Brexit : une catastrophe pour le foot anglais ?

Publié Par Pierre Rondeau, le dans Sport

 

brexit une catastrophe pour le foot anglais ?

Brexit une catastrophe pour le foot anglais ?By: Matthew WilkinsonCC BY 2.0

Aujourd’hui a lieu un référendum historique au Royaume-Uni sur une possible sortie du pays de l’Union Européenne. Alors que les représentants du monde économique, de la finance, des travailleurs détachés, des étudiants et de la recherche prédisent de graves problèmes en cas de Brexit, c’est une autre difficulté qui vient pointer le bout de son nez : la compétitivité du championnat de foot.

En effet, la Premier League, la ligue la plus chère du monde, réévaluée l’année dernière à plus de 2 milliards d’euros par an (contre « seulement » 780 millions pour la ligue 1 française), est depuis longtemps caractérisée par une forte représentation étrangère. En effet, cette cohorte représente plus de la moitié des joueurs de première division. Une étude du CIES, datant de février 2016, faisait état de seulement 33.5% footballeurs potentiellement sélectionnables chez les Three Lions.

En France, cette représentation s’élève à 66.1%, soit 32.6 points de plus que chez les Anglais. Cette particularité fait dire aux spécialistes que cela joue négativement sur les compétences et les capacités de la sélection nationale. Elle a du mal à truster les premières places et à être performante lors des grandes compétitions internationales. Dans la mesure où les postes sont accaparés par des joueurs étrangers, les locaux ne peuvent pas se former, ne peuvent plus se maintenir à un haut niveau et perdent en capacités footballistiques.

Équipe nationale et représentation étrangère

Lorsqu’on regarde l’étude du CIES, on constate une corrélation certaine entre représentation étrangère et force de l’équipe nationale : les deux meilleures nations européennes, l’Espagne et l’Allemagne ont respectivement 41.6% et 50.1% de joueurs étrangers, soit bien loin de la domination allochtone anglaise. D’ailleurs, même au niveau des tacticiens, la Premier League est dominée par des coachs étrangers. Les 5 premiers clubs sont entraînés par des hommes venus d’ailleurs : Claudio Ranieri, Arsène Wenger, Mauricio Pochettino, Manuel Pellegrini et Louis van Gaal. À la saison prochaine, ce sont même le Portugais Mourinho et l’Espagnol Guardiola qui vont débarquer à Manchester.

Dans leur livre Soccernomics les économistes Simon Kuper et Stefan Szymanski mettaient cet élément en avant pour expliquer la faiblesse de la sélection anglaise : le manque de diversité et la faiblesse du coaching britannique. « Il faut faire confiance aux étrangers puisqu’ils dominent notre championnat. […] Statistiquement, à chaque fois que nous avons eu un sélectionneur étranger, nos performances ont été meilleures ».

Pour ses partisans, le Brexit permettrait donc un rééquilibrage des forces en présence, un soutien de la formation nationale et des joueurs locaux. Normalement, depuis 1995 et l’arrêt Bosman, l’Angleterre, en tant que membre permanent de l’Union Européenne, se doit de respecter la libre circulation des facteurs de production : les joueurs et les entraîneurs. N’importe quel ressortissant de l’UE, étant considéré comme un membre de l’espace communautaire, peut venir travailler sans contrainte en Premier League et n’est pas affilié à la réglementation des quotas.

Les dangers du protectionnisme

Ainsi, le nombre d’étrangers n’a cessé de croître outre-Manche, à la fois attiré par la richesse du championnat mais aussi par la nécessaire quête de compétitivité en situation de concurrence : les clubs n’ont pas cherché à soutenir la force des joueurs locaux mais ont surtout pris les meilleurs, d’où qu’ils viennent.

À l’inverse, en sortant de l’UE, le Royaume-Uni rejettera les traités communautaires, dont l’arrêt Bosman, et contraindra son championnat à imposer une forme de protectionnisme. Les joueurs étrangers seront assujettis à un règlement particulier et à la nécessaire obtention d’un permis de travail contraignant.

Pour l’ancien défenseur d’Arsenal, Sol Campbell, reconverti en politique et proche des Conservateurs, « le Brexit permettra de promouvoir les footballeurs britanniques, aura un effet booster sur notre force footballistique ». Il rejoint ici une thèse connue en économie, mais jamais prouvée historiquement, le protectionnisme éducateur de l’allemand Friedrich List.

Selon cet économiste du XIXe siècle, un pays aurait tout intérêt à fermer ses frontières et à stopper ses relations commerciales avec le reste du monde afin de protéger et de développer son industrie. Une fois cette dernière suffisamment compétente et compétitive, il serait invité à s’ouvrir de nouveau afin de trouver de nouvelles sources de débouchés. Le protectionnisme éducateur aurait pour objectif de protéger sur le moyen terme le marché national afin de permettre sur le long terme le libre-échange.

Le niveau risque de baisser

Les partisans du Brexit considèrent qu’en empêchant les étrangers de débarquer en nombre sur leur pays, les locaux capteront les places de titulaires, accumuleront de l’expérience et amélioreront leur compétitivité. Tout cela devrait permettre un soutien du football anglais.

Or, rien ne dit que le niveau ne risque pas d’en pâtir. Une étude de 2010, réalisée par les économistes Camille Landais, Emmanuel Saez et Henrik Kleven, montre que, suite à une réforme de l’impôt en Espagne, en 2003, favorisant l’attractivité fiscale, le niveau footballistique ibérique s’est largement amélioré. Il a permis, par la suite, à la Roja de remporter 2 coupes d’Europe et 1 coupe du Monde. Selon eux, cette « loi Beckham », qui offrait une déduction d’impôt de 30% à tout étranger signant dans un club Espagnol (arrêté en 2011), a boosté la part d’étrangers en Liga, passant de 30% en 2002 à 50% en 2010 et a provoqué un perfectionnement significatif.

De même, selon les Américains Keith Ingersoll, Edmund Malesky et Sebastian Saiegh, auteurs d’une étude sur l’hétérogénéité communautaire dans le football et relayée par Richard Duhautois, la diversité est bonne pour les performances. Pour eux, « plus la distance culturelle au sein d’une équipe est élevée, plus grande est la différence moyenne de buts ». Autrement dit, plus il y a d’étrangers, meilleure est l’équipe. Les différences boosteraient les compétences en associant des joueurs d’horizons divers et permettraient des effets d’apprentissage et de mimétisme.

Le protectionnisme serait donc, dans ce sens, une erreur. En fermant le pays à l’immense marché européen, la Premier League ne pourrait plus voir affluer sur ses terres les meilleurs joueurs et entraîneurs, le niveau local en souffrirait. Sa valeur économique viendrait même à être remise en cause. D’ailleurs, les nations comme la Russie ou la Chine, qui imposent des contraintes sur la circulation des footballeurs étrangers depuis longtemps n’ont jamais présenté une force footballistique intéressante. On doit apprendre en s’inspirant des autres, en accueillant la diversité et les différences, pas en se coupant du monde…

  1. Même si le RU sort, je penses que des accords seront rapidement mis en place pour faciliter la venue des meilleurs joueurs.Concrètement si aucun quotas de joueurs anglais n’est imposé , il n’y aura pas de problèmes .L’arret bosman interdit les quotas dans pour les pays membres de l’UE, le RU n’aura qu’a faire son propre accord sauf si des politiques populistes veulent en imposer.

  2. Les brittaniques n’ont jamais eu besoin de l’Europe pour être ouverts sur le monde

  3. Pierre Kirool (émigré)

    Quitter l’Union Européenne n’est pas du protectionnisme et ce n’est pas se couper du monde. C’est quoi se rapprochement vaseux?

    « À l’inverse, en sortant de l’UE, le Royaume-Uni rejettera les traités communautaires, dont l’arrêt Bosman, et contraindra son championnat à imposer une forme de protectionnisme. Les joueurs étrangers seront assujettis à un règlement particulier et à la nécessaire obtention d’un permis de travail contraignant. »

    « En fermant le pays à l’immense marché européen, la Premier League ne pourrait plus voir affluer sur ses terres les meilleurs joueurs et entraîneurs, le niveau local en souffrirait. »

    Ah bon? Et pourquoi plaît-il? Jusqu’à preuve du contraire le R.U retrouvera sa souveraineté sur cette question. Il pourra très bien choisir de continuer sur la même politique d’ouverture envers les joueurs étrangers et ce de manière unilatérale. Je vois très bien les autres pays eux tentés de faire du protectionnisme à l’égard du R.U comme mesure de rétorsion. Mais bon, sur le sujet qui nous occupe, aucune chance que les tous meilleurs joueurs britanniques veulent jouer autre part en Europe…

  4. N’importe quoi cet article. Aucun rapport entre le Brexit et le foot anglais. La France est membre de l’UE et son championnat de foot est pourri. Si vous voulez débattre face caméra c’est quand vous le souhaitez.

    1. « La France est membre de l’UE et son championnat de foot est pourri » : Non le problème de la France c’est que personne ne veut venir malgres l’arrêt bosmann (ça change pas des autres secteurs) , ce que l’auteur essaye de décrire est que si l’Angleterre réinstaure des quotas alors elle sera pénalisée, mais en fait les anglais n’en instaureront que si des populistes le font à des fins électorales.

      1. C’est bien ce que je dis : le Brexit n’a aucun rapport avec le niveau d’un championnat de foot. Un gouvernement peut choisir de mettre des quotas ou non, indépendamment de son appartenance à l’UE.

        1. « Un gouvernement peut choisir de mettre des quotas ou non, indépendamment de son appartenance à l’UE », en fait l’arret bosmann interdit aux pays membres de l’UE de faire des quotas, donc même si des populistes français , espagnols ou allemands voulaient en mettre, l’UE abrogerait, ce ne sera plus le cas du RU .

      2. Quel « populiste » serait assez idiot pour priver le football anglais de ses stars internationales?

        Si jamais un mécanisme administratif est éventuellement instauré, les clubs demanderont un permis de travail pour leurs joueurs étrangers prestigieux, qui leur sera évidemment accordé.

        1. quels populistes seraient assez idiots pour prélever plus 50% de la richesse nationale?

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