La Belgique doit-elle remplacer ses avions F16 ?

Publié Par Auteur invité, le dans Belgique

Par Baudoin Collard.

Un article du Parti Libertarien Belge.

« La guerre est le dernier refuge de l’incompétence ».

Cette citation d’Isaac Asimov illustre bien la situation de l’actuel gouvernement belge. Alors que les multiples dysfonctionnements révélés suites aux attentats de Bruxelles ont déjà provoqué la démission de trois ministres, la tentation est grande pour le gouvernement Michel de répondre en relançant les bombardements sur la Syrie et l’Irak.

Une nouvelle intervention qui n’apportera pas de meilleurs résultats que la précédente, comme le dénonçait déjà le Parti Libertarien Belge en 2014 dans un article dont la conclusion fait aujourd’hui froid dans le dos:

« Qui est assez naïf pour croire que quelques bombes de plus changeront la situation ? Au contraire, elles contribueront à cliver les opinions et à alimenter la haine de l’Occident qui fait le lit des terroristes. Et nous aurons peut-être un jour à payer cette nouvelle intervention militaire. »

Pour le gouvernement Michel, cette intervention sera une nouvelle occasion de justifier l’achat programmé de 34 avions de chasse pour un montant annoncé de 15 milliards sur 40 ans. Le Parti Libertarien s’oppose vigoureusement à ce nouveau caprice de politicien irresponsable.

De nouveaux F16, une gabegie économique pour la Belgique

Alors que la Belgique est déjà un des pays les plus endettés au monde et que ses citoyens sont soumis à une des plus fortes pressions fiscales, augmenter encore les dépenses démontre un manque flagrant de considération du gouvernement.

L’estimation même de 15 milliards fournie par le ministère de la Défense doit être prise avec précaution alors même que le nom du consortium ayant obtenu le contrat n’est pas encore connu (officiellement du moins) et qu’il n’est pas tenu compte de la volatilité des taux de change sur toute la durée de l’investissement. Selon diverses études canadiennes, le coût total d’achat du F35 pourrait varier du simple au double, en fonction des hypothèses retenues.

Historiquement, les méga-contrats d’achat d’armes par des gouvernements ont souvent été entachés d’irrégularités : devant l’importance des enjeux économiques, la tentation est grande d’user de corruption, comme le rappelle tristement l’affaire Agusta qui éclaboussa des membres éminents du Parti Socialiste wallon et de son équivalent flamand dans les années 1990. Plus récemment, le consortium mené par Saab (et un des candidats pour le marché belge) a été mis en cause pour des affaires de corruption lors de la vente d’avions de chasse dans plusieurs pays.

Même en absence de corruption, ces contrats d’armement s’accompagnent inévitablement de leur cortège de compensations économiques, soit des accords commerciaux entre les consortiums en lice et des entreprises locales destinés à influencer les négociations en justifiant des créations d’emplois [exemple 1, 2 et 3]. En principe interdits par l’Europe, ces arrangements ne sont finalement qu’une forme de subvention déguisée. Si ces accords permettent parfois de générer de l’activité locale, le (sur)coût en est supporté par les contribuables (au détriment de projets plus utiles), alors que les bénéfices seront privatisés. Un bel exemple de capitalisme de connivence que les libéraux ne cessent de dénoncer.

Une stratégie discutable

On peut légitimement questionner la nécessité pour la Belgique de maintenir une coûteuse force aérienne dans sa forme envisagée. Avec ses 280 km d’envergure, il faut moins de 15 minutes à un avion de chasse pour traverser le pays de part en part : difficile dès lors de justifier la présence de 34 chasseurs sur notre territoire ! Le Luxembourg, État voisin, a quant à lui complètement renoncé à sa force aérienne.

On peut également se demander si les avions de chasse en lice sont encore adaptés aux réalités de nos guerres modernes : la plupart des programmes de développement ont débuté dans les années 1980-90. Le F35, en développement depuis les années 1990 est un gouffre financier qui n’a toujours pas atteint sa capacité opérationnelle initiale et qui reste embourbé dans des problèmes techniques.

Une faute morale ?

À côté de ces considérations économiques et stratégiques, le Parti Libertarien Belge s’oppose également à l’achat d’avion de chasse pour des raisons morales. Fidèle au principe de non-agression, le Parti Libertarien s’oppose à l’ingérence de la Belgique dans des opérations à l’étranger, a fortiori en l’absence d’un mandat clair de l’ONU. On ne répand pas la démocratie avec des bombes, comme l’ont démontré les expériences en Afghanistan, en Irak et en Syrie, et bien avant au Viêt-Nam.

Malgré ce que tentent de nous faire croire les politiciens avec la complaisance de certains médias, le concept de ‘frappes chirurgicales’ n’existe pas : un bombardement causera toujours des pertes civiles car les bombes ne font pas de discrimination. Ainsi, l’affaire des ‘Drones Papers’ a récemment dévoilé, dans une relative indifférence de la presse francophone, l’étendue des dommages collatéraux de ce genre d’opérations, soi-disant plus ‘précises’ que les bombardements ‘traditionnels’.

Pour ajouter l’insulte à l’injure, la volonté de la Belgique de doter les futurs avions de chasse d’une capacité nucléaire ne sera pas de nature à pacifier le monde, mais risque une fois de plus d’intensifier les antagonismes existants.

Enfin, le Parti Libertarien regrette l’absence de toute consultation populaire préalable. A contrario, la Suisse a organisé en 2014 un référendum pour l’achat de nouveaux avions de chasse Gripen. Sans surprise, la proposition a été rejetée à plus de 53%.

En guise de conclusion

Tant d’un point de vue économique que stratégique et moral, la décision du gouvernement belge de se doter d’une nouvelle flotte d’avion de chasse est incompréhensible. Ce choix que nous estimons irrationnel ne peut s’expliquer que par une volonté de nos dirigeants de renforcer leur pouvoir et de s’afficher sur la scène internationale qui confine à la mégalomanie, le tout sur fond d’ingérence de l’OTAN. L’absence de consultation populaire sur un sujet qui engagera les citoyens belges pour les 40 prochaines années est une décision déplorable qui fait le lit des partis d’extrême gauche, qui ont beau jeu de dénoncer ce non-sens.

  1. le choix du F35 a plusieurs avantages :
    – cet avion ne sera sans doute jamais opérationnel , les forces armées qui en seront équipés seront donc totalement inefficaces , un grand pas dans le sens de la paix.
    – les pays européens équipés de cet avion ne pourront plus combattre , une chance pour la France en cas de conflit européen.
    – ce sera le choix obligé pour la plupart des pays de l’OTAN qui verra ainsi ses capacités de nuisance réduites d’autant.

    Dans le cas de la Belgique , rien n’indique qu’un F35 puisse parvenir à couvrir 280km d’une seule traite, sans panne majeure

    1. Dans le monde réel pas celui des bisounours, ce que vous dites est stupide. Les pays hostiles eux ont des avions en état de marche. Si on n’a pas d’avions, cela les poussera à violer notre souveraineté et aller tjs plus loin.
      Pour avoir la paix, il faut préparer la guerre.
      Nier le réel, délaisser la défense voilà le meilleur moyen d’avoir la guerre.

      La Russie aujourd’hui ne cesse de violer la souveraineté aérienne des pays européens (en particulier dans les pays baltes).

      1. La France n’est pas concernée , elle est équipée de Rafale qui fonctionnent bien. Donc si les autres pays sont mal équipés , c’est bon pour nous.
        La Russie ne viole pas la souveraineté , les « incidents » ont tous eu lieu dans l’espace international. Par contre , il est certain que les manoeuvres de l’OTAN et la présence des bâtiments américains qui protègent leurs frontières aussi loin de chez eux ne peut que faire monter la pression,.
        Si les Russes n’étaient pas aussi bien équipés , il est certain que les US les auraient déjà attaqués.

      2. C ‘est de humour Les americains ont su imposer un avion qui ne vole pas Son pire detracteur Speer le concepteur du F16 De surcroit cet avion est un gouffre financier Il est un peu le pendant du Typhoon

        1. Le F35 est encore plus buggé que le F22 , ils ont été obligés de rajouter les touches Ctr-Alt-Del sur letableau de bord 🙂
          Les américains ont réussi à imposer aux autres pays d’investir dans la conception et la fabrication , il y a certainement eu de la corruption à haut niveau.

  2. le lobby de l’armement dans le monde a de beaux jours devant lui ; tout les pays dépensent des milliards pour acheter des armes ; ce n’est pas trés bon signe …..nous payons ses armes avec l’argent qui nous est prélevé …..et quand ça pète , ce sont les civils qui morflent ; les pays sont en faillite , mais il y a toujours de l’argent pour les semer la mort ;

  3. Au-delà des considérations circonstancielles (peut-être justifiées, mais trop peu développées) sur la corruption liée aux contrats militaires et à la pertinence du choix de l’avion retenu, l’argument central de l’article est faible: la Belgique n’en aurait pas besoin, c’est un petit pays. Mais il me paraît évident que cet achat s’inscrit dans le cadre des alliances auxquelles la Belgique prend part (l’Otan en particulier). Conserver une force aérienne peut simplement être un bon calcul si c’est de fait le prix à payer pour maintenir cette alliance qui renforce (en principe…) notre sécurité. L’alternative est la technique du passager clandestin – ne faisons rien, d’autres payeront pour nous et le résultat sera le même – mais cela ne marchera pas éternellement. On voit déjà aux USA des candidats comme Trump se plaindre que leurs alliés ne prennent pas leur part des dépenses militaires. On peut bien sûr sortir de l’Otan, mais nous serons alors laissés à nous-mêmes et il n’est pas sûr que nous ferons des économies. Une spécialisation relative des forces de chacun dans le cadre d’une alliance militaire paraît a priori une solution efficace.

    1. De qui l’OTAN nous protège-t-elle ? Une question qui devrait tracasser à Bruxelles et à Paris au vu des récents événements…

      1. L’OTAN nous protège des ennemis qu’elle nous crée 🙂

      2. Soyez plus précis et ayez le courage de vos opinions. Pensez-vous que les attentats récents sont en fait une manipulation des services secrets américains/israéliens/maçonniques/reptiliens ou autres? Alors je ne peux rien pour vous et la médecine non plus. Pensez-vous que l’OTAN est d’une façon ou d’une autre indirectement responsable des attentats, parce qu’elle aurait mis le b… en Irak? C’est à peine moins idiot. Pour mémoire, l’Otan n’est pas intervenue en Syrie, terre d’origine de l’EI (ce que certains lui reprochent), et si elle est intervenue en Irak (ce que certains, parfois les mêmes, lui reprochent), on voit mal comment une intervention, fût-elle mal justifiée et surtout à mon sens mal suivie, peut expliquer ou justifier que des petits c… se fassent sauter dans les rues de Paris ou de Bruxelles 10 ans après.

        1. exemple au hasard : la Russie !! l’OTAN encercle la Russie , fait des manoeuvres à sa frontière et ensuite hurle au loup !!
          L’Irak : évidemment , même si ce sont les USA plutôt que l’OTAN en tant que telle , mais la différence est minime
          La Lybie … même chose , OTAN ou USA ? , toujours est-il que nous avons détruit un pays et fait le lit de tous les excités sur place
          La Syrie … idem , tentative de destruction du pays ( pour fait passer les gazoducs et contourner les Russes ? ) en aidant tous les ennemis de Assad ( AlQaida, Daesh ) .

          Comme l’avait dit le général Desportes lors d’une déposition devant le sénat , Daesh est une création des USA.

          1. Rien que votre commentaire sur la Russie discrédite votre message. Les commentateurs à 5 kopecks sont décidément facilement repérables… Pour rappel, mais ce n’est pas à vous que je m’adresse parce que c’est inutile, le seul pays qui a récemment envahi le territoire de ses voisins au mépris de toute règle internationale pour s’accaparer une partie de leur territoire, c’est la Russie. Et je n’évoque même pas les provocations russes incessantes vis à vis des pays baltes, qui ne disposent pas de force aérienne et font donc appel à leurs alliés (y compris les belges).
            Il ne faut jamais oublier que Poutine, en bon ancien du KGB, utilise exactement les mêmes méthodes de propagande que l’Union soviétique – en utilisant Internet en plus. Pourquoi se priver si ça marche? Jadis on payait les crétins de pacifistes qui manifestaient contre l’implantation de missiles en Allemagne, aujourd’hui on paie des gens pour écrire des commentaires sur le net en disant qu’il ne faut surtout pas acheter d’avions et que l’Otan est vraiment méchant. J’ajouterai que si vous n’êtes pas payé, c’est encore pire…

    2. Ce qui est marrant avec les avions de chasse, c’est que leur utilité stratégique est grosso-modo la même pour tous les pays. Mais plus le pays est petit, moins il leur est possible de prendre un virage sans violer plusieurs frontières. Et quand je pense aux difficultés de la marine de guerre de la Suisse ou du Luxembourg …

  4. « A contrario, la Suisse a organisé en 2014 un référendum pour l’achat de nouveaux avions de chasse Gripen. Sans surprise, la proposition a été rejetée à plus de 53%. »

    En dehors des heures de bureaux (entre 8 et 12 heures et de 13 h 30 à 17 heures) la Suisse sous-traite la surveillance de son espace aérien à la france 😀

    http://www.lepoint.fr/monde/les-avions-de-l-armee-suisse-ne-decollent-qu-aux-heures-de-bureau-18-02-2014-1793341_24.php

  5. Françoise Le Borne

    Le principe même de l’OTAN ou de la future force européenne est que chaque pays contribue. Ce qui est évidemment très économique.
    Quand l’article parle de 15 milliards, il « oublie » de signaler que c’est sur 40 ans, soit 375 millions par an.

    Mais pourquoi même aborder ce sujet sans donner les détails du dossier ? Quid des mises à jour des avionics, quid du coût des pièces de rechange, quid de la consommation, de la formation des pilotes (il a des conversions simples ou compliquées suivant la transition), quid des garanties, quid du financement offert par le constructeur, quid de la valeur de revente espérée au terme de l’usage (certains avions sont mondialement demandés, d’autres moins). Etc etc …

    Un article qui omet de signaler tous ces paramètres, d’inciter à faire confiance à ceux qui vont étudier réellement les options et aboutir à un « acte de vente » de plus de 1.000 pages, n’est pas un article « qui tire vers le haut » 🙂

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