Derrière la recette chinoise, l’intégration réussie

Publié Par Mathieu Bédard, le dans Canada

Par Mathieu Bédard, depuis le Canada.
Un article de l’Institut économique de Montréal

J’ai récemment regardé The Search for General Tso sur Netflix, un documentaire qui s’intéresse à l’histoire du poulet général Tao, mais aussi de façon plus large à l’immigration chinoise et aux restaurants chinois aux États-Unis. Plusieurs de ses observations sont aussi vraies au Canada. C’est un superbe documentaire, je le recommande à tous. Mais surtout, il illustre bien certaines propriétés de l’économie de marché et du libre-échange qu’on oublie parfois.

Sans divulgâcher quoi que ce soit, puisque c’est révélé dans les trois premières minutes du film, le général Tao a véritablement existé. En revanche, il n’est pas l’inventeur du plat qui porte son nom, ni même ne l’a-t-il jamais goûté, puisque c’est une invention relativement récente.

Intégration des immigrés chinois

Ce qu’on y apprend par contre, c’est la façon dont le commerce a aidé l’intégration des immigrants chinois aux États-Unis. Face à différentes vagues d’opposition à cette immigration, la cuisine chinoise, parce qu’elle a su s’adapter mais aussi grâce à l’ingéniosité de ses entrepreneurs, a joué un rôle important dans la réconciliation et l’acceptation des Chinois en Amérique du Nord.

Et le poulet général Tao n’est que l’un des derniers plats à avoir joué ce rôle. Au début du siècle dernier, c’était le chop suey. Plus tard, dans certaines régions des États-Unis, c’était le poulet aux noix de cajou. Le film documente l’histoire de ces restaurateurs faisant face à une vive opposition xénophobe dans divers endroits d’Amérique, pour ensuite se faire accepter par l’entremise de ces différents plats qui sont des adaptations de la cuisine chinoise destinées aux palais occidentaux.

Le poulet général Tao est emblématique par sa simple popularité. On peut le trouver presque partout. Ici au Québec, plusieurs enseignes de restauration rapide proposent même des poutines au poulet général Tao. Un peu comme la viande fumée et les bagels, deux produits d’origine juive, font partie intégrale du patrimoine culinaire montréalais, présents partout et symbole de l’intégration de la communauté juive à Montréal.

Cela rappelle quelque chose d’important à propos de l’économie de marché et du libre-échange : ils apportent la paix. On entend parfois dire que les démocraties ne vont pas en guerre contre d’autres démocraties. C’est sûrement vrai, mais encore plus frappant est le fait que deux nations s’adonnant au libre-échange entre elles n’entrent que très rarement en guerre, puisque ce serait contre leur propre intérêt.

Le doux commerce

La même chose est vraie à propos du commerce et de l’intégration des communautés. Deux personnes qui font affaires ensemble se rendent dépendantes l’une de l’autre. Si l’une a intérêt à acheter, l’autre a intérêt à vendre. Dans ce sens, les échanges forcent le respect mutuel. « Le commerce adoucit les mœurs » et « guérit des préjugés destructeurs », pour paraphraser un philosophe du 18e siècle.

L’un des mots parfois utilisés par certains économistes pour parler de l’économie de marché fait directement référence à ce que le documentaire The Search for General Tso démontre. Il s’agit du terme « catallaxie », qui veut dire « troc » ou « échange », mais aussi « admettre dans la communauté » et « transformer un ennemi en ami ». Les restaurateurs chinois et leurs clients ont fait les quatre en même temps.

Le récit de The Search for General Tso est d’autant plus nécessaire que c’est un phénomène dont on vante trop peu souvent les mérites. Au contraire, aujourd’hui certains politiciens populistes comme Donald Trump prônent le repli sur soi, la construction de murs et le recul du libre-échange. Ce genre de documentaire rappelle que l’entrepreneuriat et le commerce tissent des liens forts entre les individus et les communautés.

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