Présidentielle 2017 : on prend les mêmes, on recommence

Publié Par Nathalie MP, le dans Édito, Politique

Par Nathalie MP.

Il est assez étourdissant de se dire que passé le printemps, la France aura scellé son sort pour cinq ans supplémentaires. L’élection présidentielle de 2007 avait soulevé un vrai enthousiasme (la participation était de 84%) car on avait hâte de sortir de l’immobilisme chiraquien. Celle de 2012 a généré un vrai suspens politique : la gauche laminée en 2002 allait-elle revenir au pouvoir ? Qu’attendre de celle de 2017 ? J’aime la politique, mais là… Ni nouveauté, ni suspens, ni débat de fond.

Une élection de sortants

On aura Hollande (le sortant), ou Sarkozy (le sortant d’avant), ou Juppé (un ancien apparatchik de Jacques Chirac, le sortant d’encore avant) ou Le Pen (ah là, on pourrait croire qu’il y a du nouveau, mais, non, on est bien toujours dans l’étatisme, j’en ai parlé ici et ). Aventurons-nous plus loin : on aura Juppé ou Le Pen. Et encore plus loin : on aura Juppé. Je prends des risques, mais c’est bien ce qui se profile aujourd’hui. Et dans ce cas, ainsi que l’analysait audacieusement h16, attention danger !

Quand je me suis interrogée sur les deux candidats qui accéderaient au second tour, j’ai abouti à Juppé/Le Pen ou Sarkozy/Le Pen. J’en avais conclu que si la gauche voulait se hisser au second tour, il faudrait qu’elle abatte d’abord Juppé qui jouit d’intentions de vote à hauteur de 30% au premier tour, tandis que Sarkozy n’est qu’à 20% (à la louche), ce qui rendrait la tâche du candidat socialiste plus facile. Or depuis, tous les coups, toutes les tentatives de déstabilisation, se concentrent sur Nicolas Sarkozy.

Sarkozy et les affaires

Au début du mois, le parquet a demandé son renvoi en correctionnelle dans le cadre de l’affaire Bygmalion. L’affaire du financement libyen de sa campagne de 2007 revient sur le devant de la scène avec un document beaucoup plus crédible que le précédent (il y est question de 6,5 millions d’euros et non plus 50, pour une campagne dont le montant fut de 21 millions environ). Enfin, Patrick Buisson, son ex-conseiller et inspirateur d’un discours proche de celui du Front national, vient de sortir un livre, La cause du peuple, dans lequel il brosse de lui le portrait peu attrayant d’un sociopathe exhibitionniste et calculateur de court-terme, au moment où il prétend se faire réélire par les Français.

Ajoutons à tout cela que récemment, certains électeurs socialistes, déçus de François Hollande ou simplement inquiets de ne pas voir la gauche parvenir au second tour, ont fait part de leur intention de participer à la primaire de droite pour soutenir Juppé. Comme il s’agit d’une primaire ouverte, c’est très simple, une carte d’électeur, 2 euros et une petite signature suffisent. En 2017, le bulletin Juppé pour contrer Marine Le Pen leur resterait moins en travers de la gorge que le vote Sarkozy.

La gauche absente du second tour

Au vu de tous ces éléments adverses qui sont venus obscurcir l’avenir présidentiel de Nicolas Sarkozy d’un seul coup, on en vient presque à se demander si l’inquiétude de quelques militants quant à la présence de la gauche au second tour n’est pas, en fait, définitivement actée par le Parti socialiste lui-même en personne. Ayant perdu tout espoir de faire gagner Hollande, dont le « ça va mieux » vient de subir une nouvelle fissure profonde avec la publication des mauvais chiffres du chômage à fin août, il se ménagerait ainsi le candidat de droite le plus acceptable aux yeux de la gauche. Un candidat de droite qui a de plus annoncé qu’il ne ferait qu’un mandat. La frénésie à faire front contre Nicolas Sarkozy me parait incompréhensible autrement.

Du côté des sondages pour la primaire de droite, Nicolas Sarkozy a aussi de quoi faire grise mine. Alors qu’il semblait combler en partie son écart avec son principal rival en début de mois, alors qu’il affichait sa confiance dans le fait qu’il allait gagner les primaires, il reperd du terrain tandis que Juppé progresse. Selon un sondage Sofres publié mercredi dernier, Juppé serait à 39% et Sarkozy à 33%. Les autres candidats sont loin derrière (Le Maire 13%, Fillon 8%, NKM 4%). Au second tour, Juppé l’emporterait avec 59% des voix. Sarkozy resterait dominant chez les sympathisants LR, tandis que 90% des sympathisants UDI ou Modem se reporteraient sur Juppé.

Mariton invalidé

On prend les mêmes et on recommence

On prend les mêmes et on recommence

Et voilà qu’Hervé Mariton, confronté à des invalidations de parrainages, a rejoint Juppé. Drôle d’attelage. Sur le strict plan des idées, c’est-à-dire une certaine dose de libéralisme économique associée à une position plus conservatrice sur le plan sociétal, je l’aurais vu aller vers Fillon. Mais il reproche notamment à ce dernier ses proximités avec la Russie de Poutine (moi aussi). Il prétend de plus avoir l’assurance de pouvoir continuer à défendre ses idées, libérales d’une part et anti-GPA d’autre part, dans l’environnent Juppé. Son poids politique est cependant tellement faible qu’il y a peu de chance qu’il parvienne jamais à infléchir le tropisme « pour un État fort » d’un Juppé qui se dit « libéral, social et gaulliste » (comprendre étatiste) et qui reçoit en quelque sorte la bénédiction du Parti socialiste.

Les jeux ne sont pas faits, mais on est clairement arrivé à la saison des évaluations, des négociations et des fusions en vue des primaires et de la présidentielle. N’oublions pas non plus les élections législatives qui vont suivre, et, peut-être encore plus important pour les carrières des « petits » candidats, la nomination ultérieure d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement. Dans cette perspective, tout le monde a regardé de près les sondages et a cherché le « mieux-disant numérique ». D’aucuns appellent ça retourner sa veste pour aller à la soupe.

Où se situe le débat national sur l’avenir du pays ?

Beaucoup d’activité de ce côté-là, donc. Par contre j’ai beau m’intéresser à la politique, j’ai du mal à voir où se situe le débat national sur l’avenir du pays. On parle de l’élection présidentielle. Comme le disait François Hollande à juste titre – et j’aime bien le citer car c’est peut-être la seule chose bien qu’il ait jamais dite (sans se l’appliquer, ne rêvons pas) :

« Ce qui fonde un projet de société, c’est le moment de la campagne présidentielle où le candidat affirme son projet et reçoit du suffrage universel l’autorisation de le traduire. » (FH lors d’un débat Le Monde sur la réforme de la France, 2008)

Refaisons la liste de quelques sujets de fond : le chômage est au plus haut, la croissance est en panne, la dette publique continue d’augmenter et frôle les 100% du PIB, le poids de l’État dans tous les domaines d’activité pèse sur la France par ses prélèvements financiers toujours plus élevés et par ses réglementations aussi abondantes qu’ubuesques, le budget 2017 que viennent de nous concocter les deux acrobates de Bercy « fragilise la trajectoire des finances publiques à compter de 2018 », l’Éducation nationale est abandonnée à l’idéologie du pédagogisme et du « vivrensemble » réunis, l’ascenseur social est complètement en panne, les jeunes diplômés sont de plus en plus nombreux à quitter la France, la cohésion sociale est mise à mal et les Français, inquiets et tétanisés par un avenir sans perspectives, se regardent en chiens de faïence. Au pays du « vivrensemble » triomphant, la défiance domine.

La plaie du terrorisme

Le terrorisme, plaie mortelle soudain ajoutée à tous les renoncements des 40 dernières années, est combattu avec une négligence coupable par le gouvernement et instrumentalisé à des fins électorales par l’opposition de droite la plus identitaire. Comme si on allait combattre le terrorisme avec la loi Renseignement qui surveille tout le monde tandis qu’un individu fiché S porteur d’un bracelet électronique se balade et assassine à sa guise. Comme si on allait combattre le terrorisme en interdisant à une poignée de femmes musulmanes de porter des burkinis sur les plages !

Et que nous disent nos hommes politiques ? Quel est le grand projet de société qui va vraiment briser nos chaînes, celles de la course folle vers toujours plus de protections et de réglementations, vers toujours plus d’impôts et de charges ? Ils nous disent « nos ancêtres les Gaulois », ils nous disent « camp naturiste à Paris », ils cherchent le buzz et font assaut de petites phrases et d’éléments de langage.

Toujours plus d’État

Et parmi les éléments de langage, l’État, toujours l’État, auquel il faut redonner un rôle, comme s’il n’avait pas déjà tous les rôles  :

« En se faisant à nouveau stratège, acteur et fédérateur, l’État doit construire un nouvel élan, un élan partagé. » (Alain Juppé 2017, rubrique Culture)

« Élan partagé », comme c’est beau ! Et puisqu’on en parle, vous avez visité le site de campagne d’Alain Juppé, notre grand homme de la présidentielle ? Je vous le conseille, cela ne vous retardera guère tant c’est léger. À moins de deux mois de la primaire, certains chapitres sont d’une maigreur affligeante. Celui qui traite des comptes publics fait à peine 12 lignes. Il est chapeauté d’une grande déclaration :

« Il faudra remettre en cause le périmètre d’intervention de l’État, ne plus tout demander à l’État. »

Là encore, de quoi parle-t-on ? Quels secteurs précisément seront affectés par la remise en cause du périmètre ? Pour Juppé comme pour d’autres candidats, l’objectif serait de ramener la dépense publique à 50% du PIB en 2022, contre 57% aujourd’hui. Avec la subtilité des baisses de dépense « en tendance », on y arrive sans problème en tablant sur une croissance de 1,5% par an pendant 5 ans sans toucher aux dépenses publiques. Bref, c’est grandiose, c’est vague et pour les réformes structurelles, on verra plus tard.

Juppé et la cohésion sociale

Le chapitre sur la cohésion sociale serait plutôt vague et lénifiant. Exemple :

« Agir, c’est enfin changer notre regard sur les plus vulnérables, à qui nous devons tendre la main pour leur redonner toute leur place dans notre société. »

D’autres chapitres sont davantage remplis, notamment tout ce qui concerne « Pour un État fort », c’est-à-dire le régalien, mais les formulations restent souvent générales et les projets de création de haut conseil de ceci et de code de cela abondent et surabondent.

Et je ne parle même pas du Front national, dont le programme économique pour 2017 n’est pas encore connu, mais dont on sait que celui de 2012, avec son horreur des « puissances d’argent », ses hausses brutales du salaire minimum et des pensions, et son étatisme répandu partout, est une parfaite copie de ce que nous a fait Syriza en Grèce, et de ce qu’aimeraient faire Podemos en Espagne ou Mélenchon en France, modulo de moins en moins de différences sur la politique migratoire. Et dire que c’est dans ce parti rétrograde d’extrême-droite ou dans son pendant d’extrême-gauche que presque 40% des Français pensent trouver une solution à nos malheurs !

Qui aura le courage des réformes ?

Qui se décidera enfin à dire que notre État nous dévore, que l’État-providence est en faillite financière, qu’il ne survit que parce qu’il consomme en permanence une énorme part des richesses créées par ailleurs. Que la protection qu’il nous procure est arrivée à un stade où elle nous masque la réalité : elle nous coule tous les jours un peu plus. Qu’il est illusoire de vouloir réformer un système à bout de souffle devenu complètement inadapté. Qu’il faut d’urgence passer à un autre modèle, à un modèle qui laisse à chacun la liberté de choisir ce qui lui convient ? Ni Hollande, ni Sarkozy, ni Juppé, ni Le Pen.

J’aime bien la politique, mais là…

Sur le web

  1. Après avoir visité le site de Juppé, allez voir celui de Fillon… Serait-ce parce qu’il va remettre en cause un certain nombre de dogmes qu’il est superbement ignoré des commentaires médiatiques?

  2. Oui, ils sont tous à vouloir prendre la direction de ce pays en nous racontant qu’une fois au volant ils vont faire un temps identique à celui d’une F1 moderne alors que ce pays n’est plus qu’une 2CV.
    Ils auront beau tous nous promettre de remplacer la toile de la capote par du carbone,
    Toute personne qui se présente à la présidentielle sans avoir le courage de dire que la place de la 2CV est au musée et qu’il faut faire du neuf, sortir la France du communisme, est un homme politique, un menteur quoi 🙂
    On sait déjà qu’ils vont tous déclarer leur profond amour à cette 2CV…

  3. Aux elections, Je vote contre depuis longtemps… surtout aux deuxièmes tours…
    Cette fois, j’ai décidé de voter POUR…
    Et cette fois, nul candidat 1° tour à ce jour connu de moi pour m’intéresser … et ne parlons pas de la finale annoncée

    Vote blanc s’impose.

    1. Vous avez déjà exprimé cette opinion d’une logique époustouflante dans un autre article. Votez comme vous voulez, mais ne venez plus râler.

  4. Encore une analyse qui se borne à ump, ps fn…
    Triste comme les journaliste orientent le débat… Pour qu’on reprenne les mêmes et qu’on recommence!

  5. Qui aura(it) le courage des réformes ?
    Fillon. C’est le seul à avoir su mener sans céder face à la rue des réformes impopulaires lors de la décennie précédente.

    1. Fillon a surtout montré en tant que premier ministre une étonnante capacité à être parfaitement transparent pendant 5 ans. Le monsieur avait des idées pour la France…?

      1. Il a surtout été « bride » par le président qui l’avait nommé à ce poste, qui avait tendance à monopoliser les médias et lui dicter ce qu’il fallait faire.

  6. En ce qui me concerne la passion pour la chose politique a laissé la place à l’indifférence puis au mépris
    De toute façon, pour les scrutins de 2017 mes options sont , s’abstenir, voter blanc ou bien glisser la photo des mes fesses dans l’enveloppe.Cela pour la simple raison que la majorité des Français auront le gouvernement qu’ils méritent, composé des meilleurs menteurs, lesquels auront promis la préservation des avantages acquis et l’assistanat à vie. J’attends (j’espère) qu’un(e) candidat(e) honnête, c’est énorme ce que ce mot contient, émergera de ce monde glauque de poiliticaillons. Toutefois ses chances de recueillir plus de 5% des votes sont faibles.en disant la vérité.
    Ce pays est foutu (je plagie)

  7. la soupe est bonne, faudrait pas la laisser à d’autres !

  8. Macron non mentionné dans l’article.

  9. Il y a encore quelques mois, j’étais assez convaincu par Juppé, mais je doute chaque jour un peu plus. A force de l’écouter, j’ai maintenant le sentiment que Juppé nous fait du chiraco-hollandisme, ce qui n’a rien de franchement réjouissant.

  10. Et NKM ? Elle semble pourtant etre la seule à appréhender les enjeux sous une perspective différente

    1. Sérieux ?
      Ah oui l’angle bobo qui prend le métro, ça manque au débat.

  11. J’aurais aimé ne pas avoir à lire votre article tant je le trouve terriblement juste.

  12.  » on prend les mêmes, on recommence ».
    N’exagérons pas, il manque quand même Giscard !

  13. « Qu’attendre de celle de 2017 ? ».

    Rien,

    Moi, cela fait très longtemps que je n’attends rien de la politique. Comme la politique est devenue l’outil qui permet aux uns de spolier les autres ou aux autres de contraindre les uns en matière de morale, seuls ceux qui sont des voleurs ou des dictateurs attendent quelque chose de la politique. Si on est optimiste, le dernier recours est de tenter de freiner cette avancée du rôle de l’état dans nos vies en votant pour les moins étatistes parmi les voleurs et moralisateurs qui font office de candidats. Et si l’on est pessimiste, il ne reste qu’à plier les gaules et partir.

  14. Pas un mot sur Bruno Lemaire ? Qui me semble avoir une offre libérale adaptée à la France et relativement non étatiste, quoiqu’il reste encore des doutes à ce sujet…

  15. Heureusement qu’on a des personnes aussi intelligentes que l’auteure, hein ?
    Je propose qu’on réserve le droit de vote à des personnes de haut quotient intellectuel. Un régime de crânes d’œuf comme … Juppé ou Lemaire…Une forme de vote censitaire pour éloigner notamment les 40% de sans dents qui s’apprêtent à porter leurs suffrages sur la blondasse ou son clone de gauche. Manquerait plus que ces semi débiles votent et remettent en cause le statu quo, l’entre soi, la connivence et la bien pensance, qui finalement ne fonctionnent pas si mal que ça… jusqu’ici !

  16. Il pourrait y avoir débat si les journalistes se donnaient la peine de aire autre chose que d’alimenter des querelles stériles à base de « petites phrases ».
    Dans les faits, un candidat s’est donné la peine de construire un programme cohérent: Fillon. On peut trouver que du point de vue libéral, il ne va pas assez loin, mais commencer à aller dans cette direction n’est pas si mal. Certaines de ses idées ont d’ailleurs été reprises par d’autres candidats, Juppé par exemple.
    Sur ses positions en politique étrangère, il convient de s’informer sur le conflit syrien autrement que par nos médias alimentés par les sources USA-OTAN. Voir les articles de arretsurinfo.ch par exemple, ou les infos des associations qui soitiennent les chrétiens d’Orient sur place.

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