Alain Juppé : une personnalité trop fade ?[Replay]

Publié Par Philippe Bilger, le dans Politique

Par Philippe Bilger.

Alain Juppé trop fade ? By: MagharebiaCC BY 2.0

 

Loin de moi la prétention de m’immiscer dans la campagne d’Alain Juppé mais puis-je tout de même dire que la tonalité de son intervention sur le terrorisme, à son retour de Nouvelle-Calédonie et de Polynésie, était aisément prévisible.

Alain Juppé mesuré, nuancé

Parce qu’on a compris quel était son style et sa volonté de demeurer apparemment froid, mesuré et serein face à l’opposition extrême et sans nuance des autres candidats à la Primaire LR. Surtout de Nicolas Sarkozy.

Il y a clairement une identité « Juppé ». Qui pouvait ignorer qu’il se situerait entre « angélisme » et « surenchère » ? Qui pouvait croire qu’il approuverait les appels à la démission du Premier ministre et du ministre de l’Intérieur ? Qui pouvait se tromper sur son respect de l’état de droit ? Qui pouvait douter de sa crainte de l’amalgame ? (Le Figaro)

Une telle constance qui donne à la pensée sa logique, à son opposition sa cohérence et au personnage sa marque n’est pas un mince avantage. Mais la raison a ses limites dans cette terrible et durable période qui appelle l’audace de l’invention et l’aptitude aux transgressions salutaires. Pour le bien de tous.

Ou Alain Juppé froid, et finalement banal ?

Le risque est, ainsi, d’éprouver une sorte de frustration face à une « machine » qui semble de plus en plus gouvernée par le souci de ne pas dire comme les autres tout en puisant dans un fond commun à la droite.

C’est, à la longue, davantage un discours de la méthode qui donne des bons ou des mauvais points à ses adversaires qu’un élan intense et novateur. À force de se méfier du caractère exceptionnel des circonstances, sa tendance est de ne proposer qu’un ordinaire à peine retouché.

J’avais déjà considéré que son projet régalien n’était pas à la hauteur de ce qu’on aurait attendu d’une équipe qui, paraît-il, travaillait depuis longtemps à ses côtés sur ce plan.

Toujours mesuré, jamais novateur

Contre le terrorisme islamiste, Alain Juppé reprend l’excellente idée de François Fillon et de Nicolas Dupont-Aignan sur la qualification d’intelligence avec l’ennemi.

Pour les fichés S il s’inscrit dans un mouvement de plus grande rigueur mais en veillant à ne pas tomber dans une globalisation.

Toujours se distinguer pour ne pas donner l’impression d’être emporté dans une dérive qui ne mettrait plus assez de centrisme dans la droite.

Mais les contorsions intellectuelles et politiques sont difficiles. Il soutient qu’on pourrait améliorer le dispositif antiterroriste dans le cadre de l’état de droit.

Je n’en suis pas persuadé. Il y a des chemins que le pouvoir devrait emprunter et qui sont recommandés par l’opposition, imposant une conception plus souple, moins dogmatique de l’état de droit. L’essentiel est que la démocratie amplifie ses moyens de sauvegarde et ils seront légitimés parce qu’ils auront le label républicain.

Ensuite, Nicolas Sarkozy – il convient de lui reconnaître ce mérite – a justement mis l’accent sur cette particularité du combat contre le terrorisme : il est urgent d’inventer une pénalisation de cette zone grise intermédiaire entre les innocents et les coupables. Quand on a la quasi certitude que des virtualités n’aspirent qu’à devenir criminelles, il faut leur assigner un statut pénal (Le Monde).

Enfin Alain Juppé, s’il n’a pas l’air de récuser le terme de « guerre » – sa validité est démontrée par ceux qui la mènent contre la France, dans la barbarie et l’abjection – paraît cependant se tenir subtilement en retrait.

Mais les massacres qui se répètent sont révélateurs du fait que le classicisme de la lutte n’est plus de mise. Le combat a changé d’âme et nous n’avons plus besoin de la politique des mots et des avertissements de la sagesse. Mais d’un chef de guerre et d’un président de paix. En même temps.

Alain Juppé, entre mesure et modération, saura-t-il être ce personnage rare dont la France est privée, dont elle aura besoin ?

Sur le web

  1. cet homme n’est pas fade , il me fait penser a la Joconde , tout est dans le sourire , l’homme apaisé , sûr de lui et de son génie… il serait mieux en peinture qu’en président . des types comme lui , il y en a plein dans la galerie des ex de l’Élysée et même un toujours sur le trône….le trône n’attire que des gens « fades » , il faut le supprimer !

  2. Il fait un bon candidat normal pour succéder à Normal 1er.
    Normal II qui saura ménager la chèvre et le chou, satisfaire la droite et la gauche, dire tout et son contraire dans la même phrase pour ne choquer personne.
    Il fera l’unanimité pour lui au début et l’unanimité contre lui à la fin.
    Bref, le candidat de l’union nationale comme Savamieux.

  3. Sarkozy, via Leq Monde : « Quand on a la quasi certitude que des virtualités n’aspirent qu’à devenir criminelles, il faut leur assigner un statut pénal. »
    Mais ça existe déjà, c’est même avec Tom Cruise : Minority report !
    Pénaliser une potentialité, cet homme n’a aucune limite verbale !

    1. @Puku: Lisez cet article et comptez le nombre de fois où l’auteur désigne des impasses judiciaires dans le cas de Kermiche :
      http://www.causeur.fr/saint-etienne-rouvray-justice-kermiche-39464.html

  4. A la dernière question, je réponds non.
    Juppé est un opportuniste. Depuis le début, il copie les mesures de Fillon, en les diluant dans le politiquement correct.

  5. C’est se demander si un excellent valet pourrait faire un bon maître!
    Son étonnante capacité à plier l’échine face aux forts en gueule, tout en restant droit dans ses bottes ne peut servir qu’au Quai d’Orsay .
    Ou au cirque.

  6. Repris de justice, dehors.

  7. Aucun candidat si brillant soit-il ne pourrait être élu en proposant le programme de mesures réellement nécessaires au redressemen de la Francet, même lent. Déjà laisser de côté les projets irréalisables ou qui sortent de l’état de droit est une bonne chose. Espérons que le candidat une fois élu aura le courage d’aller plus loin – dans la bonne direction – que ses promesses de campagne.

  8. Dès que Bilger admire un politique on est certain qu’une catastrophe est en vue.

    1. Lop ,

      + 1000 !!!

  9. Blablabla!!!!! la mémoire humaine est courte: on oublie sa condamnation pour abus de bien sociaux et son inéligibilité… et qu’on ne me dise pas qu’il a payé pour d’autre(s) en montrant sa fidélité à Chirac! et alors? cela révèle-t-il son honnêteté, sa droiture, son intégrité? par pour moi! c’est à la France qu’il se devait d’être fidèle et loyal! et maintenant il va en Polynésie, soi-disant faire son mea culpa des essais nucléaires, alors que justement il a été ministre de l’écologie! pour récolter des voix pour la présidentielle ça oui! ce n’est pas le seul me rétorquerez-vous, tout à fait d’accord, et c’est bien ça le drame de la France…

  10. Il y a clairement une identité « Juppé » ? ….Ah bon !
    Oui, Ali Juppé sait se faire cireur de babouches quand ça l’arrange.
    Il y a une explication qui résume tout ….. il est énarque !
    Une fois qu’on a dit ça, tout s’éclaire.

  11. « À la Libération, son père, Joseph Bilger, fondateur d’une organisation d’extrême droite, est condamné à dix ans de travaux forcés pour faits de collaboration »…extrait wikipedia.

    Toujours se demander d’où on parle.

    1. Toujours se demander d’où on parle.

      Condamner les fils pour les fautes des pères sans même lire ce qu’ils racontent ? vous êtes une chance pour l’humanité et la justice. (grin)

      1. « Condamner les fils pour les fautes des pères »

        Citez moi une phrase qui indique cela? sinon arretez de troller ( et accessoirement d adherer au FN)

  12. Pauvre France…

    En fait de « démocratie », la politique se résume à discuter des atours des différents princes qui gravitent autour du trône en espérant qu’une fois intronisé, l’élu fera autre chose que ses prédécesseurs.
    Les ravis de la crèche ne pourront qu’être déçus encore et encore, c’est l’énorme appareil d’état et ses courtisans qui gouvernent…au mieux de leurs propres intérêts.

  13. Sous ses dehors consensuels, Alain Juppé est un dur, un vrai homme de convictions. Sa conviction principale étant que, pour durer en politique, il faut avoir pour règle stricte d’avoir une opinion qui représente toujours la moyenne pondérée des opinions de son entourage. Et lorsque la moyenne pondérée des opinions de son entourage disait qu’il devait créer des emplois fictifs, courageux, il a appliqué ses principe sans ciller, et a effectivement organisé le système d’emplois fictifs qui l’a transformé aujourd’hui en repris de justice. Un background indispensable pour tout président de la république.

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