Ce que les MOOCs changent dans notre façon d’apprendre[Replay]

Publié Par Farid Gueham, le dans École & éducation

Les MOOCs, ce sont ces cours en ligne dispensés par les universités et ouverts à tous. Voila près de cinq ans qu’ils bouleversent le paysage de l’enseignement en France et dans le monde.

Par Farid Gueham.

I mooc credits IlonkaTallina (CC BY-NC-SA 2.0)

I mooc credits IlonkaTallina (CC BY-NC-SA 2.0)

 

Ça sonne exotique, festif et rythmé, mais désolé, ce n’est ni un plat thaï à base de lait coco et de curry vert, ni le petit nom d’un personnage de cartoon. Les MOOCs, ce sont ces cours en ligne dispensés par les universités et ouverts à tous. Voila près de cinq ans qu’ils bouleversent le paysage de l’enseignement en France et dans le monde. L’infini des usages de l’internet a déjà bouleversé notre quotidien  mais il chamboule aussi l’enseignement. Le premier « M » c’est pour massive : le nombre de participants à la conférence est illimité. Un « O » pour open, ces cours étant généralement gratuits. Le second « O », c’est pour online, les cours étant diffusés sur internet. Enfin le « C » c’est pour « course », car il s’agit d’un véritable cours, avec du contenu et une finalité pédagogique. Les universités qui dispensent des cours sur internet sont aujourd’hui foison. Les MOOCs sont  donc des cours en ligne et ouverts à tous, l’école de demain. En 2015, il est presque devenu banal dans le paysage de l’enseignement supérieur de mettre à la portée de tous des cours d’universités prestigieuses gratuitement disponibles sur internet. Le pari est largement gagné. Mais le phénomène n’est pas si ancien.

Les MOOCs sont nés fin 2011 à l’initiative de trois universités américaines : Stanford, le MIT et Harvard. En 2012, 5 millions d’étudiants dans le monde avaient déjà suivi un MOOC. Comme un cours à l’université, la durée d’un MOOC est fixe. Elle varie entre 5 et 9 semaines en moyenne. Les apprenants du monde entier peuvent échanger, s’entraider, partager et commenter leurs cours sur les forums et les réseaux sociaux. Cet échange, c’est ça la nouveauté, la vraie richesse du MOOC.

Le MOOC, c’est de l’interaction.

Les MOOCs fleurissent en Europe. L’Université des sciences appliquées de Potsdam s’est lancée dans l’expérience en 2013. Christina Schollerer, professeur de dramaturgie dans cette même université a créé un MOOC. Dans sa classe habituelle, elle dispense un cours magistral devant une vingtaine d’élèves. Mais avec son MOOC, elle pousse les murs de l’université et passe à l’échelle mondiale.

Présentation du MOOC The Future of Storytelling

Afin de toucher un public aussi large que possible, Christina dispense ses cours en anglais. Sa conférence s’adresse à des débutants, des personnes novices dans le cinéma, l’art de l’écriture, la littérature ou la dramaturgie. Son cours commence par les fondamentaux : comment créer un personnage, des décors et des intrigues. Son but : inspirer et que les élèves deviennent,  à leur tour,  sources d’inspiration. Dès la première séance diffusée sur internet, huit séquences suivront, accompagnées de commentaires et d’exercices. Le succès est au rendez-vous : 85 000 personnes ont suivi le cours de Christina à travers le monde,  soit 25 fois plus que la totalité des étudiants de l’Université de Potsdam. Le professeur peut même visualiser via une cartographie interactive, la localisation de ses étudiants à travers le monde. Philippines, États-Unis, Afghanistan, Afrique du Sud. Les usages du MOOC soulèvent aussi d’autres questions : un étudiant pakistanais interpelle Christina pour lui demander comment accéder au MOOC autrement que par Youtube où de nombreuses vidéos sont proscrites ou censurées.

Pauline est parisienne, elle a suivi le MOOC de Christina. Il lui arrive de rencontrer d’autres « MOOCkers » pour de vrai cette fois-ci, pour discuter du cours et prendre un café. Une bonne façon de se motiver. Le professeur junior est très pédagogue. Pauline a des points de comparaison : « j’ai suivi des cours avec des professeurs renommés dans des amphis, ce n’était pas aussi efficace. C’est peut-être virtuel, mais encore plus concret dans la façon d’appréhender et de suivre le cours, car après l’amphi, il y a de l’échange. » Les MOOCs permettent également aux universités de recruter de nouveaux étudiants qu’elles auraient préalablement identifiés. Quant aux acquis des MOOCs, ils ne sont pas virtuels. Ils peuvent être validés par des certificats.

Pour Dominique Boullier, professeur de sociologie à Sciences Po, les MOOCs ne sont pas la fin de l’enseignement classique : « C’est une chance de se rénover, de se renouveler. Cela repose sur des supports vidéo et l’étudiant doit être capté comme dans un cours traditionnel. Il doit aussi disposer d’un matériel de qualité. » La version actuelle des MOOCs est perfectible. Et lorsque l’on parle de MOOCs 2.0 à Dominique Boullier, il trouve l’expression assez juste : « Il me semble que nous sommes aujourd’hui au stade du MOOC 1.0, il va falloir expérimenter des dispositifs pour mettre les étudiants dans des situations plus réalistes. Le standard du MOOC actuel est finalement assez proche du cours classique. »

S’il fallait trouver des écueils aux MOOCs, Dominique Boullier pense qu’ils pourraient résider dans l’excès de confiance, le risque de la part de l’apprenant de penser qu’il peut avoir accès à un savoir détaillé, ultime et infaillible, alors que le format du MOOC, synthétique, ne peut pas remplir cette promesse.

Avec les MOOCs, c’est toute la démarche d’enseigner qui se réinvente, plus accessible et ludique. Trois déclinaisons illustrent ces révolutions de l’apprentissage : les « serious-games », des jeux pédagogiques en ligne qui rendent la démarche d’apprentissage plus divertissante. Plus on joue, plus on accroit ses compétences dans un domaine donné. C’est autre chose que Candy Crush tout de même. Le serious game peut même avoir une fonction d’accompagnement vers le paramédical, comme dans « Kirikou et les enfants extraordinaires », une application imaginée par Gaëlle Regnault, maman d’un enfant autiste. Autre déclinaison, la méthode de la « classe inversée », où les professeurs et les élèves échangent leurs rôles le temps d’une séance, un bon moyen de vérifier les acquis. Enfin le « social Learning » permet aux étudiants d’apprendre les uns des autres, en coopération, comme des enfants qui apprendraient en observant l’autre. Bref, de l’apprentissage oui, mais plus ludique et interactif.

Pour Dominique Boullier, « les serious games » sont une piste importante qu’il faut approfondir car ils mettent l’apprenant dans une posture active, le poussant à mobiliser ses connaissances dans des environnements formalisés. Une démarche qui donne un tout autre sens et une valeur bien supérieure au savoir acquis.

Pour aller plus loin


Sur le web

  1. Quelques informations encourageantes dans ce monde de brutes…

    1. mais une menace pour les profs encroûtés de l’EdNat. Ils vont devoir se bouger le cul pour suivre le mouvement. La rente des cours magistraux répétés d’année en année va s’épuiser.

      1. Tu rêves. T’inquiètes pas pour eux. le pédagogue a survécu à l’apparition des livres, il survivra aux MOOC. Simplement parce que sans un garde-chiourme pour les surveiller, les enfants n’apprennent pas, ils s’amusent.
        Quant aux profs du supérieur, ils pourront se réfugier derrière leurs fonctions de « recherche ».

  2. Les MOOCs nous offrent un accès qui nous était souvent interdit à un enseignement de qualité. C’est ça le progrès. Mais vouloir en profiter pour ramener sur le devant de la scène le mythe du « apprendre en s’amusant » est une erreur. Des millénaires d’expérience nous ont enseigné qu’apprendre était quelque chose de sérieux, qui pouvait bénéficier d’une dose d’humour, mais qui contrairement au jeu devait demander un minimum de rigueur et d’implication pour lui même et non pour le divertissement.

    1. oui, ce n’est pas apprendre en s’amusant. l’année dernière, j’ai suivi un mooc de l’epfl (école polytechnique fédérale de lausanne) sur du calcul de structures (arcs et câbles, voutes, ponts haubannés…)
      l’air de rien, il faut quand même tenir le rythme : 10 heures par semaines sur 8 semaines, en plus de tout ce qu’on a à faire dans la semaine quand on est dans la vie active, après être rentré du travail, avoir couché les enfants… pas de télé, on s’installe devant son ordinateur, sa feuille blanche, sa calculette, 20 ans après avoir terminé ses études…
      tout ça pour le plaisir de décrocher son certificat de réussite avec mention, l’imprimer et l’afficher au bureau.
      bref, cette année, je n’ai pas eu le courage de m’inscrire pour la suite, trop de choses à faire… on verra l’année prochaine, j’ai l’impression que les sessions reviendront tous les ans.

  3. Le terme étudiant étant essentiellement décliné dans cet article, je me permet d’insister sur le fait que les MOOCs sont accessibles à tous sans pour autant porter le statut d’étudiant. Que vous soyez engagés dans la vie active, que vous ne prétendez pas reprendre des études, ou à la retraite, rien ne vous empêche de venir satisfaire un brin votre curiosité et/ou votre besoin de vous cultiver.

  4. ça y est je suis amoureux de Christina ! (Elle est très mignonne 🙂
    Bravo, merci, hein….

    Que voulez vous j’adore les cours de langues, j’ai des prédispositions pour ça !

    Dommage que cela soit par Internet, mais que voulez vous, le progrès est à ce prix.

    Sinon, je trouve quand même ça génial. J’en profite également pour me recycler….
    (pour éviter la pollution de vieux déchets comme moi)

  5. Mathilde de St Amour

    moi j’arrive même pas à lire la vidéo…
    En tout les cas, c’est très pratique les MOOCs, en plus d’avoir le choix, c’est très intéressant 🙂

  6. Les MOOC vont sûrement faire beaucoup plus pour l’égalité des chances que toutes les mesures étatiques, contraignantes et coûteuses, des socialistes.

    1. Au contraire, les MOOCs vont développer les inégalités. Il est étonnant que les socialistes ne les aient pas interdits : rendez-vous compte, les meilleurs vont pouvoir devenir bien meilleurs que ce que l’éducation nationale avait prévu, tandis que les cancres préféreront toujours les anges de la téléréalité et les matchs du PSG à la formation à leur initiative, serait-ce avec un prix Nobel comme prof.

      1. J’ai bien écrit « égalité des chances », pas nivellement par le bas. Ceux qui ne saisireront pas leurs chances (par l’effort et le travail) n’auront plus d’excuse.

        1. Non, mais on leur trouvera toujours des excuses! Et on continuera à prendre à ceux qui ont plus par leur travail et la chance qu’ils ont saisi pour donner à ceux qui n’auront rien fait.

      2. « Il est étonnant que les socialistes ne les aient pas interdits »

        Ils ont toujours un temps de retard. Si les MOOCs datent de 2011, il faut attendre au moins 2021 pour qu’ils comprennent. Quant à comprendre la différence d’ordre de magnitude de l’efficacité entre un système réparti et un système centralisé, comptez quelques siècles.

  7. Les cours magistraux c’est 16 h ou 24 h par semaine ?

  8. Ce ne sont pas ces universités qui ont inventé internet et les tutoriaux, hein ?

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