Faut-il aider les salariés ou les entreprises ?

Publié Par Emmanuel Bourgerie, le dans Économie générale

Par Emmanuel Bourgerie.

Il y a dans les débats économiques français une question récurrente (pour ne pas dire un marronnier) : a-t-on un problème d’offre ou de demande ? En des termes plus caricaturaux, qui a raison entre le camp de ceux qui veulent aider les entreprises, et le camp de ceux qui veulent aider les salariés ?

C’est une question complexe, mais qui est malheureusement devenue extrêmement politisée. Bien entendu, les keynésiens martèlent que c’est un problème de demande, et qu’il faut augmenter les salaires (ou travailler moins, ce qui revient au même), et les mercantilistes nous assurent que c’est un problème d’offre, qu’il faut baisser le coût du travail et accorder des subventions ou des crédits d’impôts supplémentaires.

Aider les salariés ? Keynes a tort

Même si j’ai de nombreux désaccords de fond avec les mercantilistes, il est bien difficile de donner raison aux keynésiens sur cette question. La crise de 2008 a été très instructive, puisque de nombreux indicateurs économiques auraient du aller dans une toute autre direction si nous avions un problème de demande.

Avant tout et surtout, il faut réaliser que les salaires n’ont pas cessé d’augmenter depuis 2006. J’ai choisi précisément cette année pour établir une référence d’avant-crise.

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Si l’on compare l’évolution des salaires à l’inflation et la productivité salariale, alors la conclusion est sans appel : les salaires ont évolué plus vite que le coût de la vie, et plus vite que la productivité réelle des salariés.

On revient sur un sujet que j’avais abordé précédemment : le marché du travail français se comporte d’une façon très étrange, puisqu’il donne des signes de plein emploi, alors que nous avons toujours un taux de chômage qui reste très élevé. Il semblerait que les chômeurs sont tellement éloignés du marché du travail qu’ils ne sont pas en compétition avec les salariés, et que ces derniers peuvent donc toujours négocier des hausses de salaires avantageuses. Mais il serait factuellement incorrect de prétendre que les entreprises ont bénéficié des dernières hausses de productivité au profit des salariés.

Deuxième point important, les Français ont de l’argent disponible, et de plus en plus semble-t-il. Certes, ce n’est pas le cas de tout le monde, mais considérez ces deux éléments :

  • Le taux d’épargne est resté constant depuis le début de la crise. Il est même un poil au-dessus du niveau de 2006. La crise n’a pas, semble-t-il, entamé la capacité d’épargne des ménages français.
  • Les Français laissent de plus en plus d’argent dormir sur leurs comptes courants, titre Le Figaro.

De toute évidence, la capacité de consommation des Français n’a absolument pas diminué depuis 2006. Si la consommation est faible, ce n’est pas à cause d’un manque de ressources financières. Encore une fois, ce n’est pas le cas pour tout le monde, et je suis certain que beaucoup iront s’indigner à la lecture de ces mots parce que eux personnellement ou quelqu’un de leur entourage a des difficultés à boucler ses fins de mois. Je n’ai aucun doute sur le fait que c’est une réalité pour beaucoup de personnes. Mais globalement, lorsque l’on observe la population française dans son ensemble, ce n’est tout simplement pas le cas.

Ce que ces chiffres montrent avant tout, c’est que toute augmentation de salaire ne va pas se traduire par une hausse de la consommation, mais plus vraisemblablement par une hausse de l’épargne, si ce n’est pas tout simplement laisser l’argent dormir sur les comptes en banque. La France n’a pas un problème de demande dans le sens où les consommateurs n’ont pas assez d’argent pour consommer, ils ont de bonnes capacités financières mais décident de ne pas consommer, et c’est peut-être une interprétation que les keynésiens pourraient explorer pour justifier leur position.

Sur le web

  1. Combien de personne sont dans l’incapacité de consommation? Et si elles l’étaient ca ferait quoi?

  2. Il manque la partie qui critique la thèse mercantiliste (celle qui veut aider les entreprises). Sinon c’est assez juste sur la théorie keynesienne. Des décennies qu’on le sait et n’écoute que ceux qui veulent bien entendre. Les Salaires augmentent, on épargne tout autant qu’on consomme d’avantage et… les prix tendent bien entendu à augmenter (inflation).
    Vous n’avez rien dit dessus mais d’autres l’ont fait. On aide les Entreprises à coup de subventions ou de crédits d’impôts ? On l’a constaté avec le CICE, elles utilisent cet argent, à l’instar des salariés, pour investir mais aussi renforcer leurs réserves. Sur tant de milliards d’euros, une partie seulement à servi à créer de l’emploi.
    Une façon plus simple d’aider les entreprises comme les salariés. C’est d’alléger les charges sociales salariales/patronales (mais allez demander à la S.S. de se réformer…) et d’alléger la TVA. C’est toujours mieux que la redistribution verticale (on prend aux uns pour donner aux autres)

    1. C’est bien ça l’erreur: Chaque fois que l’état prétend aider les entreprises, il ajoute un système avec ces conditions et ses calculs compliqués: les patrons de TPE ou de PME ne sont plus capables d’assimiler tout ça et il existe des mesures qui, insuffisamment sollicitées, n’épuisent pas leur budget!

      Au lieu de prendre moins d’impôts ou de cotisations diverses aux entreprises, les politiciens préfèrent ajouter une aide rarement « simple »! C’est pourtant moins efficace et ça multiplie les frais d’administrations, tant pour les entreprises que pour l’état. La seule simplification administrative pourrait diminuer les frais de l’état et ceux des entreprises et une informatisation possible devrait permettre de choisir (par des simulations comparées) et de faciliter les démarches pour « nicher » les entreprises dans les mesures les plus intéressantes.

      (Ayant pris ma retraite, j’ai été contacté par 5 caisses différentes françaises (dont une a reconnu n’être, en fait, pas concernée?!) qui, toutes, m’ont fait remplir le même dossier: dans mon pays, je n’ai affaire qu’à 1 seul fonctionnaire, clairement identifié, contactable au téléphone par SON n° de poste, connaissant exactement ma situation, tant dans le pays qu’à l’étranger! Il est compréhensible que ce pays soit dans une situation économique et financière autrement plus brillante que celle de la France, avec des citoyens autrement traités et donc satisfaits! C’est un choix!

    2. Liberté adorée

      Tout d’abord la première chose a faire serait de prendre toutes les impositions des entreprises, salariés, citoyens,… et les mettre dans un bouquet commun, dont on dirait X% vont aux entreprises sur salaire, x% sur les salariés, x% sur les citoyens…. après cela, nous n’aurions plus de charges sociales qui pèseraient sur les entreprises, mais le meme taux d’imposition (autour de 63%)… une fois cela dit, on supprime les 150 Milliards de subventions que recoivent « des » entreprises par an. Cette suppression entraine immédiatement la baisse de la demande d’imposition, que l’on repercute sur les entreprises, qui selon beaucoup d’estimations, feraient baisser le taux d’impositions des entreprises de 63% aujourd’hui a 35% ce qui coïnciderait avec la moyenne Européenne. Ce qui permettrait d’augmenter les salaires pour certains, augmenter l’innovation, augmenter la demande de salariés,… et meme si cela ne participe qu’un peu, c’est juste une question de justice, ne pas prendre a tous ce que l’on distribue a certains (CICE,…)….

  3. Les aides aux entreprises ça n’existe pas sauf à croire qu’on vous donne de l’argent quand on vous prend 1000 et qu’on vous en rend 200 (syndrome Bettencourt).
    C’est comme faire croire qu’il y a des charges salariales et des charges patronales.
    Les aides aux entreprises existeront quand elles recevront plus d’argent que ce qu’elles déboursent en taxes, cotisations et impôts.
    Les aides aux entreprises ce ne sont même pas des aides à la consommation puisque cet argent vient justement de la poche des consommateurs.
    L’état rend 110 Mds aux entreprises après avoir prélevé 1200Mds sur l’ensemble de la population (57%)
    Il faut remettre les compteurs à zéro : diminuer les charges et ce, simplement, en laissant chaque salarié gérer son salaire super brut.

    Coupe marié, 2 enfants :
    Salaire brut 50KE, Salaire net de cotisations sociales et d’impôts 35.9KE, Coût total pour l’entreprise 59.9KE, ça c’est l’Allemagne différence 24KE
    Salaire brut 50KE, Salaire net de cotisations sociales et d’impôts 37.3KE, Coût total pour l’entreprise 74.5KE, ça c’est la France différence 37.2KE
    Salaire brut 50KE, Salaire net de cotisations sociales et d’impôts 34.2KE, Coût total pour l’entreprise 54.5KE, ça c’est l’Australie différence 20.3KE
    Salaire brut 50KE, Salaire net de cotisations sociales et d’impôts 39.2KE, Coût total pour l’entreprise 57.0KE, ça c’est la Suisse différence 17.8KE

    Pas étonnant qu’un salarié gagne 30% de plus en Allemagne qu’en France, et le double en Suisse.

    Qu’on arrête de nous baratiner avec notre coût du travail qui serait plus ou moins le même que celui de l’Allemagne et qu’on aurait une meilleure productivité.

    1. Lien des coûts totaux salariés suivant tous les pays pour un couple avec 2 enfants (2009)
      http://images.forbes.com/media/2009/04/02/married_50.pdf

    2. Cela dépend de ce qu’on appelle « productivité » et est-ce à l’heure de travail ou à l’année, grève comprise. Ce n’est pas simplement une question comptable! Devrait être considéré comme productif, celui qui transforme un objet ou une matière en lui ajoutant une plus-value plus importante rapportée à un salaire, brut de brut, plus faible par unité de temps comparable.

      1. Votre notion de la productivité est antédiluvienne avec votre matière et vous n’avez aucune notion de la façon dont se mesure la productivité qui s’affranchit de ce que vous voudriez mettre dedans ou pas.
        Et pour vous un comptable n’est donc pas productif. Et pourtant si vous l’enlevez la boîte se casse la gueule parce qu’il n’y aura plus de facturation.

        La productivité par salarié (ou par heure) est le résultat de la division de la valeur ajoutée totale de l’entreprise par le nombre de salariés de l’entreprise (ou le nombre d’heures de travail). C’est donc le PIB marchand divisé par le nombre de salariés (ou le nombre d’heures travaillées)

        1. Vous avez raison et je ne vous dirai certainement pas que (malgré les cour suivis) je suis compétent pour diriger une boîte, même très petite, sans les conseils avisés d’un comptable compétent dans mes chiffres mais connaissant aussi mes obligations fiscales et sociales afin de connaitre mon vrai bénéfice, en fin de course.

          Pourtant, j’ai proposé, plus haut, que les « cadeaux » aux entreprises disparaissent en échange d’une simplification des prélèvements: tant du côté de l’employeur que du côté de l’état, cela supprimerait du personnel et des frais devenus inutiles. Travaillant dans le domaine médical, j’ai été surpris que l’informatisation n’ait jamais donné lieu à une réduction de personnel à la sécu! Je travaillais sur PC et, personnellement, je me suis donc passé de toute dactylographe, imprimant moi-même le rapport au médecin traitant, en fin de consultation.

          C’est bien cette simplification administrative (avec « nettoyage des textes règlementaires ») qui pourrait rendre toute administration bien plus performante, en dégageant des profits RENDUS enfin au service des malades plutôt qu’à déchiffrer des CERFA pour introduire les informations dans « la machine ».

          1. Il est évident qu’une entreprise est constituée d’un ensemble de producteurs. Il est non moins évident que, dans l’entreprise, la gérance et le travail de production, ont des rôles différents, et que sont réellement producteurs, les producteurs matériels, les travailleurs.
            Tout ceux qui travaillent à l’administration de l’entreprise,comme le comptable, ne peuvent être nommés producteurs au sens matériel du terme.
            Leur salaire même ne résulte que de la production matérielle vendable.

  4. Les entreprises ont rarement besoin d’aides; elles ont besoin de simplifications administratives et d’allègements de charges sociales et de charges fiscales.
    Le système ultra centralisé de la France et son organisation étatique pléthorique, ont besoin de vivre – bien de préférence – sur la bête.
    Dans le cadre d’une vision à court terme, ce système n’a de cesse que de percevoir impôts et taxes qui impactent le fonctionnement des entreprises et donc la situation de l’emploi. D’après le MEDEF, 44 impôts et taxes créés en 4 ans en France; 2 en Allemagne dans le même laps de temps !
    A mon avis, la solution ne réside pas dans l’application de telle ou telle doctrine économique fumeuse.
    La solution réside, pour l’Etat, dans une délégation aux collectivités régionales de la gestion de la fiscalité des entreprises et, si possible, de la gestion des charges sociales.
    Il faudrait alors notamment faire en sorte que chacune des régions puisse moduler à la baisse ou à la hausse le taux des prélèvements. Je suis persuadé que la concurrence entre les régions aura vite fait d’attirer activités industrielles et créations d’emplois.

    1. Oui il faut une concurrence et la création des super-régions ne va pas dans ce sens.
      Sinon pas d’accord avec vous avec votre gestion régionale des charges sociales, mais pour une gestion individuelle comme pour votre assurance voiture.
      En en faisant une gestion régionale vous bloquez la mobilité des salariés et vous seriez obligé de tripatouiller des transferts entre caisses.

      1. Un transfert de compétence de l’Etat vers les Régions, avec une marge de manœuvre à la baisse ou à la hausse, permettrait de responsabiliser les élus régionaux sur la politique économique qu’ils entendent promouvoir.
        Mais, un tel transfert de compétence ne serait possible que dans le cadre d’une modification de la constitution de notre pays qui donnerait alors du sens à la régionalisation.
        A en juger par la prospérité relative des Cantons Suisses, il semble qu’il y aurait une voie à explorer. En Suisse, il existe notamment un système de compensation pour les salariés qui viendraient à changer de Canton au cours de leur carrière professionnelle.

        1. Il ne me semble pas qu’il y ait un système de compensation entre cantons pour les salariés qui changeraient de canton et je vous invite à donner une référence car je ne peux pas prouver quelque chose qui n’existe pas.
          La seule compensation existant au niveau des *assurances* (entre elles donc mais invisible pour le salarié) c’est en Suisse suivant âge, sexe, domicile et aux Pays bas c’est aussi lié au diagnostic (ce qui est assez logique pour le diagnostic). Ce système a pour but d’effectuer un arbitrage des risques pour éviter qu’un assureur national ou un assureur cantonal supporte à lui seul les personnes agées par exemple.

          http://dievolkswirtschaft.ch/content/uploads/2009/11/05F_Leu.pdf

          « Compensation des risques
          Les Pays-Bas sont à la pointe en matière de compensation de la structure des risques.
          La formule de compensation des risques englobe, outre les critères de l’âge, du sexe et du domicile, le statut sur le marché du travail ainsi que 20 groupes de coûts pharmaceutiques et 13 de coûts diagnostiques. Le calcul est en principe prospectif, même s’il n’est pas possible d’éviter totalement des versements compensatoires rétrospectifs. Lorsque les différences de primes entre assureurs sont minimes, la sélection des risques est également faible. Pour les assureurs, il est au contraire payant d’assurer des patients souffrant de maladies chroniques, car ils sont suffisamment indemnisés dans le cadre du système de compensation des risques et peuvent en principe réaliser des bénéfices dans ce segment.
          Un système fortement différencié de compensation des risques revêt une importance essentielle pour le bon fonctionnement de la concurrence réglementée. C’est pourquoi les Pays-Bas s’emploient encore à amé­liorer la formule.
          En Suisse, le système de compensation des risques ne repose que sur les variables de l’âge, du sexe et du domicile. Les calculs sont effectués rétrospectivement par canton. »

          1. A ma connaissance, il existe des groupements intercantonaux de coordination en matière d’assurances sociales. Vous trouverez ci-après le lien avec l’un d’entre eux.
            http://www.socialinfo.ch/cgi-bin/dicoposso/show.cfm?id=390
            La Suisse est une démocratie directe ou tout ce qui impacte le niveau de vie est sujet à « votation » et ainsi au contrôle des électeurs.
            Le dialogue social est obligatoire et forcément …..constructif.
            Tous les cantons sont très attachés à leurs prérogatives concernant la modulation des impôts sur les entreprises pour attirer tel ou tel type d’activité industrielles ou financières.

            1. Merci mais aucun rapport avec des transferts financiers entre cantons, simplement un genre de Groupement d’Observation qui vérifie l’application de la législation concernant l’assurance maladie qui pourrait faire éventuellement des propositions s’il observait des dérives mais c’est tout. Peut être un peu de discussions sur la façon dont chacun traite la solidarité au sein de chaque canton (subsides) mais rien à voir encore avec des transferts assuranciels.
              Je ne remets pas en cause la démocratie directe, que me dites vous là ? D’ailleurs les Suisses ont rejeté à plusieurs reprises la caisse unique publique, bien leur en a pris.

  5. Les entreprises n’ont aucun besoin d’être « aidées ».Pourquoi pas « dirigées » aussi ?
    Elles ont juste besoin,si on peut appeler ça un besoin,qu’on leur fiche la paix,e qu’on ne les rançonne pas !
    Pour le reste,on ne voit pas en quoi l’Etat pourrait les « aider » !
    Est-ce qu’on aide les rivières à couler ?

    1. En revanche,on peut aider les salariés !
      A trouver du boulot,si on laisse les entreprises se développer !
      Surtout par rapport à l’étranger !

  6. bah , coupons la poire en 2 et aidons les entreprises et les salariés ….bon , je sais , ça ne sert a rien , ce qui est donné d’une main est repris de l’autre avec un petit bonus au passage , les frais payés a l’intermédiaire , l’état

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