Un député LR veut réglementer Pokemon Go, misère…

Publié Par Frédéric Mas, le dans Libertés publiques

Par Frédéric Mas.

L’époque ne manque pas de sujets dramatiques, et le besoin de courage et de grands hommes pour les affronter se fait parfois cruellement sentir. Ce sujet seul pourrait constituer le fil directeur de toute une critique conservatrice d’inspiration churchillienne des renoncements politiques, à droite comme à gauche, de la démocratie devant le terrorisme. Seulement, une partie du personnel de la droite préfère se concentrer sur les dangers de Pokemon Go.

Pokemon Go, la fin de la civilisation ?

Ce jeu s’apparente à une chasse au trésor arrimée à la réalité augmentée, et passionne les jeunes et moins jeunes ; il n’y a pas grand-chose à dire : comme le football à la télévision ou encore les jeux olympiques, il s’agit à la fois d’une distraction populaire et d’un business qui marche, comme n’importe quel jeu sur smartphone ou console de jeu.

Certains à droite, mais aussi à gauche, ont cru reconnaître là un témoignage de déclin de la civilisation, d’aliénation ou encore d’abrutissement des masses. Ce n’est pas la première fois qu’on nous ressort la même rengaine, que ce soit pour les jeux vidéos qui rendent épileptiques, les mangas qui rendent violents ou encore les tamagotchis qui nous conditionnent. Dans tous les cas, il y a eu des voix pour s’élever et demander une couche supplémentaire de lois, règlements et interventions du Politique pour régler des problèmes largement imaginaires et légitimer une classe politique à l’efficacité de plus en plus problématique.

Vendredi dernier, le député du Nord Vincent Ledoux a déclaré au Figaro que Pokemon Go pouvait se transformer en danger potentiel si le législateur n’y mettait pas son nez. Il développe deux lignes d’argumentation différentes : la première revient sur l’attitude de certains joueurs, qui, pour s’adonner à leur jeu favori, se mettent parfois en danger (ou mettent en danger la vie d’autrui). Le second argument tient à la vie privée :  M. Ledoux s’inquiète des données récoltées sur les utilisateurs de Pokemon Go.

Dans le premier cas, on se demande pourquoi créer une loi supplémentaire là où la législation déjà en place répond parfaitement au problème posé. M. Ledoux prend l’exemple de personnes qui se sont garées imprudemment ou qui traversent sans regarder pour jouer à PG. Le droit français pénalise déjà ce genre de comportements, qu’on abandonne sa voiture pour aller jouer à Pokemon Go ou assister à une convention LR.

Dans le second cas, on ne voit pas bien le problème, si les utilisateurs ont consenti, en téléchargeant l’application du jeu, à transférer un certain nombre d’informations à l’entreprise créatrice du divertissement. Par contre, on peut s’interroger sur la conception infantilisante de la politique proposée ici : le citoyen n’étant visiblement pas assez mature pour protéger sa propre vie privée, c’est au Politique, dont on sait que l’Immense Vertu flotte au-dessus des intérêts particuliers de la société civile, de la prendre en charge.

Dégénérescence de l’État de droit

Un peu plus loin dans l’entretien, M. Ledoux ajoute : « Il n’existe pas de réglementation applicable aux jeux en ligne qui permettrait, pour le moins, d’analyser les risques avant leur mise sur le marché, d’en évaluer leur fonctionnement et de prévoir des modalités d’agrémentation les rendant conformes au droit national et européen. » Il y a là comme un révélateur de l’esprit politique contemporain, à la fois imperméable à la technologie, aux mécanismes du marché et soucieux de se ménager une place d’arbitre dans les relations au sein de la société civile : le député ne s’est visiblement pas posé la question du coût politique et bureaucratique du contrôle de ce type de marché (ni même de son efficacité), qui reviendrait à adopter les outils performants de la Chine et/ou de la Corée du Nord pour lutter contre un jeu vidéo sur smartphone. Il conçoit également le marché comme un régime d’autorisation dans lequel le politique joue le rôle de garde-barrière : à quand la création d’une commission parlementaire dédiée aux applications de smartphone ? Visiblement les députés ont du temps à perdre.

Plus profondément, l’empilement de lois, de règlements, de décrets sécrétés par une classe politique qui ne sait plus quoi faire pour exister a un effet corrupteur sur l’État de droit, comme l’a très bien vu Niall Ferguson : la complexification du droit a un coût, pour l’entreprise comme pour le simple citoyen. Plus le droit devient hermétique, plus il a besoin de spécialistes et de professionnels pour le comprendre, que ces spécialistes soient lobbyistes, juristes ou politiques. Le simple citoyen devient plus dépendant des professionnels du maquis juridico-législatif qui pèse sur les échanges individuels. À l’État de droit, qui repose sur l’autonomie morale des citoyens, succède celui bureaucratique, qui rétablit l’hétéronomie silencieusement.

Bien entendu, l’initiative de M. Ledoux ne sera sûrement pas suivie d’effet, et constitue essentiellement un coup de comm’ en plein milieu de l’été. Seulement, elle est, tout comme le phénomène qu’elle prétend combattre, dans l’air du temps : il semblerait que nos représentants politiques se prennent plus pour des gardiens chargés de nous surveiller que pour des élus chargés de nous servir.

  1. Remarques…on devrait les laisser légiférer,le temps que cela fasse la navette entre les différentes chambres,l’application sera passée de mode…

    1. passé de mode..je ne crois pas , il s’agit d’une chasse aux trésors , tout le monde aime et ça occupe quand on a rien a faire … moi je chasse les mouches , je n’ai pas de réseau et si j’avais un portable je chasserais le pokémon en ville 😉

    2. Sauf qu’on paie nos élus à ne rien foutre. Vous n’en avez pas marre ?

      1. Je préférerais qu ils soient augmentes de 20%, qu on leur enleve leur reserve parlementaire , la possibilite d’engager je ne sais combien de de conseillers et qu ils ne fassent rien, mais alors rien du tout .. pas de voyages etc rien.. qu ils restent a la maison payes a rien faire..on s’en porterait bien mieux.

        1. +1. Je veux bien payer le président 50 000 euros par mois pour faire des inaugurations toute l’année.

  2. bah , quand on chasse le pokemon on n’est pas hébété devant sa télé toute la journée , on ne reçoit pas le message divin de gauche ou de droite , leur métier de boni-menteur surpayé est en péril et nos industries , nos emplois , nos enfants tout mignons , vite une loi.
    ..cela ne serait pas plutôt une demande des FAI voyant leur réseaux saturés et des couts astronomiques dans les échanges intercontinentaux ?

    1. Le grand grand danger serait que les jeunes jouent à chasser le Pokémon plutôt que d’aller mettre un bulletin dans l’urne ….
      Elle n’est pas mal notre très jolie société déliquescente

  3. Le surnombre de politiciens français les amène à se chercher des raisons d’exister dans la dépense de projets inutiles ou en légiférant pour tout et n’importe quoi sans vraiment savoir si la législation à disposition est suffisante, voir même appliquée. Autre aspect, combien de texte non appliqué, une expression supplémentaire de leur souci d’exister plus que de répondre aux vrais problèmes. De belles économies à réaliser en réduisant drastiquement cette classe qui se retrouvera payé pour ce qu’ils valent, surement peu.

  4. Ailleurs, on pourrait imaginer que le député reçoive quelques avantages en nature pour faire ainsi la pub gratuite du jeu, mais en France, il n’y a même pas besoin de corrompre les élus, ils choisissent d’instinct l’option la plus débile.

  5. Philippe gachet_mauroz

    Les elections approchent…il faut faire parler de soi..montrer que l on est  » productif »..les arguments sont tarte a la creme mais du niveau de reflexion de l electeur de base, qui a perdu tout niveau de reflexion d esprit d analyse.
    Nous avons les deputes que nous meritons

  6. Aliénation, abrutissement ? Oui un peu. Un effet de mode également. Dans quelque temps, on passera à autre chose.
    Ce qui est confondant, cest la hauteur de vue de notre « élite ».

  7. Le point ou l’auteur a parfaitement Raison est le fait que des lois existent deja pour sanctionner les comportements dangereux. Par exemple : utiliser son Smartphone en conduisant que ce soit pour lire un sms ou jouer est dangereux et le conducteur est conscient des consequences possibles !

    (desole pour le manque d’accent, je suis Avec un clavier QWERTY allemand, sans possibilite de le configurer)

  8. Ben oui, tant qu’on ne trouvera rien de mieux à faire que d’envoyer des crétins au pouvoir…

    Remarquez que l’Assemblée Nationale n’a pas hésité à REFUSER que les frais « professionnels » des députés soit soumis à un contrôle quelconque… ben voyons, sont pas fous…

    Par contre le chef d’entreprise qui invite quelqu’un à déjeuner pour raisons professionnelles doit non seulement le déclarer, fournir la note du restaurant, mais aussi donner le nom des invités…

    Qui sont donc ces gens qui votent des lois à géométrie variable? Et qui refusent qu’on les traite de tripoux?

    1. « tant qu’on ne trouvera rien de mieux à faire que d’envoyer des crétins au pouvoir… »

      Le problème n’est pas le député mais les gens qui votent pour lui.

  9. Ledoux ferait un très bon administrateur dans le Meilleur des Mondes de Huxley.

  10. Excellent article. La fièvre administrative est en effet inquiétante. Mais la société du spectacle amène les êtres les plus insignifiants, en l’occurrence ce député, à devoir se faire voir pour exister. Pathétique.

  11. Aucun besoin de légiférer. Laissons les traqueurs de Pokemon go à leur triste destin.

  12. « Le second argument tient à la vie privée : M. Ledoux s’inquiète des données récoltées sur les utilisateurs de Pokemon Go. »
    « Dans le second cas, on ne voit pas bien le problème, si les utilisateurs ont consenti, en téléchargeant l’application du jeu, à transférer un certain nombre d’informations à l’entreprise créatrice du divertissement. »

    Ce point mériterait d’être un peu plus approfondi.
    Et aussi stupide qu’apparait l’intervention de ce député, il tient là une question fondamentale : notre vie privée en ligne, avec ces bijoux de technologies que sont nos smartphones.

    N’oublions pas l’adage : « Si c’est gratuit, c’est que vous etes le produit » => jusqu’à quel point est-ce acceptable ?

    Car il y a consentir aveuglément, et consentir en toute connaissance.
    Que savons-nous précisément de l’utilisation qui est faite des données collectées sur nos activités dans le jeu ? Est-ce que le savoir ne modifierait pas notre consentement à transférer ces informations ?

    Un des droits fondamentaux dans une économie de marché est l’information du consommateur. Véritable combat permanent tant les dérives sont faciles.
    Je trouve normal que cette question de l’information du consommateur soit posée, quelle que soit la qualité ou l’interet qu’on porte à Pokemon GO.

    D’autant plus que sur Android, c’est tout ou rien : soit on accepte toutes les autorisations, soit on refuse d’utiliser l’appli. Et certaines applis abusent réellement des autorisations (La dernière version de l’Equipe demande les droits sur les appels téléphoniques ?!!!).

    C’est là que nos gouvernants peuvent agir, et devraient agir, pour redonner aux consommateurs plus de pouvoir, en commençant par plus d’informations sur ce qui est effectivement utilisé dans ce à quoi nous consentons.
    Et il y a plus simple que de s’en prendre à pokemonGO ou de monter une usine à gaz d’autorisation préalable des applications mobiles : forcer Google de corriger le système Android pour renforcer les pouvoirs de décisions du consommateur (par exemple en détaillant plus les autorisations et en permettant d’en refuser certaines).

    Et c’est loin d’etre impossible : la Comission Européenne a déjà imposé à tous les fabricants de smartphones d’utiliser des connecteurs compatibles pour les chargeurs. Et tous s’y sont pliés (enfin je sais pas pour les iPhones).

    1. google publie dans sa balance sheet la valeur de ses datas…ca donne une idee de ce que chaque user vaut (pas de breakdown par pays mais bon). apres si vous voulez eviter cela..soi vous n utilisez pas apple / google tec (il y a thor, vpn etc pour etre off grid) ou vous ne jouez pas aux pokemons gratuitement.

      1. Pour ma part, j’utilise un compte google bidon / poubelle pour ce genre d’appli 😀

    2. Bien sur le fait que l’application pousse des utilisateurs stupides à traverser les rues sans regarder ou chasser les PG en voiture pose problème. Mais effectivement, ce n’est pas pire que de lire des SMS et y répondre en conduisant. La question sur ce point est « faut il des lois pour tenter d’interdire des comportements imbéciles, ou suffit il de les réprimer en comptant sur l’effet pédagogique ».

      L’autre problème, à savoir l’accumulation de données par une entreprise privée est plus insidieux. Le fait que Google, avec son système Android, impose que les applications demandent « en bloc » des autorisations à l’utilisateur, et dans ce cas précis l’autorisation de récupérer les images enregistrées par les téléphones, est proprement scandaleux. Il n’y a en effet nulle raison, pour pouvoir jouer à ce jeu si on le désire, que « big brother google » s’arroge le droit de filmer partout où il en a envie et que lui ou ses partenaires éditeurs d’applications utilisent les images comme bon leur semble.

      L’utilisation de la « google car » et la mise en ligne d’images prises à leur insu par des piétons, des propriétaires d’immeubles, des automobilistes, etc. est déjà une atteinte aux libertés du même niveau que la mise en place de caméras de surveillance dans les lieux publics ou privés. On admet aujourd’hui ce dernier fait pour des raisons de sécurité publique. Mais pourquoi accepter que l’éditeur d’un jeu puisse, par le biais de son application et du public qui l’utilise, s’arroger le droit d’aller prendre des images partout où il le souhaite ? Quelles sont les garanties sur l’utilisation de ces images ?

      Je donne un exemple. Cet éditeur pourrait passer des contrats avec des officines de détectives privés qui désirent surveiller des individus : traquer des époux infidèles, surveiller des employés, etc. Il suffirait à ces prestataires de donner les coordonnées des lieux à surveiller et les plages horaires pour qu’on leur vende des images transmises par d’inoffensifs (en l’apparence) chasseurs de PG.

      Pour moi, s’il y a lieu de légiférer, c’est sur le fait que des applications informatiques puissent forcer (sous peine de refus d’installation) des utilisateurs à donner des droits permettant à l’éditeur de récupérer des données non strictement nécessaires au fonctionnement de l’application. Le gros scandale est là, et il n’y a pas que l’appli PG qui mériterait d’être ainsi retoquée. La moitié de celles que j’utilise sur mon smartphone Android demandent des autorisations inutiles.

      NB : GOOGLE SUCKS : A titre indicatif, il y a longtemps que j’ai viré leur moteur de recherche de mes habitudes d’internaute. J’utilise qwant et je m’en porte très bien !

      1. Juste une précision concernant la réalité augmentée et les photos éventuellement récupérées par Niantic : elle se désactive dans le jeu, qui du coup ne filme rien, et en plus ça rend la capture de ces chères bestioles plus facile :p

    3. N’oublions pas l’adage : « Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit » => jusqu’à quel point est-ce acceptable ?

      Ce ne sera jamais inacceptable, chacun est libre et consent en pleine conscience à la marchandisation de ses données. Oser même penser qu’à un moment il y a une limite inacceptable qui se rapproche est en soi un réflexe gauchiste qui vise à vouloir penser et choisir à la place des individus, d’autant plus que dans ce cas, nul n’est obligé de …

    4. Si ça peut vous rassurer un peu, depuis Android 6 les permissions ne sont plus acceptées automatiquement en bloc. Par contre on ne peut plus refuser l’accès à une application aux zinternets 🙁

  13. Plus profondément, l’empilement de lois, de règlements, de décrets sécrétés par une classe politique qui ne sait plus quoi faire pour exister a un effet corrupteur sur l’État de droit, comme l’a très bien vu Niall Ferguson : la complexification du droit a un coût, pour l’entreprise comme pour le simple citoyen.

    La France, c’est le Brésil… sans le soleil ❗
    Enfin, à cette vitesse, cela va l’être 🙁

  14. Mort de rire.. Y a-t-il un un volontaire pour développer une appli « député go » ? Les joueurs iraient chasser le député dans les gradins de l’assemblee nationale. Vu leur taux d’absenteisme il faudra de la réalité virtuelle pour les faire apparaître 😀

    1. Parlons français, svp, « député dégage ! ». On pourrait aussi se contenter d’un article au règlement de l’Assemblé Nationale : « Tout député surpris à utiliser son smartphone en séance devra repasser devant ses électeurs, l’organisation de l’élection partielle se faisant à ses frais personnels ».

  15. Outre la dérision du bonhomme, outre le ridicule, outre cet invertébré bouffi de d’arrogance mêlée d’ignorance crasse, le fond reste le même.
    Les français répondent a l’état. Toujours d’avantage. A chaque mince illusion de liberté, vite, p’ain, une loi, un encadrement, vous dis-je .
    Ce dernier ne répond de rien, et de moins en moins. Des repris de justice a l’assemblée, des criminels qui n’effectuent pas leurs peines en prisons, libres, quant a eux, de massacrer en mode non virtuel.

    Another fantastic day in the People’s Republic.

  16. Tout cela est bien triste d’autant que l’on ne sent rien venir pour 2017.
    Qui pourra être suffisamment convaincant pour amener dans le débat les valeurs de liberté et responsabilité individuelles ?

    1. heu… moi ?

      1. Au pouvoir !!!

        (je ne vous connais pas, mais le pire c’est que… vous ne serez probablement pas pire que ce qu’on nous propose T_T)

  17. Le Pokemon GO est le système de surveillance totalitaire du futur de la CIA avec en plus le GPS, la reconnaissance faciale, etc, etc. Maintenant nous leur ouvrons encore à voie vers notre environnement quotidien.

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