Saison des ruines, de Bertrand Schmid

Publié Par Francis Richard, le dans Lecture

Par Francis Richard.

Bertrand Shmid saison des ruinesSaison des ruines est le titre d’un roman double : il comprend deux histoires parallèles. Ce titre ne présage rien de bon. Et cela se confirme en le lisant. Car il faut bien comprendre le mot saison dans le sens d’une période de la vie humaine, qui se caractérise par des ruines.

Une des deux histoires que raconte Bertrand Schnid se passe à la montagne, en pleine nature, dans un alpage du Valais. Michel, la cinquantaine, habite un mayen. Il s’occupe des vaches laitières d’Augustin Leflache, aidé d’un apprenti, Jérémie, dix-sept ans.

L’autre histoire se déroule sur le bitume anglais, en milieu urbain, dans une banlieue de Londres. Annie, quinze ans, y habite une terraced house avec sa mère Leigh. Son père les a abandonnées et sa mère vit de l’assistance publique, sans se donner la peine de travailler.

La saison correspond dans les deux histoires aux trois quarts d’une année, du mois de mai au mois de décembre. L’existence au bon air des protagonistes de l’une ne signifie pas qu’elle soit meilleure que l’existence au mauvais air des protagonistes de l’autre.

Michel dit à Jérémie : La montagne, elle prend, elle avale. Tu lui donnes ta vie, elle te donne son air et puis ses forêts et ses ruisseaux, mais on oublie la caillasse, qu’est si froide et dure. La montagne, mon gars, elle n’a pas de cœur, tu vois. Moi, elle m’a tout pris.

Pourtant Jérémie se prend à rêver. Il s’imagine partir pour l’alpe chaque printemps après avoir embrassé sa Julie Audetaz qui ne porterait plus son nom mais le sien, qui serait devenue une Savioz. Elle le regarderait énamourée, poserait ses mains sur son ventre arrondi… 

Annie ne sera pas ainsi : Elle ne passera pas ses journées avec un homme qui ne peut que grossir et s’enlaidir, à pondre des mômes à la chaîne, à se battre contre les fantômes de l’argent pour une maison, une bagnole, une école, de la bouffe ou une plage espagnole une fois par année.

Annie ne suivra pas la trace de sa mère : Elle grandira sans l’aide de personne, étaiera ses jours comme elle l’entend, peut-être loin de tout, et ce serait idéal de couler sa vie hors du moule, trop usé, dont tout le monde semble sorti.

Bertrand Schmid, à la faveur de ces deux histoires, peint, avec beaucoup de réalisme et d’acuité, les tableaux bien sombres, voire sordides, de deux mondes, où les événements s’acharnent contre les jeunes protagonistes et ruinent leurs espérances.

Dans une histoire comme dans l’autre, une petite lueur d’espoir demeure toutefois au milieu de toutes ces ténèbres. Car elles se concluent toutes deux par une colère et une révolte ultimes contre le mauvais sort et par, en quelque sorte, un poing final…

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  1. Que dire, sinon que… ce n’est pas cette recension qui nous remontera le moral ! 😉

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