Dalton Trumbo : un communiste héros d’un film libéral ?

Publié Par Alexis Vintray, le dans Cinéma, Pushmobile

Par Alexis Vintray.

L'affiche du film Dalton Trumbo

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Attention, spoilers.

Dalton Trumbo, une vie hors du commun bien retracée par Jay Roach

Dalton Trumbo est, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’un des scénaristes les plus respectés de Hollywood, nominé pour un oscar du meilleur scénario en 1941. 

Communiste, il est aussi un membre du Parti Communiste américain (PC USA) entre 1943 et 1948. En octobre 1947, en pleine Peur Rouge (Red Scare), la commission des activités antiaméricaines (HUNAC) chasse les communistes et l’interroge en audition publique pour savoir s’il est adhérent du Parti Communiste. Son refus de répondre lui vaut sa place parmi les Dix d’Hollywood qui tous refusent de répondre.

Cela vaut à Dalton Trumbo un an de prison et son inscription sur la liste noire de Hollywood ce qui lui interdit de travailler dans le cinéma, comme des centaines d’autres à Hollywood durant la vingtaine d’années au cours desquelles la liste noire reste active. On suit la descente aux enfers de Dalton Trumbo, joué par Bryan Cranston, et de sa femme Cleo, jouée par Diane Lane, pourchassés par Hedda Hopper, incarnée par l’excellente Helen Mirren.

Comme le film le retrace non sans talent, Dalton Trumbo réussit néanmoins à continuer d’écrire des scénarios à grand succès sous prête-noms, comme Vacances Romaines, Spartacus ou encore Exodus, remportant, par deux fois !, l’oscar du meilleur scénario, en 1954 et 1957.

Ses succès alors qu’il était blacklisté jouèrent un grand rôle dans la fin de la liste noire d’Hollywood : la décision de Kirk Douglas de braver la censure et de mettre, avec succès, le vrai nom de Dalton Trumbo comme scénariste de Spartacus au lieu d’un prête-nom révélèrent au grand jour la vacuité de la censure et précipita sa fin.

Les lourds dégâts de la ségrégation d’État

Dalton Trumbo est avant tout une dénonciation vigoureuse des dégâts de la censure culturelle encadrée par l’État américain dans le contexte de Peur Rouge des années 1940 et 1950. Chômage, divorce, mort, maladie, rien ne fut épargné à ceux que l’on soupçonnait, à tort ou à raison, de vouloir corrompre le modèle américain par le cinéma. Une persécution retracée sans pathos par Jay Roach.

Mais c’est aussi le cinéma américain qui en pâtit, en faisant fuir Charlie Chaplin, Orson Welles ou Bertolt Brecht, privant Hollywood de probables nombreux succès.

Le film souligne aussi l’inefficacité totale de la Commission des Activités Anti Américaines à Hollywood, qui ne parvint à y démasquer « aucun complot, aucun espion ». Ça vous rappelle l’état d’urgence ? C’est normal…  Alors que Donald Trump nous promet des pratiques proches du maccarthysme contre les musulmans ou les Mexicains, le rappel sur la dangerosité et l’inefficacité de telles mesures est bienvenu.

Le marché, solution aux injustices

Au fond du gouffre, si Dalton Trumbo réussit à émerger, c’est grâce à l’action des frères Kozinsky (King Brothers Productions), qui, en connaissance de cause, lui confièrent de nombreux scénarios à écrire sous faux nom, pas par amour du communisme ou par sympathie pour sa cause mais pour la pure recherche du profit ainsi que Jay Roach le souligne explicitement dans son film.

Si Dalton Trumbo arrive à faire tomber la liste noire, c’est que des réalisateurs comme Otto Preminger (Exodus) ou des producteurs comme Kirk Douglas et les frères King ont bien compris que la liste noire n’était pas dans leurs intérêts économiques. Comme pour le racisme, le marché est la meilleure solution face aux injustices, l’intérêt bien compris de chacun étant de ne discriminer personne, faute de perdre des talents ou des clients. Belle démonstration pacifique que celle-ci.

Tous les communistes étaient-ils innocents ?

Nonobstant cela, on peut aussi se demander dans quelle mesure cette Peur Rouge (Red Scare) était justifiée1. À en croire le film Dalton Trumbo, tous les protagonistes communistes présentés dans le film étaient de doux rêveurs innocents. Et ceux cités dans le film semblent l’avoir été en effet, nonobstant leurs idées communistes dont on connait les dégâts qu’elles ont causés dans le monde.

Dalton Trumbo pèche singulièrement par omission, en ne mentionnant pas les cas, réels, d’espionnage communiste aux États-Unis, comme Julius Rosenberg2, Morton Sobell, Aldrich Ames ou John Anthony Walker et ceux qui furent identifiés par le Projet Venona.

Aussi exagéré qu’ait été le MacCarthysme et condamnable ses violations de l’état de droit, on ne peut ignorer la menace réelle soviétique à l’époque. À passer cela sous silence, Jay Roach oublie de façon singulièrement partiale une part essentielle de l’affaire.

Le film n’en reste pas moins un excellent moyen pour différencier conservateurs et libéraux, et pour rappeler que l’État de droit n’est pas une valeur négociable…

À lire aussi :

  1. La peur, pas les mesures prises
  2. Espionnage confirmé par les archives soviétiques alors que son épouse aurait été innocente
  1. Perso, j’ai du mal à plaindre les communistes victime du maccarthysme pour la simple et bonne raison que par tout ailleurs à commencer par la France, ce sont eux qui ont fait la même chose que Mac Carty à savoir persécuter et diaboliser leurs adversaires notamment au nom de l’antifascisme. Dès qu’ils ont le pouvoir et je ne parle même pas d’avoir le pouvoir politique mais du pouvoir intellectuel (comme cela a été dans pas mal de pays européens comme en France ou en Italie), ce sont les premiers à être intolérants et à se livrer à des chasses de sorcières. Et quand ils ont le pouvoir politique, là ils procèdent à l’exécution de leurs adversaires (réels ou imaginaires vu leur paranoia ils ont tendance à s’inventer des adversaires).
    D’ailleurs, aujourd’hui, aux USa, il y a une sorte de maccarthysme (à un degré moindre) de la part des progressistes contre les conservateurs. Il suffit de voir que certains procureurs démocrates veulent mettre en prison les climatosceptiques. On pourrait aussi parler du mariage homosexuel: les progressistes veulent mettre en prison certains opposants (notamment le cas d’une greffière et d’un coupe de patissiers). Je ne sais plus dans quel état américain, le président de la cour suprême de l’état a été suspendu pour s’être opposé au mariage gay.

    Le maccarthysme est l’un des rares cas où l’on a vu une répression intellectuel, médiatique,…contre le camp des progressistes dans une démocratie occidentale (j’exclue tout les cas des régimes dictatoriales). D’habitude, c’est toujours l’inverse c’est les progressistes qui pratiquent du maccarthysme sous l’excuse de l’anti racisme, de l’antifascisme

    1. Avertissement avant modération : les commentaires à l’orthographe insuffisante seront désormais rejetés.

      ?aisonner de cette manière et foncièrement débile et contre-productive , c’est donner le bâton pour se faire battre: vous considérez que les progressistes imposent leur dictature intellectuelle donc pourquoi les conservateurs ne devraient pas faire la même chose? Mais dans quelle monde vit-on sérieusement la hauteur d’esprit devient une ressource rare de nos jours…

      1. Je n’ai jamais dit que les conservateurs devaient imiter les progressistes. Simplement que je n’avais absolument aucune compassion pour les progressistes victimes du maccarthysme car ils sont les premiers à faire la même chose.
        Vous feriez bien de lire attentivement les commentaires avant d’y répondre

  2. Avertissement avant modération : les commentaires à l’orthographe insuffisante seront désormais rejetés.

    La fin de l’article laisse songeur, d’en n’importe quel autre pays on parlerai de dictature de totalitarisme etc, pourquoi chercher à minimiser ou à relativiser de manière habile et sournoise le maccarthysme sous prétexte de la menace soviétique: alibi faible et inquiétant qui finit par justifier tout et n’importe quoi.
    Comment peut on se revendiquer leader du monde libre et envoyer des personnes en prison pour leur idées? La menace soviétique elle a bon dos, dans le même registre je peut vous justifier toutes les dernières lois de sécurité intérieure prises ces dernières années pour le bien être de la nation et la sécurité du peuple français.
    Toujours cette manie de relativiser l’état de droit sous le prétexte de la défense d’idéaux.
    Et invoquer le marché est bien cynique d’ autre part: si je comprend bien le réalisateur n’aurait pas fait de film qui rapporte du profit et vont donc dans l’intérêt d’hollywood il aurait continuer à croupir en prison? Au delà de l’aspect utilitariste le maccarthysme n’était il tout simplement pas à combattre car fondamentalement hostile au principe de la philosophie libérale et de ses principes?
    Etre libéral c’est quand même accepter que le cinéma qu’on fréquente diffuse les pires scènes de propagandes telles quelles soient non?

    1. Vous avez manifestement lu de travers l’article

    2. « de dictature de totalitarisme » vous savez pas ce que veut dire totalitarisme. Il faut arrêter de confondre autoritarisme et totalitarisme. Il y a eu pas mal de régimes autoritaires mais très peu de régimes totalitaires (seulement trois les régimes communistes ,nazis, fascistes).
      Est relativiser le maccarthysme que d’expliquer pourquoi il a existé ? Drôle d’interprétation

      1. Merci mais je connais parfaitement la différence entre les deux.Mon propos ne porte pas là dessus et quand je vois les 3/4 des commentaires sur des articles traitant de politique intérieur et parlant de dictature à tous va tel h16 ça me laisse pantois… ou hilare

    3. De la même manière qu’on peut se déclarer patrie des droits de l’homme est pactiser avec les pires dictatures

  3. Vous oubliez Jhonny got is gun

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