Ces fondamentaux ignorés par les banques européennes

Publié Par Jean-Pierre Chevallier, le dans Monnaie et finance

Par Jean-Pierre Chevallier.

Les discussions et les polémiques rebondissent au sujet de la santé des big banks too big to fail, en particulier européennes après une étude de Sascha Steffen du Zentrum für Europäische Wirtschaftsforschung (ZEW, Centre for European Economic Research) et de l’Université de Mannheim avec Viral Acharya (de la New York University Stern School of Business) et Diane Pierret (Université de Lausanne) : « Stress Scenarios Reveal Capital Shortfalls in EU Banking Sector ».

La problématique sur les fondamentaux des banques est contestée, surtout par les banquiers européens, évidemment !

Elle a pourtant bien été exposée en particulier par Alan Greenspan, depuis le début des années 1980 et il l’a révisée après les turbulences financières de 2008. Elle peut s’exprimer simplement de la façon suivante : le total des dettes des banques ne doit pas dépasser 10 fois le montant de leurs capitaux propres réels. C’est simple, c’est clair, c’est une règle prudentielle d’endettement logique, une norme empirique qui donne d’excellents résultats globalement.

En l’appliquant aux 15 plus grandes banques américaines et européennes, il apparaît clairement que les banques américaines, si elles ne respectent pas toutes cette règle, n’en sont pas loin, ce qu’admet la Fed qui estime qu’elles ont globalement des besoins de recapitalisation de l’ordre de 120 milliards de dollars.

Document : 1
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En appliquant cette règle, selon les dernières préconisations d’Alan Greenspan qui sont plus rigoureuses que celles qui sont retenues par la Fed, j’en arrive à des besoins de recapitalisation de 161 milliards de dollars (pour ces 8 banques américaines), qui sont du même ordre de grandeur que les chiffres de la Fed — cf. mes analyses qui sont donc en concordance avec celles de la Fed. C’est donc du sérieux !

Par contre, les besoins de recapitalisation (colonne 3) pour les banques européennes sont beaucoup plus importants, en appliquant évidemment la même méthode d’analyse.

Document 2 :

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Ainsi, pour que le total des dettes de Deutsche Bank ne dépasse pas 10 fois le montant de ses capitaux propres réels, il faudrait recapitaliser cette banque à hauteur de… 111 milliards d’euros !

Pour les Gos banques françaises, les besoins de recapitalisation sont de :

  • 127 milliards d’euros pour BNP-Paribas qui détient le record mondial, bravo les artistes !
  • 93,3 milliards (seulement !) pour la société Générale,
  • 93,5 milliards pour le groupe BPCE-Natixis,
  • 87,5 milliards pour le groupe Crédit Agricole !

Bien entendu, les « banksters » européens considèrent avec le plus grand mépris les études de l’institut ZEW, ainsi que les miennes, mais tout concorde : la réalité nous montre que nous avons raison. En effet, le marché interbancaire est bloqué, les dirigeants de la BCE prêtent quasiment gratuitement des centaines de milliards d’euros à des banques pour qu’elles puissent survivre, le Brexit a montré qu’en cas de perturbation les cours des banques plongent, les rendements des bons des Trésors européens de référence sont négatifs jusqu’au 10 ans et même jusqu’au 30 ans pour la Suisse, etc.

Le document 2 (colonne 5) montre que la différence entre le montant des capitaux propres réels (les actifs tangibles) et les besoins de recapitalisation établit un classement logique entre les pires des banques et les meilleures. En effet, plus les besoins de recapitalisation sont élevés par rapport aux actifs tangibles (c’est-à-dire la valeur à la casse d’une banque en perdition), plus cette banque est dans une situation proche d’un sauvetage en urgence pour éviter un risque systémique, et inversement : les banques américaines affichent toutes des résultats positifs (en colonne 5) ce qui montre qu’elles sont viables en cas d’accentuation de risques majeurs.

Par ailleurs, le classement des banques en fonction de leurs besoins de recapitalisation par rapport à leurs actifs (tout court), exprimés en pourcentage, montre là aussi logiquement que les banques européennes sont bien les pires, la société Générale détenant le record mondial.

Document 3 :

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Les marchés n’intègrent pas correctement ces analyses comme le montrent les capitalisations boursières qui ne sont pas en concordance avec les risques courus par ces banques.

Document 4 :

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  • Cliquer ici pour lire l’étude de l’institut ZEW sur les banques : « Stress Scenarios Reveal Capital Shortfalls in EU Banking Sector ».

Sur le web

  1. Analyse toujours aussi factuelle, un peu difficile à suivre pour le profane, mais qui mérite d’être repérée jusqu’à l’effondrement.

  2.  » le total des dettes des banques ne doit pas dépasser 10 fois le montant de leurs capitaux propres réels »
    Cette règle n’a aucun sens. Les billets qui servent de réserve aux banques n’ont aucune valeur propre, puisque émis sans contrepartie. La valeur du billet vient alors de la banque commerciale qui fait de la « création » monétaire en contrepartie de dettes. La valeur du billet provient bien de la confiance que l’on peut avoir dans le remboursement des dettes et uniquement de cela. Si cette confiance s’effondre, les réserves des banques n’ont plus aucune valeur.
    Ceux qui possèdent la dette ne sont pas très inquiets pour le moment, car il existe des mécanisme de prédation qui permettent des confisquer les biens biens au-delà des engagements. Si l’état augmente les impôts, vous finissez par être obligé obligés de vendre ce que vous croyez posséder au prix fixé par l’acheteur.
    La solution : découpler la dette de la « création » monétaire (il existe bien des richesses qui ne sont pas des dettes !) et supprimer les banques centrales qui ne servent pas à grand chose. Même les taux directeurs sont bien incapables de relancer l’économie.

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