Découvrez le cœur battant de la civilisation, l’échange !

Par Daniel Bier.

L’institut de l’énergie de l’UCL (University College London) a créé une extraordinaire carte animée du transport maritime mondial, traçant la position, la vitesse et la route de chaque navire transportant des marchandises dans le monde entier pendant une année. Vous pouvez jouer avec la carte pour montrer les navires un par un ou les routes par type de cargaison : gaz, liquides, matières premières, voitures et navires porte-conteneurs.

À un moment donné, des dizaines de milliers de navires de commerce (certains longs de plus de 400 mètres) transportent 14 millions de conteneurs, 60 millions de mètres cubes de gaz et 10 000 millions de tonnes de véhicules sur la mer. Au total, 11 milliards de tonnes de marchandises circulent par voie maritime autour de la planète chaque année.

Il est impressionnant de voir ce que donne ce vaste réseau d’échanges spontanés. Même sans une carte du monde, vous apercevez clairement toutes les côtes du monde, et de nombreux canaux et rivières, nettement définis seulement par les routes maritimes.

Le plus incroyable dans cette histoire, dans cette symphonie de l’activité humaine, est l’absence de tout chef d’orchestre, nul ne planifie quoi que ce soit, aucune intelligence centrale ne dit aux gens de se déplacer de telle ou telle façon de ce point-ci à ce point-là. Et pourtant, tout fonctionne : des millions de personnes coopèrent les unes avec les autres à travers des milliers de miles de routes et de fleuves, dans les airs ou sur les mers, en dépit des différences de religions, d’idéologies, de langues, et d’objectifs. Et grâce à cela, nous obtenons les choses que nous voulons et dont nous avons besoin tous les jours.

L’exploitation minière, la fabrication, la transformation, la production, la vente au détail et la consommation des biens qui sont à l’origine des centaines de millions de données utilisées dans cette carte UCL résultent d’innombrables milliers de milliards de minuscules décisions, reliant des milliards de personnes entre elles par la magie du marché.

Comme le notait avec perspicacité Leonard Read dans son essai fameux I, Pencil (Moi, le crayon) : la petite somme que chacun de nous est prêt à dépenser pour une chose aussi banale qu’un crayon provoque une réaction en chaîne qui se propage à travers le monde, entraînant des conséquences pour les bûcherons, les mineurs, les foreurs de pétrole, chimistes, les entrepreneurs, les fabricants, les expéditeurs, les réseaux de communication, et d’innombrables autres dans des dizaines de pays ; alors qu’aucun d’entre eux ne sait ou ne se soucie que vous vouliez un crayon, qui vous permet néanmoins de disposer d’un moyen d’écriture de bonne qualité à un prix abordable quand vous le voulez.

Personne ne pourrait le faire lui-même ; nous comptons tous sur une chaîne stupéfiante de coopération volontaire, non planifiée, pour obtenir même les choses les plus simples. Vous ne pourriez pas le réaliser, même si vous le tentiez, car il est impossible de réunir tous les éléments de connaissances dispersées au sein de millions d’esprits. Le marché relie chacun de nous à ce réseau de milliards d’esprits, produisant d’innombrables éléments d’information sur des conditions, des plans et des désirs particuliers, et coordonne nos activités sans que personne ne soit contraint ou obligé de le faire ou même n’y fasse attention.

Ce réseau en constante évolution de connaissances et d’échanges de plus en plus spécialisés est la clé de la progression de la richesse, de la santé et de la prospérité de la race humaine. Malheureusement, certains regardant cette incroyable réalisation humaine n’y voient que des étrangers basanés complotant pour « voler nos emplois ».

Cette carte (et d’autres des flux commerciaux, touristiques et migratoires) nous montre le cœur battant de la civilisation mondiale. Gardons-là toujours en mémoire.

Sur le web (traduction Contrepoints)

  1. Tout à fait passionnant . Mais vous auriez dû éviter le jugement moralisateur de la fin : dans la mondialisation , il y a globalement des gagnants , mais aussi des perdants et ignorer leurs peurs et leurs problèmes d’un revers de main est un peu léger

    1. « vous auriez dû éviter le jugement moralisateur … »

      C’est surtout un peu incohérent : l’auteur en tire une conclusion partielle qui est de reprocher aux autres d’en tirer une conclusion partielle. Et on passe à côté du plus important : le nombre de liens augmente avec le carré du nombre d’individus concernés – ce qui a forcément des implications dans tous les domaines …

  2. Stéphane Boulots

    Excellent article.

    Le cœur de l’économie est l’échange, c’est l’échange qui crée la richesse, absolument pas la production, le travail ou le « capital » comme le pensent les matérialistes.

    Le travail permet d’exploiter la nature … Il développe l’écologie. L’échange permet de diminuer la dépendance en la nature et de créer des marché que la nature ne propose pas : il développe l’économie.

    Les matérialistes ne faisant pas de différence entre les deux, tournent en rond depuis des siècles en se demandant comment on peut partager la pizza, en refusant par principe dogmatique d’admettre que c’est la richesse qui crée la richesse par l’échange.

    1. Au départ est le besoin, l’envie et le soi
      ensuite le travail, la production et la transformation
      puis l’échange, l’autre, le proche et le lointain

      Y a t’il réellement une hiérarchie dans ce tout ?

      1. Stéphane Boulots

        Pas une hiérarchie, un empilement.

        Les animaux ont développé une forme d’interaction plus ou moins outillée avec leur milieu, voire une organisation collective.

        Mais l’homme a développé la capacité d’imaginer des besoins (et de les combler ) par mimétisme et par différenciation.

        La propriété permet de projeter une valeur (allez voler l’Os d’un chien) mais cette valeur reste un sentiment personnel. L’échange permet par mimétisme et différentiation, par comparaison si vous voulez d’expérimenter des domaines de valeur inexplorés, de créer de la valeur.

        L’interaction avec le milieu relève de l’écologie. L’interaction avec les autres relève de l’économie.

  3. Une bonne comparaison du commerce mondial pourrait être le réseau Internet – indépendamment des relations qu’il peut y avoir entre les deux. La croissance et le nombre d’échanges est énorme, il est nait de la décentralisation et une fois qu’il s’est imposé, il est impossible de le contrôler et de s’en passer. On y voit émerger le meilleur et le pire, il bouleverse tout mais ceux qui ne s’adaptent pas sont mis à l’écart. C’est tout simplement la conséquence d’un problème mathématique simple connu depuis la nuit des temps comme le nénufars dans un étang ou les grains de blé sur les cases d’un échiquier.

    1. Oups … il nait ou il est né …

  4. santé , prospérité richesse pour la race humaine……et 11 milliards de tonnes de marchandises par an qui ne profitte pas au 7 milliards d’humains comme cela devrait être le cas …..alors qu’il y a un gachis important de toutes les marchandises…..

  5. Un cargo a même traversé l’Afrique (le long de l’équateur) le 9 mai 2012.
    Un autre a traverse le Sahara en juillet…
    Quelle santé 🙂

    1. Un petit tour par la case Info de la carte :
      « Why do ships sometimes appear to move across land?
      In some cases this is because there are ships navigating via canals or rivers that aren’t visible on the map. Generally, though, this effect is an artefact of animating a ship between two recorded positions with missing data between, especially when the positions are separated by a narrow strip of land. We may develop the map to remove this effect in the future. »

      1. Merci 🙂
        Probablement des « Missing data »

  6. Tant qu’on ne pourra résoudre le problème P=NP, le marché restera le meilleur moyen d’organisation des individus, par-dessus le planisme et sa prétention d’omniscience.

  7. Que c’est beau…

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