EDF, qui va payer la restructuration ?

Publié Par Patrick Coquart, le dans Énergie et matières premières

Par Patrick Coquart.

 

Il y a quelques semaines, EDF a annoncé la suppression de 3 350 postes d’ici trois ans. Bien entendu, il ne s’agit pas de licenciements, mais de non renouvellement de départs naturels, voire de départs volontaires. Cette annonce a ébranlé l’entreprise publique, peu habituée à de telles nouvelles.

Une période difficile pour EDF

Il faut dire que les temps sont particulièrement difficiles pour EDF. La fin des tarifs réglementés pour les entreprises depuis le 1er janvier 2016 lui a fait perdre 30 % de parts de marché sur cette clientèle. Les bénéfices 2015 (1,2 Md€) sont en baisse de 67 % par rapport à 2014 (3,7 Md€). Et les années qui viennent pourraient bien voir l’endettement de l’électricien (37,5 Mds €) progresser encore pour financer le rachat d’une partie d’Areva (1,3 Md€), les chantiers EPR au Royaume-Uni (16 Md€), la transition énergétique ou encore la rénovation du parc nucléaire (55 Md€ sur 10 ans).

Toutes les parties prenantes sont donc invitées à se serrer la ceinture pour redresser les comptes de l’entreprise publique. C’est ainsi que notre facture d’électricité est en augmentation constante : + 26 % entre 2006 et 2015. Mais cela ne suffit pas. L’opérateur public souhaite augmenter les tarifs pour les particuliers de 2,5 % par an jusqu’en 2019.

Une austérité à géométrie variable chez EDF

Mais tout le monde n’est pas mis à contribution. La caisse centrale des activités sociales, la fameuse CCAS, sorte de super comité d’entreprise (CE), n’est pas mise au régime. Elle est financée par tous les producteurs d’électricité et de gaz en France, à hauteur de 1 % de leur chiffre d’affaires. Ce qui représentait 463 millions d’euros en 2014, dont plus de 71 % (331 M€) provenaient d’EDF. Ces 331 millions d’euros correspondent à 8 % de la masse salariale de l’électricien.

René Le Honzec

René Le Honzec

Si on calquait la contribution d’EDF sur celle de la RATP à son comité d’entreprise (2,8 % de la masse salariale), le versement ne serait plus que de 110 millions d’euros. Soit 221 millions d’euros d’économies. Et si on appliquait le droit commun, la CCAS serait financée par une contribution correspondant à 0,2 % de la masse salariale, soit environ 8 millions d’euros. L’économie serait alors de 323 millions d’euros, et même de 452 millions d’euros si on l’étendait à tout le secteur des industries électriques et gazières (IEG). Il serait temps d’y penser avant de mettre le consommateur à contribution.

Sur le web

  1. est ce vraiment important de savoir qui va payer ceci ou cela , le plus grave est ailleurs , est ce qu’EDF survivra à la limitation de la production électrique en France ?
    notre consommation ne peut pas diminuer dans le futur et ne pourra que s’accroitre . il me semble qu’il vont séparer la distribution de la production ce qui fera que nous seront de plus en plus importateur d’électricité non EDF et un société dont le chiffre d’affaire stagne finit toujours par disparaitre et pas question de recourir a l’innovation pour rebondir !

    1. « notre consommation ne peut pas diminuer dans le futur et ne pourra que s’accroitre « …

      Pas si sûr que cela !

      En effet avec les smart-grids le but recherché n’est-il pas de nous faire payer plus pour consommer moins !?

      1. pour faire payer plus on n’a pas besoin de prétextes….mais on a des limites , la solvabilité de la population
        pour convertir le parc automobile à l’électricité il faudra produire beaucoup plus d’électricité et en effet il faudra des smarts-grids pour ne pas faire sauter le réseau aux heures de pointes….et de bonnes connections chez nos voisins…

        1. @reactitude: « pour convertir le parc automobile à l’électricité il faudra produire beaucoup plus d’électricité »

          Sur le web, on peut trouver des chiffres donnant pour une conversion intégrale de tous les véhicules aux capacités actuelles (la Leaf 1G), un besoin équivalent de 3 (trois) centrales nucléaires ou 6 pour les besoins de maintenance. Or on n’en a déjà plus de 50 !

          Pour faire cent km, les témoignages donnent à peu près un coût de 2,5€, soit le coût de ma dépense de chauffage par jour … en septembre. Au mois de janvier, je dépense 5fois plus !!

          Alors le temps d’arriver au temps béni de la conversion intégrale de tous les véhicules (30ans?), je pense qu’il serait mieux de s’occuper de la qualité plutôt que de la quantité, et surtout avec le surplus de production subventionnée verte. Et si jamais Tesla devenait premier constructeur mondial, il serait alors temps d’améliorer l’isolation et changer le mode de chauffage des français…

          Attendre la bonne génération de centrale nucléaire aurait été plus malin que lancer l’EPR et forcer encore plus une production d’électricité qui partirait chez nos voisins.

          1. soit , mais personnellement cela me doublerait ma consommation electrique (tout electrique) et pour certains français la facture serait encore plus importante. si 50 centrales permettent la consommation actuelle la future nécessitera le doublement du parc , il est hors de question de pouvoir diminuer notre consommation..trés faible d’électricité hors chauffage électrique( surement remplacé par la clim avec le réchauffement prévu).
            « Attendre la bonne génération de centrale nucléaire aurait été plus malin que lancer l’EPR et forcer encore plus une production d’électricité qui partirait chez nos voisins. »
            on peut toujours attendre la prochaine géneration…et on ne fait rien en fait. sinon , en quoi est il mauvais d’exporter de l’énergie ?

          2. hum … je ne sais pas ou vous avez trouvé sur le web que 3 (ou 6) centrales suffiraient). C’est peut-être juste si vous comptez sur une leaf pour faire le job des semi-remorques 40tonnes, mais c’est pas très réaliste…
            http://manicore.com/documentation/voit_elect.html
            Jancovici calcule, en donnant tous les éléments pour justifier le résultat, en tenant compte du meilleur rendement de l’électrique, etc. que
            « il faudrait donc un peu plus de 200 TWh électriques pour électrifier les véhicules routiers actuels à performances identiques. C’est en gros la moitié de la consommation électrique française (qui est de 450 TWh en gros).  »
            Il faut compter 18 EPR par exemple, pas une poignée de centrale…

            1. Je parle bien sûr du remplacement par une Nissan Leaf de véhicules équivalents (5 places…). Mon objet est de cibler la consommation dans une perspective réaliste : Faut-il — aujourd’hui — augmenter la production électrique en vue de la charge des voitures électriques dans le futur lointain (5ans? 20ans?), je réponds « non », sauf à partir encore dans une merveilleuse expérience à la française…

              Je ne crois pas que le remplacement de tous les véhicules routiers TIR qui traversent la France en est un objectif atteignable, sauf à vouloir pousser la réflexion jusqu’à l’absurde.

    2. « notre consommation ne peut pas diminuer dans le futur et ne pourra que s’accroitre »

      C’est exactement ce que pensaient les promoteurs des centrales nucléaires dans les années 70… Résultat ?
      – alors qu’il s’agissait de garantir notre autonomie, nous sommes devenu exportateurs d’électricité peu cher au bénéfice de nos voisins
      – voisins (allemands) qui nous revendent l’électricité qui nous manque quand nous avons besoin de répondre à un pic de consommation, puisque nous avons réduit notre parc devenu inutile de centrale électrique « rapide »

      Et aujourd’hui, nous avons sur le bras toute une génération de centrale à rénover/changer/démonter (au choix) dans un laps de temps court, alors que les chimères EnR nous font perdre temps et argent.

      Voila bien le genre d’affirmations qui s’apparente à un pari dont on ne cherche pas à évaluer les conséquences possibles.

      1. bah , c’est sans doute ce que l’on appelle l’Europe de l’énergie , on se partage la production en fonction de nos possibilités , France,nucléaire,Espagne solaire , Allemagne ,éolien ,charbon, gaz, éolienne

        1. Sauf qu’on n’impose pas à nos voisin une taxe de « provision de démantèlement » sur le prix de vente !

  2. On a coupé la tête de nombreux nobles à la Révolution. Il n’empêche qu’une nouvelle génération de nobles (pas les mêmes, la sphère publique en fait) est au pouvoir et impose son diktat au peuple. La période de « du pain et des jeux » (je sais on va me dire que cette maxime vient de la période de la splendeur de la Rome Antique…) est en cours mais la rue gronde encore (même si c’est une habitude bien ancrée en France) et là sans doute est-ce justifié en ce qui concerne les abus d’un pouvoir omnipotent, trop assurément. Mais n’est ce pas le propre du socialisme ?

  3. Il est dommage que dans un site consacré à la défense de l’économie libérale, la plupart des commentaires sur Edf en reste à des règlements de compte politique ou technique.
    Le problème d’Edf est le même que celui des autres producteurs traditionnels européens : un marché de l’électricité volontairement déséquilibré par une série d’avantages tarifaires, fiscaux, réglementaires en faveur des producteurs d’une électricité à la vertu « renouvelable » décrétée idéologiquement.

    1. DS « Il est dommage que dans un site consacré à la défense de l’économie libérale, la plupart des commentaires sur Edf en reste à des règlements de compte politique ou technique. Le problème d’Edf est le même que celui des autres producteurs traditionnels européens : un marché de l’électricité volontairement déséquilibré par une série d’avantages tarifaires, fiscaux, réglementaires en faveur des producteurs d’une électricité à la vertu « renouvelable » décrétée idéologiquement. »

      Vous avez probablement manqué les dizaines d’articles qui en parlent alors:
      http://www.contrepoints.org/tag/energies-renouvelables

      7 pages de 20 articles.

  4. Les 0,2 % de la masse salariale ne s’applique, pour un comité d’entreprise, qu’à son budget de fonctionnement. En ce qui concerne le budget « œuvre sociale », c’est à dire le budget faramineux dont vous parlez, ce dernier n’a pas de minimum légal, si ce n’est qu’il ne peut pas être inférieure au budget minimum des trois dernières années. Enfin, ces deux budgets sont séparés, ne peuvent faire l’objet d’aucun transfert de l’un à l’autre et n’ont pas pour objet de recapitaliser une entreprise. On peut le regretter, mais c’est ainsi.

  5. En général, quand une question commence par « qui va payer.. », je ne crois pas avoir jamais vu une autre réponse que « mais pardi! le contribuable ».
    Ca devient une constante.

  6. Votre article est juste mais incomplet . L’histoire est en fait beaucoup plus compliquée. La lâcheté politique a fait beaucoup de mal.1946 ,nationalisation des entreprises productrice d’électricité . Les communistes sont au pouvoir. Il faut indemniser les entreprises, on decide 1% du CA d’EDF pour indemniser pendant 50 ans ces sociétés locales. Les communistes décident de compenser ce 1% pour le capital par 1% pour le travail et c’est la naissance de la CCAS qui alimentera le PCF en sous main par des biais détournés. Attention il y a aussi la naissance d’un régime spécial de mutuelle maladie. Au bout de 50 ans , en 1996 le gouvernement Balladur avait le choix et pouvait ramener ce 1% sur le CA à une portion congrue ou aménagée ou du moins dans des conditions moins exagérées . Le gouvernement a eu peur , il a fait perdurer la situation rendant le problème plus compliqué pour les suivants.
    En ce qui concerne les tarifs, lisez et relisez sur le site du régulateur http://www.cre.fr la situation de la CSPE. Mesurez le prix de votre kWh HT en en 2016 . Faites le même calcul TTC … Quel produit à vu son prix baisser de 1% pendant 15 ans par rapport à l’inflation ? Olivier Todd a dit que la France etait une union soviétique qui avait réussi .  » de l’électricité et des soviets  » disait Lénine . L’électricité en France a été un outil de régulation politique. Le contribuable a sponsorisé le consommateur. Maintenant que nous avons changé de monde et que nous sommes dans un monde en concurrence il est difficile de faire cohabiter une vision régalienne et étatique avec une vision sur 40 ans à la vision sur 5ans ou 8 ans que le marché en concurrence impose pour des raisons d’agilité et de prudence. Le court terme est plus cher que le long terme car dans un marché ouvert c’est l’entreprise qui supporte le risque dans un monde en monopole c’est le client.
    Etc … Il y a des livres entiers sur ce sujet mais un nouveau ferait du bien. L’état a eu, a une politique de gribouille et s’est appliqué à ruiner cette entreprise consciencieusement .

  7. Bonjour,
    Je viens de parcourir vos commentaires. Étant depuis 15 ans un concurrent d EDF , je vais essayer d’ajouter ma vision.
    Vous devez prendre en compte le « mérite order « ( l’énergie la plus rentable est prise en 1er ). vous avez en Allemagne l’équivalent en puissance de 60 centrale nucléaires de renouvelable ( éolienne + solaire ). La France a publié une feuille de route qui va dans le sens de l’Allemagne. . . Le coût marginal de cette production est de 0€/MWh et devient prioritaire sur les réseaux européen. Les producteurs d’énergie  » classique  » ne sont donc appelés à produire que sur un temps très court et ne peuvent pas générer le cash nécessaire au bon fonctionnement et / ou au renouvellement du parc.
    Les Smart Grid en 2030/2040 sauront sûrement gérer ce problème, mais entre temps, les producteurs européens font des pertes très significatives via des dépréciation d’actif. . Ils doivent essayer de rassurer les actionnaires en changeant complètement la stratégie, laissant aux prochaines générations la problématique du stockage.
    Reminder : la priorité pour le réseau européen , c’est d’assurer la fréquence de 50 Hz . Celle ci est garantie si production = consommation.

    1. @Site: « vous avez en Allemagne l’équivalent en puissance de 60 centrale nucléaires de renouvelable ( éolienne + solaire ). »

      Non. La production allemande en EnR est l’équivalente de la France, cette dernière jouant sur ses barrages, pas de son parc nucléaire.
      Votre « équivalent en puissance » serait valable avec une charge à 100%, alors qu’en moyenne on tourne au mieux à 25%. Mais bon, en multipliant les sites et les Smart Grid, on arriverait effectivement à vos objectifs, mais avec une électricité si chère, qu’elle risque de vous rester sur les bras…

      Au fait, il n’y a pas que la problématique du stockage laissée aux générations futures:
      https://wattsupwiththat.com/2016/04/27/fail-busted-wind-turbines-give-college-whopping-negative-99-14-return-on-investment/

  8. Encore un article à charge. lisez la presse qui présente le montant des dividendes versés à l’état ces dernière années ! EDF était un électricien reconnu mondialement et la France (les particuliers et les entreprises) avait le kWh le moins cher d’Europe (Hors Taxes). Les factures sont désormais grévées de bien nombreuses taxes pour financer les choix décidés par les politiques … Si Contrpoint affiche une accroche de nivellement par le haut pourquoi argumenter un nivellemeent par le bas ??? pas réussi à se faire embaucher à EDF ???

  9. AU fait … juste un « petit » détail sur les EnR … n’oublions pas que la production n’est pas linéaire … et donc il faut bien avoir sous le pied de la production classique pour prendre le relais lorsqu’il n’y a pas de vent et qu’il fait nuit. La solution est-elle d’importer de l’énergie produite par des centrales charbon ???

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