Qu’est-ce qui fait le succès de Pokémon GO ? Son expérience utilisateur ?

Publié Par Xavier Pavie, le dans Entreprise et management

Par Xavier Pavie.

Si Pokémon GO est entrain de battre tous les records imaginables (nombre de téléchargements, temps passé sur le jeu, gain potentiel…), c’est parce que le jeu de Niantic a été capable de développer l’ultime expérience utilisateur, et tout développement futur ne pourra être qu’un descendant de ce jeu.

C’est la réalité augmentée qui génère cette expérience si singulière : nous nous amusions à être dans des mondes virtuels grâce aux jeux vidéo, nous nous amusions à capturer la réalité en filmant ou en prenant en photo ce que nous voyons, voire nous-même (selfie), désormais tout est dépassé par l’inclusion de l’un dans l’autre.

L’émotion du virtuel associé à la rationalité du réel

Ce qu’apporte la capture de ces petits monstres, tout le monde s’en moque, et la finalité d’être le meilleur dresseur des Pokémons ne concerne finalement qu’un petit groupe d’aficionados. En soi, capturer des Pokémons n’est pas ce qui importe, c’est l’expérience utilisateur qui attire, c’est l’émotion du virtuel associé à la rationalité du réel qui rend le jeu addictif.

La frontière devient complètement poreuse entre ce qui est vrai et ce qui relève de l’artifice et l’on est en droit de se demander si finalement Pokémon GO ne serait pas la matérialisation pleine et entière du doute hyperbolique du philosophe Descartes. Ce dernier s’interroge, dans les Méditations métaphysiques, sur ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, puis se demande si un malin génie n’a pas pris possession de son esprit pour lui faire croire que la réalité n’est pas en fait tout autre : un simple rêve.« La voie de sortie en passe par le scepticisme et le doute, ce que je vois est-il réel ? »

L’expérience ultime : confronter son esprit au doute hyperbolique

Comment en effet m’assurer que tout ce qui est autour de moi n’est pas qu’un rêve ? C’est ce questionnement qui mènera au célèbre cogito « Je pense donc je suis ». Néanmoins, pour y arriver, il faut se perdre, et les premières méditations cartésiennes montrent un Descartes perdu dans les méandres de la pensée pour finalement réussir à se retrouver, à se recentrer.

Il suffit de passer quelques minutes dans la rue en bas de chez soi pour constater que des individus de tout âge, de tout sexe, de toute culture, de toute religion essayent d’accroître leur Pokédex. Que recherchent-ils d’autres (consciemment ou inconsciemment) que confronter leur esprit au doute hyperbolique ? Que vivre une expérience ultime où les termes « réel » et « virtuel » n’ont plus de sens ?

Plus de discussions avec ses amis, plus de photos de ce que l’on voit, plus de selfie à poster sur son réseau social. Tout est renvoyé aux calendes car rien ne semble plus captivant que de vivre dans une réalité augmentée. Transporté par ce doute, on perd l’ensemble de nos repères avec comme objectif : capturer des Pokémons ! Mais cela n’est pas pour autant la finalité, l’ultime expérience de l’utilisateur, c’est de vivre cette démarcation entre ce qui relève de l’artifice et du réel.

Ce que sera le monde de demain

Il fait peu de doute que Descartes eût été passionné par ce jeu qui repousse nos certitudes sur le monde qui nous entoure. Dans le même temps, ce jeu nous alerte sur ce que sera le monde de demain qui à l’évidence ne s’appuiera plus seulement sur cette dichotomie entre artifice et réalité. Pokémon GO a donc réussi ce tour de force qui est de rendre la réalité virtuelle accessible à tous, ici et maintenant.

Ce jeu met ainsi en branle notre compréhension du monde et doit être appréhendé comme l’élément qui nous oblige à douter de ce que nous voyons, de ce qui nous entoure. De manière définitive.

Sur le web

  1. Descartes, « Je pokémone donc je suis » ? On en reparle dans 6 mois, si vous le voulez bien.

  2. « La frontière devient complètement poreuse entre ce qui est vrai et ce qui relève de l’artifice et l’on est en droit de se demander si Pokémon GO ne serait pas la matérialisation du doute hyperbolique du philosophe Descartes.  »

    Quand je lis cette phrase, il me vient une pensée: la frontière devient complètement poreuse entre ce qui est factuel et ce qui relève de l’artifice de la phrase, que l’on est en droit de se demander si cette phrase ne serait pas la matérialisation de l’équivalent de pisser dans un violon en usant de vocabulaire abscons.

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