Le terme « violence » utilisé à tort et à travers

Publié Par Christophe de Voogd, le dans Sujets de société

Par Christophe de Voogd.
Un article de Trop Libre

Dans le brouhaha actuel, où « tout est violence » et où toutes les « violences » se valent, le risque est grand de banaliser la violence au sens premier du terme, c’est-à-dire le déchaînement de la force destructrice contre les êtres et les biens.

« Plus dominé que moi, tu meurs ! »

La semaine passée aura vu, de la mise à sac du centre-ville de Rennes à l’annulation du concert de Black M. à Verdun en passant par la tribune contre le harcèlement sexuel et l’usage du 49-3, le paroxysme de la dénonciation de la « violence » : violences de toute nature et de toutes origines, physique, morale, « sociale », « symbolique », violence des « casseurs », de la police, de l’État, du gouvernement, des hommes, voire du « fascisme » rampant…

Ce qui d’ailleurs n’empêche pas de curieux oublis : on aura peu entendu déplorer, tant de la part de l’État que des médias, la destruction d’innombrables biens privés, pour ne rien dire des nuisances insupportables infligées depuis des semaines aux riverains de la place de la République et des centres de Rennes et de Nantes.

Mais dans ce discours à la fois si bavard et si sélectif, se donne à voir la marque vive de bien des maux français.

Les uns sont traditionnels : ainsi d’une police qui est avant tout une police d’ordre public, c’est- à dire une police d’État, chargée de protéger en priorité ses représentants et ses biens. La société passe après. Priorité qui s’accompagne paradoxalement d’une indulgence étrange du corps social à l’égard de la violence collective. La raison en est la profonde et ancestrale relation de méfiance entre Pouvoir et Société dans notre pays, une relation malsaine à l’Autorité, redoutée plutôt que respectée, subie plutôt que souhaitée, contestée plutôt que consensuelle.

Vulgate bourdivine

Autre mal, plus contemporain, celui-ci : le triomphe de la sociologie « bourdivine » dans sa vulgate « Nuit debout », où triomphe justement l’usage indiscriminé du mot « violence » dans un manichéisme simpliste « dominants/dominés ».

Confusionnisme et manichéisme où l’« absence totale de pensée » (M. Maffesoli) le dispute à la concurrence victimaire : « plus dominé que moi, tu meurs ! » Dans un pays où Max Weber semble oublié, y compris de nombreux sociologues, il n’est pas inutile de rappeler sa définition même de l’État moderne par « le monopole de la violence légitime ». Autrement dit, contrairement à tant de commentaires qui renvoient dos à dos « violences policières » et « violences des casseurs », toutes les violences ne se valent justement PAS.

Ce qui ne légitime en rien les abus de certains policiers. Leur action, en État de droit, est soumise aux principes de proportion et d’opportunité. Mais pour les casseurs (comme pour tout délinquant) il n’y a justement ni proportion ni opportunité à prendre en compte : TOUTE violence leur est interdite. Faute de quoi, la conclusion serait simple : armons-nous tous ! Et vive Trump et une NRA à la française !

Dans ce contexte, l’on reste songeur devant les déclarations gouvernementales si alambiquées, si lénifiantes et si confusionnistes : François Hollande, fidèle à son balancement rhétorique habituel, en pratiquant l’équilibre instable entre liberté de manifester et condamnation des débordements ; Bernard Cazeneuve, coutumier de l’enfoncement des portes ouvertes, en affirmant que « Nantes et Rennes n’ont pas vocation à devenir des champs de bataille » : on est heureux de l’apprendre.

La palme revient au secrétaire d’État aux anciens combattants qui voit dans l’annulation du concert de Black M. à Verdun une « violence » (encore une !). De l’autre côté, les affiches haineuses de la CGT et la rhétorique plus sophistiquée de Jean-Luc Mélenchon mettent de l’huile sur le feu. Car contrairement à tant de commentaires naïfs, le leader du Front de gauche n’a nullement « condamné » les violences des casseurs ; il en a dénoncé le caractère POLITIQUEMENT contre-productif (« ces gens servent nos adversaires ») : ce qui est fort différent.

Comme sont évidemment différentes les stratégies des uns et des autres : recherche d’un pourrissement de la part du gouvernement qui mise sur la disqualification des opposants par l’accumulation des violences de rue ; stratégie jusqu’au-boutiste de l’extrême gauche qui veut – au moins – la chute du gouvernement Valls.

Mais les deux options présentent un redoutable point commun : la politique du PIRE qui conduisit jadis Marie-Antoinette là où l’on sait. Politique qui, aujourd’hui pousse à leur paroxysme colères et clivages et qui fera demain le jeu des solutions les plus autoritaires dans un pays où les libertés, de loi sur le Renseignement en état d’urgence, sont déjà bien menacées.

  • Article publié initialement dans Atlantico le 16 mai 2016.

Sur le web

  1. Stéphane Boulots

    Le concept de violence est gauchiste par excellence.

    La frontière de la violence est une donnée subjective, pas du tout objective : chaque individu fixe une limite différente entre ce qui est acceptable pour lui et ce qui ne l’est pas, entre ce qui est déterminé comme une violence pour les autres et ce qui se l’est pas.

    La nourriture est un excellent exemple : la nourriture carnée induit forcément une dose de violence qui est plus ou moins élevée, entre l’anthropophagie et les veganes ils y a une gradation que l’esprit généralisateur à tôt fait d’assimiler à un « progrès »

    D’où toute cette rhétorique ridicule sur la hiérarchie de la violence. La définition de l’Etat monopole de la violence voulant dire que l’Etat a le monopole du progrès, que l’Etat doit être socialiste et gauchiste.

    La notion de violence pour les libéraux reposé sur deux notions : la résistance à l’oppression (l’individu est le seul déterminé à admettre la violence) et surtout la tolérance (la violence faite à soi même ne regarde que soi même, chacun est responsable d’une possible violence de sa part) qui sépare ce qui est admis et ce que l’on approuve.

    Parler de violence comme une donnée objective veut dire que ce qui est admis et ce qui est approuvé (par la majorité, oar l’élite, par la loi …) doit être identique.

    C’est la base du totalitarisme : dès que la violence devient légitime, il y a toujours quelqu’un pour en tirer profit, il suffit de savoir se mettre du côté du manche.

    1. Et-ce si compliqué?
      « Violence » est un terme juridique: « vol avec violence » (nécessairement physique contrairement à une effraction), c’est clair.
      Le reste est de la dialectique.

  2. Ce n’est pas le seul terme à être utilisé à n’importe quelle sauce :

    * aujourd’hui on est TRAUMATISE presque tous les jours
    * on est HARCELE fréquemment (notamment par la pression fiscale !)
    * sans AIDE PSYCHOLOGIQUE je crois que la population serait en déclin vu le nombre de suicides qu’on aurait à déplorer
    * la droite REACTIONNAIRE ainsi qualifiée de façon récurrente par la gauche, qui au fond est bien, elle, REACTIONNAIRE car sa population ne veut pas qu’on modifie quoi que ce soit.
    * le POPULISME, terme utilisé régulièrement par le PS à l’encontre de leurs adversaires politiques, est très bien pratiqué par le gouvernement actuel pour acheter les électeurs. N’est pas populiste celui qu’on croit…
    *….

    Médias et politiques, vendeurs de sensations pour s’attirer les bonnes grâces du peuple de base, sont absolument à vomir !

  3. Ne serait-il pas utile justement de clarifier le rôle de la police? Est-elle d’abord chargée de « défendre les institutions » (c’est-à-dire au final, ceux qui nous gouvernent) ou son rôle premier est-il de défendre les citoyens et leurs libertés fondamentales? Cette dernière préoccupation est-elle encore primordiale pour nos gouvernants, eux qui, précisément, donnent les ordres à la police? Voilà bien une question essentielle qui est posée quant à l’utilisation de la « violence légale »…

    1. La Police n’a pas comme priorité les citoyens, mais bien la protection des institutions et des élites. Quant à la défense des citoyens cela vient en dernier. Les libertés fondamentales la Police s’en moque. Elle est là pour faire respecter et appliquer la « Loi de la République » (loi votée par des élus avec un taux d’absentéisme frôlant les 90% sur certains sujets, rappel : 75% d’absents pour l’état d’urgence) avec la force « légitime » si nécessaire. Comme l’a dit Pasqua après l’affaire « Human bomb » à Neuilly : « Force est restée à la loi » ! Le dogme est : « Force DOIT rester à la Loi ! » Le terme « loi » se comprend ici comme référant à ceux qui font la loi et ceux qui l’exécutent, Le citoyen lambda même avec la Loi de son côté ne peut utiliser la force : Si le fisc devait de l’argent à un citoyen , ce même citoyen ne pourrait aller dans son centre d’impôt, alpaguer le directeur et lui mettre une dérouileé si celui-ci ne daignait pas écouter sa requête.
      La « violence légale » n’est autre que celle que pratique l’Etat, qui en tant que seul législateur s’en arrange les conditions et opportunités d’utilisation.

  4. L’auteur mentionne l’absence des médias à relater les dégradations de biens privés. Le socialisme nie le droit à la propriété privée, hors selon la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ce droit est inviolable et sacré (article 17). Quant à l’article 2 : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »

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