Le siècle des travailleurs indépendants

Publié Par Bertrand Moine, le dans Travail & emploi

Par Bertrand Moine.

Ce modèle dominant que l’on pensait irréversible est en train de se fissurer. Si le salariat reste la norme, les contrats de travail sont de plus en plus précaires puisque, selon l’INSEE, plus de 80% des embauches effectuées depuis 2011 sont des contrats de moins de 3 mois.

Il n’est donc pas anormal de voir émerger, depuis plusieurs années, un nouveau mouvement structurel : l’essor du travail indépendant. En Europe, il y aurait ainsi près de 9 millions de freelances soit une augmentation de 45% entre 2000 et 2013. Aux États-­Unis un travailleur sur trois est aujourd’hui indépendant. On en prévoit un sur deux dans 10 ans.

L’ère des slashers

Avec l’avènement de la société post­industrielle, fondée sur la connaissance plus que sur les machines, chaque personne devient sa propre entreprise quel que soit le contrat qui la lie avec la structure donneuse d’ordre (contrat de service ou de travail). Que vous soyez entrepreneur, travailleur indépendant ou même salarié, la problématique est la même : il s’agit de valoriser vos actifs incorporels en utilisant plusieurs leviers (se spécialiser, faire sa pub sur les réseaux sociaux, etc.).

Signe des temps, les salariés eux­-mêmes commencent à se revendiquer « slashers », c’est-­à-­dire multitâches, soucieux de jongler entre plusieurs activités. La vie du travailleur indépendant n’est pourtant pas facile. Il faut trouver des clients, s’improviser comptable et juriste tout en exerçant son cœur de métier.

Du côté des entreprises, il n’est pas non plus aisé de gérer la multitude des prestataires malgré l’émergence de plateformes qui regroupent ces indépendants.Travailler avec un indépendant ne correspond pas aux mêmes logiques que travailler avec un salarié. Il suppose au préalable un brief précis et une définition des objectifs car la mesure du résultat se fait sur un horizon temps beaucoup plus court que celui du salarié.

Digital village apporte des réponses

Sans attendre une profonde réforme de notre système de droit du travail, qui ne sera bientôt plus adapté aux nouvelles formes d’emploi, Digital Village entend apporter des réponses aux problématiques récurrentes mais concrètes des freelances.

Le travail indépendant, surtout et paradoxalement dans les métiers du numérique, ne s’effectue pas nécessairement à distance, via Skype ! Travailler de chez soi ne convient pas à la réalisation de projets collectifs tels qu’un site internet ou une application mobile. Des espaces de travail ont ainsi été créés à Paris, Roissy, Bordeaux et Toulouse.

Des espaces de petites tailles permettant de regrouper des groupes de freelances d’une trentaine de personnes pour éviter l’effet usine négatif dans la motivation des équipes. Ces lieux et ce travail collectif favorisent la construction d’un lien social, élément essentiel d’épanouissement professionnel et personnel. Les échanges, les conseils, la concurrence positive permettent de rester dans une dynamique d’apprentissage vertueuse.

Nous sommes également convaincus que nos villageois doivent se concentrer sur le métier qu’ils aiment et qui les ont conduit à se mettre à leur compte. Dans ce monde si complexe, comment pouvons-nous être à la fois développeur, commercial, comptable et juriste ? Chez Digital Village, nous gérons l’ensemble des aspects juridiques, administratifs et financiers, ce qui permet à nos villageois de se concentrer sur leur spécialité.

Digital village apporte un cadre et des règles pour le bon fonctionnement du modèle, notamment sur les questions d’argent qui sont au cœur du système. Chacun reste libre sur ses tarifs, nous veillons juste à informer les freelances sur les prix du marché pour rester compétitif face à la concurrence tout en valorisant leur travail.

Se fédérer autour d’une marque commune permet de proposer plus de compétences, de définir des process de travail et de qualité rigoureux, de pallier les absences et imprévus pour travailler en définitive sur des projets plus ambitieux.

Les grandes entreprises travaillent essentiellement avec des prestataires renommés et disposant d’un chiffre d’affaires significatif malgré leur volonté de faire appel à des experts freelances. Nous permettons à nos clients de répondre à cette contradiction sans en subir les inconvénients grâce à la mise à disposition d’un chef de projet freelance qui gère l’ensemble des interactions avec les équipes techniques.

Notre modèle économique et notre organisation du travail fonctionnent désormais depuis plusieurs années pour la cinquantaine de freelances avec lesquels nous travaillons. Conscients de notre responsabilité sociétale, nous luttons chaque jour pour que le travail indépendant ne soit pas synonyme de précarisation.

Si nos freelances ne sont que très peu concernés par les problématiques d’emploi, compte tenu de la forte demande dans le secteur du numérique, nous travaillons avec des partenaires assureurs et des banques à l’élaboration d’offres permettant aux freelances d’avoir une position au moins aussi sécurisante que celle d’un salarié classique. Aujourd’hui, tous ces outils existent. Il suffit de les assembler et de les proposer sous une forme innovante.

Les initiatives que nous portons sont probablement les premières graines d’une nouvelle organisation du travail qui concernera une grande partie de la population dans les prochaines années.

Sur le web

  1. On devrait pouvoir établir un vrai contrat entre une personne qui propose un travail (quel qu’il soit) et une personne qui peut et sait le réaliser. Un vrai contrat en ce sens que les clauses devraient rester du seul ressort des parties. Le « Code du travail » se limitant à quelques points évitant des abus manifestes (esclavage, mise en danger de la vie d’autrui, abus de position dominante ou de droit, etc.)

    Soyons clairs : je préférerais pouvoir contracter avec un seul exécutant qui saura faire une tâche que je lui confie (peu importe sa durée ou sa nature) en moins de temps ou à moindre coût (c’est au final identique pour moi), et qui négociera avec moi les conditions de ce contrat, que d’été obligé de salarier deux personnes pour le même objectif, au prétexte que le travail « doit » être partagé, « doit » être limité en temps horaire hebdomadaire, et m’oblige à payer les cotisations sociales (et maintenant les impôts) pour le compte des salariés.

    A l’inverse, j’ai toujours préféré exercer en tant que liberal plutôt que salarié, même si je ne comptais pas mes heures, si je tenais moi-même une comotabilité et si je me frittais avec l’URSSAF et les autres vampires…

    1. Oui, je pense comme vous!

      Mais il n’est même pas besoin de signer un contrat officiel: vous donnez son dû au « travailleur » indépendant et, selon les cas, vous demandez une facture vraie, presque vraie ou fausse selon ce qui arrange vous et lui, sans plus!

      Actuellement retraité, j’aimerais pouvoir compter sur « un homme à tout faire » mais « à tout faire bien » que je suis prêt à rémunérer non pas à un tarif « ouvrier » (X € de l’heure) mais selon la valeur estimée du service rendu, éventuellement avec accord préalable(« devis »).

      Oui, bien sûr il y aura sans doute du « noir », et alors? Faut-il toujours se soumettre à l’état gourmand insatiable, à son caractère « mêle tout » et à son racket qui ne se cache même plus? Il ne fait qu’investir dans des trous sans fond avec des fonctionnaires et autres profiteurs, vivant très bien de tout ce ce qui passe!

      Qui peut vous obliger à participer à ce délire?

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