« Philothérapie » d’Eliette Abécassis

Publié Par Johan Rivalland, le dans Lecture

Qu’est-ce que l’amour ? Par quoi est-il mu ? Est-il un ou multiple ? Comment évolue-t-il avec le temps ? Change-t-il de nature selon les époques ? Voici quelques réponses à travers ce roman contemporain fort, et d’une très grande finesse.

Philotherapie, d'Eliette AbecassisPar Johan Rivalland.

À la suite d’une désillusion amoureuse, une jeune femme décide, après que quelqu’un de son entourage lui en eût parlé, de suivre une philothérapie. Un procédé original et très dans l’air du temps.

Le professeur qu’elle consulte lui demande ce qu’elle en attend. Elle lui répond alors qu’elle est malade ; malade de l’amour ; et qu’elle voudrait guérir, se « libérer de l’amour pour commencer enfin à vivre, débarrassée à tout jamais de cette illusion mensongère ».

À l’ère du texto, où un amour peut commencer ou, au contraire, basculer par la force d’un seul SMS, cette histoire prend un relief très intéressant, car très actuel.

Philothérapie, une réflexion sur notre monde actuel

Je ne souhaite pas en dire beaucoup plus, car ce qui est important ici, c’est que le roman garde son mystère, parvienne à vous captiver par la qualité de sa narration, la distraction qu’il apporte au-delà de la part de réflexion, ses rebondissements, sa magie romanesque.

Mais au-delà de cette dimension attachée purement au roman, c’est toute la réflexion sur ce qu’est devenu notre monde actuel qui est intéressante, avec la place importante occupée par les réseaux sociaux, les sites de rencontre, l’idée « d’acquérir » un bébé par internet par le biais de la GPA, comme on effectue de plus en plus d’achats de biens alimentaires ou vestimentaires entre autres, la géolocalisation, etc. Autant d’habitudes qui bouleversent notre rapport au monde, mais aussi à la relation avec les autres et à l’amour.

On sent poindre, derrière le roman, une critique sous-jacente de cette société d’aliénation et d’égoïsme exacerbé, où l’on achète un bébé par internet sans se soucier de l’envers du décor, de la souffrance et le véritable esclavagisme enduré par les mères-porteuses à l’autre bout de la planète, notamment en Inde. Avec en relief le thème du désir, trop souvent considéré, chez nous aujourd’hui, comme un droit.

Le thème de l’amour, central dans Philothérapie

Avec beaucoup d’intelligence et de finesse, nous voilà partis, depuis « Le Banquet » de Platon, et des tas d’autres références littéraires ou philosophiques, vers des réflexions autour des problématiques de l’amour aujourd’hui, dans ses dimensions à la fois intemporelles et très contemporaines ; ainsi que ses différences selon les cultures.

L’auteur, Éliette Abécassis évoque ainsi avec raison, à propos des sites de rencontres, « des relations sans histoires, à moins que ce ne soit des histoires sans relations ».

Un point d’ancrage pour nous tourner, à travers la littérature et la philosophie, vers une réflexion sur l’origine et le sens de l’amour, la passion, le désir, la séduction, le jeu amoureux, ou encore la déception amoureuse. Sans oublier le problème de l’ennui :

« Depuis qu’avec le Professeur Constant, elle avait identifié le problème, elle faisait mieux face à sa solitude, sans avoir besoin de remplir sa vie par une consommation effrénée de biens Internet en tous genres, les hommes, les vêtements ou la nourriture ».

Les ressorts profonds et complexes de l’amour sont ainsi mis à nu, par une véritable introspection du personnage principal, révélant aussi la part d’angoisse et de vide existentiels qui se dissimulent derrière les apparences et la recherche de l’autre, de soi-même, du sens, mais aussi de ce monde des apparences et des illusions renforcé par les technologies de la communication et du virtuel.

Un livre brillant

Un roman brillant, qui allie plaisir et réflexion. Beaucoup plus agréable à lire qu’un essai philosophique pur et qui permet de se cultiver tout en passant de très bons moments.

L’auteur propose même, en fin de volume, une « bibliothérapie ». Un clin d’œil de plus, en guise d’adieu à ce formidable roman, ainsi qu’une ouverture sur d’autres réflexions.

Et, en guise de conclusion, je reprendrai cette réflexion de l’un des personnages, appuyant ce qui ouvre et qui ferme, en quelque sorte, ce roman :

« La philosophie, dit-on, est l’amour de la sagesse. Elle est dévoilement de la vérité, tout comme l’amour est révélation de la vérité de notre être profond. L’amour est une enquête philosophique sur soi et sur l’autre, et, à travers lui, l’être humain. Philosopher, c’est aimer, et aimer, c’est philosopher. »

Un très beau roman. Et une belle histoire d’amour… pardon sur l’Amour.

À dévorer avec passion.

Éliette Abécassis, Philothérapie, Flammarion, mai 2016, 310 pages.