La passion pour la politique… sans l’engagement

Publié Par Philippe Bilger, le dans Politique

Par Philippe Bilger.

La passion pour la politique sans l'engagement

La passion pour la politique sans l’engagement-Assemblée nationale by Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

À la suite d’un tweet par lequel j’approuvais l’argumentation et la tenue de François Fillon refusant d’aller à ONPC, une aimable dame m’a questionné : « Philippe Bilger en soutien à François Fillon ? ». Lui ayant répliqué que le souci de la vérité n’avait pas forcément une étiquette politique, je me suis tout de même interrogé sur cette schizophrénie qui m’a toujours conduit à distinguer l’engagement citoyen de l’infinie curiosité politique, la passion pour celle-ci de l’adhésion partisane.

La curiosité pour la politique

Cette dernière se manifeste prioritairement aux échéances électorales mais dans tout ce qui les sépare, une vie se déroule, intellectuelle, médiatique, publique, pleine d’affrontements et de rebondissements, de doutes et de convictions, de gravité et d’inquiétude. Une histoire se développe qui n’a jamais suscité la moindre dérision chez moi.

D’abord parce que le métier de la politique — ce peut être en même temps un service, une mission — à force d’être vilipendé ne tentera plus personne ou seuls des médiocres qui y trouveront le moyen d’une gloriole indue.

Ensuite, et surtout, en raison du fait que tout ce qui nous agite depuis ces derniers mois, sollicite ou bouleverse notre démocratie, agace ou honore la République, est beaucoup plus intéressant que certains le prétendent et ne se réduit pas à des combats puérils ou vaniteux de coqs, à des luttes infiniment vulgaires pour le pouvoir.

Qu’on veuille bien faire le compte de toutes les préoccupations qui quotidiennement assaillent nos esprits et nous préparent, nous incitent à des décisions capitales.

La politique est passionnante car c’est notre actualité

La guerre qu’on prétend mener contre le terrorisme islamiste peut-elle s’accommoder d’un état de droit classique et imperturbable en quelque sorte ?

Le Conseil d’État doit-il être félicité parce que, se fondant sur les seules réalités tangibles, il feint de ne pas voir que le burkini n’est pas un vêtement mais un drapeau, comme l’a justement souligné le Premier ministre qui, dans cette galère, tient le cap (Le Monde) ?

Les hommes politiques peuvent nous intéresser

Ce président de la République qui parle, parle, reçoit beaucoup plus les journalistes que les ministres au point que les livres de ceux-là se répètent et que François Hollande passe son temps à être le chroniqueur et le commentateur de ce qu’il aurait pu et dû faire et ne fera plus. Heureux dedans d’avoir le confort du dehors. Assuré ainsi de n’être pas traité par les médias de la même manière que Nicolas Sarkozy l’aurait été pour les mêmes péripéties ou aléas (Le Monde) ?

La confrontation entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy, mettant aux prises bien plus des tempéraments, des personnalités que des projets. Le premier dont les qualités feraient de lui un excellent président alors que les vertus du second le qualifient exclusivement pour le rôle de candidat. Un duel qui attend, pour culminer, le 20 et le 27 novembre. Le citoyen est impatient.

François Fillon dont on peut être désolé que la stagnation dans les sondages – même s’il n’y croit pas – rende peu probable une sélection que la qualité de sa pensée et la rectitude de son caractère justifieraient (Le Monde).

L’incroyable primaire de la gauche organisée pour François Hollande, visant à le légitimer pour la suite alors qu’elle est déjà en train de ruiner le peu de crédit qui lui restait, face à des rivaux dont la seule ambition sera de l’accabler en le traitant de traître au socialisme.

Emmanuel Macron demeurant plus que jamais une superbe interrogation dans un monde si classique et stéréotypé qu’il a besoin de s’enthousiasmer pour du neuf, aujourd’hui encore incertain.

Christiane Taubira, mauvais garde des Sceaux, dont on aurait pu espérer, après le désastre, qu’elle fasse silence mais qui continue à se piquer de donner des leçons à Manuel Valls et à Jean-Jacques Urvoas.

Le comité de soutien à Jacqueline Sauvage qui a enfin compris que sa partialité ignorante et son moralisme intégriste avaient fait des dégâts et qu’il valait mieux tranquillement attendre l’appel qui réparera partiellement les méfaits de l’absurde défense de sa protégée.

Des actrices, même Sophie Marceau qui en général n’est pas une pétitionnaire compulsive et sait rester fidèle à son art, éprouvant l’envie de nous orienter en faveur du burkini…

La ministre de la Culture tellement encensée mais qui n’est pas fichue de contrôler la pertinence de l’hommage rendu à l’immense Michel Butor.

Et d’autres thèmes ou sujets qui, en permanence, me permettent ou m’autoriseront à m’abandonner à mon péché mignon qui est de me camper comme un citoyen désengagé. Lire, écouter, louer ou critiquer sans frontières. Prendre un parti quand il faudra.

Passionné par l’actualité sous toutes ses formes, observateur, spectateur, auditeur curieux et détaché, et citoyen impliqué.

Je ne pourrais pas me passer de cette division qui est une plénitude.

Sur le web

  1. « Le Conseil d’État doit-il être félicité parce que, se fondant sur les seules réalités tangibles, il feint de ne pas voir que le burkini n’est pas un vêtement mais un drapeau… ».
    La laïcité (art 10 DDHC) n’interdit pas la manifestation des opinions religieuses en public, pourvu que cela ne trouble pas l’ordre public. Le CE a constaté que cette dernière condition était remplie et en a tiré les conséquences.
    Quant à supposer que les « burkinées » vont au-delà de la manifestation de leurs opinions, cela demande des preuves.

  2. « Juppé dont les qualités feraient un excellent président »… ????
    Toute personne a des qualités certes, mais avoir été condamné par la justice est un fait. Les Français jugeront.

  3. Ode à la politique spectacle, a la démocratie dans le pire du sens : la dictature du café du commerce.

    La politique est un vrai métier, qui requiert des professionnels compétents et talentueux… Mais cela ne peut marcher quand le seul contre pouvoir sensé mettre ces hommes forts au service de la nation est reduit à une presse à sensation et à la rhétorique populiste .

    On ne devrait pas s’intéresser à la politique parce que la poltique devrait être un non-sujet.

    Ce n’est pas au peuple de fixer le cadre de la politique, mais à l’Etat de Droit. La politique se doit d’être au service des citoyens, pas un maître auto désigné pour le contraindre et le brider.

Les commentaires sont fermés.