La France doit faire confiance à sa société civile

Publié Par Gaël Jeanson, le dans Politique

Par Gaël Jeanson.
Un article de Trop Libre

La France doit faire confiance à sa société civile

Denis Payre, fondateur de « Nous, citoyens », by Fondapol(CC BY-NC-ND 2.0)

Un sentiment de fatigue et de rejet des partis classiques européens affecte aujourd’hui toute l’Europe. Scandales à répétition, crises, discrédit des politiques vus comme une élite isolée… les peuples européens sont demandeurs de changement et la France n’y échappe pas.

L’une des solutions pourrait provenir du renouvellement de la classe politique, notamment à travers les « partis citoyens ». Non composés de professionnels de la politique, ces partis, à l’image de Podemos et Ciudadanos en Espagne ou Syriza en Grèce, veulent remettre la société aux commandes et refusent les hommes politiques de carrière.

Mais, alors que toute l’Europe voit émerger ces nouveaux partis, pourquoi la France se tourne-t-elle davantage vers les extrêmes que vers sa société civile pour surmonter une crise que pourtant toute l’Europe partage ?

Une situation bien française : peu de confiance dans la société civile

La France est certainement l’un des pays les plus centralisés d’Europe. Son organisation politique se caractérise en effet par un État omniprésent, considéré comme devant agir et contrôler tous les domaines : avec 57% de son PIB consacré aux dépenses publiques, le chiffre est l’un des plus élevés dans les pays développés. C’est le reflet d’un système politique qui ne fait pas confiance à sa société civile, cette dernière étant vue comme secondaire face à la machine étatique.

À cette première explication s’ajoute celle du mode de scrutin français qui ne laisse pas beaucoup de place aux outsiders politiques. La centralité de l’élection présidentielle, ultra médiatique, pousse à une véritable professionnalisation de la politique où seuls des candidats de carrière appuyés par la machine d’un parti organisé sont armés pour gagner une telle compétition.

Par ailleurs, l’organisation de l’élection présidentielle en deux tours et avec deux candidats au second tour ancre le pays dans un bipartisme indépassable. Organisées dans la foulée de l’élection présidentielle et au scrutin majoritaire, les élections législatives laissent la part belle aux grands partis : ceux-ci bénéficient de l’effervescence de la présidentielle et du choix collectif fait lors de celle-ci.

Une nécessité urgente : profiter de l’expérience de la société civile

Le résultat de ce manque de diversité de la classe politique est pourtant dangereux. « Près de 40% des parlementaires sont des fonctionnaires alors qu’ils ne représentent que 20% de la population » assène Denis Payre, entrepreneur et fondateur de Nous Citoyens, l’un des rares mouvements politiques français se réclamant de la société civile. Absence de recul, de connaissance pratique et d’expérience dans les secteurs privés, ce manque de diversité des responsables politiques se transforme vite en manque d’ouverture.

En France, les tentatives de création de « partis citoyens » peuvent se compter sur les doigts d’une main. Parmi les plus médiatiques, on recense le Rassemblement citoyen mené par Corinne Lepage et Nous Citoyens de Denis Payre. Constatant une volonté des citoyens, désabusés par leurs représentants, de se réapproprier leur destin, ces partis citoyens se différencient des partis classiques, sans tomber toutefois dans le populisme.

Les partis citoyens appellent au remplacement d’hommes et de femmes politiques trop souvent éloignés du réel, par des acteurs associatifs, responsables économiques ou universitaires. Ces partis citoyens, vecteurs de changement et d’innovations, pourraient produire de véritables avancées. Par ailleurs, la société civile étant caractérisée par sa nature moins partisane, on pourrait imaginer que son retour aux commandes de la cité permettrait de sortir des logiques politiciennes de court terme venant empoisonner la vie politique.

Malheureusement, c’est davantage la fausse solution du populisme qui semble prendre le dessus en France et dans toute l’Europe aujourd’hui.

Sur le web

  1. Quand on lit le programme de Podemos ou Syriza, on peine à voir une réelle différence avec les anciens partis…

  2. Le mal est plus profond: l’Etat a colonisé et subventionne de nombreux corps intermédiaires de la société civile (syndicats, associations, fédérations etc…).

  3. J’imagine plein de réponses possibles à « Les professionnels de la politique vous mentent et vous arnaquent ? », mais pas « Confiez donc les rênes à des amateurs sans programme ni principes ! »

  4. Merci à Gaël JEANSON pour son article ou il est question de promouvoir des « partis citoyens vecteurs de changements et d’innovations ».

    Il est certain que lorsque l’on est responsable d’une PME et (ou) d’une collectivité locale ou encore, des deux à la fois… on perçoit différemment les problématiques politiques de ce pays foncièrement très différent de tous les autres pays d’Europe.

    Je pense que le péché originel qui nous empêche d’évoluer a une origine institutionnelle.

    La France est régie par la constitution de la 5ème république rédigée à la main d’un Général De Gaulle versatile à tout débat démocratique intégrant la diversité de toutes les mouvances politiques d’un pays évolué comme le notre.

    Il me semble évident que l’extrême concentration des pouvoirs – d’ou l’importance de l’élection présidentielle – favorise toutes les ambitions hégémoniques et, par la même, toutes les impostures qui consistent notamment à promettre une chose et, ensuite, de faire son contraire; tout ceci, sans que les citoyens puissent disposer du contre pouvoir que serait, par exemple, le référendum d’initiative citoyenne…

  5. Si la société civile c’est (syndicats, associations, fédérations etc…), je n’en veut absolument pas, ce la même chose qu’on a

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