Air France-KLM : la réforme nécessaire

Publié Par Alice Perrin, le dans Économie générale

Les comptes d’Air France-KLM sont repassés dans le vert l’an dernier grâce aux efforts entrepris par la direction dans le cadre du plan Transform 2015. Cette embellie économique ne doit pas faire oublier les réformes structurelles à mettre nécessairement en œuvre, face à un marché pris d’assaut par le low cost et de plus en plus concurrencé par le TGV.

Par Alice Perrin

air france-Boeing 777-Christian Junker (CC BY-NC-ND 2.0)

air france-Boeing 777-Christian Junker (CC BY-NC-ND 2.0)

« Nous avons tenu tous nos objectifs à l’euro près » s’est félicité Alexandre de Juniac, le patron d’Air France-KLM, jeudi dernier. En 2015, le groupe franco-néerlandais a effectivement dégagé un résultat d’exploitation de plus de 800 millions d’euros, ainsi qu’un bénéfice net de 118 millions d’euros. Le trafic international en hausse de 6,8% et la chute des prix du carburant auront certes accéléré cette reprise, mais ce sont surtout les réformes entamées il y a plus de trois ans qui semblent avoir porté leurs fruits – dans le cadre du plan Transform 2015 initié en 2012 par Alexandre de Juniac, le groupe s’était fixé un seuil de 20 % de gains de productivité. Depuis, les efforts, substantiels, ont permis de réduire de près d’un tiers la dette du groupe.

Oublier l’épisode douloureux de la chemise

Aujourd’hui, c’est un plan Perform 2020 remanié qui prend la suite de Tranform 2015. Lors du comité central d’entreprise extraordinaire du 15 janvier dernier, la direction a présenté cette nouvelle orientation, la version initiale ayant été rejetée par les syndicats de pilotes. De retour sur des bases assainies, la compagnie se permet une stratégie ambitieuse : 10% de croissance sans fermeture de ligne, achat de nouveaux avions, embauches potentielles. Un message positif qui ne doit pas faire oublier les efforts passés, entrepris par une direction qui a tenu bon malgré les critiques, et qui devrait permettre d’oublier l’épisode douloureux du « plan B ». Tandis que cinq salariés impliqués dans l’agression de l’ancien directeur des ressources humaines, Xavier Broseta, le 5 octobre 2015, ont été licenciés et sont actuellement poursuivis devant la justice, ce plan B, qui avait provoqué leur colère, est provisoirement mis de côté. Les 1 900 licenciements secs prévus en 2017 ont finalement été suspendus, en revanche, les 1 000 départs volontaire sont maintenus.

Gilles Gateau, le nouveau DRH du groupe, ancien membre de cabinet du Premier ministre Manuel Valls, assure vouloir reprendre « un dialogue constructif sur une base positive » pour l’année 2016. Le nouveau venu a réussi en quelques mois à trouver un accord avec le personnel au sol grâce notamment à son langage plus consensuel. S’agissant des personnels navigants, en revanche, le dialogue qui s’ouvre est plus musclé. Si la productivité est bien là, les écarts se creusent tout de même avec les concurrents, européens notamment, d’Air France, les pilotes tricolores ayant effectué en moyenne 720 heures de vol en 2015, contre 840 chez Lufthansa et 750 chez British Airways.

Une concurrence de plus en plus rude

D’autant plus que le marché européen devient de plus en plus concurrentiel. Le low cost en est le nouvel eldorado depuis longtemps : les compagnies à bas prix EasyJet, Vueling et Ryanair réalisent à elles seules 40% du trafic au sein de l’Union européenne (UE). Au salon du Bourget l’année dernière, Ryanair, EasyJet et l’américaine Spirit Airlines ont annoncé 23 milliards d’euros d’investissements destinés à l’achat de 300 avions, de quoi faire pâlir les compagnies traditionnelles. Air France avait cependant réagi dès 2007 en créant sa filiale low-cost Transavia, qui est, avec 63 destinations dont 18 capitales européennes, la première compagnie low cost à l’international au départ de Paris Orly et des Pays-Bas. La nouvelle stratégie 2020 du groupe Air France-KLM met d’ailleurs l’accent sur le développement de sa filiale low cost : quatorze autres avions sont attendus pour les court et moyen-courriers. Ils viendront s’ajouter au seize nouveaux appareils (Airbus 350 et Boeing 787) qui renforceront la flotte de long-courriers d’ici 2020.

Autres rivaux sur les court et moyen-courriers : les trains, TGV en tête. La compagnie a décidé d’unifier son offre avec Hop! pour les vols régionaux, un moyen d’ « enrayer la perte de parts de marché » explique Alexandre de Juniac. Selon lui, l’offre de Hop! Air France est l’arme de la « reconquête du marché domestique face aux autres modes de transport ». Cependant, la libéralisation des autocars prévue par la loi Macron devrait saturer un peu plus l’offre de transports dans l’Hexagone avec le risque de faire pression sur les prix.

Si le plan Transform 2015 a donc bien initié un début de réforme au sein de la compagnie, celle-ci doit poursuivre sur la voie de la restructuration économique afin de solidifier l’embellie actuelle. Tandis que les pilotes ont pour l’instant été épargnés par les différents plans, une révision de leur salaire – à la baisse – ou de leur temps de vol – à la hausse – permettrait déjà d’alléger considérablement les coûts de productivité de l’entreprise, qui, rappelons-le, souffre de la concurrence des grandes compagnies continentales. Et si tout le monde participait enfin à l’effort de redressement chez Air France ?

A lire aussi :

  1. Bonjour,

    Je vous invite à lire les billets que JP Chevallier (chevallier.biz) consacré à ce sujet en particulier celui publié le 18 février : « Air France: crash de la France socialiste (bis) ». D’après ses analyses, les fonds propres, en dépit de l’embellie mentionnée, restent désespérément négatifs, ce qui n’est jamais bon signe.
    Air France reste un symbole mais cette compagnie et son personnel ne devraient pas oublier que la plus grande partie des compagnies historiques ont disparu suite à leur fossilisation et leur refus d’appréhender correctement l’évolution des marchés (cas de Pan-Am et de TWA).

    Bonne journée

  2. Les pilotes des compagnies low-cost volent deux fois plus, et sont payés deux fois moins que les pilotes d’Air France.
    Les pilotes d’Air France, eux, sont syndiqués et radicaux comme pourraient l’être des mineurs de charbon, alors que leurs conditions de vie sont extrêmement enviables.
    Il y a certainement un juste milieu entre les deux situations.

  3. Air France, malgré la baisse du prix du kérosène, continue à arnaquer ses clients.
    Je vais au Japon au mois d’avril et je voyagerai sur China Eastern car paradoxalement les prix des billets Air France (ou KLM) ont augmenté ! C’est 400 euros AR de différence et avec cette différence on vous sert de la merde pour le dîner et le petit déjeuner … Je rappelle que les billets d’avion ne sont pas assujettis à la TVA.
    cherchez l’erreur !

    1. Bonjour Monsieur

      Je suis pilote à Air France et China Eastern m’offre trois fois mon salaire net de tout impôt pour me débaucher …
      Cherchez l’erreur : pourquoi font-ils cette offre ?!? Malgré les différentiels de charges et impôts entre nos deux pays, je leur coûterai cependant plus cher que ce que je coûte à Air France n’est ce pas?!?
      Et comment font-ils malgré tout pour vous offrir un billet moins cher pour une prestation apparemment identique, voire meilleure selon vos dires?!?
      Cherchez bien l’erreur : ce n’est pas AF qui arnaque ses clients ; mais bien l’Etat français, ses dirigeants et leurs zombies qui arnaquent les travailleurs et consommateurs français…
      Vous êtes naturellement libre de voyager avec China Eastern, comme je suis libre de les rejoindre : mais le jour où je les rejoindrai, qui sera perdant : l’Etat français, ou vous, contribuable français ?!? Et le jour où AF (1er employeur d’IDF..) sera contrainte de fermer, qui sera perdant?!?…
      En vous souhaitant bon courage… Ainsi qu’à mes enfants…

  4. KLM s’en mords les doigts de s’être allié au Air France. C’est bien cette dernière qui finira par couler l’ensemble du groupe …à moins que l’état Français n’intervienne avec une augmentation de participation et une injection de liquidités pour sauver le fleuron national. Coûteuse leçon pour KLM qui a intérêt à quitter le navire avant d’être phagocyté.

    1. Faute d’alliance entre KLM et AF en 2003, KLM aurait sans doute disparu avant 2010, ou en tous cas été phagocytée dans des conditions nettement moins respectueuses de son identité par une autre grande companie européenne… AF tirait alors la croissance et la rentabilité du groupe vers le haut. La locomotive s’est rapidement inversée après la crise de 2008 : les charges françaises s’alourdissant (outres les charges génériques françaises, Redevances aéroportuaires, CTL aérien français, et ADP notamment, CDG est devenu l’un des aéroports le plus cher du monde…, mais pas seulement ADP, cf rapport Leroux), tandis que les néerlandais réagissaient rapidement à l’inverse (Amsterdam Shipol est ainsi l’un des aéroports les moins cher d’Europe…) : le groupe AF-KLM s’est ainsi mis à privilégier les correspondances via Shipol au détriment de CDG, entrainant un transfert de charge progressif vers KLM au détriment d’AF… Violant désormais ouvertement la fourchette des accords de « production balance » conclus lors de la fusion, ce qui provoque l’ire des pilotes d’AF… Lesquels volent plus, se reposent moins, et travaillent plus longtemps que leurs collègues de KLM qui bénéficient d’une des meilleures conditions d’emploi actuellement en Europe… Je parle des pilotes qui travaillent dans les avions, naturellement…

      C’est affligeant de devoir lire dans ces colonnes tant de commentaires ou articles approximatifs de gens qui, constatant les faiblesses d’AF et en discernant de moins en moins les forces, tapent sur le bébé au lieu de se demander si l’eau du bain ne serait pas à changer. Les maux d’AF sont largement l’objet du rapport d’enquête parlementaire de Bruno Leroux, disponible sur le site de l’Assemblée Nationale ; moins de 10% des mesures préconisées dans ce rapport ont été adoptées à ce jour… Il n’y est nullement question d’injecter des liquidités ou de renforcer la participation de l’Etat, deux mesures auxquelles les pilotes d’AF sont hostiles (renseignez vous auprès du SNPL)!!!
      Mlle PERRIN déblatère régulièrement sur AF et surtout sur ses pilotes, boucs émissaires idéaux dans un pays qui ne supporte pas les « nantis », tant mieux pour elle si cela lui permet d’obtenir son Master. Mais à ne discerner que les effets sans voir les causes, elle fait preuve d’une singulière cécité… Les pilotes d’AF veulent qu’AF se réforme, et que l’Etat actionnaire cesse d’entraver son développement : ils ne veulent plus faire de concessions tant que ces deux exigences n’auront pas été comprises, et intégrées…. sans un retour à bonne fortune explicite (les engagements de la Direction ayant été régulièrement non respectés même après mise en oeuvre des mesures concédées par les pilotes…). Mlle Perrin oublie d’ailleurs qu’ils ont été les premiers à signer l’accord Transform…

      Air France est LA grande compagnie française la plus exposée à la concurrence internationale, dans un environnement dérégulé et surtout de plus en plus ouvert, et où tout le monde ne respecte pas les mêmes règles… ni ne subit les mêmes contraintes. Elle sera la première à mourir car la France ne veut pas s’adapter (tout comme la marine marchande française a disparu avant la fin du XXème siècle, pour les mêmes raisons…). AF est française, elle va mourir parce que la France se meurt, bien que Paris reste la première destination touristique mondiale …
      L’Etat français se comporte de plus en plus comme un prédateur… Et reste d’ailleurs l’actionnaire principal d’AF… et le principal bénéficiaire des redevances d’ADP… Tout en imposant à AF des dirigeants incompétents et des contraintes folles…
      Si AF transférait son siège social de Paris à Amsterdam, l’opération lui ferait gagner plus de 500 millions d’Euros annuels, (soit plus de deux fois le bénéfice actuel….)

      Je ne vois pas comment un véritable français pourrait s’en réjouir….
      Continuez à déblatérer ou à lire ces loghoorrées, à voter pour des médiocres, et à payer des imôts injustifiés et chages sociales exorbitantes… Le jour où les pilotes de l’exAF atterriront sur Paris payés par une compagnie étrangère, avec des contrats étrangers, et une couverture maladie étrangère, ce n’est pas eux qui pleureront, surtout ceux qui se seront du coup expatriés et paieront leurs impôts ailleurs : c’est la France et les français, et surtout les ex employés d’AF, et tous les emplois induits (environ 300 000 en IdF…)…

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