Le 1er Mai, héritage du pétainisme [Replay]

Publié Par Gérard-Michel Thermeau, le dans Histoire

Par Gérard-Michel Thermeau

Pétain, père du 1er mai en France

Philippe Pétain (Image libre de droits, Library of Congress)

Le Premier mai comme chaque année, aussi vrai que les muguets fleurissent, les syndicats défilent en bon ordre (généralement dispersé) tandis que les salariés profitent de cet « acquis social » qui inaugure un long mois de jours fériés à répétition.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Le Premier mai a d’abord été un jour de luttes, de revendications et de violences. Les syndicats ouvriers américains avaient lancé l’idée d’un mouvement d’actions ouvrières, à l’occasion du début de l’année comptable, qui tombait généralement ce jour là, en 1884. En 1886, grèves et violences marquent le début du mois de mai. Le 3 mai, des grévistes sont tués et le 4 mai des violences opposent manifestants et forces de l’ordre, une bombe explose tuant une quinzaine de policiers. À l’occasion de l’Exposition internationale de 1889, la IIe Internationale propose d’organiser une grande manifestation pour obtenir l’obligation légale de la journée de 8 heures : les Européens décident de s’aligner sur la date fixée par l’American Federation of labor. Dès le 1er mai 1890, grèves et manifestations vont marquer une journée rien moins que pépère : d’ailleurs dans les grandes villes ouvrières comme Saint-Étienne, les autorités déploient ostensiblement la troupe pour dissuader les ouvriers de manifester. Le 1er mai 1891 à Fourmies, les soldats tirent sur les ouvriers : bilan, dix morts. Si tous les 1er mai ne revêtent pas un caractère aussi violent, on est bien loin des défilés convenus et paresseux de notre époque. La journée de 8 heures étant obtenue un peu partout après la Grande Guerre, la journée va tendre à perdre son caractère belliqueux.

Voilà ce qu’il en est pour l’origine du Premier mai, mais qui en a fait un jour férié ?

Trois noms viennent immédiatement à l’esprit, Sainte Trinité du Premier mai : Lénine, Hitler et Pétain.

L’URSS a été, ce qui n’étonnera personne, le premier pays à honorer les « travailleurs ». L’Allemagne a amélioré cet exemple en 1933 faisant du Premier mai un jour chômé et payé ce qui n’étonnera que ceux qui ignorent ou feignent d’ignorer la signification du terme nazi qui renvoie au « parti socialiste national des travailleurs allemands », traduction exacte de NSDAP. Ce n’est pas pour rien si les nazis arboraient un drapeau rouge.

Mais d’un autre côté, si les Français jouissent de ce jour chômé, ils ne le doivent ni à Vladimir Illich ni à Tonton Adolf.

Le Premier mai férié est l’œuvre du Maréchal, celui à qui nous devons la retraite par répartition, la fête des mères, les comités d’entreprise, la décentralisation, la technocratie, et tant d’autres bienfaits dont la liste serait trop longue à retranscrire.

Philippe Pétain, dont le régime par le biais d’une « Révolution nationale », condamnait les méfaits du capitalisme, s’inscrit plus paradoxalement dans la lignée socialiste. Tourné vers le passé, nostalgique d’une France rurale et artisanale qui était en train de disparaître, le régime de Vichy, avant tout réactionnaire, souhaitait la paix sociale et regardait d’un œil suspicieux l’industrialisation. Le Maréchal n’avait-il pas dénoncé, à Saint-Étienne, ville ouvrière par excellence, le 1er mars 1941, l’attitude d’une grande partie du patronat dans son « appel aux Travailleurs » : « Votre égoïsme et votre incompréhension de la condition prolétarienne ont été trop souvent les meilleurs auxiliaires du communisme. » La Charte du Travail, annoncée à cette occasion, devait être officialisée au mois d’octobre s’efforçant d’apporter une satisfaction aux « aspirations légitimes » des ouvriers.

Si jamais le caractère férié du Premier mai était un jour remis en question, nul doute que tout le ban et l’arrière ban de la gauche et de l’extrême gauche n’hésiterait pas à descendre dans la rue pour chanter « Maréchal nous voilà ! ». Après tout, la gauche a bien manifesté autrefois pour défendre la loi du comte de Falloux.

À lire aussi : Le cadavre de Pétain bouge encore

  1. Il n’est pas inutile de rappeler que le 1er mai fut, auparavant, le jour de la fête du père de Jésus, la St Joseph.

    1. Pas sûr que ce soit réellement utile 😉

  2. @ gerald il est sur qu’a cette periode le proletariat ouvrier esperait une vie meilleure dans l’au dela Merci a l’auteur de nous rappeler l origine de cette fete en l’occurence les USA ou la milice privee tirait sur les ouvriers lors de la naissance du capitalisme afin de mater la rebellion

  3. Petain c’est pas mal inspiré d’un autre aussi : Franco, il a été ambassadeur là-bas.

  4. Pourquoi l’auteur de cet article ne parle pas du fait que :  » Le 23 avril 1919, le Sénat ratifie la journée de huit heures et fait du 1er mai suivant une journée chômée.  » ?

    Source: https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%AAte_du_Travail#En_France

    J’attend une réponse claire et précise.

    1. Il est écrit dans l’article jour férié c’est à dire fête nationale : ce n’est pas synonyme de jour chômé, jour où on ne travaille pas sans être nécessairement payé. Toute une éducation à refaire.

  5. Vous omettez (volontairement ?) de signaler à vos lecteurs que la fête pétainiste du 1er Mai a été supprimée à la libération. C’est en 1947, qu’il est réintroduit comme jour chômé et payé, et en 1948 qu’il est déclaré officiellement férié. Autrement dit, en toute rigueur, ce n’est pas à Pétain qu’on doit aujourd’hui le caractère férié du 1er Mai, mais au gouvernement et au parlement d’après-guerre.

    1. Non, c’est bien à Pétain, puisque le gouvernement d’après-guerre reprend et imite.

  6. Un jour pour les travailleurs, c’est formidable.
    On célèbre les patrons à longueur d’année, alors ça fait plaisir aux ouvriers et c’est bien.

    1. Ou avez-vous vu qu’on célèbre les patrons à longueur d’année ? J’avais plutôt l’impression que la tendance depuis longtemps était de les faire passer pour des voyous, des exploiteurs, des escrocs, d’horribles personnages qui ne pensent qu’à l’argent et à détruire la planète.

  7. il est tjs bon de rappeller aux gauchistes que les acquis sociaux viennent surtout du régime de Pétain. lisez sur ce sujet:« L’héritage de Vichy: Ces 100 mesures toujours en vigueur « de l’historienne Cécile Desprairies

  8. « Je tiens les promesses, même celles des autres, lorsque ces promesses sont fondées sur la Justice »

    « Devant la faillite universelle de l’économie libérale, presque tous les peuples se sont engagés dans la voie d’une économie nouvelle. Nous devons nous y engager à notre tour et, par notre énergie et notre foi, regagner le temps perdu. Deux principes essentiels nous guideront : l’économie doit être organisée et contrôlée. La coordination par l’État des activités privées doit briser la puissance des trusts et leur pouvoir de corruption. Bien loin donc de brider l’initiative individuelle, l’économie doit la libérer de ses entraves actuelles en la subordonnant à l’intérêt national. La monnaie doit être au service de l’économie, elle doit permettre le plein essor de la production, dans la stabilité des prix et des salaires. »

    Philippe Pétain.

    Mais le vieux maréchal était un méchant d’extrême drouate.

    1. Il l’était ! Et il avait donc, très logiquement, une vision nationale « socialiste » de la France

  9. Cherchez donc qui était conseiller de Pétain ?
     » Le secrétaire général de la CGT !

  10. Quand j’étais petit je me demandais pourquoi on ne travaillait pas le jour de la fête du travail. Car normalement quand on fête quelque chose on y consacre justement son temps…

    1. Mon premier patron me disait cela aussi (pas de congé en suisse), « Tu devrais travailler deux fois plus aujourd’hui. »

  11. Le gouvernement provisoire installé sur le « territoire continental » à partir d’août 1944 entérina un très grand nombre « d’actes dits loi du régime appelé Etat Français » et ceci pour plusieurs raisons.
    La première est évidente. La III° république disparue en 1940 laissait des ruines administratives et le nouveau régime qui la remplaçait du légiférer tous azimuts pour reconstruire ce qui pouvait être sauvé, dans le contexte d’un pays dont plus de la moitié était occupé et, dans certaines parties, annexées ou en voie d’annexion. La structure administrative précédente avait été très abîmée et il fallait la reconstruire pour gérer la vie quotidienne des français dans tous les domaines.

    La seconde est moins évidente mais elle explique très bien pourquoi, après examen minutieux, le gouvernement provisoire décida de valider les lois de Vichy.
    Une nouvelle génération d’administrateurs jeunes, sous-préfets et administrateurs civils, arrivait aux commandes à la fin des années Trente. Une bonne partie de cette génération, celle qui était en métropole, travailla pour Vichy et rédigea les décrets de l’Etat Français ainsi que les règlements d’application qui allait avec. Elle y mit ses idées modernistes. L’autre partie, celle travaillant dans l’Empire, avait les mêmes idées mais se retrouva dans la France Combattante lorsque l’Empire Français, territoire après territoire, reprit les armes fin 1942. Ceux là formèrent les cadres du gouvernement d’Alger qui revint en métropole en 1944.
    Ces jeunes administrateurs du Gouvernement provisoire évaluèrent alors le travail fourni par leurs collègues de promotion restés en métropole pendant les quatre années où les gouvernements Darlan puis Laval administrèrent le pays. Comme ils appartenaient à la même génération, les nouveaux arrivés ne trouvèrent rien à redire au travail de leurs prédécesseurs et validèrent donc les textes de Vichy plutôt que de les refaire pour dire la même chose.

    Seules les lois contraires à l’esprit républicain furent non pas abrogées (ce qui aurait validé la légitimité « du régime appelé Etat Français ») mais annulées purement et simplement. La plupart des autres furent repris et validés par le gouvernement provisoire.
    Ces lois de Vichy (les actes dits lois …) se retrouvent donc dans les textes anciens de nos ministères et certaines administration, telle la Police Nationale, sont une création de Vichy (1941, 1942, 1943).

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