Frederick Douglass, esclave affranchi et rebelle fiscal

Publié Par Jeffrey Tucker, le dans Histoire du libéralisme

Par Jeffrey Tucker.

Ce qui m’impressionne le plus dans le livre de F. Douglass My Bondage and My Freedom, c’est l’histoire poignante du motif de ce son évasion. Son esclavage était légitime de part la loi, et il en ressentit le plus les effets lorsqu’il goûtât à la liberté.

Son maître lui fit suffisamment confiance pour monnayer ses talents hors de son contrôle direct. Il était devenu très bon au calfeutrage. À l’âge de 20 ans, il demanda à son maître l’autorisation de travailler et de conserver une partie de ses revenus. Le maître accepta.

Douglass raconte comment il commença à gagner de l’argent. Cela lui donna une notion de sa valeur en tant qu’être humain, au même titre que les autres. Et avec l’argent vint une certaine émancipation de sa volonté. Quand son maître prenait une portion considérable de ses revenus, il savait que c’était mal. C’était de l’argent qu’il avait mérité. Le sien. Aucun homme n’avait le droit de lui prendre.

Ce que signifiait l’esclavage

Soyons clairs, Douglass écrivait avant l’impôt sur le revenu. La liberté était l’idée selon laquelle personne ne pouvait prendre ce qui vous appartenait. Ce que vous fabriquiez vous appartenait. Voici un exemple de ce que l’esclavage signifiait, et Douglass le savait.

Comme Douglass l’expliqua :

« La pratique, semaine après semaine, qui consistait à me voler ouvertement mes revenus, maintenait devant moi l’image de l’esclavage. Je pouvait être volé de façon indirecte, mais cette méthode était trop ouverte et éhontée pour être endurée. Je ne voyais aucune raison pour laquelle je devais verser chaque semaine le tribu de ma besogne dans les mains d’un autre homme.

La pensée d’un tel acte me vexait, et la manière dont Maître Hugh recevait mes revenus me vexait encore plus. Comptant calmement l’argent, dollar après dollar, il me regardait dans les yeux, comme si il cherchait dans mon cœur autant que dans mes poches en me demandant avec reproche « Est-ce tout ? » en supposant que j’avait caché une partie de mes revenus ; ou peut-être pour me faire sentir comme un servant pas si rentable.

En me drainant des derniers centimes de mes revenus, il daignait de temps en temps, quand les bénéfices étaient importants, m’attribuer quelques sous avec l’idée, peut-être, de raviver ma gratitude ; mais cette pratique avait l’effet inverse car c’était l’aveu que je méritais tout. Le fait qu’il me donnait une partie des revenus signifiait qu’il supposait qu’ils me revenaient en totalité. Je me suis toujours senti mal à l’aise après ce type de versement, car j’avais peur que me donner quelques centimes pourrait lui soulager la conscience et qu’il se sente, après tout, un voleur honorable ! »

Voilà ce qui incita Douglass à fomenter son évasion. Et l’appel était plus fort à chaque fois qu’il devait abandonner une partie de ses revenus. Une fois, il ne travailla pas un week-end, et il fut puni par son maître. Il se vengea en refusant de travailler, ce qui offusqua encore davantage le maître. Puis il devint malin et il commença à donner plus que ce qu’il devait, incitant la confiance du maître.

« Maître Hugh semblait très satisfait de l’arrangement, pour un temps, et il en était ainsi car l’arrangement était en sa faveur. Ceci lui retira toute anxiété à mon égard. Son argent était sûr. Il avait armé mon amour de la liberté plus durement que jamais, pendant qu’il bénéficiait des avantages de l’esclavage sans ses inconvénients ; je souffrais des maux de l’esclavage ainsi que des ennuis de l’homme libre responsable.

Qu’importe, ai-je pensé, il s’agissait d’un privilège, un pas de plus dans ma carrière vers la liberté. C’était particulier de chanceler devant les inconvénients de la liberté, et j’étais déterminé à consolider ces nouvelles avancées, par tous les moyens. J’étais prêt à travailler jour et nuit, étant en bonne forme, ce qui me permit non seulement de subvenir à mes besoins mais aussi de mettre de coté une petite somme chaque semaine… »

C’est cette petite somme qui lui permit de s’acheter un billet de train (sur ce qu’on appelait le chemin de fer caché) et de trouver la liberté.

L’esclavage est un terrible mal, d’un niveau incomparablement plus nocif que de mauvais impôts. Néanmoins, le commerce, dans la vie de Douglass, fut une inspiration et un moyen d’obtenir sa liberté ; et la liberté de quel joug ? D’un équivalent personnel du fisc qui osa prendre de ses mains ce que ses propres mains avaient produit.

Sur le web

  1. Remplacez Frederick Douglass par le citoyen ordinaire d’aujourd’hui et son maître par l’état redistributeur et vous avez exactement la même relation.

    Le plus joli c’est qu’on peut sans problème faire le changement mutatis mutandis dans le texte même de Frederick Douglass et voir que les ponctions correspondant à l’impôt redistributif et aux charges sociales servant à payer la retraite des autres est l’équivalent de l’esclavage.

    A mettre en rapport avec le texte de Nozick the « tale of a slave ».

  2. L’expression « il me donnait une partie des revenus » me rappelle étrangement l’expression moderne « cadeau fiscal ».
    Dans les deux cas, le maître (pour nous le fisc) considère que ce qu’il veut bien nous laisser de nos revenus constitue un cadeau de sa part.
    L’abolition de l’esclavage n’est pas pour demain …

  3. Frederick Douglass est un salaud d’exilé fiscal, et la solidarité bordel…

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