Irving Fisher : théorie du capital et de l’intérêt

Publié Par Sylvain Fontan, le dans Histoire de l'économie

Par Sylvain Fontan.

 

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)Irving Fisher (1867-1947) est un économiste américain. Il est notamment connu pour ses travaux sur la théorie du capital et de l’intérêt. Il étudia à l’université de Yale où il enseigna jusqu’à sa retraite en 1935. Il a initialement étudié les mathématiques et la physique, puis l’économie en obtenant un doctorat en 1891 sur le sujet intitulé « Recherches mathématiques appliquées à la théorie de la valeur et des prix » pour lequel il construisit spécifiquement une machine hydraulique pour simuler le mécanisme de détermination des prix.

Pour l’anecdote, l’élaboration de son œuvre fut considérablement compliquée par la contraction d’une tuberculose et le vol de sa serviette à l’intérieur de laquelle se trouvait la seule copie du manuscrit d’un de ses ouvrages de référence (The Nature of Capital and Income) alors qu’il téléphonait d’une cabine. Malgré ces difficultés il persévéra et il réécrit cet ouvrage, puis notamment The rate of Interest et The Theory of Interest. Fisher expliquait que le revenu du capital est issu de deux facteurs, à savoir (1) l’impatience des consommateurs et (2) la productivité du travail.

Éléments clefs de la pensée d’Irving Fisher

Fisher associe la préférence temporelle et l’opportunité d’investir (ou taux de rendement attendu). Il formule le théorème dit de « séparation » où il met en évidence les différences entre échelonnement du revenu et échelonnement de la consommation dans le temps. Considérant les valeurs présentes et futures, Fisher définit la valeur des biens ou des actifs comme la valeur présente nette des flux de revenus attendus par leurs détenteurs, le taux de revenu servant alors de taux d’actualisation (c’est-à-dire l’opération consistant à déterminer la valeur actuelle d’un capital futur ou d’une suite de revenus à venir). Il en déduit qu’imposer le revenu plutôt que la seule consommation débouche sur une double imposition puisqu’on impose alors le revenu dans sa source comme dans son utilisation. Dès lors, une telle taxation est source de distorsion en réduisant l’accumulation du capital alors même que ce dernier est nécessaire à l’investissement et à la création de richesses.

Fisher s’appuie sur une combinaison alliant « rendement de l’investissement » et « préférence pour le présent ». Contrairement à l’idée marxiste selon laquelle l’intérêt du capital est issu de l’exploitation du travail, Fisher estime quant à lui que, dans une économie en croissance, le taux d’intérêt positif s’explique par l’anticipation qu’ont les agents économiques d’un revenu futur plus élevé, de telle sorte qu’aujourd’hui où le revenu est plus faible, la consommation présente une utilité marginale plus élevée (l’utilité marginale, c’est-à-dire le gain retiré d’une unité de consommation supplémentaire, par rapport au revenu étant toujours supposée décroissante). Un taux positif peut également résider dans la productivité (efficacité) croissante de processus de production de plus en plus capitalistiques (utilisation plus intensive de machines) et dans l’existence d’une dépréciation (« perte de valeur ») du futur ou d’une préférence pour le présent.

Fisher utilise un diagramme pour déterminer la consommation optimale via la préférence pour le présent et le taux de rentabilité de l’investissement. Même si ce diagramme est relativement simple, son explication nécessite néanmoins des prérequis théoriques (notamment en microéconomie) telles que les notions de « courbes d’indifférence », « maximisation de l’utilité sous contrainte budgétaire », « ligne d’opportunité » ou encore « taux marginal de substitution – TMS ». Dès lors, il semble préférable de synthétiser l’idée de Fisher en disant qu’il requalifie « d’impatience » la préférence pour le temps, se référant ainsi au taux d’intérêt comme un arbitrage entre l’impatience à dépenser le revenu et l’opportunité d’investir. Dans ce cadre, les décisions de consommation dépendent seulement de la valeur présente du revenu anticipé nette de l’impôt.

Enfin, Fisher considère le taux d’inflation anticipé (ou de déflation) comme la différence entre les taux d’intérêts monétaires et réels (le taux d’intérêt réel correspondant au taux d’intérêt moins l’inflation). En effet, Fisher ne considérait pas que les chocs monétaires puissent affecter le seul taux d’intérêt monétaire, laissant alors le taux d’intérêt réel inchangé. Pour vérifier d’un point de vue statistique l’idée selon laquelle le taux d’intérêt monétaire reflète l’inflation anticipée et l’ajustement progressif de l’inflation, Fisher procéda à la corrélation du taux d’intérêt monétaire avec les variations passées et décalées du niveau des prix. Il avait également fourni un traitement plus général des taux d’intérêt, les exprimant en termes de plusieurs indicateurs ou biens de consommation. Il en dégagea alors la condition de parité des taux d’intérêts selon laquelle la différence des taux d’intérêts exprimés dans deux monnaies respectives est égale au taux de variation attendu du taux de change.

Toute cette activité était motivée par sa théorie selon laquelle les anticipations et le taux d’intérêt monétaire s’ajustaient graduellement aux variations du niveau des prix. Fisher expliqua ainsi l’équilibre de long terme du taux d’intérêt réel (taux d’intérêt moins l’inflation) par les seules forces de l’impatience (préférence pour le présent) et du taux de rendement anticipé de l’investissement.

Sur le web 

  1. Autre petit apport sur le taux d’intérêt que l’on peut mettre en corrélation avec celui de Fisher, l’analyse de Robert Barro (Are Governments Bonds Net Wealth ?) sur l’effet d’éviction de la dette publique qui a également pour conséquence, en plus d’accaparer les ressources financières détournées de l’investissement productif pour être dédiées au financement du déficit public, de raréfier l’épargne. Ainsi, le prix de l’épargne va augmenter, faisant progresser les taux d’intérêt au détriment des emprunteurs.

  2. Merci de cet utile rappel d’une théorie restant toutefois peu accessible au quidam.

    Outre les ravages identifiés du marxisme d’antan (tjs activé par certaines Z-élites, allant des Stiglitz aux Piketty & Co), il faut constater que les mouvements d’ECOLOGISME apparus aux USA dans les ’60s puis amplifiés par leurs camarades idéologues d’Europe ont significativement contribué à TUER les principes de la croissance, du capital et de la rentabilité. En exemple : ce slogan-titre d’ouvrage ’70s : « Perdre sa vie à la gagner » (Amis de la terre…).

    Ajoutons-y la prolifération de dites « associations de défense des consommateurs » dont le mental dérive de ceux mentionnés ci-avant. Soit des activistes sévissant jusqu’au niveau suprême des lobbies tels qu’ils se rencontrent au « B.E.U.C. » de niveau institutionnel U.E. !
    Pas étonnant dès lors que l’Europe stagne ou même régresse là où des promesses de mieux-être la situait (sur papier-recyclé des « traités »).

    Nos gouvernants tétanisés par les extrêmes de G et de DR se comportent le nez dans le guidon.
    Ceci me rappelant ces mots du regretté Peter Drucker (à ne pas confondre avec un animateur vieillissant du talk-show français…) :
    “Management is doing things right; LEADERSHIP is doing the right things.”

    Curieusement, nos gouvernants habituels n’accomplissent NI L’UN NI L’AUTRE !!!

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