Visite des monuments historiques : public contre privé

Publié Par Philippe P., le dans Sujets de société

Par Philippe P.

Installation Mort en été de Claude Leveque à l'abbaye de Fontevraud by julio_f(CC BY 2.0)

Installation Mort en été de Claude Leveque à l’abbaye de Fontevraud by julio_f(CC BY 2.0)

Juste avant la reprise, j’avais quelques jours. Alors, ni une ni deux, je prends le cabriolet et me voici en Touraine pour me balader et faire ou refaire quelques visites. Ceci dit, je joins l’utile à l’agréable car ayant plusieurs patients tourangeaux, je peux ainsi me rendre compte du biotope dans lequel ils ont évolué durant leurs jeunes années. Cela me permet de créer une meilleure alliance thérapeutique et de les comprendre lorsqu’ils me parlent de rillons et de poires tapées. Et puis comme je sais où passent la Loire, le Cher et la Vienne, je ne confonds pas les villes ni les terroirs.

Comme tous ceux qui visitent cette aimable région, j’ai visité quelques châteaux et autres monuments historiques. Il faut dire que cela ne manque pas. Sur chaque portion de départementale, un panneau vous fait de l’œil, vous invitant à visiter telle abbaye, tel château ou que sais-je encore, une cave peut-être ? Parce que si le Tourangeau se gave de rillons et de poire tapée, il picole aussi.

Des châteaux aux mains des particuliers

Mais trêve de digressions et venons-en à ce que j’ai pu noter. Oui, car j’ai beau baguenauder tel le touriste moyen, je suis toujours aussi sagace, ne manquant pas de noter certaines choses au cours de mes pérégrinations. J’ai ainsi pu noter que tout ce que je visitais était soit la propriété de l’État ou d’une collectivité publique, soit privé. Oui, comme je vous le dis, il reste des châteaux, vous savez ces symboles de l’ancien régime, de l’oppression des puissants sur le petit peuple, aux mains de particuliers ! C’est à peine croyable !

Alors j’ai noté que les particuliers propriétaires de châteaux se montraient particulièrement créatifs pour attirer le chaland, l’y retenir et lui faire dépenser son argent. Il faut dire que même s’il existe des aides, l’entretien de ces bâtisses et de leurs parcs n’est pas vraiment donné. Alors outre les bâtiments et les parcs proprement dits, les propriétaires rivalisent d’ingéniosité pour créer d’autres attractions susceptibles d’intéresser les visiteurs.

Les puristes trouveront sans doute que les balades en barque sur le Cher à Chenonceau comme le repas de la meute de Cheverny sont des activités de beaufs. Peut-être, mais cela marche. D’autres appelleront cela simplement du marketing, de l’ingéniosité, de la débrouillardise, bref tout mot qui conviendrait pour nommer l’ensemble des stratégies que doit déployer tout bon commerçant voulant faire prospérer son entreprise.

Et des châteaux aux mains de l’État

De l’autre côté, il y a l’État et ses collectivités territoriales. Là, nul besoin de trouver des stratégies ingénieuses pour perdurer puisque la manne se trouve aisément dans la poche du contribuable au travers de l’impôt. Peu importe que l’offre corresponde ou non aux attentes des visiteurs puisque de toute manière, y aurait-il un joli zéro dans la colonne des recettes que cela ne changerait pas grand-chose. Seul compte le désir du prince, que celui-ci soit président de la république, d’un conseil régional ou général ou encore simple maire. L’édile veut et le bon peuple finance.

Et donc lorsque le prince finance un projet, il est forcément accompagné de sa cour. Ladite cour se compose essentiellement des clercs, ceux qui ont fait des études et savent et ont pour mission de nous faire partager tant bien que mal toute leur sapience. Et dans les édifices publics, le savoir ne manque pas. D’ailleurs, se voulant modernes, ils n’y vont pas de main morte ! Là où une simple affichette plaquée au mur et protégée par du plexiglas suffirait, il fallait au contraire donner dans la technologie, sans laquelle vous comprendrez bien que le savoir n’aurait pas la même saveur.

Débauche de technologie inutile

Alors c’est une débauche d’écrans tactiles ou non, de mises en scène curieuses présentant des débats tout juste bons pour les meilleurs élèves de l’école du Louvre, ceux qui rêvent de devenir conservateurs, à grands renforts de meubles et d’équipements qui se veulent interactifs qui nous attendent dans ces palais publics. Tant et si bien que dans certaines salles, ce grand déballage culturel est d’une telle importance que l’on ne sait plus où l’on se trouve et que l’endroit pourrait bien être la salle polyvalente de Tartempion que cela ne changerait rien. Certains poussent le vice jusqu’à occulter les fenêtres pour être bien sûrs que les visiteurs seront vissés devant leurs écrans.

Globalement, j’ai constaté que le visiteur semble s’en foutre. Après quelques secondes durant lesquelles, mu par sa culpabilité de passer à côté de la Kultür, il tente vainement de mobiliser son attention, il cesse de regarder les écrans et passe dans une autre salle. De toute manière, le guide Vert Michelin offre suffisamment de renseignements pour se passer de ce que l’on nous propose.

Artistes contemporains à foison

Et lorsque ce ne sont pas les cultureux qui essayent de vous assassiner de leur vain galimatias, c’est au tour des artistes contemporains d’en mettre une couche. Pas un édifice public digne de ce nom qui n’ait sa cohorte d’artistes invités et subventionnés venus enlaidir des architectures parfaites de leurs œuvres. C’est ainsi que les dortoirs de l’Abbaye de Fontevraud, dans lesquels on pourrait admirer la splendide charpente, sont occupés par des tubes néons rouges suspendus au-dessus de barques remplies de cailloux. C’est ce qu’on appelle une installation.

En revanche, le pauvre Richard Cœur-de-Lion et sa mère Aliénor voient leurs gisants présentés avec le talent d’un étalagiste de chez LIDL, posés par terre comme des gravats. On croirait presque deux malles abandonnées là dans la salle des pas perdus d’une vaste gare grisâtre.

Chaumont n’est pas en reste puisqu’une sorte d’illuminé a décidé avec l’accord du maître des lieux, la région Centre, de bloquer une immense salle souterraine en y installant des poutres d’où pendent des cloches. De toute manière, il semblerait que où que l’on aille, si c’est public, c’est forcément corrompu par un de ces « artistes ». La palme revenant sans doute à Chaumont dans les écuries duquel un quidam, que l’on décrit nanti d’un doctorat et enseignant aux Beaux-Arts, expose un tas de charbon de bois surmonté d’une sorte de pelote de fil de fer. Mais juste à côté dans un ancien manège couvert, c’est l’un de ses concurrents qui ne voulant pas être en reste, expose dans le noir complet une œuvre que j’ai dû être le seul à vouloir contempler par curiosité. Certes, il parait que l’œuvre d’art est dans l’œil de celui qui la contemple…

Et bien sûr l’ONF n’est pas en reste dans cette compétition de vanité et de fatuité. C’est ainsi qu’à Azay-le-Rideau, le parc est à demi fermé et dans un état épouvantable parce qu’il est en train d’être remis à neuf à grands renforts de subventions comme l’explique le panneau d’informations. Et nos braves élagueurs n’ayant sans doute aucune envie d’être à la traîne de leurs amis de l’école du Louvre ou des Beaux-arts, et d’être pris pour des cons tout juste bons à faire ronronner leur Stihl, y sont allés eux aussi de leurs jolies petites formules. C’est ainsi que l’on apprend sur un splendide panonceau affiché dès l’entrée du château que « l’on n’abat plus les arbres morts » mais que l’on « élimine les sujets sénescents ».

Diantre, si même les bûcherons se mettent à faire de grandes phrases où va-t-on ? Je préfèrerai toujours le privé.

O tempora, o mores !
Senatus haec intellegit, consul videt, hic tamen vivit ?
Cicéron, Les Catilinaires

Sur le web

  1. Je confirme que les quelques châteaux détenus aux mains des privés, ouverts aux visites, sont particulièrement bien entretenus. Ils sont souvent richement garni de mobilier d’époque pour le plaisir des yeux.
    Le château de Cheverny détenu séculairement par la même famille de « sang bleu » est un très bon exemple avec son restaurant-salon de thé, ses ballades en canaux proposés, son jardin potager, son expo sur Tintin (le château a inspiré Moulinsart) et bien entendu sa meute de limiers…
    L’offre est aussi alléchante commercialement que culturellement !

    1. Euh ça se discute quand meme ça. Parce que bon, la traque au patrimoine organisée par l’Etat a quand meme laissé des traces, et beaucoup de chateaux sont à moitié en ruines car leurs propriétaires n’ont plus les moyens de les entretenir.

      1. Il faut dire que l’ISF a rarement aidé les proprios…

        1. Oui bah, quand je parle de « traque au patrimoine », je fais évidemment référence a tout ce qui a été mis en place pour plomber le patrimoine des français (parce que ça ne concerne pas que les chateaux et les riches).

  2. Bravo pour votre article qui a le mérite de proposer un sujet original, mais traite un peu superficiellement.
    Il faudrait en effet aller plus loin dans l’analyse en différenciant les grands des petits monuments, les méthodes de marketing et bien sur les régimes de propriété.

    Ainsi, entre Chambord, gère de façon autonome (établissement public a part entière) et avec un réel talent, qui parient presque a l’autonomie financière en innovant continuellement, et azay le rideau, gère par le centre des monuments nationaix et notoirement handicape par une CGT toute puissante, il y a un monde.
    Le 1er reçoit plus de 1 millions de visiteurs tandis que le second, qui fut un fleuron de la vallée avec 400 000 visiteurs il y a 30 ans, n’en reçoit plus que 40 000…

    Pareillement, dans les chateaux prives, le propos doit être nuancé. Il y a les grands chateaux business, rentable, dont Ambroise, le clos luce, cheverny, chenonceau ou Villandry. Bien gèré par des propriétaires souvent jeunes (entre 40 et 60 ans), ce sont de véritables business qui depuis 20 ans affichent une réelle croissance (Villandry est ainsi passe de 40 a 400 000 visiteurs en 30 ans).
    A l’opposé, la plupart des autres chataix prives ouvrent par obligation ou pour partager avec un public peu nombreux ! Les recettes sont faibles, l’innovation également, sauf chez les propriétaires fortunes, et seul le régime fiscal hyper avantageux des MH permet de maintenir cet eco-système très fragile. Par exemple, le très beau château des ormes ne reçoit que 2000 visiteurs !
    Par ailleurs, même chez les prives, les modes de gestion varient d’un château a l’autre, certains usant aller émet de contrats aides, par exemple, qui permettent de souvent réduire considérablement les cours du personnel.
    Enfin il faut garder a l’esprit que ce monde est très fragile puisque expose intégralement sur le tourisme qui évolue sensiblement : moins de visiteurs qui passent moins de jours dans la vallée et visite en moyenne 3 grands chateaux contre 5 auparavant. Il y a donc une concentration des recettes sur les grands tandis que les petits et moyens, ceux qui ne peuvent pas proposer une attraction « spéciale » et qui n’ont pas la chance d’être royaux, voient leur recettes diminuées, a fortiori lorsqu’il sont situés a l’ouest de la Vallée, moins attractive.

    Ajoutez a celé une faiblesse majeure du prive : d’être prive ! Donc de devoir subir
    1- des succession toujours complexe (héritiers qui te fusent le chateaux, vente, indivisions mal gérées) et
    2- une confrontation au substrat économique français qui détruit les fortunes, pourtant seules capable d’entretenir de telles bâtisses dont aucune, mise a part les 10 principaux chateaux, n’est rentable. Beaucoup de petits chateaux ferment d’ailleurs, ont sont a vendre.

    Enfin ces propriétaires, contrairement aux autres, ont souvent un « vrai » travail qui les empêche de passer assez de temps a la gestion de leur propriété, ce qui nuit a l’innovation.

    L’avenir est donc loin d’être rose pour les chateaux de la loire au delà des quelques succès touristiques que vous évoquez.
    Et la situation s’annonce tout aussi complexe pour les bâtiments publics dont, mis a part Chambord, la plupart demande une reprise en main solide qui doit leur permetre de réduire les pertes, ce qui est loin d’être gagné, surtout que beaucoup d’élus locaux et nationaux mènent des politiques anti-chateaux (refus de refaire certaines routes ou d’aménager des parking, offices du tourisme peu efficace ou pratiquant un « racket » assez incroyable (car sachez le il faut payer pour être référencé par eux, et pour distribuer des flyers… A Langeais l’office du tourisme prend même 50% de commission pour la vente de billets…). Et ne parlons pas des subventions qui baissent comme neige au soleil. Le budget patrimoine du ministère de la culture est ainsi passe de 400 millions en l’an 2000 a 322 cette année….
    Bref la encore un écosystème très fragile, fragilisé par l’état (iSF, impôts élevés… Etc.) puis soutenus par l’état et les différentes structures régionales / depaetementales qui prennent ainsi le pouvoir sur les châtelains dont beaucoup sont sous une tutelle qui ne dit pas sont nom (subvention discrétionnaires pour les travaux, notamment).

    1. Précisions extrêmement intéressante, mais il ne faut pas oublier que l’orthographe et la syntaxe font aussi partie du patrimoine.

  3. Cet été j’ai visité un monument historique aux mains d’une commune de la côte d’Azur.
    à vous faire regretter de ne pas être en train de bronzer à la plage!
    La visite guidée (obligatoire) qui part sans vous. Après 1/2h d’attente (passionnant documentaire vidéo sur la restauration de l’édifice & surtout son financement avec logos conseil général & consorts à tout bout de champ, salle non climatisée), une brave gamine du lycée local vous promène (20 minutes) dans les couloirs avec un discours tenant plus du café du commerce que de la culture générale & inférieur aux panneaux disposés à l’entrée (au moins attendre la visite sert à quelque chose).
    à la sortie de ce grand moment, même pas un distributeur de boissons ni de banc pour s’assoir ni de marchand de cartes postales.
    Ceux qui défendent une culture aux mains du public devraient se poser des questions…

  4. Je vous rejoins sur le thème des « oeuvres d’art » qui pullulent dans la plupart des édifices. Idem pour tous les artifices technologiques qui essayent de nous en mettre plein la vue, vainement, et de toute façon, si c’est ce que l’on souhaitait, on irait à Disneyland…
    A ce titre, j’ai eu l’occasion de visiter deux-trois choses en Angleterre et en Irlande, et ça semblait plus sobre et bien plus respectueux des lieux. En meme temps c’est vrai qu’imaginer le célèbre London Tower envahit de tout un tas de saloperies diverses et variées aurait peut etre sévèrement déplu aux londoniens…

    Cela dit, concernant les pseudos oeuvres, je ne sais pas ce qui est le plus consternant, les oeuvres elles mêmes, ou les imbéciles qui se bloquent stupidement devant en se tenant le menton et en fronçant les sourcils pour faire semblant de déceler un début d’intérêt dans cet étalage d’imbécilités?
    Je me souviens d’avoir fait une galerie d’art contemporain en Bourgogne (alors oui, on avait cherché aussi, forcément, entrer dans une galerie d’art contemporain…), où il y avait un monsieur extraordinaire, qui parcourait le « musée », menton solidement tenu (pour pas que la tête tombe ou dodeline), sourcils parfaitement obliques (faut dire que tout est blanc, ça fait mal aux yeux), avec force respirations profondes et impressionnantes (façon cours de relaxation), le quidam semblait en transe devant des sculptures totalement hasardeuses. Et toujours avec ce coté « oui je comprend des choses que vous en comprenez pas… ».

    Mais mon plus beau souvenir d’art contemporain, c’était au chateau de Malbrouk. Pas extraordinaire comme chateau, car quasiment neuf, le chateau ayant été largement détruit précédemment. De fait, ils ont cru utile de nous imposer une « exposition » de « l’artiste » Ben. Un festival plus qu’une exposition, en vérité. Pour commencer, des toiles, partout, camouflant entièrement le chateau, et ce, dès l’entrée dans la cour. Mais des toiles vraiment sublimes, du genre qu’on oubli pas. Des à-plats de couleurs avec des phrases dessus (dans le style de Ben quoi), des phrases censées ouvrir la porte à la réflexion, en vérité, une logorrhée (écrite mais tout de même) de phrases bateau, de lieux communs sans interet et de facilité. Honnêtement, je crois que même Secret Story appel d’avantage à la réflexion que ces imbécilités entassées là.
    Le pire arriva ensuite. Après la traditionnelle petite salle de ciné avec un film pour retracer la vie passionnante de guignol (pardon, de l’artisteuh), vint le reste de son « oeuvre ». Les petits a coté, les croquis, tout ça quoi. N’est il pas formidable par exemple de voir trois ou quatre couillons sérieusement obnubilés par un dessin de bite sur feuille A4 (les mêmes qu’on faisait sur les tables ou dans les cahiers à l’école, oui oui), une photo d’excrément sous titrée « Caca d’artiste » ou bien encore un joli bocal rempli de pisse :). Et oui, plusieurs salles entières remplies de ce genre de « créations ».

    Par contre le chateau, j’ai vaguement vu deux trois trucs.

    1. « Oui je comprends des choses que vous ne comprennez pas. »

      On ne peut rien contre ce genre de commentaire, simplement on peut-etre rappeller a ces gens (ces croyants) que l’on est plus ici dans le domaine de l’art mais de la religion, et qu’il conviendrait que les adeptes de cet « art » contemporain viennent enfin a financer eux-memes leurs petites lubies, tout seuls, comme des grands, et qu’ils ne viennent plus piocher dans les poches des contribuables.

      1. Le pire, c’est que certains le font effectivement en payant des millions pour des oeuvres dignes d’un enfant de maternelle…

        1. Bonjour Desproges54,

          Vous savez, pendant de nombreuses annees j’ai eu l’honneur de participer a juger des concours de modellage en ceramique pour des enfants de 6 a 12 ans (jusqu’a 120 enfants en une seule session) et je peux vous assurer que la plupart des enfants ont beaucoup plus de talent que leurs parents, ou que bien de ces pseudo artistes qui remplissent les galleries d’art contemporaines. L’enfant fait naturellement ce que bien des artistes essaient en vain de reproduire, ils sont capables de produire une oeuvre sans avoir a y penser trop longtemps et d’une maniere completement spontanee, en piochant, sans avoir a penser comment faire, dans leur petit subconscient. J’ai pu observer, en m’occupant de ces competitions pendant pres de vingt ans, que les enfants a l’aube de la puberte etaient de loin les plus competants (de 10 a 12 ans constituant le groupe d’age ideal). Certains faisaient meme parfois de grandes choses que je m’amusais vraiment a decouvrir et a juger.

          En ce qui concerne la naissance de ces sophismes dont nous souffrons de nos jours, de maniere je le vois de plus en plus impatiente, certains, il y a deja longtemps, Karl Marx d’un cote, Marcel Duchamps de l’autre ont ouvert des breches bien commodes dans lesquels des armees de cyniques politico-culturels se sont engouffres. Des professionnels du genre, specialises depuis, en font leur beurre. La question qui nous occupe, aujourd’hui comme hier, c’est de trouver la ou les bonne(s) methode(s) pour deloger ces sophistes cyniques de leurs petits perchoirs. Dans le domaine de la gestion du patrimoine et de l’art en general, comme en politique, puisqu’il sagit la de virus apparentes, il s’agit de reussir a devenir, et de maniere parfaitement legale, une nuisance incapacitante. Contrepoints participe deja depuis quelques annees, vaillamment, et avec une capacite d’identification parfaite des maux a guerir, a l’information et a la reconquete de l’espace mediatique par lequel passe, sans aucun doute la reconquete des territoires associes aux maux precites. A partir de la ou aller ? et Comment ?

      2. Notaùùent les colonnes Buren qui coûtent énormément à l’état (c’est à dire nous), tous les cinq ans pour les entretenir.
        Les pissotières à chiens parisiens.

        1. Les colonnes de Buren ont chassé les automobiles garées dans la cour. Vu la qualité des voisins, ministère de la culture, conseil d’état, il fallait un grand motif culturel pour arriver à ce résultat.

          1. Une armoire à balais à Grenoble
            En 1990, visitant le musée de Grenoble (pas le musée Dauphinois, l’autre), j’ai aperçu au fond d’une salle d’art contemporain une petite armoire métallique grise fatiguée, posée au sol sans autre présentation. Ceux qui ont fait leur service militaire se rappellent de ces armoires à balais dans chaque chambre. Voulant voir si c’était du l’art ou du cochon, je me suis fait rabrouer par le cerbère de ces lieux sacrés pour avoir eu l’outrecuidance de vouloir percer le mystère de cette œuvre en ouvrant la porte !
            Je confirme, l’œuvre était vide…

  5. J’ai logé a Fontevraud en 2000… après la fermeture définitive du centre pénitencier, je précise. Quelle blague. Absence totale de concept.

    La transformation de ce site en prison, qui donnait « du travail » à toute la région, est sans doute à lui seul à classer dans la catégorie « crime culturel » d’un gouvernement réduit au pillage.
    Quelle identité nationale? – comme disait Sarko.

    Ceci dit, quelle utilisation pour la culture du pouvoir souverainiste passé?
    Quel tourisme? Le Puy du Fol N°545?

    Je serais favorable – surtout pour des édifices généralement moins imposants – à y installer des sites de formation pédagogiques (université congrès etc…) dont la valeur morale actuelle correspond vaguement.

    Cependant le modèle public de l’éducation rend la chose improbable, et l’excès américain n’est pas plus désirable.

    En principe les étudiants n’ont pas d’argent… or la maintenance et l’adaptation des sites au confort moderne des technologies est particulièrement couteux.

  6. Jusqu’au parc du chateau de Versailles qui n’est pas epargne par ces fadaises. L’arche de Versailles, ou comment saccager une vue sur le chateau, precedemment superbe, une cicatrice sur le paysage architectural. Sans oublier ces installations anachroniques et laides, sans connection aucune avec le contexte naturel du parc (certes construit a la francaise, c’est a dire avec un certain artifice et une organisation geometrique de l’espace, mais encore naturel quand a son contenu), et qui ont encore le toupet, l’arrogance meme, de se dire « inspires » par Le Notre. Alors qu’ils participent a gacher cet horizon splendide que ce grand artiste avait cree. Je persiste a penser qu’il y a une correspondance entre tous les sophismes qui sevissent en France. Ils serait grand temps que nous nous en liberions !

    1. « Le propos de l’artiste Lee Ufan est de voir différemment les lieux dans lesquels nous nous trouvons. Cette porte qui est une grande arche soutenue par deux immenses pierres avec un tapis d’acier sous l’arche qui a la même longueur que l’arche elle-même, c’est un dialogue très fort entre les deux qu’on ne peut pas manquer.  »

      On dirait en fait qu’ils jouent à ça:

      https://www.youtube.com/watch?v=8bDmeeGVNvc

      Ceci expliquerait cela.

      1. Effectivement, je connaissais deja l’horreur. C’est vrai que cette petite merveille nous permet de voir le chateau de maniere differente, avant on pouvait regarder le chateau sous cet angle, sans etre distrait ou sans en etre empeche, desormais on ne peut plus le faire sans voir l’ignominie. Quand a ce dialogue tres fort qu’il mentionne dans son « statement », il a entierement raison, je crois meme qu’il pourrait se donner la peine d’etre un peu plus precis. Il conviendrait de preciser, en effet, de quelle sorte de dialogue il s’agit :

        Un desaccord ? une engueulade ? une dispute ? une altercation violente ?

        A la fin, ce genre d’insertion contemporaine dans le cadre d’un patrimoine architectural ancien participe tout bonnement de la territorialite etatique et du recyclage patrimonial. Il existe une correspondance precise entre ce que decident de faire la nos dirigeants pour « marquer » les monuments de leur passage et ce que fait le petit chien, au coin de la rue, lorsqu’il leve la patte contre le mur, tout en disant en substance, « ceci est a moi !  »

        Meme elegance du geste et meme psychologie.

        1. Cela permet aussi bien sur, et c’est en partie le sujet de l’article, en ce qui concerne le developpement interieur des chateaux en « centres culturels », de donner du travail a ceux qui viennent tout juste de sortir du « machin » educationnel et d’asperger les petits copains, ou les amis, ou la famille des petits copains, avec des seaux plein d’argent public. On fait plaisir aux uns, tout en faisant payer les autres, et le taux du chomage diminue de maniere infinitesimale dans le meme temps. « Regardez bonnes gens nous creons de l’emploi ! »

    2. Je ne vois aucune arrogance, il y a le n’importe quoi de Koons et le rien du tout de l’artistes « méditatif », qui ont peut-être une signification relative pour quelqu’un, mais à Versailles, elle sont des incongruités destinées à nous faire passer le temps. C’est pire, n’est-ce pas?

      1. J’ai dit arrogance et toupet, parcequ’on peut pretendre etre inspire par tout et par n’importe quoi. Le fait demeure que meme si Le Notre est le point de reference d’origine au projet, il est par ailleurs traduit dans un language contemporain qui a la fin est completement etranger au sujet d’origine puisqu’il s’agit surtout ici, pour l’artiste qui realise ce projet, de faire quelque chose de completement nouveau, et dans un language contemporain, pour que l’installation finisse par etre remarquable dans le paysage donne. Par contraste finalement. S’il reussit dans son projet personnel, pour lui-meme, et qu’il est en effet remarquable c’est que le travail d’inspiration sur la base du travail de Le Notre a beaucoup moins bien fonctionne que la projection de son ego a travers son oeuvre personnelle. Son travail prend sur celui de Le Notre au lieu que de le completer. Je ne discute ici meme pas de l’oeuvre per se, car elle ne m’interesse absolument pas dans ce contexte.

        Ce que je veux surtout dire, c’est que dans un endroit comme le chateau de Versailles, et son parc, on devrait etre dans un travail non pas de creation mais de conservation. Dans ce cadre patrimonial historique, la creation, l’ajout, par rapport a l’ensemble, est destructif.

  7. Le meilleur moyen de sauvegarder le patrimoine c’est de l’occuper. Et effectivement le confier à des particuliers et des entreprises, permet, aux frais de ces derniers, de les rénover et les entretenir. Sachant que sur le long terme, ces monuments ne restent jamais privés (bail emphytéotique ou réquisition d’état arrivant tôt ou tard), c’est en fait tout bénéf pour l’état, et assure ainsi la préservation du patrimoine sur le long terme. Mais beaucoup ne l’ont pas encore compris.

    1. Bonjour CHATP
      Je vous rappelle que l’état ne devrait avoir rien à faire du ‘patrimoine’ et encore plus quand il est ruiné.

    2. La question bien actuelle est de savoir si ce gouvernement, qui s’est servi abondamment sur le patrimoine des precedants proprietaires/occupants, en les taxant hors de leurs chateaux, auront encore bientot les moyens financiers de les entretenir convenablement en piochant dans les poche des contribuables (desormais fatigues). Le contenu de l’article exprime parfaitement cette contradiction : que les fonctionnaires d’etat aient pris place dans ces lieux alors qu’ils ne possedent ni l’imagination ni le savoir faire commercial (ou artistique, ni le gout) pour en faire des entreprises qui puissent fonctionner et degager des benefices.

      A defaut de fonds, et de savoir faire, le patrimoine national se rendormira alors sans doute pour quelque temps, ce qui ne sera d’ailleurs pas plus mal. Nous y gagnerons probablement a la longue en dignite. Une grande majorite de ces mises a jour ressemblent au travail d’un mauvais prothesiste et auraient meilleur lieu de demeurer dans leurs cartons. Le contribuable y gagnerait deux fois, il gardera son argent et n’aura pas a contempler quelque chose qu’il n’aurait pas choisi s’il avait eu la chance qu’on lui demande son avis.

  8. Mathilde de St Amour

    Mais dans le parc privée, ils n’ont pas des subventions publiques…? donc j’arrive pas à opposer parc privée et parc publique. Bien sur que la situation est loin d’être satisfaisante mais encore faut il trouver des passionnés près à faire vivre ces châteaux et à bien les gérer, ou des individus prêts à investir pour en faire des hôtels de luxe.

    1. Savoir si et comment le gouvernement peut se mêler de patrimoine est passionnante je trouve.

      On reconnait bien des racines communes dans les mots « patrimoine » et « patrie ». Le gouvernement peut-il même vraiment s’empêcher de s’en occuper alors? Je ne parierais pas sur cette utopie.
      Vous avez dit « identité nationale »? Et l’intérêt de l’histoire de France en France? Qu’allons nous dire aux nouvelles générations immigrées venues du bled? Que vivement nos églises vides soient désacralisées pour enfin les convertir en jolies mosquées qui elles au moins sont assidument fréquentées ? Cela fera du grabuge aussi anti-raciste que l’on soit (Constantinople c’est bon pour une fois…)

      Les socialos sont tiraillés à la limite de la schizophrénie évidemment, entre l’idée de taxer les « patrons » ou pire, le « rentier » qui peut se permettre d’acheter des vielles pierres en province, loin des usines (surtout s’il est étranger) et l’idée non moins « utile » de faire briller les ors de la république ou son idée de service médicosocial dans ces mêmes pierres grâce au consentement indéfectible de sa population à l’impôt.

      1. Mieux vaudrait que cela ne dépende pas du gouvernement, car si le passé appartient à tout le monde il est loin d’être monolithique. Déjà la monopolisation de l’histoire par chaque ministère est une vilaine perspective.

        Dans le privé, il faut pourtant tout autant apprendre à vivre avec les idées et la culture de nos parents sans les dénaturer complètement. Le culte de l’innovation peut bien être destructeur. Allez à Bruxelles.

        Fermer les yeux et laisser disparaître le oeuvres passées (voire les détruire) sous prétexte que tout n’était pas rose ou pratique à l’époque n’est pas une attitude féconde. Pour rompre avec le passé, il faut bien quand-même qu’il y en ait un…

        Il faut bien entendu commencer par promouvoir collectivement une défiscalisation intelligente radicale et prioritaire de ces monuments à tout niveau (taxe d’habitation – foncier), dans le cadre des entreprises qui y sont basées. C’est le seul moyen de les refaire prendre en charge par le privé.

        Sans doute faudrait il y associer des obligations de transparence publique assez poussée sur l’utilisation qui en est faite et les transformation. Renoncer même aux obligations de visite qui nient la propriété privée.

        Le problème des lieux de culte catholiques est à traiter séparément. La république (Napoléon) a spolié l’Eglise en échange de sa protection patrimoniale… voilà le résultat.

      2. On reconnait bien des racines communes dans les mots « patrimoine » et « patrie »…

        Ouche… faites gaffe avec vos autodéductions : sans même chercher la racine commune d’origine est pater : le père

    2. Ben, avec les normes imposées, la liste est longue, vous n’y pensez pas ?

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