Immigration (12) : une menace terroriste ?

Publié Par Francisco Moreno, le dans Nation et immigration

Par Francisco Moreno.

« Il y a entre 9 et 11 millions d’étrangers clandestins parmi nous, pour lesquels les antécédents criminels n’ont jamais été vérifiés et mis en relation avec les bases de données sur le terrorisme. » Tom Tancredo

« Vivre en liberté, dans une certaine mesure, cela signifie vivre dangereusement. » Chandran Kukathas

« Je ne vois pas comment vous pouvez avoir une bonne politique en matière de sécurité sans un bon programme invitant temporairement des travailleurs étrangers. » Tom Ridge, ancien secrétaire du Homeland Security Department

Les attentats du 11 septembre ont renforcé certaines méfiances à l’égard des étrangers. Depuis lors, l’amalgame entre immigration clandestine et terrorisme s’est répandu chez de nombreuses personnes, en particulier aux États-Unis. Cette façon de penser est difficile à comprendre.

Il y a eu un changement de perception concernant l’immigration aux États-Unis. Le fait que les compétences en la matière aient été initialement une responsabilité du département du Travail puis de la Justice et désormais de la Sécurité nationale est tout à fait symptomatique.

La principale raison justifiant les augmentations perpétuelles de moyens visant à contrôler l’immigration aux États-Unis serait la sécurité nationale (le terrorisme étant une priorité, soi-disant). Cependant, la plupart de ces moyens en hommes et en matériel est orientée vers la frontière avec le Mexique où justement il n’y a pas de terrorisme organisé (de type islamique ou d’un autre genre comme le terrorisme d’extrême gauche en Colombie).

Dans tous les cas, la probabilité d’en avoir au Canada est en théorie plus élevée, mais il se trouve que la frontière avec ce pays est beaucoup moins surveillée. Par conséquent, les raisons invoquées pour dépenser plus en matière de contrôle des arrivants n’a rien à voir avec la lutte anti-terroriste.

Limiter le tourisme et l’accueil d’étudiants après le 11 septembre ?

Tous les membres des attentats terroristes du 11 septembre étaient entrés sur le territoire américain avec des visas en règle, par des aéroports, soit en tant que touristes, soit en tant qu’étudiants ou hommes d’affaires ; aucun en tant qu’immigré.

Les parents des deux frères responsables des attentats du marathon de Boston étaient également venus en tant que touristes et ont demandé l’asile pour eux-mêmes et leurs enfants. Et pourtant, presque personne ne propose de restreindre sévèrement le tourisme et les visites d’hommes d’affaires, d’accorder l’asile de manière plus stricte ou de limiter le séjour des étudiants, alors que de nombreuses voix proposent de le faire avec l’immigration.

Rappelons que le nombre d’immigrés est une infime fraction de tous les étrangers qui entrent chaque année dans un pays. Par exemple, chaque année on estime qu’entrent environ 800.000 immigrés sur le territoire des États-Unis – tant légalement que clandestinement – sur un total de 65 millions d’étrangers.

La plupart d’entre eux viennent avec des visas touriste ou pour des motifs professionnels. D’autre part, selon l’ICE (Immigration and Customs Enforcement, l’agence fédérale de police aux frontières des États-Unis) entrent chaque année en Amérique quelques 750.000 jeunes étrangers, souvent des étudiants.

Pour bien nous rendre compte de ce qui est en jeu, rappelons quelques chiffres : ce pays dispose de 216 aéroports internationaux, 143 ports (recevant près de 9 millions de conteneurs chaque année) et 115 installations au sol supplémentaires qui peuvent servir de ports d’entrée ou de passage de camions.

Le nombre de personnes se déplaçant d’un pays à l’autre en tant que touristes ou visiteurs occasionnels dépasse très largement celui  concernant les immigrés. Les visas touristes ou les visas affaires sont généralement accordés très facilement avec des restrictions minimales. Il est complètement illogique d’ailleurs de venir pour travailler – avec toutes les difficultés et les procédures bureaucratiques que cela entraîne pour obtenir un visa – en se servant de cela comme alibi pour commettre des attentats.

Si du point de vue de la sécurité nationale une personne est considérée comme sûre au point de lui accorder facilement un visa pour du tourisme, faire des affaires ou étudier, pourquoi alors refuser l’accès au territoire à un immigré sur la base de ce même motif ? Ça n’a aucun sens.

Ce qui va empêcher les consuls nationaux de délivrer des visas à des terroristes n’est pas une politique restrictive et sévère en matière d’immigration sinon une bonne politique anti-terroriste en adéquation avec un travail de renseignement (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays).

Une vigilance accrue en cas exceptionnel

De temps en temps il peut y avoir des situations de risque plus élevé que la normale, il est donc justifié de prendre des mesures exceptionnelles pour augmenter le contrôle aux  frontières pour tous ceux qui cherchent à les traverser (la menace de guerre ou d’actes de terrorisme continus comme en Israël seraient des raisons plus que suffisantes).

Ces mesures accrues de surveillance devront cependant être appliquées temporairement. Il est bon qu’il y ait toujours une saine méfiance dans la population envers ces mesures d’urgence ou que s’exprime un rejet pur et simple si elles persistent alors que le danger s’est éloigné.

En ce sens Chandran Kukathas nous met en garde sur le risque que de telles mesures gouvernementales se prolongent plus que de raison, comme cela est arrivé en Malaisie avec la loi sur la sécurité intérieure qui a permis l’arrestation et la détention sans procès de membres de l’insurrection communiste dans les années 60. Cette loi est restée en vigueur pendant environ 25 ans, de nombreuses années après que la menace ait été écartée.

Prétendre éradiquer totalement les actes terroristes est quelque chose d’impossible. Par conséquent, les individus dans les démocraties libérales devraient toujours être vigilants face aux contrôles étatiques exceptionnels se réalisant au nom de la sécurité nationale, parce que cela signifie nécessairement une baisse des libertés pour tout le monde (y compris les autochtones, et pas seulement les étrangers).

Donner trop de pouvoir aux représentants de l’État au nom de la sécurité nationale en fin de compte est dommageable et porte atteinte aux principes d’une société libre et ouverte (c’est l’objectif que poursuivent tous les terroristes en réalité). La lutte anti-terroriste est ainsi complexe et délicate à mener.

Avis des hommes du terrain aux États-Unis

Puisque les moyens sont limités, protéger toutes les entrées possibles avec la même intensité est tout à fait impraticable. Il va falloir faire des choix. Pour ce qui concerne les États-Unis, il y aura certaines décisions prioritaires.

Dépenser énormément d’argent à la frontière mexicaine au nom de la sécurité nationale, c’est gaspiller les deniers publics. Janson Riley écrit dans son livre Let Them in que militariser la frontière sud en pensant arrêter le prochain Mohamed Atta c’est comme prendre un laxatif pour soigner le psoriasis. C’est un non-sens, qui coûte cher en plus.

Le problème ne réside pas dans le manque de patrouilles à la frontière, mais dans la façon dont elles sont utilisées. Michael Chertoff – ancien secrétaire à la sécurité intérieure (Homeland Security Department) – est très clair à ce sujet : quand vous avez un  personnel de sécurité qui consacre toute ses journées à surveiller, transporter, recenser ou expulser ceux qui migrent pour des raisons économiques, il ne remplit pas ce qui devrait être son objectif principal : surveiller et poursuivre les trafiquants de drogue ou les gangs de criminels. Il en va de même avec la police d’État et la police locale qui ont pourtant des choses beaucoup plus importantes à faire que surveiller et traquer les « sans-papiers ».

D’autre part, on sait également que les services de police des grandes villes des États-Unis sont réticents, voire irrités, quand on leur impose d’appliquer les lois fédérales sur l’immigration, car cela les rend moins efficaces dans leurs tâches quotidiennes.

Non seulement du temps et des ressources humaines sont consacrés à des tâches où un grave danger pour la société n’est pas observé, mais en plus les immigrés peuvent percevoir la police en tant qu’organe de contrôle de l’immigration et, par conséquent, comme des agents d’expulsion. Ils finissent donc par être des plus réticents à coopérer avec elle pour dénoncer des faits graves, des crimes, des délits ou simplement collaborer durant diverses enquêtes, ce qui rend en fin de compte nos villes moins sûres.

Considérer les immigrés comme une menace terroriste, c’est s’égarer totalement, réaliser un véritable gaspillage en cessant d’utiliser les ressources disponibles là où le besoin se fait le plus sentir : combattre et prévenir autant que possible les vrais crimes et les actes terroristes.

Un autre ex-secrétaire au Homeland Security department, Tom Ridge, a abouti à une conclusion révélatrice après de nombreuses années employées à renforcer la surveillance à la frontière avec le Mexique : avec la mondialisation et l’interdépendance croissante entre les pays, il est devenu préférable de combiner d’une part une position défensive aux frontières, un travail de renseignement et des mécanismes de coordination entre les polices et les justices de deux pays voisins pour détecter les menaces réelles, avec d’autre part un ambitieux programme invitant des étrangers à venir travailler temporairement et ainsi les ramener à la légalité.

De cette manière un travail efficace serait effectué pour la sécurité du pays. L’immigration n’est pas un crime. Elle devrait être reconsidérée comme une politique du travail et une aide au développement et non comme une politique de sécurité. C’est une conclusion raisonnable à laquelle est arrivé un homme d’expérience qui veut le meilleur pour son pays. Comme il l’a souligné, ces mesures conjointes sont « dans notre intérêt d’un point de vue économique mais aussi pour notre sécurité et nos intérêts dans le monde ».

Les politiciens et les législateurs feraient bien d’écouter ceux qui savent et ne sont pas guidés par de simples peurs irrationnelles ou de fausses intuitions cognitives.

(À suivre)


Traduit de l’espagnol

Lire aussi : (1) Scénario théorique, (2) La meilleure aide au développement, (3) Cinq forces irrésistibles, (4) Craintes nativistes, (5) Plus de harcèlements à l’encontre de la « dernière ressource », (6) Les obstacles et leurs effets négatifs, (7) Faire les choses correctement, (8) Ni assimilation ni multiculturalisme, (9) Construire un mur au bon endroit, (10) Pour la libre mobilité des travailleurs, (11) Fait-elle monter ou baisser la criminalité ?

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  1. « L’immigration n’est pas un crime. »

    C’est d’une telle clarté méridienne qu’il n’y a rien à ajouter.

  2. « …Depuis lors, l’amalgame entre immigration clandestine et terrorisme s’est répandu chez de nombreuses personnes, en particulier aux États-Unis. Cette façon de penser est difficile à comprendre. »

    Qu’elle soit difficile à comprendre par certains, c’est clair, il n’y a qu’à lire les différents articles de libéraux et autres sur le sujet.
    Mais elle existe, et ce n’est pas en entreprenant une forme de rééducation idéologique permanente – c’est déjà le cas avec les terranovistes au pouvoir en France – qu’elle changera.
    L’immigration n’est pas un crime, cependant les crimes commis par des immigrés pèsent d’une façon différente dans le pays d’accueil, que cela soit logique ou non, juste ou non ne change rien à l’affaire, ne pas reconnaître et intégrer cette dimension anthropologique est une faute politique majeure qui finira par être sanctionnée dans les urnes, et les grands esprits s’effareront, s’indigneront du résultat prévisible de leur accumulation d’erreurs.

    1. En quoi un vol commis par un immigré pèserait-il plus « lourd » qu’un vol commis par un « national » ?
      Quelle « dimension anthropologique » faudrait-il intégrer lorsqu’on rend la justice ? Tenir compte du fait qu’il existe des xénophobes ?
      Êtes-vous en train de nous dire qu’une politique correcte serait de rompre l’égalité devant la loi et de juger les gens de manière différente selon leur lieu de naissance ?

    2. Non c’est vous qui faites de la rééducation idéologique sans preuves à l’appui.
      En quoi un crime commis par un immigré pèserait -il d’une façon différente? c’est depuis que vous avez lu larticle d’avant de la même série qui indiquait que les immigrés réalisaient moins de crimes et délits que les nationaux que maintenant vous imaginez que leurs crimes pèsent individuellement deux fois plus?

      1. « En quoi un crime commis par un immigré pèserait -il d’une façon différente? »

        Un immigré est comme un invité, quand il arrive dans un pays on peut s’attendre a ce qu’il respecte le mode de vie des locaux…

        « c’est depuis que vous avez lu larticle d’avant de la même série qui indiquait que les immigrés réalisaient moins de crimes et délits que les nationaux que maintenant vous imaginez que leurs crimes pèsent individuellement deux fois plus? »

        C’est ce qui explique pourquoi les 2/3 des condamnés sont musulmans… Franchement les études bidons réalisés aux USA n’ont aucune équivalence avec les statistiques pénitentiaires réalisés en Europe.

        Dans ce cas prècis c’est VOUS qui tentait de déformer la réalité au nom d’une idéologie néfaste pour la société, une méthode très soviétique.

        1. « Un immigré est comme un invité, quand il arrive dans un pays on peut s’attendre a ce qu’il respecte le mode de vie des locaux… »
          Parce que tout le monde sait que partout dans le monde le mode de vie c’est le crime,sauf en France…lol
          Définissez mode de vie.

          « Les 2/3 des condamnés des musulmans  »
          Source ?

          « Les études réalisées aux USA n’ont aucune équivalence avec les statistiques pénitentiaires réalisées en Europe »
          Qu’est-ce qui vous permet de dire cela? Votre doigt mouillé ?

        2. « Un immigré est comme un invité, quand il arrive dans un pays on peut s’attendre a ce qu’il respecte le mode de vie des locaux… »

          Non. Un immigré n’est pas plus « invité » qu’une voiture de la marque Toyota n’est « invitée ». Un immigré vient dans le pays parce que la libre circulation des personnes, des biens et des services est un droit. Et cet immigré n’a pas à respecter « le mode de vie des locaux » mais la loi en vigueur sur le territoire. Point barre.

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