Terrorisme : le gouvernement va-t-il vous interdire de remettre en cause l’État ?

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique, Pushmobile

Par Éric Verhaeghe.

Terrorisme : remettre en cause l'État, ce nouveau tabou

Jean-Marie Le Guen by Parti socialiste(CC BY-NC-ND 2.0)

Ces derniers jours, la gauche multiplie les appels au silence dans les rangs. Le plus caractéristique d’entre eux fut celui de Jean-Marie Le Guen, qui considérait que les critiques incessantes sur le fonctionnement des services de l’État étaient une mise en danger de la démocratie. On aurait bien tort de limiter cette stigmatisation de la prise de parole à un simple accès d’autoritarisme. Elle révèle un malaise plus profond, l’expression d’un besoin de tabou caractéristique des univers en crise.

Il faut protéger le papa État

La gauche en dit long sur ce que l’État représente à ses yeux lorsqu’elle demande de ne pas le critiquer ou, pire, lorsqu’elle accuse ses détracteurs d’être des ennemis de la démocratie. On comprend bien l’argument qui est donné en creux : remettre l’État en cause, c’est saper le fondement de l’ordre, du sens, c’est défier la loi.

Il est très symptomatique de voir que la gauche a atteint ce stade antérieur à la pensée démocratique où la loi et l’État se confondent, comme si la norme en démocratie se résumait à l’expression de puissance comprise dans toute forme de bureaucratie.

Inconsciemment, bien sûr, c’est l’État comme figure du père qui se dessine dans ces propos. L’appel de Jean-Marie Le Guen au silence dans les rangs ne dit pas autre chose : arrêtez de critiquer le papa État ! Sinon, c’est le principe même de l’autorité qui va disparaître.

La gauche en pleine terreur primitive

Cette évolution de la sémantique politique n’a rien de très rassurant. Elle dévoile un pouvoir aux abois, déstabilisé dans son fondement, et en pleine perte de repère. Ce n’est plus un débat démocratique qui a lieu, avec une délibération rationnelle sur la performance des services de l’État ou sur la rationalité des choix opérés en matière de sécurité.

Peu à peu, nous avons glissé vers un débat d’une autre nature, où le pouvoir (auquel on aurait pu confier un grand « P ») exprime sa peur de perdre le contrôle de la situation. Il demande au village de se rassembler autour du Totem républicain et de redire sa foi dans les tabous traditionnels.

Non, il ne faut pas blasphémer ! Oui, il faut respecter silencieusement les grandes règles qui font les soubassements de la société. Ces grandes règles, on les connaît : ne pas défier l’autorité du papa État, accepter les lois traditionnelles, reconnaître l’autorité des chefs désignés selon la coutume.

Certains s’amuseront de voir que ce rappel au tabou primitif survient au moment où une femme remet en cause la parole d’un ministre. Comme si cet acte-là agissait symboliquement et inconsciemment comme une remise en cause de l’ordre ancestral tout entier.

Le besoin d’un ordre autoritaire ?

En réponse à cette grande angoisse primitive exprimée par ceux qui sont chargés de l’autorité sur la communauté, faut-il craindre une fête expiatoire où seront désignés les boucs-émissaires du désordre intérieur ? C’est un vieux réflexe primitif, en effet, de canaliser les peurs collectives sur une victime désignée pour exorciser tout ce dont on ne veut pas.

Incontestablement, la société française se trouve bien à cette croisée des chemins où, pour conjurer la peur d’une dislocation, la désignation d’un ennemi à l’origine de tous nos maux est tentante. Le problème est que personne pour l’instant ne s’est mis d’accord sur le nom du coupable. Mais il est incontestable que la société française a commencé à le chercher, et on peut craindre qu’elle ne finisse par en désigner un d’office.

Pour le vaincre, la gauche, on le sent bien, appelle de ses vœux un épisode autoritaire où le gouvernement ne serait plus embarrassé par cette masse de contestataires.

C’est dans ces moments-là qu’il faut rester le plus vigilant sur la question des libertés.

La gauche et la dictature

Plus que jamais, la gauche flirte avec des discours liberticides, où la bien-pensance tient lieu de censure. L’année des présidentielles ne devrait pas calmer le jeu. On voit bien le discours qui se prépare : Hollande ou le chaos.

Décidément, de la société primitive à la démocratie, il y a bien des changements de forme ou de sophistication institutionnelle. Mais les règles du débat public restent les mêmes.


Sur le web. Article publié sur Atlantico.

  1. bof la droite demande d’arrêter de discuter et d’agir…donc une dictature …de la majorité; on ne rappelle jamais assez l’importance d’une constitution pour tempérer les ardeurs des dictateurs mollassons …

    Nous les démocrates, les gentils et les autres si méchants qu’on peut leur retirer leurs libertés fondamentales.

  2. on n’avait déjà un sarkozy qui nous disait : c’est moi ou le chaos ; concernant hollande , on l’a et on n’a aussi le chaos ; le ps , on le critique , on le pourit , on n’en veut plus et tout cela est justifié ; perchés sur leur nuage à des hauteurs astronomiques ils ne sont pas à la hauteur du quotidien du peuple ;je crains une chose : que ce parti , en voyant le pouvoir s’échapper , n’instaure une dictature malsaine et floue pour ne plus se faire détroner ; aux usa , il se dit que si un évenement trés grave se présentait au momment des présidentielles américaines , obama pourrait prétendre à un 3em mandat ;donc les élections seraient annulés ;

    1. « on n’avait déjà un sarkozy qui nous disait : c’est moi ou le chaos »
      Nous en sommes là exactement à l’instant présent, non?

  3. La démocratie est menacée non par ceux qui critiquent à juste titre le pouvoir en place pour son incurie mais précisément par ce même pouvoir qui veut museler ceux qui ne sont pas d’accord avec sa parole. L’un des fondements de la démocratie est la liberté d’expression qu’on veut empêcher.

    Par ailleurs, HOLLANDE a déclaré suite à la monstruosité de St Etienne du Rouvray que « tuer un prêtre, c’est profaner la République ». Termes comme d’habitude chez lui bien mal choisis. En effet on peut lui rappeler qu’il est d’un des chantres (il a le droit de penser ainsi, droit qu’il entend bien supprimer aux autres) de la séparation de l’église et de l’état. Là il relie à nouveau ces deux institutions en prononçant ces mots, ce qui est absolument déplacé dans sa bouche. Mais on est habitué à ses bafouillis dont on a du mal à comprendre le sens et pourquoi ils les prononcent.

    On est bien servi avec e Grand Homme…on peut être rassuré, APAISE comme le pays.
    .

    1. Ils commencent tous à me les briser menues avec leur république de m**** mise à toutes les sauces. Ce sont des grands malades.

  4. Nous somme entrés dans l’ère  » Big Brother » et cela se sentait venir depuis des années. J’ai même été censuré ici !!!

  5. Déja court l’idée de supprimer le peuple !!

  6. On voit bien le fond de la pensée des socialistes qui n’ont aucun problème en défendant un Etat totalitaire, ahurrissant! Leur vision de la démocratie est proprement sidérante.

  7. L’étatisme, avec l’égalitarisme, le néo marxisme économique et la vérité incarnée (nous on sait..) est l’un des 4 piliers du logiciel constructiviste socialiste. Donc touche pas à mon Etat ..
    Ce que ne dit pas l’article c’est que cette étatisme n’est pas seulement « de gauche » puisqu’il nourrit non seulement le coeur du programme FN mais celui de nombre LR, Sarko,Juppé et Lemaire en premier

  8. Quand toute une population est exclue, peu et très mal éduquée, parquée en ghetto, aucune perspective d’avenir, les causes nihilistes sont et seront en vogue.
    L’état depuis 30 ans a « offrir » des solutions clef en main a certaines cigales aux dépends des fourmis est premier responsable, certes. Les fourmis se barrent, abandonnent, les cigales ont de plus en plus faim mais ne savent plus comment fait on pour vivre. Ce n’est pas de l’état que viendra le salut, ce sera a nous, une fois l’état en retraite, de reconstruire une société responsable et inclusive. Cela prendra des décennies.
    En revanche, encore une fois, je fais le constat que les métiers liés a la sécurité ont fait leurs jobs, ont identifié un risque, ont construit un dossier d’inculpation. Et ce, malgré une organisation kafkaesque, inefficace, sous financée.
    Encore une fois, un juge anonyme et au dessus de tout reproche, a saboté tout ce travail.
    Encore une fois, si celui ci devait être identifié, voire, interviewé, il se justifierait en arguant du manque de place dans les prisons.

    Pendant que le festival d’Avignon bat parait il des records d’affluence..

    Le retour a l’état de droit est devenu une nécessité vitale pour ce pays. Que ce soit ici, depuis les hauteurs embrumés et éthyliques du pouvoir, dans la rue, personne ne pose les fondamentaux du débat sur la table. Dans l’urgence, a court terme, il faut un réajustement budgétaire massif. Fini le ministère de la propagande. Fini les indulgences. Construisez des prisons, embauchez des juges. Il faut un déterrent a ceux que ca tente, protéger la population de ceux qui se sont déjà laisser tentés. Le reste ne peut être que hors sujet.

    Un bracelet électronique! Thank you judge!

    1. Merci d’éviter de parler de ghetto. Les populations vivant dans ces quartiers n’ont jamais été forcés de s’y installer.

      1. Mea culpa, novice en novlangue.
        Et donc, les enfants nés dans les ZUS n’ont effectivement jamais été forcés de s’y installer.
        Right.

  9. Mis quels sont ceux qui défient le lus l’autorité de l’Etat : ceux qui vivent en autarcie républicaine des les « quartiers », ceux qui en descendent pour jouer aux casseurs, ceux qui prêchent la haine et la violence au nom d’une supposée religion, ceux qui applaudissent les attentats ou ceux qui, dans le cadre de la contradiction démocratique, critiquent l’exercice du pouvoir. Si les critiques sont si nombreuses et unanimes, peut-être que la gauche pourrait se poser la question de savoir s’ils ne sont pas critiquables et pourquoi. Se poser des questions et douter est un des premiers critères d’intelligence mais je crains de m’aventurer sur un terrain inconnu pour cette gauche. Mieux vaut, à leur yeux, la faiblesse des mots, le repos des bobos, dans une confortable absence de réflexion qui rassemble toutes les idées reçues (et donc non personnelles) dans une pensée unique.

    1. Pour avancer, quand une erreur est commise, le mieux est de se poser la question de la part de sa propre responsabilité pour corriger et avancer. Pour un socialiste, c’est de toute façon la faute des autres, jamais la leur, voilà pourquoi ils en sont toujours au même point.

  10. Réponse à la question du titre: oui.
    Beaucoup de propos sont déjà censurés car de fait, les sites subissent un chantage qui les pousse à l’autocensure. Une des prochaines vérités qui sera interdite sera la critique du gouvernement.

  11. Tout ceci rappelle bizarrement mon roman « Soumission Consentie Pour Dictature Tranquille », où le personnage qui remet en cause l’Etat est condamné pour terrorisme.

    1. Je l’ai lu, c’est en effet un futur probable pour la France. j’attends la suite.

  12. il faut interdire la lecture de Bastiat de toute urgence….vous vous rendez compte l ‘Etat est la plus grande fiction par laquelle tout le monde s’efforce de vivre au dépens de tout le monde.Enfin ,heureusement, on n’en parle jamais dans les programmes de l’éducation nationale mais maintenant il y’a internet ..va falloir contrôler les contenus d’internet mettant en cause l’importance et la mauvais gestion publique

  13. Que ni Cazevide ni son caudillo n’aient songé à présenter leur démission est dejà révélateur d’une mentalité totalitaire.

  14. soyez heureux , ils consentent encore à vous parler alors qu’ils n’ont vraiment rien a foutre des « sans dents » autrefois appelés « veaux » ou « chairs a canon » selon les époques

  15. Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen :
    Art. 14. Tous les Citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi, et d’en déterminer la quotité, l’assiette, le recouvrement et la durée.

    Art. 15. La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration.

    N’en déplaise à nos chers gouvernants, critiquer l’Etat *fait partie* de la démocratie et de nos droits.

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