Terrorisme : est-ce une question de moyens ?

Publié Par Natasa Jevtovic, le dans Police et armées

Par Natasha Jevtovic.

Après l’attentat de Nice qui a endeuillé la nation, nos responsables politiques se sont empressés de faire des déclarations condamnant l’attaque, rassurer la population et chercher les raisons de l’échec du renseignement. Comment un tel attentat a-t-il pu avoir lieu en plein état d’urgence, alors que le plan Vigipirate est à son niveau le plus élevé et les militaires, habituellement déployés au Mali, patrouillent dans nos rues aux côtés de la police ? Nos dirigeants sont-ils coupables d’inaction ou d’incompétence ?

Quelle réponse au terrorisme ?

La plupart des politiques estiment que la réponse au terrorisme doit tout d’abord être sécuritaire. Selon Alain Juppé, « si tous les moyens avaient été pris, le drame n’aurait pas eu lieu » alors que son confrère Henri Guaino estime qu’on aurait pu stopper le camion si « à l’entrée de la promenade des Anglais » on avait placé « un militaire avec un lance-roquettes ». Ces déclarations insolites attisent les peurs et aggravent le traumatisme de la population qui n’est pas habituée à un état de guerre. La France l’est de facto mais celle-ci est censée être lointaine, pas importée dans l’Hexagone.

Pourquoi les terroristes nous haïssent-ils tant ? se demande le monde occidental depuis les années Bush. Peut-être parce que nous les bombardons, répondent les militants pacifiques. Cet argument valait à l’époque de Ben Laden, dont la lutte avait un sens et des objectifs politiques bien définis, à savoir le retrait des troupes occidentales du pays de deux lieux saints (sa façon de nommer l’Arabie saoudite dont il ne reconnaissait pas la légitimité du pouvoir), la fin de l’embargo économique en Irak et la reconnaissance de la Palestine1.

La définition du terrorisme est le fait d’attaquer la population civile afin d’imposer ses idées politiques. Seulement, à l’époque d’Al Qaïda, les cibles étaient essentiellement politiques, économiques ou militaires, le Pentagone, les ambassades américaines en Afrique ou un porte-avions dans le golfe d’Aden. Ben Laden investissait sa richesse pour développer les pays pauvres, ne combattait pas les Chiites et était admiré dans le monde musulman et dans les pays du Tiers-monde qui contestaient l’hégémonie américaine.

Or, ce que nous constatons avec l’arrivée de l’EI, c’est que les cibles sont désormais civiles, et non plus seulement militaires. Les kamikazes autrefois titulaires de diplômes d’ingénieur ou de médecin sont désormais des délinquants de droit commun. Dans un échange sur Twitter, un sympathisant de l’EI m’a expliqué qu’ils ont l’habitude de déjouer les services de renseignement et ont la facilité de se procurer les armes et les faux documents. Pas bête.

Comment lutter contre un phénomène qui peut se produire dans n’importe quelle classe sociale, à n’importe quel âge et à n’importe quel niveau d’instruction ? Le terroriste d’Orlando n’avait aucun lien avec l’EI et n’a jamais communiqué avec ses recruteurs ou reçu leurs ordres, ce qui marque un tournant dans sa stratégie, selon le directeur de l’université de Chicago, Robert Pape.

L’impasse sécuritaire

Celui de Nice, à en croire sa famille, n’était même pas musulman et n’était pas fiché par les renseignements. Comment croire Alain Juppé selon qui tout est une question de moyens ? Comment peut-on sérieusement envisager de placer un policier ou un gendarme derrière chaque citoyen, car désormais, nous sommes tous des personnes à risque ? Est-ce normal de voir les militaires patrouiller devant chaque synagogue et cette solution sera-t-elle durable ?

Comment imaginer que la réponse sécuritaire puisse fonctionner, si nos responsables politiques proposent la déchéance de nationalité et le retrait du passeport à ceux qui ne craignent pas la mort et qui brûlent leurs documents d’identité une fois arrivés en Syrie, pour prêter le serment d’allégeance à l’EI ?

Difficile d’analyser les problèmes dans l’urgence et sous le coup de l’émotion provoquée par les attentats les plus récents. Le terrorisme doit être analysé et compris afin de lui trouver une réponse adéquate, lutter contre ses causes et non seulement ses effets.

Qu’est ce qui le provoque ? Certains avancent le racisme contre les minorités visibles dans une société de moins en moins tolérante, puisque confrontée à la globalisation et la perte d’identité qui accompagne l’affaiblissement de l’État nation. Pourtant, dans notre système juridique il existe des moyens efficaces pour lutter contre le racisme.

Plus personne n’est démuni lorsqu’on lui refuse un bien ou un service à cause de sa couleur de peau et même un ministre de l’Intérieur peut être condamné à payer une amende et perdre son poste pour avoir tenu des propos racistes. Le racisme existe mais peut être facilement maîtrisé car les discriminations sont systématiquement réprimées, elles sont légion et font jurisprudence.

D’autres estiment que le chômage, l’exclusion sociale et la pauvreté engendrent le désespoir et poussent les personnes désœuvrées à commettre des actes terroristes pour se venger d’une société ne les intégrant pas économiquement. Cet argument peut être vrai pour les terroristes marxistes ou encore pour les délinquants issus du grand banditisme, mais pas pour les combattants de l’EI.

L’islam considère la richesse comme une bénédiction divine et la pauvreté n’est pas promue comme condition sine qua non pour le salut de l’âme ; mais le djihadisme ne pourra jamais être réduit à une simple lutte syndicale au sein de sociétés sans pluralisme politique, comme l’estimait autrefois l’universitaire John Esposito2.

Ce qui motive le djihadiste

Ce qui motive plutôt le combattant de l’EI, c’est le rejet de la société consumériste et hédoniste qui ne parvient pas à donner un sens à la vie et transcender la mort. À travers l’histoire, la croyance en Dieu et la morale religieuse ont su apporter les réponses aux questions existentielles, désormais considérées comme désuètes et exclues de l’enseignement. On nous propose d’enseigner aux élèves une morale laïque, sans Dieu, comme s’il fallait détruire tout ce qui vient du passé afin de construire quelque chose de novateur et pas encore expérimenté. En même temps, toute expression religieuse est mal vue ou réprimée, au nom de la laïcité souvent confondue avec l’athéisme.

C’est après avoir été signalé à la direction de son lycée car il n’était pas Charlie que Bilal Hadfi, le jeune Français de vingt ans s’étant fait exploser à côté du Stade de France, a quitté la Belgique pour la Syrie. Il estimait que le fait de blasphémer un prophète ne faisait pas partie de la liberté d’expression. « Dans ce pays, je n’ai pas ma place », a-t-il répondu à sa mère qui a tenté de le convaincre de revenir à la maison.

La confession religieuse est étroitement liée à l’identité car elle est transmise par les parents et rarement choisie ; ainsi l’irrévérence envers un prophète auquel croit une minorité est vécue comme une discrimination. Il ne reste plus qu’à tout quitter si on ne trouve pas le sens de son existence dans la société où l’on vit. Ce n’est pas un hasard si les deux pays les plus touchés par les départs en Syrie sont les pays les plus laïques, la France et la Tunisie.

Cette quête de sens doit être accompagnée et passer par un enseignement adapté, organisé par les rabbins, curés, imams, aptes à transmettre les valeurs universelles basées sur l’espérance. C’est le seul moyen d’éviter que les jeunes ayant soif de spiritualité se forment sur l’internet et rencontrent les individus radicalisés. Nous devons repenser notre civilisation et trouver une alternative à offrir à ces jeunes dont l’échec est le résultat de nos propres erreurs. Ce n’est pas un hasard si à chaque nouvel attentat les internautes se tournent vers la prière. #PrayForParis. #PrayForBruxelles. #PrayForNice.

 

  1. Peter L. Bergen, Guerre sainte, multinationale, Gallimard, 2002.
  2. John L. Esposito, The Islamic Threat : Myth or Reality ?, Oxford University Press, 1992.
  1. Je n’avais pas connaissance de la déclaration d’Henri Guaino! Effectivement, si la Promenade des Anglais avait été hérissée de défenses anti-chars, avec profondes tranchées et blockhaus, sans doute que le camion frigorifique n’aurait pas roulé sur 1,6km… Quand on songe que ce type de démagogue hante l’Assemblée nationale où sont votées les lois… Ne pas s’étonner non plus que le pragmatisme soit si étranger à toutes les décisions que ces politiciens professionnels assènent à longueur de vie.

  2. je ne vois pas trés bien comment on peut lutter contre des individus qui ne sont pas connus par les services de renseignement et qui peuvent du jour au lendemain être retourné comme des crèpes par les daesch et cie dans le but d’attaquer la france ; soit les térroristes sont vraiment trés forts pour endoctriner , soit ils ont à faire à des esprits faibles et ou malades , prêt à mourrir pour les servir ; et contre ça , le gouvernement ne peut pas garantir la sécurité des citoyens quoi qu’il dise ;

    1. Effectivement, le terrorisme individualisé et suicidaire est pratiquement imparable. Cette forme de terrorisme est la conséquence d’une immigration mal maîtrisée qui a amené notre pays à accueillir des individus qu’il est difficile d’intégrer.

      Les incidents tels que ceux que nous venons de vivre nécessitent la mise en oeuvre de moyens importants qui sont à inscrire au passif de l’ouverture inconsidérée de nos frontières.

      1. Vous avez tort de croire que l’Ennemi vient du dehors, et qu’il suffit de fermer les frontières pour s’en protéger. L’Ennemi vient du dedans, la France exporte 100 fois plus de terroristes qu’elle n’en importe. L’Éducation nationale explique aux élèves des minorités ou « défavorisés » qu’ils ont toutes les raisons de se plaindre et tous les droits de se venger, que la France et l’Occident c’est tout pourri d’impérialisme, de racisme, de sexisme, patriarcalisme, spécisme, et autres innombrables méchant-ismes, que ça a détruit tout ce qui est beau comme « al Andalous » et autre merveilleuses civilisations « premières » d’Afrique dont ils sont les légitimes héritiers, héritage dont on les a privé. Ce programme avait un but : fournir un terreau révolutionnaire marxisant ; pas de bol, le marxisme ne fait pas le poids face aux revendications identitaires pan-islamiste, et ce ne sont pas les gauchistes qui récupèrent les fruits, ce sont les islamistes…

        1. Exact, le but du socialisme est de créer des pauvres, seuls capables de se révolter, d’en faire une armée contre l’injustice avérée et de l’utiliser comme levier pour fonder une société depuis zéro façon kmhers rouges. Et effectivement il y a des effets de bord non attendus.

  3. Nous devons repenser notre civilisation

    Moins d’état, d’aides sociales, moins de taxes, et les emplois se multiplieront comme les petits pains. Les jeunes, occupés, auront moins de temps pour ruminer des balivernes.

    Cette quête de sens doit être accompagnée et passer par un enseignement adapté

    Oui, on attend quoi ❓ Le déluge ❓

  4. Il y a toujours eu des illuminés, et ils y en aura toujours, du moins tant qu’il y aura des hommes dignes de ce nom.
    Et il y a toujours eu, et il y aura toujours, des causes auxquels sacrifier sa vie pour la reconnaissance éternelle.
    A partir de ces évidences, la bonne réponse n’est pas de partir en guerre contre la religiosité ou les citoyens en général, il est de disposer assez de pots de miel pour attirer ces mouches vers des actions positives ou, au moins, inoffensives plutôt que vers le nihilisme destructeur.
    Il nous faut des monastères, des ermitages, des ONG porteuses d’utopies et des missionnaires pour orienter les faibles d’esprit.
    Alors que toute la politiques actuelle, la doctrine de l’Éducation Nationale, c’est de cultiver le ressentiment et le nihilisme relativiste

  5. Article qui se veut (?) un résumé de ce qu’on lit par ailleurs dans d’autres médias et cette concentration le rend encore plus imbuvable : aucune réflexion et aucune opinion, je prends tout ce qui passe.

    Un gros sophisme :

    Comment imaginer que la réponse sécuritaire puisse fonctionner, si nos responsables politiques proposent la déchéance de nationalité et le retrait du passeport à ceux qui ne craignent pas la mort… »

    Ce n’était pas la proposition originale. Elle était que tout étranger ou binational condamné au pénal soit expulsé. Cette mesure existait il y a une bonne décennie mais a été abrogée car soi-disant constitutive d’une double peine. Le tunisien auteur de l’attentat de Nice aurait été expulsé si une telle loi existait puisqu’il avait déjà été condamné au pénal. Donc il n’y avait pas besoin d’attendre qu’il meurt !

    Au même titre on entend souvent dire qu’on ne va pas quand même pas expulsé quelqu’un pour un stationnement interdit. Sophisme encore. Un stationnement interdit ne vous emmène pas au pénal, des coups et blessures si.
    J’ai vécu dans pas mal de pays étranger et croyez-moi on se tient pénard quand on risque l’expulsion même pour être en état d’ébriété sur la voie publique (genre grosse déconne).

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