Financer ses études en crowdfunding ?

Publié Par h16, le dans Édito

La question est d’importance, tant ici qu’Outre-Atlantique : comment financer les études supérieures pour une quantité croissante d’individus alors que la société, se complexifiant, semble avoir besoin de toujours plus de diplômés ? Et si cette question est d’importance, c’est parce que mal répondue, elle entraîne inévitablement de mauvaises allocations de capitaux, et, plus problématique encore, la création de montagnes de dettes.

Aux États-Unis, la situation est en tout cas franchement périlleuse, voire carrément « bullesque » : les prêts étudiants étant depuis quelques années garantis par l’État fédéral, le prix d’une inscription à l’Université n’a pas arrêté de grimper, l’endettement des étudiants d’exploser et avec lui, le taux de défauts de ces emprunts :

Prêts étudiants

Prêts étudiants

Pourtant, des solutions innovantes se dégagent progressivement, mettant en relation directe des étudiants, soucieux de trouver une source de financement adaptée à leurs possibilités, et de l’autre, des investisseurs qui recherchent un retour sur investissement ou une rémunération régulière de leur capital.

C’est ainsi qu’il y a deux ans, Upstart voyait le jour : l’idée de base consiste, comme le décrit assez bien l’article de The Economist alors consacré à l’idée, à faire valoriser son parcours d’étude et à « titriser son diplôme » ; l’étudiant s’engage à reverser un pourcentage de son revenu négocié à l’avance aux investisseurs qui auront financé ses études. Des garde-fous sont en place : s’il ne gagne pas assez, il ne verse rien, et lorsqu’il gagne beaucoup plus, le montant reversé est plafonné.

Même si elle n’est certainement pas parfaite, la solution est élégante. Mais son côté financier ne peut évidemment pas laisser de marbre l’intelligentsia française qui, à l’occasion, s’en est émue dans l’une ou l’autre colonne journalistique. C’est ainsi qu’on découvrait une « analyse » du phénomène dans Le Monde Diplomatique (oui, oui, ils existent toujours, grâce à vous et votre argent, ne vous inquiétez pas).

Bien évidemment, le Monde Diplodocus, toujours aussi embourbé dans sa doxa marxiste, persiste pendant tout son pénible article à confondre l’individu et la production de richesse qu’il est capable d’assurer : pour l’hebdomadaire gauchiste, il s’agit d’une titrisation d’un footballeur ou d’un scientifique, et non de la titrisation de ses revenus futurs ou de sa production estimée de richesse à l’avenir. Autrement dit, c’est t-absolument t-horrible et, très probablement, un nouveau début de la fin pour le capitalisme sauvage, tout ceci ne pouvant aboutir qu’à une nouvelle abomination à base d’exploitation de l’homme par l’homme et tutti frutti.

D’ailleurs, la conclusion ne laisse guère d’illusion sur l’opinion de la journaliste attitrée sur une telle solution :

pour assurer sa viabilité économique, l’université de l’Oregon aura tendance à réduire le plus possible les filières dites « non professionnalisantes » et à sélectionner les candidats selon leur potentiel non pas intellectuel, mais économique

… Parce qu’apparemment, il semble indispensable de conserver, coûte que coûte, les filières dites « non professionnalisantes », et que le système actuel, pourtant très médiocre de l’aveu de tous, ne sélectionnerait pas les candidats selon leur potentiel économique. Bah. La journaliste ne comprend manifestement pas ce qu’économique veut dire, puisqu’un sportif ou un artiste peuvent très bien trouver des mécènes ou des actionnaires sur leurs performances futures ; du reste, c’est ce qu’ils font tous, de facto, au travers des banques et même des bourses d’État puisqu’il leur faut, à chaque fois, monter des dossiers prouvant qu’ils valent bien les sommes qu’on (les banques, l’État) compte investir sur eux.

En revanche, la notion de « filières non professionnalisantes » permet de voir ce qui déclenche les petites larmes de l’auteur : snif, snif, un tel système défavorisera les filières pour lesquelles personne n’est prêt à payer, ce qui est t-abominable. Fini, les diplômes en carton sur des spécialisations à base d’air chaud et autres bricolages fumeux pour occuper des adulescents jusqu’à leur trentaine ! Vu comme ça, l’horreur prend toute sa dimension… Encore qu’à bien y réfléchir, rien n’interdit non plus d’imaginer des ONG spécialisées dans l’une ou l’autre cause obscure ou perdue demandant précisément des fonds pour financer les études de ces individus là. Titriser les études de genres, celles sur les pingouins qui meurent noyés par la fonte des glaces et autres fadaises consternantes, voilà qui aurait du panache, non ?

Mais plus profondément, la journaliste ne semble pas supporter l’idée que, justement, tout ceci permette à l’étudiant de se financer en se passant complètement de l’État. Pire : à partir du moment où sont étendues ces pratiques, la notion même d’Université ou d’École « gratuite » (en réalité, payées par tout le monde et surtout par les autres) disparaît : non seulement, on peut attribuer un coût au savoir dispensé, mais – argh, c’est t-affreux – on peut attribuer un prix à ceux qui en bénéficient.

Cela a quelques conséquences bien visibles, dont on se doute qu’elles ont été identifiées par la journaliste du Monde Diplodocus, même si c’est bien caché derrière ses billevesées narratives, et que ça l’a visiblement tout fait frémir au-dedans d’elle-même rien que d’y penser.

Ainsi, avec un tel mécanisme, le message du prix devient clair, limpide même : certaines filières attireront bien plus facilement les capitaux à elles, et, par voie de conséquence, inciteront de façon assez spectaculaire les individus vers les demandes du marché (i.e. des gens prêts à payer pour). Immédiatement, les filières qui n’ont aucun débouché, ou dont la concrétisation sous forme d’un travail rémunéré représente une probabilité extrêmement faible, verront fondre leurs capitaux disponibles.

Dans ce schéma, il est probable qu’on arrêtera de voir des armées d’étudiants en lettres et en sciences humaines dont les perspectives d’emploi une fois formés sont pour le moment faibles ou nulles, et dont le gros se déverse actuellement place de la République sur le marché du travail pour finir par faire complètement autre chose que ce pour quoi ils ont suivi des études. Cela ne veut bien sûr pas dire que ces cohortes de lettrés sont inutiles pour la société, mais plus pragmatiquement que si quelqu’un doit payer pour les études de ces individus, autant que ce soit eux-mêmes au lieu, comme c’est le cas actuellement, de faire supporter le poids de leurs choix à tous les contribuables, y compris et surtout les plus pauvres.

état contrôle nourriture, monnaie, éducation, médias, santé, tout

Autre conséquence évidente : avec un tel procédé, les études pour les études, la course au diplôme et la diplômosclérose qui touchent la France sont directement attaqués à la base. Est-ce réellement un mal ? Manquer de financement pour l’ENA qui a produit un nombre assez consternant de branlemusards coûteux, est-ce bien catastrophique ?

Enfin, on ne peut que souligner la position pour le moins étrange de l’article qui semble comprendre tous les avantages de cette méthode, et admet sans problème qu’ainsi, on peut visiblement éviter le surendettement étudiant, mais n’en conçoit pas moins une aversion pour cette horrible marchandisation des études. Gasp ! On met un prix sur des individus, c’est trop t-atroce !

Pourtant, le système actuel a amplement démontré tout son côté inhumain : si, en France, le problème du surendettement étudiant n’a pas atteint les proportions américaines, il n’en reste pas moins prégnant. En témoignent les campagnes d’information/propagande régulières mettant en exergue ces étudiants accumulant les petits jobs au détriment de leurs études pour parvenir à les payer ou à se loger. Et je n’aborderai pas les dérives prostitutionnelles évidentes qu’on nous jette à la figure dès que l’occasion se présente.

Autrement dit, tout indique qu’en se passant de l’État et en « titrisant les études », on résout à la fois le problème de financement de celles-ci et de l’Université en général, qu’on évite aussi l’écueil du surendettement voire de la prostitution estudiantine, qu’on resynchronise les formations universitaires avec les demandes du marché…

Mais non, décidément non, ce n’est pas suffisant puisque, voyez-vous, il y aura toujours un étudiant dans une filière « non professionnalisante » qui ne trouvera personne pour payer son bidule pan-cosmique en syntonisation avec Gaïa.

Sur le web

  1. On peut moquer un confrère sur un ton pédant,

    il n’en reste pas moins que le système de financement en place au Etat Unis, plus libéral que Marxiste, est catastrophique,
    la concurrence entre grandes écoles entraîne des surtoûts (boulémie d’infrastructures sportives et culturelles pour attirer les étudiants, budgets com. pharaoniques…),
    Les banquiers qui gèrent les prêt étudiants pourront trouver toutes les rustines pour limiter la casse, le système va droit dans le mur.

    J’entends tout à fait que le fait de payer ses études responsabilise les étudiants, et rapproche l’université du marché du travail.

    Le problème, est que ceux qui ne sont obligés de travailler en extra pour financer les études ne peuvent pas en même temps suivrent des études sérieuses
    (personne ne peut faire une prépa ou autre école costaud avec un travail à mi-temps derrière).

    Il existe d’autres moyens pour responsabiliser les étudiants : bourse de mérite, examen ou contrôle continu avec tarif en fonction, et d’autres pour rapprocher les entreprises.

    Ensuite, moralement, si on est libéral, qu’on ne voit aucun problème à considérer la vie comme une compétition sportive avec un état arbitre,
    comment peut-on concevoir que des jeunes qui entrent dans la compétition soient déjà chargé d’un boulé au pied (leur dette), dont le poids dépend aussi de
    ce que les parents auront bien pu mettre pour alléger le fardeau (comme mérite et libre choix, on a vu mieux).

    Après les subprimes, faudra t-il attendre l’éclatement d’une bulle étudiante pour que certains dogmatiques rentrent un peu dans l’autocritique ?

    1. tigrou555 : encore faudrait t’il que les dits parents aient eux même fini de payer leurs propres études …..

    2. P.L.jesuisunhommelibre

      Si vous lisez bien le texte de h16, vous comprenez que c’est la garantie de l’état qui provoque l’augmentation constante du prix des études. Et que cette solution est justement une façon de pallier cette dérive.

      Peut-être est-ce une très mauvaise solution, mais les solutions actuelles ne sont pas très bonnes non plus. Il est donc important de tenter d’autres manières de faire, de tester, d’innover. Et ça, l’état en est par essence incapable. Ce qu’on appelle le marché, c’est l’ensemble des décisions des individus concernés, c’est le parangon de la démocratie, tout autre autorité est nécessairement moins démocratique.

      Vous dites que ceux qui travaillent pour financer leurs études ne peuvent pas poursuivre d’études sérieuses. L’expérience évoquée dans cet article est justement une réponse à cela. Vous devriez relire l’article en oubliant les piques à l’encontre du Monde Subventionné. Elles ont obscurci votre cerveau.

      1. h16h16 Auteur de l’article

        « Si vous lisez bien le texte de h16 »
        Allons.
        S’il avait lu le texte, il ne sortirait pas son chapelet d’âneries.

        1. Oh, mais je vous ai bien lu môsieur je sais tout. Vous présentez ça comme le Graal, mais le crowdfounding est juste un moindre mal, ce n’est qu’une rustine.

          C’est le système de prêt qui est à revoir. Faut pas s’étonner que les américains n’arrivent plus à payer leurs dettes et que des bulles éclatent, si avant même de faire leur crédit maison, ils sont déjà endettés jusqu’au cou.

          Et quel gachi pour pas mal de potentiels jeunes entrepreneurs endettés, pour qui les banquiers ne feront jamais de prêts avec de pareils passifs.

          Faut pas s’étonner que la jeunesse étudiante américaine vote Sanders à 60%, malgré sa démagogie, ça révèle quand même un malaise.

          1. 1/ Ne pas confondre le comportement d’un banquier aux US et celui d’un banquier en France. En France, on ne prête facilement qu’aux personnes déjà solvables. Aux US, on prête aux personnes qui ont un projet potentiellement solvable.
            2/ Rectificatif: 60% des étudiants votant démocrates voterait Sanders… C’est très loin de représenter TOUS les jeunes (tous ne sont pas étudiants et tous ne sont pas démocrates)!

          2. Tigrou555

            Bulle de l’immo US créée par l’état US qui avait poussé les agences Fanny Mae et Freddy Mac à garantir les prêts hypothécaires à des emprunteurs non solvables. Quand ces emprunteurs sont partis en déconfiture ça a plombé tout le marché immo.

            Bulle possible des prêts étudiants créée par l’état US qui cautionne directement les prêts auprès des banques.

            Une bulle a toujours pour point de départ une mauvaise allocation d’actif créée par un organe extérieur au marché. Le marché seul ne crée pas de bulles sauf quand n’ayant plus confiance dans la monnaie il essaie de trouver des palliatifs.

            Concernant les prêts : un emprunt de $50,000 pour faire des études ça se rentabilise sur 30 ans d’activité et ça représente, intérêts compris à, 4%, moins de $230 par mois en remboursement ($140 hors intérêts). Si vous faites des études pour $50,000 et que ça ne vous fait pas gagner $230 de plus par mois, faites du macramé.

    3. Catastrophique aux US, où les « bénéficiaires » créent plein d’entreprises, deviennent milliardaires, etc. Catastrophique au Kenya, au Malawi, en Afrique du Sud, au Kyrgyzstan, au Paraguay, au Cambodge, en République Dominicaine, au Pérou, au Tajikistan, au Ghana, etc., où des jeunes sortent chaque jour des bidonvilles pour aller dans des écoles grâce à de tels prêts. Le principe du prêt permet justement que l’étudiant n’ait pas à travailler au-delà du raisonnable pour financer ses études, et celui du crowdfunding que l’emprunteur ne soit pas à la merci d’une institution bancaire déshumanisée.

    4. « Le problème, est que ceux qui ne sont obligés de travailler en extra pour financer les études ne peuvent pas en même temps suivrent des études sérieuses »
      Complètement faux. C’est plus difficile seulement. Je connais deux personnes qui ont financé leurs études de médecine de A à Z en travaillant en parallèle.
      Quant à la bourse « au mérite », laissez-moi rire: c’est impossible en France: seules les bourses « de justice sociale » sont admises.

    5. « la concurrence entre grandes écoles entraîne des surtoûts (boulémie d’infrastructures sportives et culturelles pour attirer les étudiants, budgets com. pharaoniques…) ». Et merde, ils ont des amphis neufs, des bibliothèques neuves et des stades magnifiques! La concurrence, quand même, ça me fait vomir.

      1. Vous avez dit concurrence ? Ne serai ce pas un monopole de riche plutôt ? Dans votre système on ne récompense pas la réussite mais le fait d’être née par qui il faut.

        Après si on suppose que l’héritage est le credo du libéralisme, la majorité des gens ne seront jamais d’accord avec vous.

    6. Tigrou555
      L’état arbitre : vous en avez d’autres des comme ça ?

        1. Essayez de comprendre ce que vous lisez : l’article que vous citez dit que l’état suisse est arbitre et joueur à la fois (juge et partie).
          Et l’article se finit par : « Cette remise à plat est un préalable à une saine remise en question de l’implication de l’État dans certains secteurs économiques en tant qu’acteur du marché plutôt qu’arbitre. »

          Les auteurs sur CP expriment des opinions sur des sujets d’actualité. Les solutions ponctuelles évoquées (dans le cas suisse) ne sont souvent que des pis-aller en rapport avec des situations particulières (état étant acteur historique du marché). C’est d’ailleurs écrit « préalable ».

  2. Ça a l´air vraiment bien Upstart. Encore une bonne raison pour aller vivre aux US :o)

  3. Bonjour H16,
    Cela fait longtemps que je vous lis, mais j’aurais une question sur cet article. Dans le monde anglo-saxon, beaucoup de gens font des études dans des domaines comme les lettres ou l’histoire avant de rentrer dans la banque (ceci est un exemple pour dire que les études ne sont pas forcément corrélées au travail final). Ici ce qui compte c’est d’avoir une tête formée permettant la réflexion, la rapidité d’analyse etc… Je tiens à dire que l’idée d’upstart est très intéressante et rend indépendante les individus. Pensez-vous que le marché va abandonner ces formations « alternatives » qui certes ne débouchent pas sur un métier concret mais qui peuvent former quand même des individus au travail ?

    1. h16h16 Auteur de l’article

      « Pensez-vous que le marché va abandonner ces formations « alternatives » »
      Non, pourquoi diable ? Il y a toujours eu des mécènes et des marchés de niche.

    2. A vue de nez, il y a une chance sur 10 que le marché dévalue ces formations alternatives, une sur 10 qu’il les valorise mieux au contraire, et 8 sur 10 pour qu’il se fixe sur autre chose. Quand vous êtes un recruteur, en France, vous voyez les études non-corrélées au domaine de travail comme un facteur de risque de lacunes dans les pré-requis indispensables, mais ça c’est à cause du système éducatif public français. Toute divergence est suspecte d’y cacher une tromperie. Mais ensuite, entre les candidats disposant de ces pré-requis, vous allez juger, comme à l’étranger, sur l’ouverture d’esprit, la variété des expériences, etc.

  4. Et contrairement aux banques, un investisseur fera profiter l’etudiant de son experience, de ses conseils et de son carnet d’adresse

  5. je ne vois pas où est le problème , faire des études est un investissement comme les autres et ne devrait pas être obligatoire. un crédit bancaire est le plus sur pour que le risque soit pris en compte( si les banques sont des banques et pas des aspirateurs à finances irresponsables)..d’ailleurs , l’école ne devrait pas être gratuite au delà du b a ba requis minimum CM2 pour la France. surement que le rendement financier de l’université serait plus important et les filaires ‘manuelles ‘ pas squattées par des gens qui n’en ont rien a faire…mais est ce possible dans une société faisant tout pour détruire la famille et la remplacer et obnubilée par les chiffres du chômage pour une raison obscure ( ce n’est pas la quantité qui compte mais le temps passé au chômage).
    et le crowd machin chose dans tout ça ….autant mettre 5 euros dans le tronc du culte que vous préférez ou jouer au loto.

  6. ce qui me frappe , c’est la quasi impossibilité de démêler dans tout problème la part due à l’etat régulateur, mais une chose est certaine comme il y a problème est que l’etat a prétendu pouvoir le résoudre ou l’anticiper pour justifier son intervention, l’etat est en général inefficace…

    1. si on ajoute que parfois l’etat imagine qu’une chose est un »problème » , comme les inégalités diverses et variées ça conduit à une volonté de l’état de tout contrôler de proche en proche

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