La destitution de Dilma Rousseff vue du Brésil [Replay]

Publié Par Auteur invité, le dans Amérique latine

Par Hugh, depuis le Brésil.

Dilma Rousseff & Lula. La procédure de destitution de Dilma Rousseff menace l'actuelle et l'ancien président

Dilma Rousseff & Lula (Crédits João de Bourbon, licence Creative Commons).jpg

Un dimanche de soleil et de ciel bleu, automne chaud et sec à Brasília, la capitale du Brésil, la Chambre des députés a décidé par 363 voix la recevabilité de la procédure de destitution de Dilma Rousseff. 342 voix étaient nécessaires.

Maintenant, le processus est confié au Sénat, qui a besoin d’une majorité absolue de 41 voix (il y a 81 sénateurs) pour confirmer la décision de la Chambre et poursuivre le processus en officialisant la destitution temporaire de la présidente brésilienne Dilma Rousseff avant une décision définitive dans les 180 jours. Cela pourrait être le deuxième impeachment en 24 ans.

Le parti de la présidente, le parti des travailleurs (PT) accuse l’opposition de mener un coup d’État, oubliant qu’il est prévu dans la Constitution, et que, depuis les années 1980, le PT lui-même a déposé près de 70 demandes de destitution contre quatre présidents.

Un Who’s Who de la corruption

Un certain nombre de députés qui ont voté sont eux aussi impliqués dans des affaires de corruption, comme en 1992, date de la dernière destitution d’un président.

Le président du Sénat est également investigué pour corruption, ainsi que certains membres de la Cour suprême. 11 ministres ou anciens ministres ont été cités dans l’enquête, jusqu’à présent sans résultat. Un véritable Who’s Who de la corruption au Brésil.

Techniquement, la procédure de destitution de Dilma Rousseff est motivée par des fraudes comptables dans la présentation du budget national. La présidente a transformé un déficit en excédent (inexistant) et utilisé l’argent des banques publiques  pour payer la facture (presque 20 milliards d’euros). La corruption n’est guère que « la cerise sur le gâteau ».

Le régime parlementaire du Brésil

Le Brésil n’est pas parlementaire, mais présidentiel,  avec des électeurs qui votent pour le président et le vice-président, tous deux membres de la même coalition.

Le vice-président, le président de la Chambre et le président du Sénat, sont tous membres du même parti, qui n’a guère d’idéologie mais dont le seul but est d’obtenir le plus grand nombre de fonctions publiques et de municipalités. Le président est d’un autre parti (le PT).

À la procédure de destitution de Dilma Rousseff s’ajoute une grande opération policière, impliquant des politiciens et des hommes d’affaires, et qui rappelle l’opération « Mains propres  » de l’Italie. L’ancien président Lula est cité fréquemment. Il existe ainsi un enregistrement de celui-ci avec Dilma Rousseff, où elle lui offre un ministère et l’immunité associée pour se débarrasser d’un magistrat, et être jugé par la Cour suprême. Les noms de politiciens de l’opposition sont également fréquemment cités, mais jusqu’à présent, seuls des hommes d’affaires ont été condamnés.

Une situation dramatique au Brésil

Sur le plan économique, le pays connaît une situation dramatique, la pire crise depuis 1929. Une période marquée par la hausse du chômage (près de 6 000 personnes mises à pied par jour), la fermeture d’entreprises ou l’augmentation de la violence (déjà à un record mondial). La seule solution proposée par le gouvernement est la création d’une taxe supplémentaire alors que le pays dispose de 92 taxes, 93 avec l’inflation, qui «officiellement» était de 10,67% en 2015.

Alors que la majorité des Brésiliens que je côtoie ici pensent que le gouvernement devrait être grand, fort et organiser un État-providence généreux, dur de ne pas constater que les politiques actuelles condamnent irrémédiablement le Brésil à l’échec…

  1. seulement 93 taxes ? petits joueurs …
    Qui sait combien il existe de taxes en France ? plus de 360 selon l’IFRAP, mais sans garantie d’exhaustivité

  2. https://www.youtube.com/watch?v=zI0q5UDP47g

    Et la question des « journalistes » de i-télé avant les jeux : « Mais quelle athlète va donc porté la flamme jusqu’a l’arrivé, pelé ou machin ? Vous n’avez pas un petit scoup pour moi monsieur du CIO ? »

  3. Un d idéalisme socialo, beaucoup d’amateurisme voire d’incompétence, un peu ou beaucoup de magouille, voyez le résultat ! On se croirait en France en 2016.

    1. Je voulais dire : Un peu d idéalisme. ..

  4. Aucune ressemblance avec notre Roy Fainéant?
    En fait, si. Un peu. Beaucoup. A une difference près.
    Non seulement il n’a aucune chance d’être destitué, mais il ne rendra de comptes a personne, ayant consciencieusement saboté au préalable encore d’avantage les comptes publics, lançant la France en collision directe avec l’Allemagne.
    Etre un fonctionnaire politique en France, c’est quand même pas mal. Calamiteux est le premier a le reconnaitre, d’ailleurs.

    1. Le PT a également la morale à géométrie variable selon qu’il est au pouvoir ou dans l’opposition.

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