Le Havre : les élus contre la fermeture de la centrale thermique

Publié Par Arnaud Daguin, le dans Énergie et matières premières

Par Arnaud Daguin.

Très attendue par les acteurs du secteur énergétique, la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) mise en consultation au début du mois de juillet par la ministre Ségolène Royal, présente les grandes orientations de la loi de transition énergétique et précise les trajectoires d’évolution des sources d’énergie jusqu’en 2023.

Si les nouveaux objectifs de développement des énergies renouvelables ont bien été confirmés à cette occasion, la filière thermique a quant à elle eu quelques surprises de taille. La centrale du Havre, à l’instar de toutes les tranches au charbon encore en activité en France, est aujourd’hui menacée de fermeture.

Une économie locale en péril

Le projet de PPE dévoilé récemment a mis au jour la volonté nouvelle du gouvernement de fermer l’ensemble des moyens de production fonctionnant au charbon d’ici à 2023 contrairement à ce qu’il était prévu jusqu’à présent. Les derniers engagements gouvernementaux prévoyaient notamment l’arrêt progressif des centrales à charbon françaises et la reconversion de certains sites à l’horizon 2035, soit une dizaine d’années plus tard.

La centrale thermique du Havre est bien sûr concernée par ce changement de cap et pourrait donc mettre la clé sous la porte plus vite que prévu malgré les importants investissements consentis ces dernières années pour améliorer ses performances techniques et environnementales.
Cet empressement, que le gouvernement n’a pas pris soin de justifier, est d’autant plus difficile à comprendre pour les élus locaux de la ville du Havre et de toute la Seine-Maritime, qu’il aura nécessairement des conséquences catastrophiques sur l’économie régionale.

« Cette fermeture aurait des conséquences dramatiques pour l’activité portuaire et des conséquences en termes d’affaiblissement de la place industrialo-portuaire du Havre. Elle marque une indifférence incompréhensible aux enjeux de développement économique et d’aménagement du territoire du Havre et de l’axe Seine », explique le député-maire Les Républicains du Havre, Édouard Philippe, soutenu dans ce dossier par l’ensemble des élus quelle que soit leur étiquette politique.

Il faut dire que la centrale du Havre joue un rôle de premier ordre dans le maintien du tissu économique local en employant de la main d’œuvre bien sûr mais aussi en alimentant plusieurs centaines de prestataires en contrats et commandes en tous genres.

Au quotidien, ce sont une centaine de prestataires extérieurs qui travaillent sur place et leur nombre a déjà grimpé jusqu’à 1500 dans les phases de maintenance et de modernisation comme celle connue en 2014. Pour ne rien arranger, le site du Havre, passé de trois tranches de production en activité à une seule en l’espace de trois ans a déjà vu son personnel diminuer comme peau de chagrin. Des 350 salariés employés au départ, seuls 150 travailleront encore sur ce site fin 2017.

Poursuivre le programme d’investissements engagé

Rappelons ici que la tranche n°4 de la centrale du Havre fait partie jusqu’à nouvel ordre des installations thermiques censées poursuivre leur exploitation jusqu’en 2035 (avec celles de Cordemais), afin d’assurer la stabilité du réseau et la sécurité d’approvisionnement électrique.

À ce titre, le groupe EDF a entrepris en 2014, dans le cadre de son plan stratégique Charbon 2035, la mise en conformité des sites aux nouvelles normes européennes environnementales en matière d’émissions industrielles.

La centrale thermique du Havre a accueilli pendant plusieurs mois un chantier de modernisation des installations dans le sens d’une exploitation plus propre et plus durable. Ces aménagements ont représenté un investissement total de plus de 160 millions d’euros et ont permis de changer les dépoussiéreurs, de remplacer une partie de la dénitrification et de renforcer le dispositif de désulfuration.

Plus récente que les trois autres fermées en 1993 et 2013, l’unité 4 est, selon EDF, équipée des derniers moyens de traitement des fumées, et pourrait donc fonctionner sans problème majeur jusqu’en 2035 dans le respect des nouvelles exigences environnementales. « D’importants travaux de rénovation et de modernisation sur l’unité 4, à hauteur de 160 millions d’euros, ont été entrepris en 2014 renforçant ses performances énergétiques et lui permettant de fonctionner jusqu’en 2035 », ajoute le maire du Havre.

De nouveaux investissements permettraient même d’assurer l’avenir de ce site de production énergétique via l’exploitation de charbon supercritique (à partir de vapeur portée à température et pression plus élevées) ou de biomasse. Les récentes expérimentations menées au sein de la centrale de Cordemais, par exemple, ont démontré que ces chaudières pouvaient absorber une proportion de bois améliorant ainsi le bilan carbone de l’unité sans pour autant affaiblir la production.

Comme l’explique sur Paris-Normandie.fr, Lionel Olivier, directeur de l’unité depuis avril 2015, « EDF garde précieusement ses sites dans l’optique d’y exploiter de nouveaux modes de production d’énergie si la demande s’en faisait sentir. Celui du Havre est toujours identifié pour en produire à partir de charbon supercritique ».
La volonté de fermer un site aussi prometteur d’un point de vue technologique et dans lequel il a déjà été tellement investi est donc des plus surprenantes et le gouvernement devra certainement s’en expliquer tôt ou tard.

  1. Mais si Marie Ségolène a dit qu’il fallait la fermer (cette centrale), alors pourquoi discuter ?
    N’oublions pas que c’est une experte, d’abord en gabegie financière (demandez à M Roussel, actuel patron également socialiste, de la nouvelle région Aquitaine, incluant les Poitou-Caharentes).
    Par ailleurs c’est une experte en changement/réchauffement/catastrophe climatique, puisque, cet été, elle est partie en Arctique pour constater « la fonte des neiges ».

    1. En cherchant un peu dans le rayon « dessous des cartes », il y a certainement une « bonne raison » pour préparer puis ordonner cette fermeture!
      J’en vois 2, clairement hypothétiques:

      * le projet des transformations devait bien comporter un volet « rentabilité »: en changeant cette date de fermeture, cette rentabilité sera évidemment sévèrement amputée: donc coût du Kwh produit plus cher diminuant d’autant la différence avec le Kwh provenant du « renouvelable », ce qui va dans le sens souhaité politiquement.

      * Plus grave: si cette centrale modernisée sert d’expérience à l’échelle 1/1 (avec Cordemais) pour ces process plus performants et plus acceptables écologiquement, le charbon « mouton noir de la lutte anti-thermique » pourrait perdre sa réputation de « saleté scandaleuse », argument si utile dans les discours! Donc stop la recherche industrielle! Des résultats trop favorables n’allant pas dans le « sens de l’Histoire » ni du projet politique!

      Quand on dit d’une décision qu’elle est « politique », c’est bien qu’elle n’obéit plus à une logique rationnelle (et souvent que ce seront ses « effets secondaires induits » qui seront utilisables « politiquement »). Rationnellement, je suppose que cette décision est un mauvais coup porté à l’entreprise, à la population, donc aux pouvoirs locaux!

      1. Et n’oublions pas le poids des élections à venir. Les voix écologistes sont indispensables pour le maintien de la gauche au pouvoir …

        1. C’est possible! Mais que vous (re)votiez N.Sarkozy versus Fr.Hollande, le pire sera au rendez-vous! (Bonnêt blanc …)

          1. Vu la liste de baltringues, 2017 ce sera « L’An Pire contre attaque »… de toute façon!

          2. Non, non, non.

            Benêt blanc et blanc benêt…

  2. Merci la COP21, merci Ségo.

Les commentaires sont fermés.