Barroso chez Goldman Sachs, ou l’illustration du capitalisme de connivence

Publié Par Daniel J. Mitchell, le dans Europe

Par Daniel J. Mitchell

Jose Manuel Barroso chez Goldman Sachs : capitalisme de connivence

Jose Manuel Barroso-BDF_Summit_2010.06.02 (45) By: Baltic Development ForumCC BY 2.0

Sommes faramineuses pour idées brillantes ?

Comment expliquer qu’un établissement universitaire à but lucratif ait versé la somme faramineuse de 16,5 millions de dollars à l’ancien président des États-Unis Bill Clinton pour service rendu en qualité de « chancelier honoraire des Laureate International Universities » ? Est-ce parce qu’il avait une expertise ou des idées brillantes à proposer sur la façon d’améliorer l’enseignement ?

Comment justifier que Goldman Sachs ait payé des centaines de milliers de dollars quelques discours prononcés par l’ancienne secrétaire d’État Hillary Clinton ? Est-ce parce qu’elle avait de précieuses observations à faire valoir sur l’économie et les investissements ?

La réponse à ces questions est que les entreprises sont parfois prêtes à verser des sommes d’argent importantes à des politiciens influents parce qu’elles espèrent obtenir quelque chose en retour.

Dans certains cas, elles souhaitent donner un coup de pouce aux politiciens influents en vue d’exploiter le pouvoir coercitif de l’État pour saisir l’argent d’autrui ; c’est condamnable et révoltant. Dans d’autres cas, elles cherchent à se prémunir des prélèvements excessifs et des règlementations punitives, c’est pourquoi elles versent des sommes d’argent « défensives » aux personnes introduites dans les arcanes du pouvoir dans l’espoir qu’on les oublie ; c’est regrettable mais compréhensible.

Dans ces deux situations, l’une immorale, l’autre compréhensible, les entreprises prennent des décisions rationnelles. Les politiciens ont une excessive propension à taxer, dépenser et réglementer, il est donc logique de s’attirer leur faveur, en leur versant directement de l’argent ou en finançant leurs campagnes.

Cela constitue un problème aux États-Unis, bien sûr ; mais c’est aussi un problème en Europe.

Le cas Barroso

Prenons le cas très particulier de José Manuel Barroso, le président récemment retraité de la Commission européenne qui vient d’être embauché par Goldman Sachs en tant que « président non exécutif de Goldman Sachs International ». Selon le communiqué de presse de la société, il sera… eh bien, on ne sait pas trop ce que sera son rôle ou quelle valeur il apportera. Tout ce que nous obtenons n’est que poudre aux yeux à propos de sa carrière politique, ainsi qu’une obscure déclaration selon laquelle « il sera également un conseiller auprès de Goldman Sachs ».

Alors jetons un œil à sa bio Wikipedia. Peut-être trouverons-nous des preuves qu’il possède une grande expertise en matière d’investissement ? Mais la seule chose que nous trouvons est qu’il n’a été que politicien de carrière, d’abord au Portugal, puis à Bruxelles (où il a été un peu la risée). Il n’y a aucune indication qu’il n’ait jamais occupé un emploi dans le secteur privé. En revanche, nous trouvons cette perle :

« Durant ses études universitaires, il a été l’un des leaders du mouvement d’obédience maoïste MRPP (Mouvement réorganisé du prolétariat portugais, devenu plus tard PCTP – MRPP, Parti communiste des travailleurs portugais). »

Cela ne sonne pas comme le pedigree de quelqu’un qui vient de décrocher un poste généreusement doté dans le temple supposé du capitalisme mondial. À la vérité, M. Barroso n’est pas un communiste (du moins plus maintenant) et Goldman Sachs n’est pas un bastion du libre marché. Ces deux-là sont plutôt des spécialistes du capitalisme de connivence.

En effet, la suspicion de connivence semble tellement évidente en l’espèce que la Commission européenne a sollicité l’avis du Comité d’éthique européen. Ce qui a perturbé le Senor Barroso, comme l’a rapporté le Financial Times dans un article consacré à cette controverse :

« José Manuel Barroso a accusé la Commission européenne — une institution qu’il a dirigée durant 10 ans — d’être « discriminatoire » et « incohérente » suite à l’annonce de l’exécutif de l’UE de faire appel au Comité d’éthique pour examiner son nouveau rôle chez Goldman Sachs. (…) M. Barroso a vigoureusement défendu sa décision d’accepter un emploi de conseiller auprès de la banque d’investissement américaine, ce qui a fait grand bruit au sein de l’UE. (…) Le président français François Hollande a qualifié ce recrutement de « juridiquement possible, mais moralement inacceptable ». (…) Le comité examinera le contrat de M. Barroso afin de vérifier, en vertu du droit communautaire, s’il est conforme à l’obligation de M. Barroso de « se comporter avec honnêteté et délicatesse » en acceptant cet emploi et ces avantages après avoir quitté ses fonctions. Ses contempteurs ont fait valoir que M. Barroso pourrait être dépossédé de sa retraite, d’une valeur de 15.000 € par mois, s’il était reconnu coupable d’avoir violé ces règles. (…) Nombre d’anciens membres de la commission ont obtenu des rôles de premier plan au sein de grandes entreprises, ce qui conduit certains à préciser que Goldman Sachs tient une place à part en raison de son rôle dans la crise financière. »

Cependant il est intéressant de noter que Barroso n’est que le dernier exemple d’une plaque tournante entre les eurocrates et Goldman Sachs.

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Le point essentiel serait donc de savoir si Barroso agit avec intégrité. Mais cette question reste valable pour toute sa carrière. Accepter un poste chez Goldman Sachs n’est-il pas tout simplement une façon de monétiser des décennies de connivence ?

  • Traduction par Raphaël Marfaux pour Contrepoints.


Sur le web

  1. Le pire, c’est que les marxistes accusent les libéraux d’être à l’origine de ce genre de connivences, alors c’est le résultat d’une sociale-démocratie rongée par le collectivisme.

  2. Peut-on nous rappeler qui est l’actuel employeur du chancelier allemand prédécesseur d’Angela Merkel et de son ministre des affaires étrangères, Joska Fisher

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