Sondage : les « remparts » contre l’extrême-droite se fissurent

Publié Par Contrepoints, le dans Politique

Par la Rédaction de Contrepoints.

Une analyse du 13 mai 2016 de l’IFOP1 souligne l’affaiblissement des remparts contre l’extrême-droite, traditionnellement représentés par les milieux favorisés et diplômés, suite aux attentats de l’année 2015.

Les remparts à l’extrême droite

À la suite de nombreuses enquêtes d’opinion, d’entretiens, et au regard des données électorales, il apparaît que les orientations politiques des milieux favorisés et des personnes diplômées ne vont pas aux extrêmes. Ces personnes seraient donc une catégorie rempart contre la dérive frontiste, l’extrême-droite étant la première représentante des radicalités en France.

Au fil des événements terroristes et du traitement médiatique et politique anxiogène qui en a été fait, elles sont pourtant tout aussi susceptibles que d’autres de remettre en cause leurs valeurs au profit du Front National.

Un climat médiatique et politique anxiogène

Il semble qu’en 2015, le terrorisme se soit intégré au bruit de fond de la vie quotidienne. Entre 2001 et 2011, 50 à 60% des Français considéraient la menace terroriste comme forte. Cette proportion était de 80% à la veille des attentats de Charlie Hebdo et de 98% au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, un niveau jamais atteint. C’est à ce moment là que le ton belliciste apparaît dans les médias comme dans la classe politique. Il renforce le sentiment de vivre dans un pays en guerre. Le virage sécuritaire alors pris par le gouvernement rencontre une forte adhésion puisqu’en novembre, plus de 90% des personnes interrogées se disaient favorables à la déchéance de nationalité pour les binationaux en cas d’actes terroristes. Quelques mois plus tard, l’aspiration à plus de sévérité restait très forte.

Les auteurs de l’analyse soulignent par ailleurs que la multitude de perquisitions administratives ont laissé préjuger de la présence d’individus radicalisés dans des territoires insoupçonnés, accréditant la thèse d’une menace omniprésente, en dépit des résultats modestes des perquisitions. De même, l’existence, vérifiée ou non, d’individus radicalisés au sein d’entreprises et d’organisations sensibles (Centrales Nucléaires, RATP,…) nourrit l’inquiétude de la population. La réponse d’une grande partie de la population semble être une réaffirmation des principes de la laïcité puisque 84% des Français estiment qu’elle est un élément important pour l’identité de la France et 81% d’entre eux jugent qu’elle est menacée, contre 58% en 2005.

Le rempart républicain se fissure

L’extrême-droite semble être bénéficiaire de ce contexte, en témoignent les scores élevés du Front National aux régionales de 2015, qui ne lui ont permis d’accéder à aucune région qu’en raison d’un front républicain suffisamment suivi par les électeurs. Bien plus dure, la recrudescence d’actes anti-musulmans semble valider cette tendance. On se souvient notamment des violences à Ajaccio en décembre 2015.

Pour autant, l’amalgame entre musulmans et terroristes est réprouvé par 67% des Français et l’identification de chacun, immigré ou non, aux victimes des attentats du 13 novembre 2015, a tendu à faire drastiquement baisser le nombre de cas d’apologie du terrorisme portés à la connaissance des parquets.

Les auteurs notent que l’État Islamique entretient une confusion entre guerre classique en Syrie et terrorisme par attentat suicide en France. Cette confusion est de nature à semer le trouble dans la population. De fait, le discours du Président François Hollande au Congrès de Versailles, l’agression de centaines de femmes à Cologne ou encore les départs de citoyens Français pour la Syrie sont de nature à fortement corréler la dramatique situation syrienne avec la menace d’attentats en Europe, pourtant bien plus ponctuelle. Ainsi, la demande pour une réponse musclée semble de plus en plus forte en particulier chez les cadres supérieurs et les diplômés, traditionnellement plus réfractaires aux idées de l’extrême-droite. Dans ce contexte, les auteurs soulignent qu’une troisième vague d’attentats pourrait avoir des effets délétères sur les principes d’ouverture et de tolérance qui habitent les personnes représentant ce rempart.

Quelles responsabilités et comment sortir de cette situation ?

«La France est en guerre». Ainsi débute le discours de François Hollande devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles le 16 novembre 2015. Les médias, les analystes, les éditorialistes et l’ensemble de la classe politique reprendront cette sémantique à leur compte pendant les semaines suivantes. Il a ainsi été bien plus facile de faire accepter l’état d’urgence et sa prolongation, en dépit des fortes limitations qu’il impose à l’État de droit. La communication semble choisie pour optimiser l’adhésion aux mesures liberticides. Par exemple, la déchéance de nationalité, mesure dont la première utilité n’a pas encore été exposée et qui était réclamée de longue date par l’extrême-droite, a rencontré un succès important auprès des Français de tous bords. Il en a été de même pour la privation préventive de liberté des fichés S.

Alors comment s’étonner ? Face à une menace bien réelle, on utilise la peur comme puissant outil de manipulation. Elle permet de faire accepter au peuple ce qu’il n’accepterait pas en temps normal. Il s’agit là d’une vieille méthode. Évidemment, les mesures proposées ne sont que le prolongement de celles qui ont permis aux attentats de se produire mais l’efficacité n’est pas en question ici. Il s’agit de donner l’impression que l’on fait quelque chose pour grappiller quelques points dans les enquêtes d’opinion, embêter la droite en faisant monter un peu l’extrême-droite et bien sûr, faire entrer petit à petit le droit des situations exceptionnelles dans le droit des situations courantes.

Il n’y a donc rien de surprenant à la montée des extrêmes et à l’adhésion à des solutions qui ne fonctionnent pas jusque dans les catégories qui y étaient les plus réfractaires. À trop vouloir utiliser les événements, on finit par en perdre le contrôle…

  1. Il est bien tard ….!!

  2. « Au fil des événements terroristes et du traitement médiatique et politique anxiogène qui en a été fait »
    C’est vrai 130 tués à la mitraillette, 350 blessés, c’est un « détail »… aucune raison de s’inquiéter. Les médias et les politiques auraient dû positiver…

    1. Ce n’est pas la première vague d’attentat que subit la France, et même si c’est l’acte terroriste le plus sanglant qu’est connu la France si l’on excepte le terrorisme d’état, la façon d’y répondre est totalement inappropriée.
      En cas d’attaque terroriste c’est au gouvernement de faire preuve de sang froid quand le peuple se sent menacé, mais notre gouvernement a perdu ses nerfs à l’image d’un premier ministre qui ne sait manier que le verve sans jamais le moindre acte tangible derrière, et il est maintenant prisonnier de ses propres manœuvres politiciennes dans le but d’instrumentaliser l’horreur et l’effroi qu’ont engendré les attentats de janvier et de novembre pour en tirer un bénéfice électoral.
      Si le gouvernement était inquiet après les attentats ce n’était pas pour le peuple, mais pour lui même et toutes les mesures qui ont été prises ne l’ont été que dans le but d’asseoir encore plus son pouvoir sur le peuple avec des médias complices qui jamais n’ont fait leur travail sur les conséquences de l’instauration de l’état d’urgence et le bilan des perquisitions administratives dont seulement 1% ont aboutit à une mise en examen pour des faits de terrorisme.

      1. Aucun gouvernement n’est inquiet du terrorisme. C’est au contraire une aubaine inespéré pour eux, leur bouée de secours pour maintenir la propagande étatiste à flot après l’échec du socialisme au 20e siècle. Le 21e siècle devait être le siècle de la liberté, ce sera celui de la « lutte antiterroriste »…

        1. Quand vous voyez la tête de Hollande dans les tribunes du Stade de France parler d’inquiétude est un minimum.
          La façon dont ils ont géré la chose et le degré d’impréparation des réponses à apporter montre bien qu’ils ont agit sous le coup de la peur et que ceux qui aurait pu être une aubaine pour eux c’est retournée contre eux.

    2. « c’est un « détail » »

      Statistiquement, c’est un détail.

      Si on ne parlais pas des attentas terroristes, il n’y aurait jamais d’attentat terroriste. Ce serait bien évidemment une censure non acceptable, mais la contrepartie est que l’on doit admettre et accepter que l’information peut avoir tendance à générer les évènements et l’information. Il y a pas mal de choses qu’on doit accepter sans se voiler la face : ces 130 morts sont le prix à payer pour la liberté de la presse.

      Vu le prix élevé, le moins que l’on peut demander à la presse est de ne pas en faire ses choux gras en tombant dans le sensationnalisme. Si certains journalistes avait 2 sous de morale, il y a bien des informations secondaires qui peuvent être différées et ne méritent pas d’être mises en avant. Mais avec des « si », on mettrait Paris en bouteille …

  3. Les mouches n’ont pas fini de changer d’âne…

  4. « Il s’agit de donner l’impression que l’on fait quelque chose pour grappiller quelques points dans les enquêtes d’opinion, embêter la droite en faisant monter un peu l’extrême-droite et bien sûr, faire entrer petit à petit le droit des situations exceptionnelles dans le droit des situations courantes. »

    C’est tellement désespérant. Quand j’ai vu Hollande élu, je me suis dit qu’après la catastrophe socialiste qui va suivre les gens ne pourraient simplement pas souhaiter autre chose que la liberté en 2017. Il semble que les communicants ont trouvé une bouée de secours et que la demande de plus d’état ne fait que progresser.

  5. « qui sème le vent récolte la tempête »…

  6. Difficile de ne pas être d’accord avec voyd

  7. La rhétorique qui taxe le FN d »extrême droite » par l’ensemble de ses opposants commence à être lassante et de mauvais goût; je vois un parti patriote ou nationaliste si vous voulez.
    La qualification d »extrême » est une ficelle trop grosse, vaine tentative de décrédibilisation de tous ceux qui s’accrochent au pouvoir actuel (malheureusement grandement corrompu) et à leurs avantages.

    1. « La rhétorique qui taxe le FN d »extrême droite » par l’ensemble de ses opposants commence à être lassante et de mauvais goût… »

      Et surtout, elle définit extrêmement mal ce parti national-socialiste.

      1. 49-3 shades of marxism ?

      2. … qui pourrait tout aussi bien si ce n’est mieux être défini comme étant d’extrême gauche.

        1. je ne crois pas , opportuniste du point de vue économique, mais foncièrement anti liberté individuelle, comme l’extrême gauche marxisante..

  8. Désolé mais la seule idée que je partage avec notre pseudo président est bien le fait que notre pays est en guerre :

    * guerre exportée des pays que nous prétendons avec arrogance expurger de leurs djhadistes et dont les résultats nous ont amené les actes terroristes que nous avons connus.
    * guerre économique et sociale via la loi travail et autres joyeusetés aussi débiles (ce n’est pas moi mais certains médias qui commencent à évoquer des scènes de guérillas).
    * guerre de la communication pré-électorale mise en œuvre par le même illuminé qui prétend nous gouverner.

    Je crois qu’en fait peu d’entre nous comprend le sens de l’action (d’ailleurs agit-il ?) qui est menée car en réalité « ça va mieux »…..

  9. Malgré l’offensive général contre ce que les médias et les politiciens appellent l’extrême droite, ce bourrage de crâne marche de moins en moins. le rempart se fissure…. et ce front républicain marchera-t-il encore lors du deuxième tour de la présidentielle ? pas si sûr.

  10. « Bien plus dure, la recrudescence d’actes anti-musulmans semble valider cette tendance. On se souvient notamment des violences à Ajaccio en décembre 2015. »

    Voila une analyse guère convaincante… Utilisation d’adjectifs hors de mesure, de stats partisanes, d’à peu près dans l’équivalence, et de confusions.

    Un peu comme Gilles Kepel qui met au même niveau, pour les jeunes, le vote FN (un acte non violent) et le départ en Syrie, plutôt qu’avec les zadistes par exemple. Un choix parfaitement idéologique.

  11. Article très juste sur le coté anxiogène voulu du pouvoir et ses conséquence liberticide mais quelques remarques:

    -Vous auriez intérêt à creuser un peu ce qui s’est passé en Corse …

    -La decheance de nationalité n’a rien de liberticide mème si la manière comme elle a été envisagé est une connerie … mais ça reste une idée intéressante à creuser, pourquoi par exemple vu le manque de places en prison, ne pas expulser tous les prisonniers bi-nationaux et etranger coupables de faits graves (je ne parle pas de fraude au ticket de bus et vente de drogue mais les vrais indésirable: cambrioleurs / violeurs / acte de violence …)
    J’ajouterais qu’il faut faire de même avec tous les étranger avec Visa / clandestins / demandeurs d’asile (ainsi que ceux qui l’ont obtenu) …
    Cela siphonnerait très fortement le FN.

    Sur le fond … le front national-socialiste est peut-être un passage que l’on devra se farcir pour rebondir vers ce que l’on a jamais essayé: le liberalisme … et si je votais j’aurai bien du mal à jouer le front republicain en 2017 … car voter pour l’UMP ou le PS , c’est remettre une jeton dans la machine infernale …

  12. Il n’y a jamais eu de  » virage sécuritaire « : ce n’est que de la comm. Le plan vigipirate est une fumisterie, les zones de non droit sont toujours là, les armes n’ont pas été récupérées, des rues sont toujours bloquées le vendredi après midi pour la prière, les mafias prospèrent etc….Les Français plus éduqués commencent juste à se rendre compte du décalage entre le discours et la réalité.L’impuissance de l’état apparaît pleinement et la droite semble incapable de proposer un plan digne de ce nom.Il est donc naturel que le FN , qui lui a eu un langage de bon sens sur plusieurs sujets,récupère des voix. ce n’est pas une question d’extrême ni une question de gauche ou droite. Le matraquage médiatique se fissure et la perte de confiance s’installe.Si le FN adoptait un programme économique plus libéral et plus raisonnable il remporterait la mise car il serait la seule alternative ( puisque ni le PS ni LR ne veulent faire le bon diagnostic et proposer des solutions pertinentes).

  13. Question :
    Quels sont les critères objectifs qui vous permettent de classer le FN à l’extrême droite ?
    Éléments de réponse :
    A ma connaissance, extrême droite et extrême gauche peuvent être caractérisées par les traits suivants :
    – mépris pour la démocratie et le pluralisme
    – refus de la loi de la majorité
    – préférence pour la conquête et le maintien au pouvoir par la violence
    – primat du groupe ou collectif sur l’individu.
    Comme le groupe est une entité fictive, toujours dominée dans les faits par des individus, on y retrouve naturellement le culte et la soumission au « chef ».
    La différence réside uniquement dans les objectifs affichés : égalité de résultat ou prétendue « justice sociale » à l’extrême gauche, grandeur de la nation à l’extrême droite, ces objectifs n’étant bien entendu jamais atteints.
    Jusqu’à preuve du contraire, le FN de Marine Le Pen ne présente aucun des traits énoncés alors qu’on les retrouve aisément dans d’autres mouvements, principalement à gauche, y compris celle dite « modérée ».
    – mépris pour la démocratie et le pluralisme :
    il suffit de constater la mainmise de la gauche sur les médias et l’éducation, le lynchage médiatique des « mals pensants », les magouilles pour rester au pouvoir coûte que coûte, le refus de céder la moindre place à un parti majoritaire aux élections régionales
    – refus de se plier à la loi de la majorité :
    « luttes » syndicales violentes visant à obtenir par la force ce qu’ ̀on n’a pas pu obtenir par les urnes
    – préférence pour la conquête et le maintien au pouvoir par la violence :
    « luttes » syndicales violentes visant l’établissement de situations insurrectionnelles propices à une prise de pouvoir sans passer les urnes
    – primat du groupe ou du collectif sur l’individu :
    restrictions constantes des libertés individuelles via la taxation, la règlementation à tout va, les interdictions en tous genres, la surveillance des citoyens, la création de délits de mal penser …
    – culte du « chef » : adulation de Chavez.

  14. Je doute que l’on puisse lutter contre « l’extrême »-droite sans lutter contre les autres extrémismes : extrémisme néocommuniste, extrémisme écologique, extrémisme bisounours – et la liste est infinie … Et encore moins quand on en fait une tactique électorale.

    Profiter de l’accès au pouvoir pour imposer ses volontés, alors qu’elles ne représentent pas un consensus clair, comme l’a fait le PS tout en mettant sous le tapis les préoccupations (fondées ou pas) d’une large partie de la population n’est pas une méthode valable pour gouverner sur le long terme. Les clivages créés par cet extrémisme qui se flatte souvent de « volontarisme politique » ne peuvent qu’engendrer des contre-réactions. J’ai été abasourdi par la manière dont les espagnols avaient retourné leur veste sur la question de l’avortement par exemple.

    A force de manipulations, de bourrage de crânes, de coercitions, de bricolages et d’expériences malheureuse, l’opinion publique devient schizophrène : elle veut le libéralisme sans renoncer à l’étatisme, la justice mais limitée au bénéfice des clans, la sécurité sans contraintes, les contraintes mais dans une liberté absolue. Faute de pouvoir rejeter les politiciens incapables, corrompus ou jusqu’au-boutistes, on en arrive à mettre en place ceux dont en fait on ne veut pas – tout en s’imaginant naïvement qu’ils sont différents. Est-il normal pour les Autrichiens de devoir choisir entre un leader écologiste et un leader d’extrême droite ? L’avenir d’un pays se résume-t’il à savoir si on est plus peur des étrangers ou de la technologie ?

  15. Il n’existe aucun parti d’extrême-droite pour la bonne raison que La Droite s’avère inexistante en FRANCE !
    Le FN est de la gauche-extrême tandis que les UmpUdiques ne sont que de gauche .
    Ce clivage artificiel sert de paravent à la médiocrité des poly_tiques …

  16. Le FN est tout aussi laxiste que les autres.Regardons plutot Singapour ou la Malaisie ou si on veut des solutions encorplus radicales l’Arabie Saoudite…Et la on pourra parler de fermeté…

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