« The Island est une expérience hors du commun ! » : le témoignage d’un candidat

Publié Par Michel Vernet, le dans Entreprise et management, Pushmobile

Par Michel Vernet.

Michel Vernet, participant à la 1ère saison deThe Island, diffusée sur M6.

Michel Vernet, participant à la 1ère saison deThe Island, diffusée sur M6. Tous droits réservés.

 

Suite à un excellent billet de Guillaume Nicoulaud sur l’émission de survie de M6 The Island, à laquelle j’ai participé pour la 1ère édition en 2015, Contrepoints m’offre cette tribune pour raconter mon histoire de l’intérieur, et faire part de mon analyse post-aventure.

The Island n’est pas un jeu

Il faut souligner qu’il s’agit là d’un documentaire, ou expérience, mais en aucun cas d’un jeu. Pas d’éliminations, pas de stratégie, pas de gain, pas de production TV sur l’île. Nous nous filmons nous-mêmes, avec quatre professionnels de l’image qui vivent l’aventure comme nous. Notre seul but est de survivre. En découle une micro société qui s’organise tant bien que mal. Cette expérience hors du commun fut riche en enseignements.

The Island : une liberté totale des candidats

Commençons par exemple par la liberté exceptionnelle dont nous jouissions. Notre travail consistait à chasser et aller puiser de l’eau. Le reste du temps n’était que « loisirs » : méditation, discussions… nous refaisions le monde autour de notre feu. La liberté semblait totale.

Dans la « vie réelle  » je souffre maintenant beaucoup plus de la dictature administrative.  L’application stricte de nos milliers de lois réduit le jeu de fonctionnement nécessaire à l’épanouissement de chacun, donc les libertés. Nos rapports étaient fondés sur la parole donnée, sur le travail de chacun pour apporter quelque chose au groupe. Je me fais aujourd’hui le porte-parole d’un retour à cette authenticité, au courage, à la déontologie, à l’honneur.

Liberté, responsabilité

Aujourd’hui plutôt que d’éduquer, on légifère pour interdire. Ce ne sont pas les sacs plastiques qui polluent, mais les gens qui les jettent. Pourquoi les interdire alors qu’ils sont si utiles. Cet exemple se décline à l’infini. La solution, c’est l’éducation, pas l’interdiction. J’ai rencontré la liberté sur l’île et je veux la défendre aujourd’hui par la responsabilisation. Utopie certainement, mais il n’est pas interdit d’y croire.

Le danger sur l’île était réel. Nous pouvions tomber d’une falaise (ce qui est d’ailleurs arrivé dans l’émission anglaise il y a quelques jours, un jeune homme est tombé de 9 mètres dans des rochers, il a eu beaucoup de chance), nous trancher une main avec une machette… Nous dormions à 100 mètres d’un étang, garde-manger de crocodiles américains, sans aucune protection si ce n’est une petite colline (sans doute suffisante comme protection naturelle, mais rien n’était bien certain de ce côté-là)… Et cela m’a énormément plu car je suis de ceux qui pensent que nous vivons dans un monde aseptisé où notamment le tout-sécurité entrave gravement les libertés et grippe ce petit jeu de fonctionnement dont j’ai déjà parlé, nécessaire à la vie, à l’entreprise, et à la liberté tout court.

The Island développe l’instinct

Je cherche aujourd’hui à tirer plus particulièrement des enseignements de cette expérience dans le domaine de l’entreprise. Il me semble qu’un groupe en survie développe un instinct animal. On « renifle » la source d’eau, on écoute le vent qui charrie les bruits de proies, on observe les traces au sol ou les pélicans qui signalent les bancs de poissons. Cet instinct, je l’ai transcrit aujourd’hui dans la vision du chef d’entreprise. En effet l’instinct c’est la vision. Oubliés (ou presque) le marketing, la gestion prévisionnelle, les études de marché… Le chef d’entreprise développe sa vision comme le chasseur développe son instinct, et s’appuie sur des études pour la valider, mais ces études ne montrent pas la voie, elles ne font qu’affirmer ou infirmer la vision.

Voilà encore un enseignement de cette formidable expérience. L’omniprésence de l’administration atrophie cet aspect animal et fondamental de l’homme qui, lorsqu’il est guidé en permanence et remis sur « le droit chemin » s’il s’écarte, perd son envie et son potentiel à participer à l’amélioration de la vie en communauté.

The Island : survivre grâce au groupe

Force est de constater pour moi que le collectif fut un véritable salut. Je travaille seul et n’ai jamais eu envie de recourir à aucune aide extérieure. Sur cette île, si le groupe n’avait pas été là, je n’aurais pas survécu. Bien que sportif accompli (en triathlon, dont l’Ironman d’Embrun pour les connaisseurs), à mon immense surprise, j’ai tout de suite flanché physiquement. Je me suis alors cantonné à des tâches simples, mais profitables à coût sûr, sans risque, comme le ramassage des bulots ou autres coquillages. J’étais sûr de produire, sans risque de laisser échapper un poisson ou de m’épuiser pendant  des heures à confectionner un piège qui n’allait pas fonctionner.

Aujourd’hui je me pose tout naturellement la question d’embaucher ! Je produis fièrement tout seul mes 300 k€ de CA annuel, mais j’ai eu cette vision (tiens… la vision justement) que cela ne durerait pas. J’ai pu compter sur une équipe dans un monde virtuel. Finalement cela est peut-être possible dans le monde réel ? Je vais essayer.

The Island : un effort d’adaptation à l’autre

Enfin, les relations au sein du groupe : elles pouvaient être parfois tendues, entre hommes de 22 à 71 ans, d’horizons divers. Mais les conflits étaient rapidement maîtrisés car il n’y avait pas moyen de s’échapper, ni de s’écarter du groupe sans risquer de s’effondrer et de quitter l’aventure. Nous faisions de gros efforts de discussion, de compréhension de l’autre, d’adaptation. Cette notion d’effort me semble primordiale, dans une société qui prône la facilité permanente. Produire un effort relèverait plus d’une vie moyenâgeuse que moderne. Que nenni. C’est par l’effort (travail, réflexion, compréhension) que l’on progresse. Si nous étions tombés dans la facilité, nous aurions tous abandonné après deux jours sans eau.

Je suis en cours d’écriture d’un ouvrage sur cette expérience et son rapport au monde de l’entreprise. J’y développerai d’autres analyses, je ne peux pas tout aborder ici. Nous en reparlerons donc peut-être plus tard…

  1. Comme quoi, le communisme a du bon…

    1. quel rapport avec le communisme ?
      le communisme c’est quand un gars se dit le plus sage, dit que tout est à lui, dit à chacun quoi faire, et redistribue tout à chacun selon ce qu’il juge bon. En théorie c’est parfait, en pratique ca foire.

      la base du libéralisme c’est de comprendre que l’intérêt bien compris de chacun est de collaborer, d’échanger, de respecter sa parole, de respecter les autres, parce que sa propre vie est fragile, et que les autres en tiennent quelques fils vitaux.
      Paradoxalement le vrai libéralisme, que l’on observe par exemple dans des société traditionelles, des pays émergents, où tout s’échange, se fait avec le respect de toute la ciommunauté, et notamment des faibles, car chacun sait que la chance est temporaire.
      C’est quand la puissance s’impose et protège son monopole que certaine se pensent exonérés du respect dûs aux plus faibles.

      C’est aussi de comprendre que personne n’est vraiment supériement intelligent ni important ni sage, et que chacun peut apporter sa pierre , soit en essayant, soit en refusant, en copiant, en achetant, en changeant d’avis, en adaptant…

      C’est de l’intelligence distribuée, locale, imparfaite, temporaire, adaptable.

      1. Le communisme à un gros problème de scalabilité 😀

        1. +1
          Il a été montré qu’il est le système le plus efficace pour de petits groupes humains (150 personnes), car il repose avant tout sur les relations personnelles, or celles ci sont limitées par notre cerveau à 150 personnes environ. Au delà, il faut d’autres mécanismes de relation entre les individus, et le communisme n’est plus viable.

          1. effectivement j’étais un peu dur.
            mais il s’agis ici plus d’une forme d’anarchie (un mode d’auto-organisation très structure contrairement à ce qu’on croit).

            pour l’effet de taill c’est au coeur des thèse de Yona Friedman
            http://www.lyber-eclat.net/lyber/friedman/utopies.html

            en fait aucun système démocratique pour lui ne marche à grande taille, parce qu’on perd le contact avec les gens, le réel, au delà d’une certaine taille.

            il propose accessoirement une classification des modes de possession et d’usage des objets, qui est un livre de recette pour startup.

            un must a lire que j’ai pas lu (si contreproint peut faire une fiche de lecture).
            un grand innovateur me l’a conseiller, mais j’ai d’autres soucis.

      2. Le communisme n’est pas mauvais, EN SOI, et si « communisme », ici, il y avait, c’est sans doute par la mise en commun des « moyens de production » et l’activité de chacun et par une « distribution équitable des produits ».

        Ce qui gâche le « communisme », ce sont ceux qui, d’un côté, veulent imposer leur pouvoir personnel « officiel » et leurs règles (contrainte comprise), et de l’autre côté, le profiteur qui tire au flanc mais continue à profiter.

        Mais il est difficile de ne pas voir le rapport entre communisme et communauté (réduite, par définition) et Michel Vernet décrit bien ici une communauté solidaire, vitalement nécessaire, puisqu’on ne sait pas quand ni qui vous tirera d’un mauvais pas.

        Mais je crois inutile de comparer ce qu’il appelle, lui-même, « un monde virtuel » et le monde réel même si il a découvert là-bas, des arguments, des transpositions possible de certaines valeurs trop négligées, avant, comme le travail d’équipe aussi nécessaire, actuellement, que souvent mutuellement enrichissant, et, pour finir, agréable. De même, il dit bien qu’il n’est pas forcément facile ni spontané de comprendre l’autre et que cela demande un effort, de préférence réciproque.

        Je ne crois pas que la photo illustrant l’article ne fut pas choisie pour illustrer tout cela.

        1. miky stouffs: « Le communisme n’est pas mauvais, EN SOI »

          Un système de société qui foire 100% du temps ne serait pas mauvais ?

          miky stouffs: « Ce qui gâche le « communisme », ce sont ceux qui, d’un côté, veulent imposer leur pouvoir personnel « officiel » et leurs règles (contrainte comprise), et de l’autre côté, le profiteur qui tire au flanc mais continue à profiter.  »

          C’est là ou le communisme est vraiment « mauvais en soi », alors que le libéralisme « force » les gens à coopérer le communisme permet à tout ce qui est mauvaise chez l’homme de s’exprimer.

          1. Nos ancêtres chasseurs cueilleurs vivaient dans de tels systèmes, et ils ont plutôt bien survécus. On parlait de « communisme primitif ».
            http://ordrespontane.blogspot.fr/2014/07/the-hard-limit-to-communism.html

            Bref, le communisme est un excellent système pour des groupes humains de… moins de 150 personnes, très solidaires (c’est à dire subissant une forte pression, donc les membres du groupe doivent se serrer les coudes). Le système de gouvernement est la chefferie (le Greg en question, qui a émergé car il a des qualités de chef).
            Même les plus faibles sont utiles, car ils peuvent faire des taches qui seraient une perte de temps pour les membres du groupe les plus forts (typiquement, s’occuper du feu, ramasser des baies, faire de l’artisanat, s’occuper des vieillards et des enfants, tandis que les hommes les plus forts vont à la chasse).
            Je rappelle également que dans un système tribal, bannir quelqu’un (dans une entreprise, ce serait licencier sec) est la pire punition possible.

  2. A notre échelle de « micro société » oui ! Il aurait été intéressant de vivre l’expérience 1 mois de plus pour voir si l’équilibre fragile allait être conservé entre les producteurs de richesses ( chasseurs, pêcheurs ) et les non productifs ( ou considérés comme tels, bien que cela se discute évidemment ) en charge des tâches de soutien ( entretien du feu, cuisson de l’eau, entretien du camp … )

    1. Je voulais justement vous demander si, par caractère, ou avec le temps, s’installait une sorte de hiérarchie où on comptait de plus en plus sur celui qui avait plus de charisme ou de compétences pour lui prêter l’oreille plus facilement. Autrement dit, la hiérarchie est-elle spontanée? Il serait étonnant que notre système de chef, de tout temps, n’ait pas pour origine notre nature animale.

      Et d’autre part (on est sur un site libéral!), aviez-vous l’équivalent de la « propriété » ou celle-ci était spontanément commune et équitablement répartie?

      1. Bonjour, oui une hiérarchie ( très courte, juste un « chef » ) s’est installée naturellement. Le leader ( Greg, en photo ci-dessus ) avait un sens poussé de l’orientation, une forme physique incroyable, et un sens de l’homme tout aussi incroyable. Oui vous avez raison j’ai bien choisi cette image de partage avec lui car contrairement à tout politique actuel, voire guide suprême communiste, il était dans une relation AU DELA du partage équitable, en sa défaveur. Quand on vit une telle aventure, on se contient quelque temps devant les caméras en montrant son meilleur profil. Quelque temps seulement … Le naturel revient au galop comme on dit, et même si on pense qu’il serait beau de donner sa part au plus faible, on ne le fait pas, tout simplement parce que c’est impossible. Eh bien Greg le faisait lui !
        Quant à la propriété, oui on a vu naître cette notion de façon anarchique et qui aurait pu mener à  » une guerre  » plus tard si l’expérience avait duré : certains se sont accaparé les couteaux ( il y en avait 2 pour 13 hommes ) par exemple. D’autres les lampes frontales ( il y en avait 3 ) . Le  » Où sont les lampes frontales ?  » est vite devenu  » Quelqu’un a vu MA lampe frontale ? « . Je pense que c’est vraiment la durée de l’expérience qui a fait qu’aucun heurt réel à ce sujet n’ait éclaté, mais il y avait des grognements au sen du groupe ! Je vous laisse ensuite l’analyse de cette situation 🙂
        Enfin, dès que j’entends  » équipe », j’entends aussi la phrase de Sartres  » l’enfer c’est les autres « . J’ai créé ma société en 2001, après des études de commerce exclusivement articulées autour de projets de groupe et 10 années de salariat à travailler en équipe. Je crois avoir une grande qualité d’empathie, doublée d’un immense défaut qui est celui de m’écraser en pensant  » c’est lui qui a donc raison, je ressens tellement bien ce qu’il veut dire « . Je travaille donc seul depuis 2001, et réussis très bien ainsi. Mais cette expérience m’a montré mes limites, et de belles personnes comme Greg qui me font dire  » oui c’est possible ( de travailler avec d’autres ) « . Cela n’empêche que je reste fondamentalement libéral, et qu’autoriser plus de facilités dans le licenciement, pour rester d’actualité, autoriserait par la même plus de facilités dans l’embauche, et c’est bien ce qui compte pour un chef d’entreprise, c’est progresser, pas régresser.

  3. « Bien que sportif accompli (en triathlon, dont l’Ironman d’Embrun pour les connaisseurs), à mon immense surprise, j’ai tout de suite flanché physiquement. »

    Ce n’est pas le première fois que je lis un tel constat.
    Et c’est logique : sa façon de faire du sport repose sur une grande débauche d’énergie. Si la nourriture est limitée, il est obligé de fonctionner à l’économie et la transition est difficile.

    Je me demande si les organisateurs en tiennent compte lors de la constitution des équipes…

    1. Bonsoir, oui la production va choisir d’introduire un ou deux sportifs dans l’expérience. L’année dernière c’était Gilles, ex rugbyman pro, 195cm pour 120 kilos et il a tenu 1 bonne semaine je crois … et moi. Je suis allé au bout mais avec bien de la peine. Cette année il y a des gabarits impressionnants, qui ont finalement bien tenu le choc. Donc on le voit c’est très variable, c’est encore un peu un mystère pour moi. J’ai bien compris que lorsqu’on n’a pas de graisse, ce sont les muscles qui fondent tout de suite. Mais a priori cela dépend des personnes, car les concurrents sportifs de cette année, très musclés, ne semblent pas souffrir autant que nous l’année dernière. On peut peut être le ramener aussi à un environnement psychologique. L’équipe de cette année leur permet peut être de mieux surmonter leur faiblesse ? Je ne sais pas l’expliquer à100% en tout cas.

  4. J’ai suivi entierement la premiere emission avec beaucoup d’intéret, et je suis tres agréablement surpris de voir ce discours sur les libertés et la responsabilité à l’issu de cette expérience. En voyant l’émission, cela m’a tout de suite fait penser à beaucoup d’exemples autour de l’île deserte peuplée de très peu d’individus cités dans « Pulp Libéralisme » de Daniel Tourre.
    Tout est simplifié à l’extreme et ramené a l’organisation la plus basique et la plus efficace de la société : la responsabilité devant une liberté totale.

    1. tout à fait ça. Quand on y a goûté, on se demande si il ne faut pas faire comme Mike Horn, c’est à dire vendre tous ses biens et vivre à fond les quelques 30 000 jours d’une vie et se sentir, là enfin, vraiment responsable pour conserver cette liberté.

      1. Il y en a qui le font.
        Aux USA et au Canada, on les appelle les « Off the Grid ». Ils sont déjà plusieurs millions (sans parler des communautés de survivalistes et de hippies).

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