Le « printemps » de l’Amérique latine est-il enfin arrivé ?

Publié Par Jérémy Ghez, le dans Amérique latine

Par Jérémy Ghez.

Ministério das Relações E- Presidenta Dilma Roussef, Presidente Lula e o Vice-Presidente Michel Temer(CC BY-ND 2.0)

Ministério das Relações E– Presidenta Dilma Roussef, Presidente Lula e o Vice-Presidente Michel Temer(CC BY-ND 2.0)

 

Le mandat de Dilma Rousseff a été suspendu, le 12 mai, par le Sénat brésilien, en attendant son procès en destitution. Les difficultés qu’ont les régimes du continent à se reconvertir après les succès de la période populiste des années 2000 se confirment mais peuvent ouvrir des nouvelles perspectives d’intégration avec l’Amérique du Nord.

Cette décennie sera incontestablement brésilienne, bien qu’elle ne soit pas tout à fait celle à laquelle on s’attendait…

Le Brésil, vitrine du mécontentement social

L’organisation de la Coupe du Monde de football et des Jeux olympiques en l’espace de deux ans aurait dû conférer à Brasilia l’aura d’une économie en pleine expansion et au développement incontestable. Au lieu de cela, la gestion catastrophique des événements et le manque d’engouement de la population locale ont, au contraire, rappelé toutes les difficultés de ce gouvernement à mobiliser et à convaincre au-delà de ces projets festifs.

Nous n’avons pas besoin de la Coupe du Monde, mais d’argent pour construire des écoles et des hôpitaux

pouvait-on lire sur une banderole de protestation lors du tournoi sportif le plus suivi de la planète. Au final, contrairement à ce que l’organisation des Jeux olympiques a pu représenter pour la Chine en 2008, ces événements auront été la vitrine d’un mécontentement social et des limites d’un populisme qui a vécu au Brésil, et au-delà dans le continent, en Argentine, au Venezuela et peut-être demain à Cuba.

Ce même mécontentement social est cependant aussi moteur de changement politique et stratégique sur le continent. L’observateur pessimiste aura beau être frappé par le degré de corruption qui touche la classe politique du pays et par l’ampleur et la gravité de la crise, le plus optimiste des observateurs, lui, prendra acte de la solidité des institutions du pays dans lequel il n’y a aucune vacance de pouvoir ni de menace sur la stabilité politique du pays. Cette révolte venue du bas confirme en effet que le changement politique, même dans des régimes bien ancrés qui ont longtemps flirté avec le populisme et qui sont incapables de se réinventer, n’est pas à exclure.

Vers un réchauffement des relations entre l’Amérique latine et les États-Unis ?

Il ne faut d’ailleurs pas négliger les effets de long-terme de ces mouvements  : ils pourraient mettre fin à l’état de quasi-guerre froide entre Amérique latine et États-Unis, guerre amorcée avec l’élection de Hugo Chavez en 1999, et ainsi ouvrir des perspectives d’intégration et de développement économique. L’enjeu est de taille : l’échec des cycles de négociation de Doha entre les pays-membres de l’Organisation mondiale du commerce a conduit Washington à chercher des dispositifs de libre-échange alternatifs en Asie et en Europe.

Si le réchauffement des relations venait à se confirmer, l’Amérique latine pourrait pleinement bénéficier de cette logique, l’intégration du continent américain dans son ensemble étant une alternative tout aussi naturelle (voire plus) que les pistes européennes et asiatiques pour les États-Unis.

Ouverture de l’Amérique latine, fermeture des États-Unis

Au moment où l’Amérique latine s’ouvre, les États-Unis, eux, tentent de fermer leur frontière au sud du pays.

L’ironie de l’histoire ? Le plus grand obstacle à cette intégration pourrait se trouver désormais à Washington : au moment où l’Amérique latine s’ouvre, les États-Unis, eux, tentent de fermer leur frontière au sud du pays. Le partenariat reste donc entièrement à bâtir. Mais l’impulsion pourrait désormais venir du sud du continent, qui vient de montrer à quel point il était en plein mouvement.

Sur le web

  1. « Cette décennie sera incontestablement brésilienne… »

    Si c’est vraiment le cas, l’Amérique latine n’est pas rendue.
    L’auteur semble considérer l’Amérique latine comme un seul bloc. Ce qui serait une grossière erreur : des pays comme le Panama, le Pérou, la Colombie et surtout le Chili n’ont pas eu besoin d’attendre le Brésil pour se diriger dans la bonne direction.

    1. Oui. Le printemps sud-américain est commencé depuis un moment déjà. Les démocraties se sont installées presque partout, et se développent à leur rythme, parfois secouées par quelques crises de croissance bien normales… Elles se sont souvent accompagnées d’une méfiance, voire d’un rejet à l’égard des USA, bien normale aussi, celui-ci ayant trop souvent pris ses aises dans ces pays par le passé.
      Reste le fléau de la corruption, fléau mondialement partagé, et contre lequel bien des états sud américains luttent aujourd’hui. Mais on ne change pas ce type d’habitude, par essence discrète, du jour au lendemain.

      1. « Elles se sont souvent accompagnées d’une méfiance, voire d’un rejet à l’égard des USA »

        Les démocraties sont justement les alliés des USA dans la région. Il est temps pour les pays d’Amérique du sud d’abandonner cette rancœur absurde créé par l’URSS pour y mettre en place des dictatures socialistes.

        Enfin, un article positif, la désocialisation avance et, au grand désespoir de la Russie, on ne pourra pas l’arrêter !

        1. « Il est temps pour les pays d’Amérique du sud d’abandonner cette rancœur absurde créé par l’URSS… »

          Certes, cette rancœur doit être dépassée, mais elle n’est pas été créée par l’URSS : les États-Unis s’en sont bien chargé depuis l’annexion de la moitié du Mexique, le dévoiement de la doctrine Monroe, la politique du Big Stick, etc.

          1. Il est quand même un peu exagérer de parler des Etats-uni comme le grands mani-tout de la région. Je suis pas sur que ce soit eux qui ai déclenché « la guerre du football » par exemple… Cette vision de la politique international est un peu grossière, comme si les états unis évoluait seul dans le monde et avait un contrôle absolu sur tout et partout.
            Ya qu’a voir avec Pinochet, la CIA qui aide financièrement les camionneur dans leur grève, ça devient un cout d’état militaire fomenté par l’oncle Sam, contre la volonté du peuple qui commençait à profiter des bienfaits du socialisme naissant et blah blah blah…

            1. Qu’on ait prêté au gouvernement américain, de manière fausse, certaines interventions en Amérique latine ne peut oblitérer la réalité historique de l’impérialisme américain en Amérique latine, considérée pendant de trop longues décennies comme l’arrière-cour des États-Unis.

              Quant au Chili, Nixon et la CIA ont bien essayé de monter une ou deux opérations – rapidement abandonnées, il est vrai – pour empêcher Allende d’accéder à la présidence en 1970.

    2. Le Chile avait commencé avec la mort malheureuse d’Allende. Santiago est une capitale qui ne ressemble en rien aux autres capitales de l’Amérique latine. Mais c’est le grand écart entre Atacama et Punta Arena par exemple.
      L’apparition de ce payaso de Chavez a sonné el glas à totu un continent. Malheureusement la droite n’est souvent pas à la hauteur .
      Mexico après un siecle de révolution marxiste a pu surnager, même si le DF est dirigé ar des marxistes purs et durs qui ne font rien pour aérer la ville

  2. Je vois que l’aveuglement de certains au sujet du Nouvel Ordre Mondial de Bush à la vie dure. Les USA ne sont pas le grand méchant loup que l’on décrit? Ok.. mais alors pourquoi le TAFTA négocié en secret en Europe va-t-il être rejeté? Pourquoi les « alliances » que souhaitent favoriser (à la force) vont dans le sens seul des USA. Je pense que les peuples commencent à être adultes et ne croient plus la fable du Grand Frère Américain protecteur et rassurant.. Voilà tout. Quand à l’URSS ..pfff ça date… Poutine futur impérialiste en Amérique Latine?? qui le croit? ou qui veut le faire croire… Qui a besoin de cette image du monde bi-polaire? on trouve vite la réponse…

    1. « Je vois que l’aveuglement de certains au sujet du Nouvel Ordre Mondial de Bush à la vie dure. »

      Oui, justement, certains se sont réveillés et se sont rendu compte que ces histoires ne sont qu’un épouvantail destiné à cacher grossièrement la source des conflits depuis maintenant un siècle.

      « Ok.. mais alors pourquoi le TAFTA négocié en secret en Europe va-t-il être rejeté ? »

      Pour la même raison qui fait que l’Europe reste en grande partie englué dans le socialisme. Les socialistes, qu’ils soient des révolutionnaires de fauteuils, des communistes aigris ou des nationalistes qui se détestent vont encore gagner une bataille. Je ne vois pas en quoi c’est une bonne nouvelle, on a cruellement besoin d’enterrer le 20e siècle et d’avancer en occident.

      « Pourquoi les « alliances » que souhaitent favoriser (à la force) vont dans le sens seul des USA. »

      Mais de quoi parlez vous ? Il faut arrêter avec cette vision socialiste du monde, nos intérêts sont de rester groupés avec les autres membres de notre civilisation. Le temps des empires coloniaux est fini, l’occident n’a plus le luxe de ses divisions.

      « Je pense que les peuples commencent à être adultes et ne croient plus la fable du Grand Frère Américain protecteur et rassurant. »

      Les USA sont un pays bien plus jeune que la plupart des pays d’Europe. Je pense que cette haine des USA vient de la façon dont ils se sont spectaculairement hissés au rang de leadeur de l’occident face aux vieux empires européens. La question est de savoir pourquoi. La réponse est simple, alors que l’Europe prenait la route de la servitude en écoutant les chants de l’est nous parler des lendemains qui chantent, les USA ont su rester droit dans leur bottes et défendre les valeurs de libertés qui font notre civilisation face au totalitarisme socialiste. L’antiaméricanisme est globalement bien plus bas maintenant qu’il ne le fut dans le passé, quelques self-haters persistent, mais ils sont de moins en moins nombreux.

      « Quand à l’URSS ..pfff ça date… »

      Et pourtant, les anciennes habitudes persistent, pas étonnant quand l’on voit que les leadeurs d’aujourd’hui sont les mêmes que ceux du passé en Russie. La question est de savoir pourquoi, 30 ans après, la Russie se refuse de faire repentance du communisme comme l’Allemagne, en bon pays chrétien, a fait repentance du nazisme.

      « Poutine futur impérialiste en Amérique Latine?? qui le croit? ou qui veut le faire croire… »

      Si Poutine n’arrive à rien en Amérique du sud c’est car il n’y a personne pour le suivre localement. C’est fini, tout les régimes locaux savent très bien que les USA ne leur font courir aucun danger. Les plus vociférants ne le sont que pour endormir leur population. Cuba est en pleine reddition, le Venezuela, qui a toujours fait raffiner sont pétrole au Texas, est en crise, la Bolivie et l’Équateur vivotent… Si un pays venait à déstabiliser la région par des projets fous, les autres trouveraient cela très mal venu.

      « Qui a besoin de cette image du monde bi-polaire? on trouve vite la réponse… »

      La Russie bien évidemment. Une république bananière qui se trouve avoir réussit à fabriquer des armes nucléaires. Si le hard power ne comptait plus et que l’influence d’un pays ne se définirait plus que par sa force économique et son rayonnement culturel, la Russie retournerait au stade qu’elle n’aurait jamais du quitter, celui d’un grand rien du tout à la périphérie de la civilisation occidentale.

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