Venezuela : le ras-le-bol populaire contre Maduro

Publié Par Fabio Rafael Fiallo, le dans Amérique latine

Par Fabio Rafael Fiallo.

Ce 1er septembre, le contraste fut frappant au Venezuela entre le ras-le-bol de la population et l’entêtement du régime dirigé par le Président Nicolas Maduro, héritier désigné du défunt Hugo Chavez.

La prise de Caracas contre Maduro

D’une part, plusieurs centaines de milliers de Vénézuéliens prirent part à une manifestation, nommée la « Prise de Caracas », pour exiger la tenue d’un référendum – comme l’autorise la Constitution de ce pays – visant à révoquer le Président Maduro à mi-mandat

La date de cette consultation revêt une importance capitale. Si le référendum révocatoire a lieu en 2016, et le rejet de Maduro l’emporte (comme tous les sondages le laissent anticiper, et ce, avec une marge plus que confortable), il faudra convoquer de nouvelles élections présidentielles, lesquelles pourraient sonner le glas de la mainmise du chavisme sur le pays. Si, par contre, le référendum se tenait en 2017, alors il n’y aurait pas d’élection présidentielle anticipée : Maduro abandonnerait simplement la présidence, laissant à sa place le vice-président qu’il aurait décidé – comme la Constitution le lui permet – de nommer.

Inutile de dire que le régime vénézuélien –  qui contrôle et la Cour Suprême (le Tribunal Suprême de Justice) et le Conseil National Électoral (chargé de fixer le chronogramme du référendum) – déploie toutes les tactiques dilatoires possibles et imaginables pour repousser la tenue du référendum tout au moins jusqu’à l’an prochain. D’où la pression exercée par l’opposition, et par l’Assemblée Nationale – branche du pouvoir contrôlée par l’opposition mais dont les prérogatives ont été réduites à néant par le régime – pour obliger les autorités électorales à remplir sans procrastination les procédures référendaires.

De par son ampleur, la Prise de Caracas a valeur de plébiscite du rejet des Vénézuéliens à l’égard de leur président. Un plébiscite venant s’ajouter à la défaite cuisante subie par le pouvoir en place lors des élections parlementaires du 6 décembre passé.

Maduro cherche à intimider la population

Et pourtant, le régime n’avait pas lésiné sur les moyens pour intimider la population et la dissuader de prendre part à la manifestation du 1er septembre.

Expulsion de journalistes étrangers (y compris ceux de la chaîne CNN et du quotidien Le Monde), interdiction de drones pouvant filmer la manifestation, fermeture de stations de métro et de bus pour empêcher les Vénézuéliens d’arriver aux points de concentration, licenciements de fonctionnaires ayant signé une pétition pour le référendum, menaces diverses et variées, toute cette panoplie de coups bas, en somme, ne parvint à empêcher ni la participation massive de la population à la Prise de Caracas, ni la divulgation aux quatre coins du monde des vidéos de cette manifestation.

La réaction du régime après la manifestation n’en fut pas moins déplorable. Le Président Maduro lui-même tenta de minorer l’ampleur de la protestation, prétendant – malgré ce que montraient les vidéos – que l’opposition n’avait pu rassembler que 35 mille manifestants. Puis, ayant organisé ce même jour une contre-manifestation pro-gouvernementale qui fit flop, des membres du régime montrèrent des vidéos d’une ancienne manifestation de l’époque de Chavez – où il y avait bien plus de monde – essayant de faire croire qu’il s’agissait d’images de la contre-manifestation pro-gouvernementale du 1er septembre. Comme on pouvait s’y attendre, la supercherie fut vite repérée et dénoncée.

Le Président vénézuélien fit également recours à son expédient favori : la thèse d’un complot de l’opposition (et bien entendu de « l’Empire »). Cette fois-ci, les autorités du régime prétendirent avoir découvert des caches d’armes et d’explosifs supposés appartenir à des membres de l’opposition, et ce dans le but manifeste de justifier la vague d’arrestations qui s’en est suivie.

Le lendemain du 1er septembre, le Président Maduro dut faire face en personne à la colère populaire. S’étant rendu au quartier de Villa Rosa, ancien bastion du chavisme dans l’île vénézuélienne de Margarita, il fut l’objet d’un cacerolazo (concert de casseroles) de la part de la population.

Le poids international du chavisme écorné

Avant la manifestation du 1er septembre, le poids international du chavisme était déjà bien écorné. En août passé, 15 Etats membres de l’Organisation des Etats Américains (OEA) avaient demandé au régime vénézuélien de rendre possible la tenue du référendum révocatoire « sans retards » (c’est-à-dire en 2016). La nouvelle razzia répressive ne pourra qu’affaiblir davantage encore le chavisme sur le plan international.

Même les alliés idéologiques du régime vénézuélien – Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Equateur), Daniel Ortega (Nicaragua) et bien entendu Raul Castro (Cuba) – font entendre leur soutien à Maduro d’une manière de plus en plus ténue et espacée dans le temps.

Et pendant que le régime vénézuélien s’affaire à retarder la tenue du référendum révocatoire, l’économie vénézuélienne continue de dégringoler sans que Maduro donne des signes de savoir comment redresser la situation.

Depuis la défaite électorale du 6 décembre, il ne cesse de militariser l’économie, confiant un rôle central dans ce domaine au Ministre de la Défense, le Général Vladimir Padrino Lopez – comme pour ôter à celui-ci toute envie de prendre ses distances par rapport au Président, voire de se mettre carrément du côté de la contestation.

Tout récemment, Maduro a chargé 18 généraux d’assurer le contrôle des prix et empêcher le marché noir des 18 articles de première nécessité les plus importants (un général pour chaque article).

Par la militarisation de l’économie, Maduro croit qu’il pourra juguler les lois de l’offre et de la demande, comme il entend museler la contestation du peuple par incarcérations interposées.

Guidé par un timonier aussi déconnecté de la réalité que ne l’est Maduro, le Venezuela se dirige tout naturellement vers une implosion économique, politique et sociale.

Vu l’imminence d’un collapse national, et l’ampleur de l’impopularité de Maduro, l’heure est arrivée pour le chavisme, s’il veut survivre politiquement, de lâcher l’élu de Chavez.

Pour cela, le chavisme – à commencer par le Général Padrino Lopez – a tout intérêt à ce que le référendum révocatoire ait lieu en 2016 (et pas plus tard). Car dans le cas contraire, c’est-à-dire si le référendum avait lieu en 2017, Maduro serait en mesure de choisir comme vice-président, et donc comme son successeur, un des membres de sa clique – une clique connue par son incompétence et son mépris des normes démocratiques – ce qui risquerait de parachever l’œuvre de destruction massive du chavisme et du pays que Maduro mène avec obstination et sans relâche.

  1. Le plus surprenant ce sont nos ânes médiatiques, eux si prompts à dégainer leur indignation quand un élu ou un gouvernement de non-gauche prend des mesures non gauchistes.

    Mais quand de minables fachistes de gauche agissent en toute impunité, on n’entend plus ces petits et petites minettes cathodiques s’indigner.

    Et mr Mélenchon, il en pense quoi? ce grand ami de Chavez et de Castro? Ah oui, c’est vrai, il ne pense pas.

    1. Et mr Mélenchon, il en pense quoi? ce grand ami de Chavez et de Castro? Ah oui, c’est vrai, il ne pense pas.

      Il ne pense pas, mais il dépense. Mais pas ses sous hein ❗

  2. Si le référendum révocatoire a lieu en 2016, et le rejet de Maduro l’emporte

    Et le bourrage organisé des urnes ❓ Ils ne sont pas à cela près. 97% en faveur de Maduro, cela va roxer :mrgreen:

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