L’échec, la clé du succès dont l’État nous prive

Publié Par Baptiste Créteur, le dans Édito

Par Baptiste Créteur.

Les entreprises privées peuvent être de grandes réussites. Il y a les succès fulgurants et les réussites durables ; les success-stories au coin de la rue et les leaders mondiaux ; les réputations auxquelles on ne faillit pas et les transformations réussies.

Mais le principal avantage des entreprises privées, c’est qu’elles échouent. Les entreprises privées peuvent devenir obsolètes ou inefficientes, ne pas s’adapter aux mutations et innovations, avoir un mauvais service client, recruter les mauvaises personnes ou laisser partir des compétences indispensables. Elles peuvent avoir une croissance trop rapide ou trop lente. Elles peuvent laisser filer leurs coûts ou chercher à trop les réduire. Elles peuvent mal allouer leurs ressources, sous-investir ou surinvestir.

faillite d'entreprise - porte close

faillite d’entreprise – porte close

Non seulement elles peuvent échouer, mais elles peuvent échouer lamentablement. Au terme d’une longue agonie ou à la surprise générale, les entreprises privées peuvent disparaître – laissant la place à des concurrents qui, pour réussir, devront faire mieux.

C’est de cela qu’est fait le progrès. La concurrence nous permet de choisir et bénéficier du meilleur produit, du meilleur service, de la meilleure gestion, de la meilleure organisation… C’est vrai sur le long terme, mais c’est un phénomène observable à l’oeil nu : les pionniers de la téléphonie ont été remplacés en quelques années à peine, des start-ups prometteuses ont fermé boutique quelques mois après leur lancement

Le problème de l’État, c’est qu’il échoue rarement. Ça ne veut pas dire qu’il fait mieux que le privé, loin de là ; ça veut simplement dire que quand il sous-performe, il peut continuer à vivre comme un zombie aussi longtemps qu’il pourra se nourrir de l’argent du contribuable, de sa sueur et de son sang. Il peut se planter aussi longtemps qu’il veut ; il n’a pas de concurrents, ses ressources ne sont limitées que par sa capacité à pomper celles des autres.

Pire : l’État peut aussi maintenir en activité des entreprises privées qui auraient dû échouer. Il peut maintenir sous perfusion des industries entières qui n’auront alors aucune incitation à s’améliorer, financer et subventionner des projets voués à l’échec, acheter des produits qui sont loin d’être les meilleurs disponibles sur leur marché, les acheter bien trop cher…

La médiocrité adossée à la puissance publique peut durer indéfiniment et handicaper durablement l’économie, qui traîne comme un boulet le poids de l’inefficience non corrigée. Sans la possibilité d’échouer, sans crainte de la concurrence, il y a peu d’incitation à s’améliorer.

Il y a aussi peu d’incitation à améliorer la qualité de service globale, au-delà des activités principales de l’entreprise. La RATP refuse encore de partager ses données de trafic en temps réel avec les applications de transport tierces, empêchant les meilleures applications d’offrir la meilleure information aux usagers.

Outre leur manque d’incitation à s’améliorer, les entreprises publiques ont tendance à user et abuser de leur situation. L’État français est un actionnaire très gourmand, mais il fait porter « sa » générosité avec les salariés des entreprises publiques par les contribuables. Il va par exemple renflouer EDF – 3 milliards d’euros tout de même – et c’est donc le contribuable qui va supporter le coût de la mauvaise gestion, en plus des coûts exorbitants et des avantages colossaux des salariés.

L’échec est un assainissement. Le renflouement des banques en 2009 a sans doute évité des turbulences à court terme, mais il n’a résolu aucun problème ; il les a repoussés, et sans doute amplifiés. On peut s’exciter sur des chiffres après la virgule, mais il faut se rendre à l’évidence : la croissance n’est pas là, les marchés financiers sont dans une situation qui n’a pas grand chose de sain ; la crise, brutale ou insupportablement durable, aura bien lieu.

L’échec permet aux individus d’apprendre et à la société de progresser. Eviter l’échec, c’est en réalité empêcher la réussite, et freiner le progrès.

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  1. en fait , non .. l’état échoue souvent ( tout le temps ? ) , mais le problème c’est qu’il n’en meurt jamais et ne peut donc pas apprendre et s’améliorer.

  2. Bel article, concis, rien à ajouter.

  3. Oui, bel article, merci et bravo !

  4. On appelait ce genre d’économie le communisme. On privilégiait le planisme, les quotas. Les seuls trucs qui marchaient bien étaient l’aérospatiale et tout ce qui touchait à l’armement car le Kamarad y était plus égal que les autres.

  5. En plus de bloquer la « sélection naturelle », dans les entreprises administrées par l’état, on ne reconnait jamais d’erreur : on parle juste de dysfonctionnements – qui ont tendance à devenir le lot commun de tous les projets. Façon de dire qu’il n’y a pas de responsable, encore moins de coupable, qu’il est hors de question de revenir en arrière ou d’arrêter les gabegies. Comme on n’apprend que de ses erreurs, ce n’est pas demain que l’état mettra au point le fil à couper le beurre. (Et ils veulent faire du « numérique » – LOL).

  6. Excellent article. Le seul mode de « régulation » du capitalisme, c’est la faillite.

  7. La « destruction créatrice », LE truc qu’il manque à l’état.
    Excellent article.

  8. Bel hommage à Joseph Schumpeter! Merci

  9. Darwin n’aurait pas dit mieux. La sélection naturelle force l’amélioration des espèces. L’État y échappe grâce au parasitisme, toutefois un parasite meure avec l’organisme aux dépens duquel il vit.

  10. Rien de tel que la «pédagogie de l’échec» pour forger le caractère.
    Cent fois sur le métier, ton ouvrage tu replaceras.

  11. Quel plaisir de lire des vérités qui appellent au bons sens. Bravo à l’auteur.

  12. Bonsoir à toutes et à tous,
    Bravo !
    Et pour maintenir en vie des structures et des organisations totalement inefficaces, l’Etat a même inventé la « valeur-travail » : un fonctionnaire est réputé produire le PIB correspondant à son traitement, quoi qu’il produise réellement. C’est désagréable pour les fonctionnaires (leur valeur ajoutée personnelle est reconnue égale à zéro …) et désastreux pour le contribuable : toute tentative de supprimer un job qui ne sert à rien se traduit immédiatement par une baisse du PIB …
    Amitiés,
    Pierre T.

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