenter ?
        Ceci étant, aller travailler en Alsace pour des Belfortains ce n’était pas vraiment un drame !
        Mais politiques et syndicalistes avec l’appui des médias ont fait monter la sauce.
        Qui se préoccupe du petit épicier et du petit agriculteur du coin qui met la clé sous la porte, et pourtant combien de salariés et petits entrepreneurs cela concerne t’il chaque année en France ?
        En attendant nos gouvernants continuent de creuser le trou, que dis-je, l’abîme de la dette française pour qu’un certain FH puisse être réélu.
        Mais rassurez-vous, ces dépenses faramineuses destinées à acheter le vote des électeurs ne compteront pas dans les frais de campagne de monsieur Hollande. Et pour être bien tranquille, il a fait voter en catimini une loi réduisant la durée de la campagne !!!
        Et je n’ai pas oublié Florange qui a abouti à quoi ?
        A faire élire un délégué syndical pour représenter la France au parlement européen !
        Enfin, quand on voit la qualité de nos ministres, on n’est pas vraiment surpris.
        Le vrai problème français est que les politiques font carrière. Ils commencent à 17-18 ans par rentrer dans un parti ( quel qu’il soit, ça n’a pas d’importance !).
        Puis ils gravissent les échelons, syndicats, attachés parlementaires, commissions diverses, élections locales, régionales, puis nationales.
        Et ils se multiplient et sont tous d’accord pour protéger leur fond de commerce!
        Quant au Français de base ll n’a que se taire, subir et payer !
        Vous me direz « on n’est pas obligé de voter pour eux  »
        Mais qu’est-ce que cela changerait de ne pas voter. J’ai choisi de voter pour … le moins mauvais ( à mon humble avis ), avec la rage au ventre, pour éviter de me retrouver avec le pire.
        Pauvre et triste France qui part en javelle

  7. La même semaine, pour sauver l’industrie ferroviaire Suisse, l’Angleterre a commandé 600 million de matériel ferroviaire: http://www.24heures.ch/economie/grosse-commande-stadler-outremanche/story/24952382

    Ha non. Fausse info…C’est juste parce qu’ils ont répondu a un appel d’offre…..

    1. C’est juste parce qu’ils ont répondu a un appel d’offre…..

      Bah, c’est quoi un appel d’offre pour un français ❓ Une horreur 🙁 Mais comment font les autres ❓

  8. Sauver !?!?!?!?
    Un actionnaire à hauteur de 20% qui ignore superbement ce qui se passe dans sa boîte ne mérite que des coups de pieds au c..
    Avoir cédé au américains le pôle énergie relève aussi de la folie douce …
    Et « ILS » veulent rempiler tous les deux …… il faut les virer et du sang neuf ….
    Le « sauvetage » ressemble fort à une belle magouille électorale dont seuls les « génies de la politique de haut vol » ont le secret …

    1. Oui, c’est la situation globale qui mérite d’être examinée et de laquelle on détourne pudiquement l’attention (parce que cela amènerait à poser des questions qui fâchent – en particulier sur la politique énergétique de la fRRRance) :

      – alstom a déjà été tellement renflouée dans le passé qu’elle est une entreprise d’état et que l’état est responsable de ses déboires,
      – le pôle énergie pouvait compenser les déboires du pôle transport – les américains s’en sont débarrassé ! Cocorico !
      – c’était avant de vendre le pôle énergie qu’il fallait réfléchir à l’avenir de la société. Les personnels ne peuvent même plus être reclassé en interne. C’est pratiquement une mort largement prévue d’avance – du moins Alstom sera un zombie maintenu à bout de bras pour maintenir des TGV de moins en moins rentables …

  9. Ce que l’auteur ne dit pas c’est que pour un salarié ‘transporté’ sur un autre site, c’est de la consommation en moins et donc d’autres salariés qui trinquent et qui pointent au chômage. Qualifier cet article d’excellent est un peu ….hatif.

    Pas étonnant donc que Belfort se soit mobilisé pour éviter d’etre frappé par du chomage indirect, lié a cette décision. Comme d’hab, la réponse étatique est une des pires mais il faut bien assurer la paix sociale avant les élections.

    Par contre, le fait que l’auteur oublie le cout indirect des délocalisation me fait dire que Contrepoints donne la parole a des intervenants bien médiocres.

    1. gal: c’est de la consommation en moins et donc d’autres salariés qui trinquent et qui pointent au chômage[…]
      Qualifier cet article d’excellent est un peu ….hatif.

      700 millions, c’est l’équivalent de 44 000 SMIC annuels soit 110 ans de votre « consommation en moins  » pour 400 salariés.
      700 millions c’est l’équivalent du capital de démarrage de 14 000 PME soit 84 000 emplois.

      Votre réflexion sur ce sujet est au mieux… hâtive voir sérieusement déficiente.

    2. pourquoi dites vous que contrepoints donne la parole A des intervenants bien médiocres? la plupart des intervenants sont des experts qui savent de quoi ils parlent, comme l’auteur, je peux certifier ce que dit l’auteur je l’ai entendu chez Ge, et croyez moi je connais bien cette entreprise . On reclassifie les gens chez Ge, A condition que leurs competences soient encore recherchées( Imagery medical par exemple) dans d’autres secteurs de chez Ge. l’auteur a dit la verité, le site n’était pas rentable depuis des années… quant aux frais de délocalisation, Ge est habituée, cela ne cause aucun probleme..vous allez dire aussi que le PDG de Ge qui a pris cette decision est médiocre, parce que lui aussi dit qu’il faut fermer le site qui n’est pas rentable depuis des années…il épluche les chiffres . pour votre information Ge Milwaukee a réduit les coûts depuis des années pour sauver des emplois en France etc . Je sais de quoi je parle.. tout est réduit en ce moment.. et il y a des pressions dans tous les départements pour réduire les coûts .
      ..
      Je suis d’accord avec l’auteur qui s’est renseigné ,l’Etat a fait une erreur et les contribuables vont le sentir et dans un an, nous allons apprendre que Ge ferme le site… et que va faire le gouvernement? racheter encore des motrices ?

  10. ce que vous dites je l’ai entendu par une personne de Ge Healthcare. il aurait fallu fermer l’entreprise depuis longtemps, elle n’etait pas rentable.. mais je vous le dis, les 400 employes devraient penser A trouver un autre travail…c’est GE, je connais bien cette entreprise.. si l’entreprise n’est pas rentable, Ge ne va pas investir mais fermer le site..

    1. Il y a sans doute quelques syndicalistes qui n’auraient pas été reclassés, mais les autres se trouvent maintenant face à un choix cornélien : partir d’eux-mêmes un peu à l’aventure ou attendre et se retrouver avec un CV plombé et des perspectives de reclassement bien moins favorables qu’aujourd’hui à Reichshoffen.

  11. Si seulement ça pouvait être efficace… mais le but ici, c’est juste de montrer qu’on « agit », tout en sachant très bien qu’on va se faire taper dessus par l’Union Européenne dont toutes les règles sont bafouées. Mais le temps que l’UE bouge, 2017 sera arrivé, et ça sera pour l’équipe suivante…

  12. 700 millions, c’est surtout le prix pour sauver ce qui pourrait encore l’être de la candidature Hollande car, comme cela est stipulé dans l’article, la fermeture de Belfort, ou plutôt la décision officielle de le faire, est repoussée à un an, ce qui tombe bien car la présidentielle tombe en mai. Ca fait cher le sauvetage du soldat Hollande mais rassurez-vous, c’est l’Etat qui paye. 😉

  13. AH ! AH! j’ attend le loup et la belette chanter …. 😉

    1. ne nous plaignons pas trop,il y a de nouveaux marchés. Essayons l’élevage de
      dromadaires!

      1. Oui, ne soyons pas trop … chameaux ❗

  14. http://www.challenges.fr/industrie/le-vrai-scandale-alstom-la-gestion-de-ses-dirigeants-et-actionnaires_431452

    Le vrai scandale Alstom? La gestion de ses dirigeants et actionnaires – Challenges.fr
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    LE COUP DE GUEULE DE CHALLENGES
    Le plan de sauvetage de l’usine de Belfort, très contesté, n’est que la suite logique de vingt ans d’erreurs stratégiques des dirigeants et actionnaires d’Alstom. Qui ont transformé un conglomérat puissant en acteur fragile du ferroviaire.

    ………Alstom
    Le vrai scandale Alstom? La quinzaine d’années d’errements stratégiques des dirigeants et actionnaires, qui a plongé le groupe en seconde division…..

    C’est ce qu’on appelle un bel unanimisme bêlant. Le plan de sauvetage de l’usine Alstom de Belfort vient de provoquer un de ces tollés dont l’aréopage politico-médiatique français a le secret. L’Etat achète des TGV pour les mettre sur des lignes Intercités? Scandale chez les commentateurs. Oh, la belle impéritie de l’Etat, décidément aussi peu inspiré qu’impécunieux. Oh, le beau scandale qui voit l’Etat, pitoyable rebouteux, essayer de sauver une usine de près de 140 ans d’histoire. Oh, l’infâme idée de faire rouler des trains à 200 km/h sur des lignes classiques quand ils peuvent dépasser les 300 – ce qui n’avait choqué personne quand Alstom a vendu cet été des TGV à l’américain Amtrak, qui ne les fera pas non plus rouler à pleine vitesse.

    Bien sûr, la solution retenue par l’Etat est loin d’être idéale. Le plan, élaboré dans l’urgence, fleure bon la décision pré-électorale et le rafistolage de circonstance, même si quiconque a déjà pris un train Intercités sait que l’investissement dans de nouvelles machines était plus qu’urgent. Mais où se situe le vrai scandale? Plus que dans la précipitation d’un gouvernement aux abois, celui-ci réside plutôt dans les errements stratégiques de plusieurs générations de dirigeants et d’actionnaires du groupe, qui ont transformé un conglomérat puissant en industriel focalisé sur le seul transport ferroviaire. Un nain au milieu des géants chinois, des GE, Siemens et autres Hitachi.

    Alcatel pompe la trésorerie d’Alstom

    Pour comprendre pourquoi, un flash-back s’impose. En 1998, le conglomérat Alcatel-Alsthom, patiemment bâti sur plus de cent ans d’histoire, est démantelé dans l’allégresse générale par Serge Tchuruk. La partie télécoms, Alcatel, se sépare de la partie industrielle (trains, turbines), qui sera désormais un Alstom indépendant, dirigé par Pierre Bilger. Au passage, Tchuruk, désormais patron d’Alcatel, en profite pour piocher sans vergogne dans la trésorerie d’Alstom via un superdividende. Et force son ex-filiale à reprendre Cegelec, filiale d’Alcatel, pour 1,6 milliard d’euros. C’est le péché originel, la tare qui poursuivra Alstom toute son existence: vidé de son cash, le nouveau groupe n’a pas les reins assez solides pour encaisser une crise majeure.

    Or celle-ci est au coin de la rue. Elle se déclare dès 1999, lors du rachat des activités d’énergie du groupe helvético-suédois ABB. C’est la deuxième erreur stratégique majeure du groupe. D’abord parce que l’acquisition plombe les comptes d’Alstom qui n’en avaient pas besoin. Ensuite, parce que les turbines d’ABB se révèlent défaillantes, ce qui contraint le groupe français à passer plusieurs milliards de provisions successives. Et comme si une décision catastrophique ne suffisait pas, Alstom en ajoute une autre: la même année, le groupe vend à GE son activité de turbines à gaz de Belfort. Celle-là même qui cartonne aujourd’hui au sein du groupe américain…

    2005: Alstom sauvé par… l’Etat

    Ajoutez la faillite du croisiériste Renaissance Cruises, dont les achats de paquebots étaient garantis par les Chantiers de l’Atlantique, filiale d’Alstom, et vous obtenez un cocktail pas loin d’être fatal pour un groupe affaibli. Patrick Kron, appelé en pompier fin 2002 pour remplacer Pierre Bilger, commence à vendre les bijoux de famille. L’ultra-rentable filiale transmission et distribution (T&D) est vendue à Areva (elle sera rachetée en 2010, au prix fort, par Alstom et Schneider). Les turbines industrielles sont cédées à l’allemand Siemens. Insuffisant: en 2004, Alstom, au bord du gouffre, est contraint de frapper à la porte de l’Etat.

    C’est bien la puissance publique, si vivement attaquée aujourd’hui, qui va sauver le groupe français. En 2004, deux ministres de l’Economie successifs, Francis Mer puis un certain Nicolas Sarkozy, décident la nationalisation partielle du groupe (21,5% du capital), qu’ils imposent à Bruxelles à l’issue d’une bataille homérique face à la commission Monti. La contrepartie de l’accord avec la Commission, c’est une grande braderie qui continue. La branche Power Conversion d’Alstom est cédée en 2005 à Barclays Private Equity. En 2006, c’est au tour des chantiers navals de quitter le giron d’Alstom. Les Chantiers de l’Atlantique sont cédés au norvégien Aker Yard. Dix ans plus tard, les deux entités sont en pleine forme: Power Conversion, devenue Converteam, a été rachetée par GE en 2011, qui n’en demandait pas tant. Quant aux chantiers de l’Atlantique (STX France), ils croulent sous les commandes, même si leur propriétaire coréen, en difficulté, les a mis en vente.

    Bouygues laisse le groupe en jachère

    Alstom, recentré sur l’énergie et le ferroviaire, maigrit à vue d’œil. D’autant que l’Etat et Anne Lauvergeon refusent la fusion avec Areva réclamée par Patrick Kron. Bouygues, qui avait repris le ticket de l’Etat avec l’idée de fusionner Alstom avec le groupe nucléaire, laisse sa participation en jachère, ne consentant pas les investissements nécessaires au développement du groupe. En 2014, c’est le coup de grâce: Alstom annonce la revente de son activité énergie à General Electric, devenant un « pure-player » du ferroviaire.

    Pouvait-on faire autrement ? Le débat reste ouvert. Mais le résultat de cette cure d’amaigrissement forcé est éloquent: quinze années d’un démantèlement quasi-permanent mené par ses dirigeants ont fait passer un fleuron français du statut de conglomérat industriel à celui d’industriel de seconde division. Alstom réalise 6,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires… soit moins que le résultat net de Siemens (7,4 milliards d’euros, pour 75,6 milliards d’euros de ventes)!

    3,2 milliards d’euros pour les actionnaires

    L’ironie de l’histoire est de voir revenir l’Etat à la rescousse du groupe, douze ans après le premier sauvetage, et de ne récolter que goudron et plumes. Alstom avait pourtant largement les moyens de reconvertir et de moderniser le site historique de Belfort. Lors de la vente d’Alstom Power à GE, le groupe a touché 9,7 milliards d’euros du géant américain. Il avait consacré le tiers de cette somme (3,2 milliards d’euros) en décembre 2015, à un massif rachat d’actions, annulées dans la foulée pour récompenser les actionnaires. Une fraction, même minime, de ces 3,2 milliards aurait suffi à reconvertir le site historique de Belfort vers des activités plus porteuses que les TGV. Et donc à éviter l’intervention de l’Etat, aussi coûteuse que critiquée. Et si c’était cela, le vrai scandale Alstom?

    1. bonne analyse.. c’est juste.

      1. Oui, même si c’est plus factuel que juste.
        Mais ceci évite de considérer un point tout simple : ce n’est pas parce qu’un groupe hétéroclite (télécom, électricité, ingéniérie ferroviaire, etc.) a été un fleuron industriel qu’il « doit » le rester.
        Les démantèlements de groupes, les restructurations, les croissances externes : quand tout ça fonctionne bien (et c’est souvent), la presse et les ministres n’en disent rien ou s’en félicitent. Comme s’ils y étaient pour quelque-chose.
        Mais quand ces opérations de grande envergure tournent mal, les patrons deviennent incompétents, les stratégies aléatoires, l’Etat s’arroge alors le droit de s’immiscer dans un domaine qui devrait rester purement concurrentiel.
        Certes, humainement, si le site de Belfort ferme, il y aura des retombées négatives sur le bassin. Mais rien ne justifie l’intervention hâtive et bancale de l’Etat.
        La jolie histoire des briseurs de vitres qui font tourner le commerce des vitriers a été oubliée entre-temps…
        Il y a ce qu’on voit (et on voit mal) et ce qu’on ne voit pas (ou qu’on ne veut pas voir)

    2. Ce que vous décrivez (jusqu’à la nationalisation) n’est que la vie normale des entreprises qui vivent et qui meurent au file de leur décisions et des circonstances économiques. En France nous vivons avec l’illusion ridicule que les sociétés devraient vivre éternellement on ne sait par quelle magie. Il est naturelle que les entreprises les plus performantes remplacent celle qui le sont moins c’est de cette manière que la société dans sont ensemble d’enrichie et progresse en sélectionnant les moyens d’action (les entreprises ne sont en fait que la manifestations sociale de l’actions humaine productive) les plus efficaces (et l’efficacité ne se résous pas à l’expertise technique). La disparition d’une entreprise est une bonne nouvelle, cela signifie que des moyens de production plus économe ou plus innovant ont été développés par d’autre.

    3. L’autre point vue: Oh, l’infâme idée de faire rouler des trains à 200 km/h sur des lignes classiques quand ils peuvent dépasser les 300

      S’ils le font avec leur propre argent il n’y a aucun problème, ils peuvent bien le bruler ou investir dans des machines à creuser et reboucher des trous s’ils veulent.
      Le scandale n’est pas là.

      L’autre point vue: essayer de sauver une usine de près de 140 ans d’histoire

      Argument émotionnel qui tombe à plat, on n’a pas sauvé non plus les fabricants de fiacres. Quand une entreprise n’est plus adaptée, heureusement qu’elle disparaît pour laisser la place, quelle que soit son ancienneté.

      L’autre point vue: 3,2 milliards d’euros pour les actionnaires

      Argument démagogique au possible surtout en France où les « actionnaires » font office de méchants de cinéma. Sans actionnaires Alstom aurait disparu voici des décennies. Il faudrait une véritable analyse de la situation du moment.

      L’autre point vue: ce qui n’avait choqué personne quand Alstom a vendu cet été des TGV à l’américain Amtrak

      Quel rapport ? Dans un cas l’état pompe 44’000 SMIC des Français pour « sauver » 400 emplois alors que cette somme pourrait créer 14’000 PME et 84’000 emplois, dans l’autre Alstom, ses salariés et la société y gagnent sans rien demander aux Français.

      L’autre point vue: C’est bien la puissance publique, si vivement attaquée aujourd’hui, qui va sauver le groupe français

      Le pompier pyromane posé en grand sauveur altruiste, c’est vraiment un joli conte de fées.

      Un conte qui oublie un peu vite qu’Alstom a payé des sommes astronomiques en impôts et charges. C’est oublier un peu vite que si les groupes français sont aussi en difficulté c’est en bonne partie à cause des réglementations et de la fiscalité absurde, des syndicats rétrogrades et des connivences avec le monde politique dirigiste et interventionniste.

      Reste la vraie histoire: premier client et donneur d’ordre d’Alstom France, les dirigeants de l’état français vont voler 144 années de salaires de 400 employés au français pour ne rien régler sauf le remplissage de quelques bulletins de vote de plus.

      Avec des décisions aussi folle et irresponsable, est-il vraiment étonnant que la France n’ait quasi plus d’industries contrairement à nombre de voisins ?

      Ça ne coûte rien, c’est l’état qui paie

    4. Oh, le beau scandale qui voit l’Etat, pitoyable rebouteux, essayer de sauver une usine de près de 140 ans d’histoire.

      Pourquoi, elle devrait durer 1000 ans ❓ ❓ ❓

      Oh, l’infâme idée de faire rouler des trains à 200 km/h sur des lignes classiques quand ils peuvent dépasser les 300

      Pourquoi se priver… Alors à quant un TGV pour remplacer une ligne de métro ❓ Ce serait du bel effet, non ❓

      ce qui n’avait choqué personne quand Alstom a vendu cet été des TGV à l’américain Amtrak

      Cela regarde les amerloques, pas nous nous. D’ailleurs en parlant de loques, cela montre l’état pitoyable de leur industrie… 🙁

      Dix ans plus tard, les deux entités sont en pleine forme: Power Conversion, devenue Converteam, a été rachetée par GE en 2011, qui n’en demandait pas tant. Quant aux chantiers de l’Atlantique (STX France), ils croulent sous les commandes, même si leur propriétaire coréen, en difficulté, les a mis en vente.

      Justement, parce que l’état français ne pouvait pas mettre ses gros doigts boudinés dans leurs affaires. CQFD :mrgreen:

      i>Il avait consacré le tiers de cette somme (3,2 milliards d’euros)

      Combien partis en impôts divers ❓

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