Gabon : Jean Ping, un pour tous et tout pour lui

Publié Par Auteur invité, le dans Afrique

Le 8 juillet, Jean Ping a officiellement déposé sa candidature à la prochaine élection présidentielle du Gabon qui se tiendra le 27 août prochain. Face à Ali Bongo, Ping doit gérer une image contrariée par d’importantes affaires de corruption et des déclarations controversées concernant ses ambitions pour le pays.

Par Michel Vauban.

Les cafards de la discorde

Actuellement en pleine campagne électorale pour la présidentielle gabonaise, Jean Ping se retrouve au cœur d’une polémique qui ne cesse de grandir. En cause, des propos qu’il aurait tenus il y a quelques mois lors de sa tournée dans le Woleu-Ntem, une des provinces du Gabon, et par lesquels il encourageait l’assistance à aller « réveiller les morts pour l’accompagner en guerre et éliminer les cafards » du pays.

Rapidement la vidéo de cette allocution a fait le tour des réseaux sociaux et a suscité de vives critiques de la part des Gabonais, craignant ses intentions en cas de victoire. Pour le gouvernement en place, les propos tenus par l’ancien président de la commission de l’Union africaine ne sont rien d’autre qu’un appel à la guerre civile et au génocide d’une partie de la population gabonaise, à l’image des événements terribles survenus au Rwanda.

Menacé de poursuites judiciaires par le gouvernement pour ses déclarations jugées particulièrement extrêmes et violentes, Jean Ping avance également dans sa campagne en ignorant totalement l’incohérence qui existe entre son programme anti-corruption et les affaires qui ont émaillé son parcours politique.

Les dessous de table du clan Ping

Celui qui se présente volontiers comme le candidat des opprimés, a fait de la lutte contre la corruption un de ces arguments de campagne : « Je lutterai résolument contre la corruption et la fraude dans les affaires publiques et mettrai tout en œuvre pour changer les mentalités et bâtir une société gabonaise du mérite et de l’excellence. » déclare-t-il dans son programme.

La promesse du candidat pourrait avoir du sens si elle n’était pas rapidement sabotée par le passé trouble de l’ancien ministre. Le site Mediapart a révélé le mois dernier un système de corruption mis en place au profit du fils Jean Ping dans des affaires liées à la société chinoise Sinohydro.

Le fils du candidat de l’opposition, Franck Ping, aurait ainsi perçu des dizaines de millions d’euros de rétro-commissions sur les marchés publics accordés à cette entreprise spécialisée dans la construction d’infrastructures. Rémunéré pour son travail de lobbying exercé en sa qualité de consul honoraire du Tchad au Gabon, Jean Ping aurait perçu ses commissions via une société offshore hongkongaise.

Si Jean Ping est aujourd’hui grandement critiqué pour son silence à l’égard des sales affaires dans lesquelles est mêlé son fils, c’est qu’il aurait lui aussi largement profité de financements occultes au cours de sa carrière, provenant de Chine ou d’ailleurs. Selon Mediapart, Jean Ping serait aussi cité dans une affaire de recel de détournement de fonds publics et fait aujourd’hui l’objet d’une enquête menée par l’Office Centrale pour la Répression de la Grande Délinquance Financière.

Dans sa campagne, il prône l’écoute du peuple gabonais et de ses besoins et propose une rupture avec le Gabon d’antan qu’il qualifie aisément de dictature laissée aux mains d’une seule famille depuis des années. Encore une fois, ce discours pourrait trouver sa place dans le débat politique s’il n’était pas tenu par quelqu’un qui n’a toujours montré d’intérêt que pour servir sa propre personne au cours de sa carrière politique. Celui qui aime à se positionner en victime, persécutée par le pouvoir en place, est finalement plus que jamais une menace ambulante pour l’avenir du Gabon et pour son développement.