Salaire de Carlos Ghosn : Macron est-il débordé par son ego ?

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Politique

Par Éric Verhaeghe.

L’affaire Renault fait grand bruit et ressort le marronnier de la rémunération des grands patrons. Emmanuel Macron joue sur du velours dans cette affaire, tant les salaires du CAC 40 font l’objet d’un détestation spontanée en France. Mais à y regarder de plus près, elle apparaît comme la énième illustration de la mauvaise gouvernance imposée par l’État actionnaire.

Le salaire de Carlos Ghosn, un nouvel épisode dans le conflit avec Macron

Rappelons d’abord que cette affaire constitue un nouvel épisode de la relation orageuse entre Emmanuel Macron et Carlos Ghosn, qui est aussi la relation entre l’État actionnaire et une ancienne entreprise nationalisée.

L’an dernier, déjà, une polémique avait opposé Carlos Ghosn et son ministre de référence sur l’application de la « loi Florange ». L’État avait alors temporairement augmenté ses participations dans le capital de Renault pour obtenir un vote favorable en assemblée générale.

Assez légitimement, Renault peut donc voir dans son actionnaire minoritaire appelé l’État non un partenaire dont l’objectif est de valoriser l’entreprise en défendant une vision industrielle, mais plutôt un passager clandestin très content d’empocher plus de 100 millions d’euros de dividende sans en assumer le prix en termes de gouvernance. L’État actionnaire adore, de sa main droite indiquer les images sacrées de la lutte contre les inégalités, et de sa main gauche saisir les poignées de billets qui renflouent ses caisses.

Le même conflit s’est répété il y a quelques mois lorsque Macron a voulu clarifier la relation entre Renault et Nissan. Dans l’esprit de l’État, il s’agissait de sécuriser les fabuleux dividendes qu’il perçoit de Nissan par l’intermédiaire de Renault.

La posture d’Emmanuel Macron est donc très claire : il aime que Renault obéisse aux ordres, même si ceux-ci sont contraires à l’intérêt à long terme de l’entreprise.

Un conflit qui dégénère

Face à ces caprices étatiques, l’entreprise se réfugie dans le noyau dur du capitalisme français dont elle constitue un élément essentiel. Le conseil d’administration de Renault, qui est verrouillé par le grand capital, à la différence de l’assemblée générale, est devenu la garde prétorienne de Carlos Ghosn contre les interventions très politiques de l’État. Il « fait ce qu’il faut » pour protéger l’un des membres les plus éminents de l’ordre en place.

Du coup, le conflit tourne au vinaigre et s’affranchit du code AFEP-MEDEF supposé réguler des situations de ce type. Ce code prévoit en effet ceci :

Lorsque l’assemblée générale ordinaire émet un avis négatif, le conseil, sur avis du comité des rémunérations, délibère sur ce sujet lors d’une prochaine séance et publie immédiatement sur le site internet de la société un communiqué mentionnant les suites qu’il entend donner aux attentes exprimées par les actionnaires lors de l’assemblée générale.

Dans le cas de Renault, un conseil d’administration a immédiatement suivi l’assemblée générale et infirmé le vote consultatif de celle-ci. Certains (dont Pierre Gattaz lui-même) considèrent que Renault n’a pas respecté le Code en vigueur. Pour Renault, le point de vue est sans doute différent : le conseil a conforté un dirigeant qui assure la prospérité de l’entreprise en assumant pleinement ses prérogatives. La fixation de la rémunération relève en effet du conseil d’administration et non de l’assemblée générale.

Reste que, dans le climat de tension entre Emmanuel Macron et Carlos Ghosn, c’est la direction de l’entreprise qui semble déstabilisée. L’image est très mauvaise pour le capitalisme français : que les noyaux durs s’affranchissent des votes des actionnaires n’est pas plus sain que de voir l’État régler des comptes avec des patrons récalcitrants par déclaration publique à l’Assemblée Nationale interposée.

Macron abuse-t-il de la loi pour venger son ego ?

En annonçant que le gouvernement légiférerait sur le sujet si Ghosn n’obtempérait pas aux injonctions de Bercy, Emmanuel Macron donne le sentiment d’avoir un compte personnel à régler avec un PDG de Renault trop indépendant et bouillonnant, et de vouloir utiliser la loi pour arriver à ses fins.

C’est une grave erreur car la France souffre de deux maux majeurs : l’excès de lois, et le manque de prestige de celles-ci. En menaçant Ghosn de faire une nouvelle loi s’il n’obtient pas gain de cause, Macron donne l’impression d’utiliser la fonction législative à des fins personnelles, sans souci particulier de l’avenir économique de l’entreprise.

Le ministre de l’Économie développerait une vision industrielle meilleure que celle de Carlos Ghosn, cette opposition ne choquerait personne. Après tout, un actionnaire minoritaire a tout à fait le droit d’imaginer l’avenir de l’entreprise autrement que ne le fait le PDG en fonction. Mais la querelle ne porte pas sur la vision industrielle. Elle porte seulement sur la capacité du PDG à obéir aux injonctions de l’État.

À long terme, la menace de légiférer décrédibilise donc le processus législatif, qui ne paraît plus le soutien légitime de l’intérêt général mais plutôt l’expression d’intérêts particuliers. Or, la rémunération des grands patrons constitue un sujet d’intérêt qui mériterait d’être abordé de façon constructive par l’État et par l’ensemble des actionnaires.

Mais tout laisse à penser que l’actuelle majorité n’est pas équipée pour aborder ce sujet maintenant.

Il serait très dommage, en tout cas, que les patrons se sentent dans le viseur de leurs ministres.

Sur le web

  1. Et macron est présenté par les médias comme étant liberal…

  2. bah , il fait comme les autres bon gros toutous a son pépère , il dit ce que l’on veut entendre et fait ce qu’on lui dit de faire , c’est l’une des conditions nécessaire pour survivre dans le monde politique …il ne faut pas oublier qu’il appartient a la gauche caviar , on lui permet d’exister médiatiquement si il sert la cause

  3. Les actionnaires sont propriétaires de l’entreprise, ils ont décidé de ne pas augmenter le salaire de Ghosn et le conseil ne respecte pas leur décision.

    Ce n’est pas à l’état de s’en méler mais les actionnaires doivent demander à dissoudre le conseil.

    1. Sauf que suivant les statuts ce n’est pas dans les attributions des actionnaires.

      Et l’état qui impose le droit de vote double par défaut ça ne vous choque pas ?

    2. Si je comprends bien, l’état a commencé par « manipuler » (c’est sans doute légal) le vote des actionnaires par un achat provisoire d’actions et si je comprends toujours bien l’assemblée générale s’est prononcé contre le montant du salaire mais, comme c’est son droit, le comité d’administration dont c’est, par statut, la prérogative ne suit pas l’avis de l’assemblée générale.

      Il faut donc une demande de nouvelle assemblée qui voterait la défiance vis à vis du C.A. sinon (quota d’actions insuffisant, par exemple) les actionnaires mécontents (état compris) ont toujours le droit de vendre leurs actions. Je ne vois pas la législation intervenir autrement que pour forcer le C.A. à suivre l’avis de l’assemblée générale, par changement des statuts, ce qui serait une première, me semble-t-il et une porte ouverte sur l’aventure (démissions des administrateurs …).

      Ce serait dommage pour Renault qui, à ce que je sache, s’en tire plutôt bien dans la conjoncture actuelle avec un PDG sans doute gourmand mais efficace!

      1. L’état n’a pas à s’en méler par la loi mais c’est un mauvais message envoyé par le conseil que de ne pas appliquer la décision des actionnaires. Ça montre qu’il y a une poignée de mecs qui ne rendent de compte à personne.

        Renault s’en sort bien en ayant demandé des efforts à ses salariés et Ghosn ne s’applique pas les mêmes efforts pourtant demandés par les actionnaires.

        1. « L’état n’a pas à s’en méler par la loi mais… »
          Il ne vous est pas venu à l’esprit que comme pour le vote double l’état a fait pression sur les actionnaires ?
          Qui a embauché le PDG ? Les actionnaires ?
          Celui qui fixe votre salaire c’est celui à qui vous devez rendre des comptes et qui seul peut vous mettre dehors.

          RÉSULTATS FINANCIERS 2015

          La marge opérationnelle de 5% atteinte dès 2015

          Chiffre d’affaires en hausse de 10,4 % à 45 327 millions d’euros
          Immatriculations en hausse de 3,3 % à 2,8 millions d’unités
          Marge opérationnelle du Groupe à 2 320 millions d’euros en hausse de 44,2 %, représentant 5,1 % du chiffre d’affaires, contre 3,9 % en 2014
          Marge opérationnelle de l’Automobile à 1 496 millions d’euros, en progression de 74,4 % (3,5 % du chiffre d’affaires Automobile contre 2,2 % en 2014)
          Résultat d’exploitation du Groupe à 2 121 millions d’euros (+ 91,9 %)
          Contribution des entreprises associées de 1 371 millions d’euros (contre 1 362 millions en 2014) après prise en compte d’une contribution négative d’AvtoVAZ
          Résultat net à 2 960 millions d’euros (+48,1 %) contre 1 998 millions d’euros en 2014
          Free cash-flow opérationnel de l’Automobile positif de 1 033 millions d’euros

          1. En grande partie à cause d’efforts consentis par les employés. Et l’état en tant qu’actionnaire a le droit d’influencer les autres actionnaires.

            On rappelle aussi que Ghosn a deux emplois et que son salaire est donc pour du mi-temps.

            Il est aussi bien payé que le patron de VW qui est largement plus gros et plus que Toyota qui est aussi plus gros.

            Les gens qui aiment tant la Suisse devraient regarder comment ils font sur ce sujet: pas de golden parachute ou de golden hello et les actionnaires doivent approuver les rémunérations.

            1. « En grande partie à cause d’efforts consentis par les employés. »
              Ah bon , les salariés n’ont pas été payés suivant leur contrat de travail. Ils n’ont pas été augmenté de 1.4% en individuel +0.6% en généra après 1.1% en 2015. Ils n’ont pas eu une prime de 400 à 800 euros par salarié ? Ils ont fait des efforts où ? Ils tiraient au flanc avant ?
              Le problème que vous ne prenez pas en compte c’est que l’augmentation de salaire d’un employé est pérenne et engage l’entreprise à vie alors que celle d’un PDG varie à la hausse ou à la baisse suivant ses résultats par rapport à la conjoncture. Les cadres paient leurs mauvaises décisions en prenant la porte, pas les salariés car ils ne prennent aucune décision dans l’entreprise et on ne leur demande d’ailleurs pas, ce n’est pas leur boulot même si les syndicats croient mieux savoir mais nous entraînent toujours plus profond dans le précipice.

              « On rappelle aussi que Ghosn a deux emplois et que son salaire est donc pour du mi-temps. »
              J’adore ceux qui font les comptes des autres : regardez ses résultats c’est le gars qui a redressé en 2 ans Michelin en Amérique du Sud, puis idem en Amérique du Nord, puis Nissan, puis Renault… excusez du peu ! Payer ce gars 0.02% du CA de Renault ou 0.3% du résultat net c’est plutôt une bonne affaire ! Les résultats de Nissan sont encore meilleurs et au-dessus des objectifs aussi.

              « Il est aussi bien payé que le patron de VW… » Mouais… celui qui vient d’être viré ? 😀

              Pour le reste les Suisses font comme ils veulent mais renseignez vous avant de dire n’importe quoi : ce sont les Suisses (et non les actionnaires) qui ont voté en s’immisçant dans la propriété privée . Si les actionnaires sont si malins, on se demande pourquoi ils ne montent pas leur boîte. S’ils ne sont pas contents qu’ils vendent leurs actions.
              Et vous ne semblez pas connaître les effets pervers des lois idiotes : les salaires des CEO ont augmenté en Suisse, MDR… bah oui !
              http://www.swissinfo.ch/eng/minder-law_executive-pay-rises-despite-law-change/42045966

            2. Le système suisse parait plus clair, évidemment!

        2. Je ne dis évidemment pas que la loi doit s’en mêler mais que légiférer sur le montant du salaire est le seul mauvais signal, (furieusement intrusif) que l’état a la possibilité d’utiliser.

          L’autre moyen est décrit.

          Comment voulez-vous que je juge si ce salaire est correct ou dépasse toutes mesures, auquel cas, il aurait pu être refusé par le C.A. De plus, ce ne sont pas mes oignons!

  4. un politique n’a pour lui que son égo surdimensionné.

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