La lutte des âges aura-t-elle lieu ?

Publié Par Nicolas Beyls, le dans Lecture

Par Nicolas Beyls.
Un article de Trop Libre

Remis au gouvernement le mois dernier, le rapport Sirugue propose d’étendre aux 18-25 ans l’accès au RSA. Cette mesure est critiquable : ces jeunes pourraient renoncer à se former. Mais elle pose une question sensible : celle de l’équité entre générations. En 2013, l’essayiste Hakim El Karoui s’est fait avec La lutte des âges le porte-parole d’une jeune génération “sacrifiée”, qui perd confiance en son avenir.

La lutte des âges est d’abord l’histoire de la prise de pouvoir des retraités par trois leviers :

  • Par le nombre : les générations issues du baby-boom arrivent aujourd’hui à l’âge de la retraite et vivent de plus en plus longtemps. Dans le même temps, la natalité baisse. Ainsi de moins en moins d’actifs supportent un nombre croissant de retraités.
  • Par l’argent : les seniors concentrent une part croissante du patrimoine et ont bénéficié du boom de l’immobilier. Dans le même temps, la pauvreté est un problème frappant de moins en moins les personnes âgées et de plus en plus les jeunes.
  • Par le vote : les seniors sont de plus en plus nombreux et sont plus à même de voter que les jeunes. Par conséquent, les partis politiques sont de plus en plus sensibles aux préoccupations des retraités.

Selon Hakim El Karoui, les baby-boomers, profondément individualistes, ont modelé la société à leur image. Cette génération aurait libéralisé les mœurs en 1968, la finance dans les années 1980 et le commerce international dans les années 1990, avec la création de l’OMC en 1994.

L’auteur montre bien que cette génération dépend beaucoup moins des structures sociales traditionnelles, au point de verser dans le gauchisme dans les années 1970. Mais il a tort de la rendre responsable de la libéralisation financière ou commerciale : Thatcher, Reagan, Bérégovoy ou Delors n’étaient pas des baby-boomers !

Évolution de la génération du baby-boom

La lutte des âges, par Hakim El Karoui, c'est l'histoire de la prise du pouvoir politique en France par les baby boomers désormais retraités.Hakim El Karoui est plus convaincant lorsqu’il décrit la transformation de cette génération libérale en cohortes étatistes à l’occasion de la crise financière de 2008. Pour préserver le patrimoine des seniors, les dettes privées ont été transformées en dettes publiques. Par exemple, les banques ont été renflouées par les États. Cette pratique est contraire à la philosophie libérale, basée sur le principe de responsabilité.

Cet étatisme se retrouve dans l’attachement des baby-boomers à l’État-Providence, conçu en 1945 dans des circonstances économiques et démographiques bien différentes d’aujourd’hui. L’auteur compare à juste titre notre système de retraite par répartition à un schéma de Ponzi : ses bénéficiaires sont rémunérés grâce aux cotisations des actifs pensant en profiter plus tard. Ce système n’est plus soutenable.

En raison du vieillissement de la population, les dépenses de retraite et de santé explosent. De plus, le taux de croissance actuel est insuffisant pour pérenniser le financement du système. Les transferts sociaux bénéficient donc largement aux retraités et pèsent sur la compétitivité des actifs car les cotisations sociales sont assises sur leur travail.

Quelques propositions

Pour assurer l’équité entre les générations et éviter la lutte des âges, Hakim El Karoui émet plusieurs propositions, plus ou moins intéressantes. À court terme, il propose de baisser le niveau des pensions et d’encourager les retraités à vendre leur patrimoine. Il cite comme modèle les “Abenomics” du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Cette politique vise à stimuler l’inflation mais n’a pas fait pour l’instant ses preuves.

Plus intéressant, le défaut souverain permettrait d’alléger le fardeau de la dette publique pesant sur les générations futures. Cette solution est préconisée par le think tank Génération Libre dans ce rapport. Les solutions sont aussi démographiques. Le taux d’emploi des seniors est particulièrement bas en France : l’accroître améliorerait le financement des retraites. Enfin, l’immigration doit être vue comme une opportunité démographique : en la refusant, le Japon vieillissant s’est tiré une balle dans le pied.

Sur le web

  1. Merci cet article me donne envie de lire le livre. Sur le constat, rien de nouveau mais sur les solutions, un peu d’espoir pour notre génération.

  2. Mais les baby-boomers ne sont pas du tout à l’origine de la situation.
    Ceux qui contestaient le système de retraite par répartition dans les années 80-90 étaient insultés par toute la Gauche, les Sartre, Marchais et autres Krasucki, tous nés avant-guerre. La retraite par répartitation, c’était la « solidarité inter-générationnelle », la retraite par capitalisation, c’était l’horreur ultra-libérale. Les baby-boomers ont cotisé de force pour les générations précédentes, à fond probablement perdu pour les plus jeunes d’entre eux, et en le sachant.
    La mode actuelle est de dire que les baby-boomers ont vécu à crédit, et que leurs enfants devront payer. Mais la réalité, c’est que la dette date de Mitterrand, ancien de Vichy, de l’inflation du nombre de fonctionnaires et de parasites, en bref de l’Etat, cela depuis un peu plus de 30 ans.

  3. Les baby-boomer ne sont pas responsable de la démographie, mais rien ne m’agace plus qu’un vieux syndicaliste à la retraite qui vient m’expliquer qu’il s’est battu toute sa vie pour mon bien et pas pour ses privilèges.

    1. Bah c’est eux qui ont eu un taux de natalité aussi faible …

  4. Il est clair que ma génération a été complètement flouée par les générations précédentes et qui ne semblent pas vouloir lâcher prise. Heureusement que les frontières sont plus ouvertes que jamais sinon la colère gronderait, heureux d’avoir accès à d’autres pays pour l’emploi.

    1. De quelle génération parlez vous? Celle des smartphones, de facebook et de twitter, des vacances à l’autre bout de la planète, de l’emploi à l’étranger si formateur? Arrêtez de geindre!

      1. Je ne me plaint pas, j’établis un constat sur la France. Je crois à un bel avenir pour moi hors de France :p

  5. Dois-je me faire piquer pour vous faire plaisir Monsieur Hakim El-Karoui.?

    1. Inutile d’aller jusque-là, le mal est fait.
      il n’y a pas de solution facile, à part une grande flexibilité du marché du travail.

      1. Flexibilisé, bien sur mais aussi vouloir travailler doit être le souci premier. Mais Est-ce aussi la volonté des générations actuelles.?

        1. Je ne peux pas parler au nom des étudiants en général car grande diversité d’opinions mais à titre personnel ça ne me dérange pas tant que j’obtiens l’emploi auquel j’aspire.

        2. Dans ma start-up, il y a pas mal d’alternant (en gros c’est comme avoir deux travail a temps plein), je peux t’assurer qu’ils sont bien plus investis dans leur travail que Gégé de la CGT.

        3. Je fais partie de la génération X, celle qui paye pour la précédente dont parle l’auteur du livre et qui n’aura rien en retour. Effectivement, ma génération, selon certains sociologues et mon observation directe de mon entourage (ok pas de valeur scientifique), accorde une place plus importante que la génération 68 à la famille et à l’éducation de ses enfants. Le travail est important et source d’épanouissement MAIS beaucoup ne veulent pas sacrifier leurs enfants sur l’hôtel de la productivité et de la reconnaissance sociale. A grande échelle, les pères nés après guerre, ont été assez foireux avec leur progéniture, à cause, peut-être, de ce besoin de reconnaissance sociale et aussi de l’image de l’homme véhiculée par les féministes radicales des années 70. (dont certains combats ont été toutefois légitimes)
          Mais, pour ceux qui ont la chance d’avoir des parents +- aisés, il reste la donation du patrimoine( à faire fructifier) de ces derniers. Si pas, du travail acharné et du talent si l’on veut percer. Ou autre alternative: se satisfaire de sa vie agréable (on peut vivre sans Bmw, quoique:-)) et ne pas envier son voisin qui a une plus belle voiture, maison, tv… que soi…

  6. Pauvres retraités, coupables de tous les mots, taxés d’égoïstes et de jouisseurs! C’est vrai, ils n’ont fait que naître juste avant et pendant la guerre, ils ont découvert les machines à laver le linge puis la vaisselle, les appareils électro-ménagers, le réfrigérateur et la télévision, la 2 cv et la 4 L, les vacances au camping, le travail toute la journée et la retraite à 60 ans, voire plus quand ils y arrivaient, les couches culottes au lieu des langes et des épingles à nourrice, la contraception et j’en passe. Bref, ils sont conspués parce qu’ils se reposent enfin ou presque en s’occupant encore de leurs vieux parents et de leurs petits-enfants. Mais quels profiteurs!

    1. Personne ne vous en veut. c’est juste que votre génération aura été la plus légère et irresponsable de toute. Vous n’y êtes pour rien individuellement.
      Par contre merci pour le développement des sciences sociales, de la culture populaire et merci pour votre rôle actuel dans l’organigramme de la famille.

  7. Lire: maux!

  8. Je ne suis pas sûre que tous les baby boomers aient été et soient attachés à l’Etat providence. Leur éducation les portaient plutôt à se débrouiller par eux-mêmes.
    Les années Mitterrand ont été catastrophiques pour le pays et on en porte encore les conséquences ( retraite à 60 ans, lois Auroux sur le travail, dégradation de l’EN, embauche massive de fonctionnaires, sans compter le pourrissement de la classe politique et les combines à haut niveau entre le pouvoir et les entreprises). Ces conséquences sont plus dures pour les jeunes générations, surtout ceux qui n’ont pas d’aide de leur famille.
    Il est vrai qu’à la suite de Mitterrand la droite a continué une politique socialiste, même si elle était parfois accompagnée d’un souci de bonne gestion.
    Je note une contradiction sur le sujet de cet article: on ne peut pas à la fois dénoncer les baby boomers comme des profiteurs et se lamenter parce qu’ils ont construit une société quasi-collectiviste. Il me semble que cette contradiction dévoile le problème de fond: le rôle que s’est arrogé l’Etat au détriment de toute la société, jeunes et moins jeunes.
    Ce ne sont pas les seniors qui empêchent les jeunes de se constituer un patrimoine comme leurs aînés, j’en connais même beaucoup qui ont à coeur de partager ce patrimoine. A noter d’ailleurs que les prétendues comparaisons de patrimoine que l’on voit dans la presse sont parfaitement idiotes: ce qu’il faut comparer, c’est le patrimoine au même âge.

    1. Et pour ceux qui ne se sont pas défilés, un an de service militaire (ou plus, avec pour les plus anciens, une petite guerre d’Algérie). Les jeunes d’aujourd’hui sont des grands malheureux, c’est sûr. Oh zut, je n’ai plus de wifi, cetroporible !

      1. Les jeunes d’aujourd’hui, ils ont hérité d’un pays en déliquescence et de la classe politique que les vieux ont mis en place, on doit vous dire merci ?

  9. Tout cela fait partie d’une campagne pour, petit à petit, faire déconsidérer les vieux. Une fois ce résultat obtenu, il sera plus aisé de leur piquer du pognon sous forme de taxes diverses, ou de baisse des pensions. Ce ne sont, bien entendu, pas les gouvernements qui sont responsables de la situation économique en faillite, mais « la génération des baby boomers ». Il faut bien trouver un bouc émissaire pour éviter d’être coupable!

  10. En fait, l’emploi du terme même de baby boomers ou de senior sert à occulter le fait que ce sont des vieux! Employez « vieux » à la place et vous vous rendrez compte que le message sera totalement différent et fera honte à ceux qui jettent l’opprobre sur eux.

    1. Non je n’ai aucune honte à dire que les vieux sont une génération de nihiliste qui a dilapidé l’héritage de leur parent, réduit en esclavage leurs enfantas et endetté leurs petits enfants, et ce n’est pas spécifique à la France c’est le cas dans la totalité des social-démocassie européenne.

      1. Quel héritage dilapidé? Quel esclavage? Non mais, comme disent les jeunes: j’hallucine!

        1. Tous les mois la moitié de mon salaire sert à financer les pensions et les frais de santé des vieux, donc si ça c’est pas de l’esclavage dites moi ce que c’est, le marché de l’immobilier a été organisé de telle sorte que la pénurie fasse monter les prix si bien qu’il y a un transfert d’argent massif des enfants des baby boomer vers les baby boomer ayant hériter des biens de leurs parents.

          Il suffit de voir l’état financier de la France pour voir que le pays qui a été transmis aux pays boomers était prospère et qu’il ne reste aujourd’hui qu’un champ de ruine.

          1. Ŕelisez votre fiche de paye! Quant au pays prospère transmis aux vieux, c’était un champ de ruines après la guerre! Un peu de sérieux!

            1. J’ai bien lu ma fiche de paye le montant des charges versés.
              Cout salarial 3800, Net 2120 Net, IRPP mensuel 165, NET après impot : 1955
              Taux de prélèvement 48.5%

              En 1968 le pays n’étaient plus un champ de ruine.

              1. Les vieux (comme moi) ont bossé 50 heures par semaine, pas 35! Et ils ont payé de lourdes cotisations: si j’avais investi le montant de ces cotisations je serai beaucoup plus riche qu’avec la pension merdique que je reçois.

                1. Personne ne fait 35 heures, hormis les fonctionnaires, qui sont pour la plupart… des vieux. Tu es à la retraite depuis le front populaire (40 heures par semaine) ? Donne nous donc ton secret !!!

  11. 1er erreur les baby boomers détestent l état providence pas de RSA d allocation logement dans leur jeunesse ou vie active ! Ensuite ils ontravaillé dur (les 35 h sont arrivés début 2000)
    Et longtemps pour la plupart ont commencé à travaillé très tôt travailler sans chômage (tant mieux pour eux) et cotisé, pour certains ils ont économisé au terme de gros sacrifices pour pouvoir vivre décemment à leur retraite (revenus baissant de moitié même avec le nombre de trimestres) aussi pour aider leurs enfant et petits enfants Arrêtons de raconter n importe quoi comme le faisait les anciens qui mettaient tout sur le dos de la jeunesse que nous étions à l époque
    Ce M ? Réagi comme les vieux cons de l époque et comme les racistes qui accusent les étrangers de tous leurs maux c affligeant de ne pas réfléchir un peu plus et raconter de telles bêtises. Qu il cherche et propose plutôt des solutions pour s en sortir c plus intelligent et constructif plutôt que de vouloir mettre tous ses problèmes sur le dos des autres

    1. « Ensuite ils ontravaillé dur (les 35 h sont arrivés début 2000) »

      Mon dieu, et dire qu’avant les gens étaient au 39 h : 4 heures de plus !!! Vous vous rendez compte, cette vie de força !

  12. Comment faire passer l’argent et le patrimoine d’un groupe (autochtone) à un autre beaucoup plus vite que le darwinisme social le permet d’ordinaire sans éveiller l’attention ? On en fait un problème « générationnel » afin que les gogos n’y voient que du feu. Les gogos sont les descendants de ces retraités « nantis » qui bénéficient de leur redistribution volontaire (cadeaux, puis héritage) de façon tellement naturelle qu’ils ne voient pas comment ils vont se faire spolier au profit de ceux qui n’ont pas la chance de descendre de ces anciens là… Quand ils comprendront où l’argent est passé, il sera trop tard. Ce que propose ce rapport n’est ni plus ni moins qu’une remise en cause du droit de propriété -pour les pauvres- le plus basique des droits fondamentaux d’une société. Mais avec l’extrême gauche, nous n’en sommes plus là.

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